‹ La néerlande et la vie hollandaise (volume 2)Chapitre 20 sur 28 · II · texte numérisé non relu

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les ouvrages de l'homme et les monuments de son histoire. La plupart des espèces les plus communes et les plus répandues dans nos contrées sont originaires du centre de TAsie ; elles remontent^ comme nos langues, nos premiers instruments de travail agricole et nos arts utiles, au berceau de la civilisation. La guerre ayant été dans le pass^le lien des races et l'agent des communications à distance, Tintroduction de la plupart des sujets du règne domestique dans nos climats a été le fait de» expéditions militaires. Les historiens, qui aiment à trouver des compensations dans le mal et une sorte d'utilité dans les fléaux, peuvent partir de ces conquêtes solides, profitables et précieuses, pour absoudre ce que les autres conquêtes ont de violent et de factice. Il ne faut pourtant pas jouer avec ces antithèses et ces contradictions morales. Le mal n'est point nécessaire à l'accomplissement du bien. L'empire de l'homme sur les animaux peut désormais s'établir sans le concours du sabre. Aujourd'hui que les voyages, l'industrie, la science, la vapeur^ tendent à nouer entre les diverses régions du globe des rapports pacifiques, nos victoires sur la nature doivent se passer du levier de la force. I^es jardins acoologiques, ces établissements nés d'hier, sont appelés, si les directeurs comprennent leur mission, à oi^aniser l'action de l'homme vis-à-vis des animaux, à constituer l'échelle graduée des températures, et à enrichir ainsi notre régime alimentaire de toutes les espèces exotiques dont nos climats sont déshérités.

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Un fait n'est point assez présent à l'esprit des naturalistes^ c'est que la plupart des objets de consommation qui' entrent dans le mouvement des sociétés modernes^ le sucre, la pomme de terre^ le ri^s^ le café, sont d'origine exotique et d'introduction plus ou moins récente. L'alimentation de l'homme s'est, pour ainsi dire, renouvelée depuis deux ou trois siècles; mais les végé&ux seuls ont fait les frais de cette révolution économique. Le règne animal, si riche pourtant, n'a fourni presque aucune ressource nouvelle aux besoins croissants des populations. Nous vivons sur les espèces fort peu nombreuses que l'art des anciennes sociétés a réunies. La découverte du Nouveau-Monde ne nous a encore donné que quatre espèces domestiques dont la principale est le dindon, et cependant les hôtes primitifs de cette partie de la terre s'effacent chaque jour sous les pas de l'homme et reculent devant la civilisation qui s'avance. Il est temps que la science se préoccupe des besoins matériels de la société et qu'elle avise à les satisfaire dans la mesure de ses moyens. Le règne animal, pris au point de vue économique, représente une somme de services; cette somme est susceptible de s accroître ou de diminuer selon que l'art dirigera sur les espèces domestiques Une action plus ou moins efticace. Beaucoup des races sauvages restent à conquérir, beaucoup des espèces conquises restent à perfectionner. Les animaux domestiques^ ces monuments de la civilisation pétris dans la chair, sont des ouvrages inachevés. L'Angleterre a montré ce que pouvait l'art

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d'améliorer les races ; elle a montré par quelle voie on parvenait, avec la même matière sous la main^ à faire de nouveaux instruments de travail et de nouveaux moyens de subsistance. Agir ain^i^ c'est accroître le capital social des nations. La richesse économique est toujours conquise sur U nature; mais en se donnant pour auxiliaire le règne aniinal, Thomme intéresse au dénoûment de cette lutte les alliés que la nature elle-même lui fournit; il lès dirige^ il les cultive, il augmente leurs forces, et au bout de cette œuvre opiniâtre il récolte du champ de la vie ce qu'il y a semé.

l'histoire et les historiens de la hollande.

Il n'est guère d'histoire plus mal connue que celle des Pays-Bas. Les limites imposées par un territoire restreint à la langue nationale^ la réserve naturelle au caractère hollandais, Torgueil blessé des grandes puissances auxquelles la petite république des Provinces- Unies a autrefois disputé si vaillamment la terre et la mer, telles sont sans doute les causes du pey de retentissement qu'ont eu^ au delà du théâtre où ils se sont accomplis^ des événements dignes de mémoire. Des écrivains néerlandais ont à la vérité réclamé contre ce silence et cet oubli ; mais qui les a lus ? Je me propose d'indiquer quelques-unes des sources auxquelles l'histoire des Pays- Bas doit être puisée. J'ai dit ce qu'est aujourd'hui la nation hollandaise : je dois montrer encore comment se sont développés ses institutions^ son commerce et ses rapports extérieurs. Ainsi se compléteront mes précédentes études sur la Néerlande (1).

(1) Ces travaux ont paru dans la Revue des deux Mondes de 1855 à 1866. Voyez pour 1857 et 1858 les e^ ce) lent s résumés dans V Annuaire de cette Bfvue,

Quelles sont les origines de la population actuelle des Pays-Bas ? L'opinion générale des historiens, et notamment de Junius, Dousa, Grotius et Scriverius, est que les modernes Néerlandais descendent des anciens Batavfê. Les Bataves furent de tout temps les alliés des Roniaitti Même après Tinsurrection de ces barbares sous Grills, des rapports d'amitié se rétablirent entre eux et ies conquérants du monde. On comprend que Tamourpropre national des Hollandais attache une certaii^ importance à une filiation qui leur donne pour souche une race vaillante, libre, combattant à côté du premier peuple de Tunivers. Ce point d'histoire a pourtant été controversé. Épuisés par de continuelles levées de troopes et par de sanglantes batailles, dont le succès lot souvent dû à leur valeur, les Bataves, ces denne5 soutiens de l'empiré chancelant, ont, dit-on, vraîsembliblement été écrasés et anéantis dans la chute derancienoe Rome. Les flots de nations germaniques, les Saxons, b Franks, les Gauches, en se précipitant sur les limites d? l'empire romain, durent balayer au loin les alliés, l^ frères d'armes du peuple déchu {socii, amici et sodah populi romani), et eflfacer les traces d'une existence sociîde qui leur était odieuse. En fait, vers 470, le nom te Bataves disparaît de l'histoire pour ne plus se montrer: il n'en est fait aucune mention dans la suite des chan^ ments que subit le théâtre de leur ancienne puissance. « Cette nation, dit un historien hollandais dudix-huitièinr siècle, Wagenaar, semble avoir été en partie exterminéf

par les armées latines^ en partie transplantée par les Romains, en partie détruite par les aventuriers venus du Nord ou arrachée du sol natale en partie mêlée aux Franks, aux Saxons^ aux Frisons^ tellement qu'à dater du cinquième siècle il est difficile de trouver beaucoup de sang batave dans les veines de ceux qui habitent l'ancien territoire de ces barbares. » De telles raisons doivent sembler spécieuses au point de vue de l'histoire ; mais la physiologie moderne apprécie alitrement les faits. Des déluges d'hommes peuvent accourir^ remuer la terre et la couvrir comme font les flots de l'Océan : les qualités de la race originelle n'en restent pas moins empreintes sur l'histoire^ sur le sol, sur les mœurs^ sur le caractère national ; elle a créé le moule. La science ethnologique donne ainsi raison à l'opinion de Grotius^ qui veut que les envahisseurs de llle de Batavie, insvla Batavorum, aient été absorbés {'un après l'autre par l'influence des Bataves.

J'indiquerai seulement à grands traits les principaux changements qu'a traversés la Néerlande sous la période de la féodalité. Dès le dixième siècle (923), la Hollande a été gouvernée par des comtes. Les autres provinces avaient également des chefs qui relevaient plus ou moins de l'empereur : l'Dtrecht avait ses évoques, la Gueldre ses ducs, la Frise ses princes ou rois. Toutes ces provinces et celles de la Belgique moderne, — l'Artois et les Flandres françaises, — s'entre-déchiraient et s'opprinmient l'une l'autre tour à tour, tandis que presque toutes

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avaient cruellement à souffrir des invasions des Normands. Peu à peu, soit par des mariages^ soit par des conquêtes^ se forma l'agglomération politique des diverses parties de la Néeriande^ quoique jusqu'à nos jours les traces des anciens États séparés et presque indépendants de Tempire se retrouvent^ ici dans les Frisons^ là dans les habitants de la Gueldre^ plus loin dans les Hollandais proprement dits^ comme en Belgique dans les Wallons et les Flamands. La célèbre et romanesque Jacqueline de Bavière se vit forcée de se démettre ducomté de Hollande^ lequel passa alors à la maison de Bourgogne. Déjà Charles le Hardi, duc de Bourgogne, avait réuni sous son autorité presque toutes les parties de la Néerlande et de la Belgique : il avait conçu le projet de les ériger en un royaume auquel il voulait donner le nom de son duché. L'empereur Frédéric III et le roi de France Louis XI contrarièrent ce plan. Enfin Charles-Quint étendit son sceptre sur toutes les provinces des Pays-Bas^ dont il laissa Théritage à Philippe II. Toutefois il s'en fallait de beaucoup que ces itiembres formassent un corps : chaque province gardait ses élats, avec un gouverneur, un lieutenant .ou un stathouder. Aussi, lorsque Philippe II, aspirant à une sorte d'unité politique et religieuse, voulut violenter ces restes de nationalités éparses, il rencontra dans les esprits une résistaqce indomptable. Sous son gouvernement, les Pays-Bas étaient d'ailleurs inondés par ses compatriotes, dont le caractère hautain et fastueux froissait le simple et libre génie des Frisons, des Saxons et des

Flamands. Une catastrophe était inévitable. Déjà la province de Hollande formait le noyau de Vunion qui s'était préparée depuis longtemps contre Tunité artificielle essayée par l'étranger. Cette province, successivement possédée par les maisons de Lorraine, de Hainaut, de Bavière, de Bourgogne et d'Autriche, puis par les Espa* gnols, avait passé par des fortunes diverses, mais toujours plus ou moins imposées, jusqu'au jour où, suivant l'exem* pie des autres provinces confédérées, elle ressaisit en-* fin son indépendance nationale.

La vie des peuples commencé avec la liberté. Aussi, malgré l'intérêt que peuvent présenter les âges chevaleresques (1), mes recherches historiques se limiteront à la renaissance des Pays-Bas, sou^ l'empire d'une constitution qu'ils s'étaient donnée. L'histoire de la Hol* lande^ à partb de cette époque, nous est conservée par trois ordres de témoignages bien distincts, d'abord les qionuments et les traditions locales, puis les travaux historiques proprement dits, enfin les relations des hardis marins qui fondèrent la grandeur coloniale du pays.

(1) II est curieux de voir comment le régime du moyen âge a fini dans les Pays-Bas. La souveraineté de ces petits États féodaux a été plus d'une fois un objet de commerce. La seigneurie indépendante de nied'Ameland fut vendue par les héritiers du dernier seigneur van Cammlaga, en vente publique, pour une somme de 170,000 florins, et cela au stathouder de la Frise. Une autre seigneurie, Wcsterwolde en Groningue, fut achetée par un négociant d'Amsterdam, Willem van den Hoove, qui la revendit en 1619 à la ville de Groningue pour la somme de 140,300 florins.

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Une des périodes de Thistoire delà Hollande qai a laissé le plus de traces dans les monuments et dans la physionomie (extérieure des cités néerlandaises est le grand mouvement qui^ au seizième siècle^ souleva les forces vives de la nation contre la domination étrangère. A partir de Briel^ la première place dont s'emparèrent les Hollandais^ on peut suivre pas à pas les progrès et le^ alternatives de cette guerre sainte. La ville de Harleio. par exemple^ porte encore, les cicatrices de la lutte héroïque et désespérée qu'elle soutint contre les Espagnols. Je me suis promené plus d'une fois-autour des vleoi remparts de cette ancienne place forte, aujourdliai déchirés par des lézardes^ percés de maisons neuves qui s'encadrent fièrement entre les bastions troués pv les arbres qui végètent jusque dans la pierre^ et doDt l'ombre se prolonge à la surface du canal : la vue ^ cette enceinte et des portes, sombres défilés qui serp^ctent jusque dans la ville^ me retraçait les principale^ circonstances du siège. Dès ce temps-là, les rempart^ de Harlem étaient mauvais, je parle des murailles ;roai^ le patriotisme des habitants se chargea de couvrir cette vieille cité, et un tel boulevard se montra inexpugnable.

Le siège de Harlem précéda celui de Leyde. Lesave^

tissements ne manquaient pas. Amsterdanf^ qui ne s'était point encore déclarée ouvertement pour la cause de la réformation et de Tiridépendance^ représenta aux habitants de Harlem les dangers de la résUti^ee dans laquelle ils s'engageaient, le nombre et la discipline de Tarmée ennemie, le peu de confiance qu'on 'devait, pi a* cer dans le prince d'Orange, lequel n'avait pas encore réussi à délivrer une seule ville assiégée. Devant ,ces conseils de la prudence humaine, les citoyens hésifËient. Une hi^rangue hardie, et animée de Wybald van Ripperda, capitaine de la garde bourgeoise, dominateur irrésolution. Il leur rappela le sang de leurs concitoyens qui venait de couler sur les ruines de Naarden et la fidé* lité qu'ils avaient jurée au prince d'Orange. Ce discours fut accueilli par un cri unanime d'enthousiasme : a Oui, répondirent les citoyens de Harlem, chacun dé nous donnera sa vie pour la défense de la ville et le triomphe de la bonne cause. » Les images furent aussitôt arrachées des églises, et on établit partout le service du culte réformé. Le 9 décembre 1572, don Frédéric, lieutenant du duc d'Albe, mai;cha contre Harlem avec soixante compagnies d'infanterie espagnole, seize d'Allemands, vingt de Wallons, et quinze cents chevaux. Ces forces étaient accablantes, comparées à celles des assiégés. La garnison ne comptait guère tout d'abord au delà de quinze cents hommes; mais chaque citoyen devint soldat. Les femmes elles-mêmes coururent aux armes. Kenau Hasselaer, veuve d'un certain rang et d'une assez

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grande fortune^ forma un régiment de trois cents femmes^ qui^ tout en conservant le costume de leur sexe^ n'en montrèrent pas moins une intrépidité Tuile. Les opérations du siège s'ouvrirent toutefois sous de mauvais auspices pour les assiégés. Don Frédéric^ couvert par un épais brouillard comme par un manteau, s'empara du fort de Sparendam^ situé à peu de distance de la ville. Il put ainsi jeter ses ouvrages d'attaquée! de retranchements sans être inquiété par le feu de b garnison. J'abrège Thistoire de ce siège mémorable. A peine une brèche était-elle ouverte qu'on la fermait aussitôt avec du bois^ des sacs^ de la terre et toutes qu'on avait sous la main. Les habitants passèrent b longues nuits d'hiver à construire un mur intérieur. plus haut et plus fort que Tancien^ dont l'ensentbk menaçait ruine. Riches et pauvres^ adultes et enfants. hommes et femmes^ tout le monde concourut aux travaux de défense^ n^nia la bêche et la pioche. Il ne st passait presque pas un jour sans qu'un assaut fût \m par les assiégés aux assiégeants. Plus d'une fois les Hollandais s'élancèrent sur les tranchées de Tennenû^ |:>ii' lèrent et brûlèrent ses tentes.

Le froid était rigoureux, mais Thiver devint un allie: les éléments semblaient prendre le parti de la Hollande Les habitants de Harlem recevaient constamment des habitants de Leyde des vivres et des munitions qu'on conduisait sur des traîneaux à travers le lac changé en u» mer de glace. Des renforts de troupes leur arrivaient [tf

\k même voie. Malheureusement pour les assiégés^ la sévérité de la saison se détendit^ et le printemps^ qui réjouit toute la nature^ vînt aggraver la triste situation de la ville. Quoique les Espagnols eussent fait de larges brèches près de la porte de la Croix et de Saint-Jean^ leurs assauts furent repoussés à deux reprises, et, après sept, mois d'hostilités infructueuses, après avoir essuyé une perte de dix à douze mille hommes, ils furent obligés de lever le siège, en se bornant à tenir la place bloquée. Bossu néanmoins profita du dégel pour couper la digue qui retenait les eaux entre TY et la merde Harlem. Il ouvrit par ce moyen un passage à travers lequel une escadre composée de soixante chaloupes de guerre entra dans le lac et vint stationner devant la ville. Ce lac a été puni : Thistorien chercherait aujourd'hui vainement les vagues de celui qui, enfant de la Hollande, dit un poète, osa porter les vaisseaux ennemis jusque dans Tintérieur des terres. Cependant la situation de cette ville bloquée devenait chaquejourplus lamentable. Les provisions commençaient à manquer. Un grand nombre des habitants avaient péri par la faim. Les rues étaient encombrées de malades et de mourants. Les amis des assiégés essayèrent à plusieurs reprises de leur envoyer des vivres, mais sans succès. Les habitants prirent alors la résolution de se former en un corps d'armée, de mettre leurs femmes et leurs enfants au centre, et de s'ouvrir un chemin, l'épée au poing, à travers les lignes de l'ennemi. Les troupes allemandes qui éfnif^ntdans la ville rofns;èrent «spuIps do so ini'iH^o ?i

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une entreprise si audacieuse. Instruits de cette intentioD et craignant les effets du désespoir^ les Espagnols envovè rent un parlementaire qui promit grâce et amnistie à h condition que la ville se rendrait et remettrait dnquaot^ sept de ses principaux men^bres entre les mains desin(u7;% légitimes. Il était convenu aussi que les habitants pour raient racheter du pillage leurs maisons et leurs biensen payant une somme de 240^000 florins. Des oonditkHH aussi dures n'auraient jamais été acceptées^ si le mot de clémence n'avait point été prononcé par l'ennemi. Lorque les Espagnols firent leur entrée dans la place^ ilstroth vèrent la garnison réduite de quatre mille à dix-huit cent^ hommes. Trois jours s'écoulèrent; on comptait sarli parole donnée^ et les habitants avaient mis bas lesann^ Tout à coup Ripperda^ le gouverneur dç la ville, et k^ cinquante-sept notables qui avaient été remis en otafr subirent le dernier supplice. Quatre bourreaux furent ensuite requis pour une autre tftche, et deux mille hommei parmi lesquels des soldats de la garnison^ des habitaQi* de laville^ des ministres du culte protestant, fuient frt'idementimmolés. La boucherie touchait àsa fin^ les assoismeurs étaientfatigués; les victimes qui restaient dansb prisons furent liées deux à deux et jetées dans le lacd^ Harlem. Le siège avait duré du mois de décembre \o'i jusqu'aumoisde juillet 1573. Le triste dénoûment d'une rtsistance si longue et si vaillante jeta d'abord la consterD^ lion dans les Provinces-Unies; mais une cause n'est poii^ perdue tant que le sentiment du droit n'est point éleiat

Quatre ans plus tard> les Hollandais rentrèrent en possession de Harlem. Les. souvenirs du siège sont conservés dansrhôtel de ville» élégant édifice : là j'ai vu^ non sans émotion^ un vieux tableau qui représente l'état de cette malheureuse cité durant les sombres jours où elle donna à laNéerlande l'exemple d'un héroïque dévouement (I). L'histoire de la Hollande^ nous l'avons dit^ se raconte elle*mème dans les monuments ; elle est là partout visible et en quelque sorte vivante : il ne manque jusqu'ici que l'historien. S'agit-il^ par exemple, de la mort tragique du Taciturne ? Les moindres circonstances du crime sont expliquées, commentées par la vue des lieux et des objets que l'esprit conservateur des Hollandais a sauvés de Toubli. Tout cela donne la physionomie des faits. Le lieu de la scène est à Delft, dans un vieux bâtiment massif avec des fenêtres cintrées, une porte étroite et un basrelief de style bourgeois au-dessus de la porte. Cette maison, dont on a fait une caserne, a conservé le nom de Prinsenhof (cour du prince). C'était la résidence du prince d'Orange. Le prince ce jour-là venait de dtner. On peut suivre de l'œil le chemin qu'il parcourut à travers une cour qui conduit ^ un antique escalier dims le goût flamand. Là se tenait caché l'assassin. Une inscription hollandaise vous dit sur quelle marche de l'escalier le Père de la patrie tomba. Des traces sur le mur vous

(1) On m'a également montré des pièces relatives à Thistolre du' siège dans les archives de la maison de ville, où j'ai été conduit par Ml le professeur van Breda.

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indiquent où les balles ont frappé. Le eoup de feu fiit nécessairement tiré à bout portant. La balle de plomb extraite de la blessure est cc»nservée au musée de la Haye avec Thabillement que portait ce jour-là le prince d'Orange^ un simple pourpoint de cuir^ taché de saog, percé par les blsilles^ et qui porte encore la trace de b poudre. Vous pouvez suivre la fuite de Tassassin Balthazar ^erards : voici^ derrière la maison du TacitumC; les remparts qu'il escalada et le canal qull se proposait de traverser à la nage. En face de Thabitation du prince d'Orange s'élève une vieille église^ et au-dessus de cette église une tour qui penche. La tour est surmontée au sommet par quatre cônes de pierre. L'église, d'une architecture sévère et dont les lignes ont été effacées par le temps, semble comme attristée par le souvenir d'un crime (i). C'est dans une des chambres de cette tour séculaire que fut enfermé Gerards pendant la nuit qui suivit l'assassinat. La copie de la sentence par laquelle il fut condamné à mort se trouve au musée de la Haye. J'ai vu à Delflla salle dans laquelle fut transporté le prince d'Orange blessé. Dans cette salle sombre et morose, je crus entendre les^ dernières paroles du Taciturne : a Mon Dieu, mon Dieu, ayez pitié de moi et de mon pauvre peuple ! x> 11 expira dans les foras de sa sœur

(1) U y a deux ou trois années, un libraire de la Haye acheta à une vente publique la confession de Baltbazar Gerards, qaaliô^ d'authentique et d'autographe. Cette pièce, qui a donné lieu à beaucoup de discussions historiques entre les savants de la Hollande et de la Belgique, a passé dans les archives xle ce dernier royaume.

et de sa femme^ la fille de Coligny, qui avait déjà vu son père tué d'une manière semblable à la Saint-Barthélémy (i).

Après la mort Tapothéose. Comme il arrive souvent^ l'assassin avait manqué son but: il avait cru frapper dans le prince d'Orange la cause de la reformations il venait au contraire de donner à cette cause la consécration du martyre. Il existe à Delft^ sur la grande ' place^ devant Thôtel de ville, une église d'un gpùt plus délifcat que le vieil édifice qui Tait face à la maison du Taciturne. Cette église neuve est le Westminster de la Hollande. Là s'élève le tombeau érigé par les Provinces-Unies à la mémoire du libérateur. Sans partager l'admiration des Hollandais pour ce monument^ qui laisse beaucoup à désirer au point de vue de l'art, j'ai visité avec un intérêt profond la dernière demeure d'un grand homme qui sut fonder et respecter les libertés de la vieille Néerlande. Le Taciturne n'était point exempt de défauts : quelques historiens lui reprochent, non sans raison, une ambition dissimulée : peut-être mourut-il à temps pour sa gloire ; mais il serait injuste de méconnaître les services qu'il rendit aux Pays-Bas. Les Hollandais n'ont pas oublié une des circonstances de la vie du prince et un de ses attachements. Ils lui ont donné pour compagnon de son dernier sommeil un allié fidèle, un ami, — son chien. La figure de l'animal est sculptée en marbre et repose

(1) La maison de Louise de Coligny est à la Haye sur le Plein : on en a fait le ministère des colonies.

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aux pieds de limage de son maître. Ce dûeD saun, diton^ la vie au prince dans une surprise de nuit ; la traditiofl ajoute qu'après la mort du Taciturne^ il se laissa périr de faim. En Hollande^ la poésie s'attache à ces souvenirs de la vie privée.

L'histoire de la Néerlande contient des pages sanglantes : quelle histoire n'a pas les siennes? Dans la ville de la Haye se dresse le Binnenhof^ berceau de la résidence^ mas$e d'édifices et de maisons qui apparUeonent à différents styles d'architecture, un peu étonnés de se voir réunis, mais dont l'ensemble est imposant. Là siégeaient les anciens états généraux et les. états de la province de Hollande. Dans l'enceinte de cette cou: tomba au commencement du dix-septième siècle la létè du vieux Oldenbarneveldt, un des fondateurs de la république des Provinces-Unies, qui mourut martyr doD dogme politique^ celui de la délimitation des pouvoirs dans un État libre. Là j'ai visité, non sans intérêt, lasaile où la première chambre du royaume tient aujourd'hui ses séances : cette salle est pleine de souvenirs. Sur te murs, ornés comme ils l'étaient alors, on croit voir se lever, pour prendre part aux délibérations, les offîbre> des frères de Witt et de tous les hommes d'ÉUt qui ooi fondé la grandeur maritime et politique des Provinces- Unies. L'œil de l'historien cherche encore leur placf dans ces lieux témoins de leur élévation et de leur chute honorable. La mort ti^agique des frères de Witt est, pour ainsi dire, écrite sur les pierres de la prison «tuée à deui

pas du Binnenhof. Cette prison^ dite Gevangertpoort^ existe encore ; elle s'étend dans Tépaisseur de vieux murs creusés en arcade. J'ai vu la chambre dans laquelle fut enfermé Comelis de Witt^ sur la fausse inculpation d'avoir voulu attenter à la vie du prince d'Orange. Le prisonnier venait de subir la question : il reposait sur sonlit^ le corps brisé^ l'àme indomptable. Tout le temps qu'avait duré la torture^ il avait opposé à la douleur un front calme^ à ses accusateurs un regard ferme et dédaigneux, à ses juges ces vers d'Horace : Justum et tenacem propositi vtrum...A côté de lui, son frère lui lisait la Bible. Jean de Witt, ex-pensionnaire de Hollande, était venu à la prison sur Tavis que son frère Comelis le demandait: c'était un piège. Des hommes armés de haches et de marteaux frappent à la porte ; le geôlier, intimidé ou séduit, cède à leurs menaces. Les furieux s'élancent par un escalier vers la chambre où étaient les frères de Witt, qui, au milieu de tout ce tumulte, avaient conservé un admirable sang-froid. On force les victimes à se lever et à suivre leurs ennemis sur la place. Les deux frères s'embrassent dans un dernier adieu et se mettent en devoir de descendre l'escalier. Hs avaient à peine fait deux ou trois pas, lorsqu'un coup vigoureux, assené par derrière, précipita au bas de l'escalier Cornélis} qui s'appuyait au bras de Jean. Traîné à quelque distance de là par les rues, foulé aux j^ieds et hideusement frappé, il ne fut bientôt plus qu'un cadavre. On montre encore sous l'arche qui sert de commutii-

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cation entre le Binnenhof et le Plaats, une petite pote enchâssée dans la muraille : c'est par cette porte qa'oe fit sortir Jean de Witt. Le Plaats est une place entourée de maisons^ où le sang a plus d'une fois coulé. Une^ pèce de triangle en pavés blancs^ avec une pierre au milieu^ indique qu'en cet endroit^ le 29 décembre IM fut massaérée Adélaïde de Poelgeest, maîtresse d'Albert. comte de Hollande. Sur cette place^ Jean de Witt parci la tête nue et ensanglantée devant la multitude. Ces: entre le Heu où périt Adélaïde de Poelgeest et les s^ du Vijverberg que, frappé d'un coup de lance dans hl gure, insulté, blessé au cou, il tomba sur ses genoux e: tournant les yeux vers le ciel et en priant. Un coupi^ feu l'abattit. Le Vijverberg (montagne de Tétang) (om une plaine qui d'un côté est couverte d'allées d'ar bres, et de l'autre côté se creuse en un étang ou vivkr Ce n'est que dans un pays plat comme la Hollai»!T qu'une élévation de terrain aussLpeu sensible peai obtenir le nom de berg (colline). Le cadavre, hideusemeul maltraité, fut traîné sur une petite pelouse qui s'élèv« . tout près du lieu du supplice, et qu'on nomme Gn/^ zoodje. Je laisse à l'histoire le triste soin de raconter U actes de barbarie commis sur les restes inanimés de cei deux grands citoyens. Des gravures du temps, conse^ vées dans la collection de M. Wintgens, représente^ ces atrocités, auxquelles les femmes prirent une partae tive et exécrable. La nuit cacha du moins sous son voil^ une partie de ces horreurs.

A côté de la trace des événements tragiques^ Fhistorien aime à retrouver le souvenir des inventions utiles qui ont accru le bien-être et les lumières du genre*humain. Douze villes de la Grèce se disputaient Thonnenr d'avoir donné naissance à.Hodière: il n'est donc point étonnant que deux cités de TEurope moderne réclament la gloire d'avoir servi de berceau à la découverte de Timprimerie. J'ai lu dans la ville de Harlem, au pied d'un monument élevé à la mémoire de Laurent Coster^ cette inscription hardie : Laurentio Costero, Barkmensi viro consulariy typographiœ inveniari vero monumentvm hoc erigi curavit collegium medicum. Les titres sur lesquels s'appuie cette prétention nationale sont déposés à l'hôtel de ville de Harlem^ à la bibliothèque publique de la Haye et dans quelques collections particulières^ entre autres celles de HH. Enschédé e€ Schinkel. Ces monuments typographiques^ qui sont en même temps les pièces du procès^ méritent à coup sûr l'intérêt de l'historien. Un des premiers livres qu'on suppose avoir été imprimés dans les ateliers de Jean Coster est le Spéculum salvatio nis humanœ. On le conserve à l'hôtel de ville avec l'Apocalypse^ l'Art debien mourir (Ars moriendi), Y Histoire delà Vierge Marie, et quelques autres ouvrages. L'inépuisable obligeance des bibliothécaires de la Haye m'a ouvert les trésors de la collection d'incunables, une des plus riches et des plus curieuses qui existent au monde. Là existe un exemplaire de la Bible des Pauvres^ imprimée en caractères fixes. On peut suivre en quelque

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sorte à vue d'œil^ ftur des fragments réunis et confrontés avec art^ le passage derimprimerie tabeUaire aux lettres mobiles. La bibliothèque de la Haye possède entre autres une pièce de conviction unique : c'est un Ikmai (f) des plus anciens et coni^iet. Plus de six cents monuments typographiques racontent ainsi l'enfance d'une invention à laquelle la civilisation moderne doit une partie de ses conquêtes morales. La plupart des premiers spécimens de l'art typographique ont été retrouvés par hasard dans les reliures d'anciens livres. La conséquence que les bibliophiles néerlandais tirent de cette collection dlncunables^ c'est que de i4S0 à 1440 il existait à Harlem un ateUer dans lequel les caractères mobiles ont été pour la première fois employés.

Limpartialité m'oblige à dire que TAllemagne traite ces prétentions avec un suprême dédain. «Si vous avez^ dit-elle^ des monuments typographiques dont la date soit antérieure à la Bible de Mayence, imprimée en 4457^ montrez«les ; autrement résignez-vous au silence. Qu'estce que prouvent vos pages informes de livres oubliés, anonymes, sinon que vos imprimeurs étalent maladroits? Parce qu'ils faisaient mal, vous en concluez qu'ils ont fait les premiers; nous en concluons, nous, qu'ils n'ont pas su imiter les bons modèles. » A cela que répondent les Hollandais ? a Une découverte ne se produit point tout de suite avec un caractère de perfection. Cette pé-

(i) On appelait Donatt, du nom de l'auteur Donatus, des livres d'instruction élémentaire.

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riode d'enfance et de tâtonnement^ qui signale Taurore de toutes les inventions humaines^ nous le retrouvons précisément dans les traits de notre typographie embryonnaire. Vôtre Bible de Mayence porte au contraire le cachet d'un art très-avancé. L'imprimerie n'a pas dû commencer par là. Une chronique allemande de 1499 reconnaît que si l'art de la typographie a été développé à Mayence^ cet art avait d'abord été trouvé en Hollande. Les expressions latine et germanique dont se servent les chroniqueurs allemands pour désigner l'imprimerie indiquent plutôt le perfectionnement d'une découverte que la découverte elle-même ; ils attribuent à Guttemberg Vadinventio, Yuyrbildung, »

J'ai cherché; entre les deux camps^ à me faire une conviction réfléchie : la chose m'était peut-être plus facile qu'aux Allemands et aux Hollandais, car je suis juge désintéressé dans le débat. Si l'on s'arrête uniquement aux faits matériels^ aux dates connues, l'invention de l'art typographique revient sans contredit à l'Allemagne; mais si l'on consulte les inductions morales^ si l'on prend la peine de confronter et de vérifier les types, si l'on recueille les indices historiques, on arrive à cette conclusion^ qu'antérieurement à la Bible de i4S7 il existait en Hollande, selon toute vraisemblance, une école de typographie. Cette école avait son caractère à elle, caractère informe, enfance de l'art (i). Elle s'est maintenue et con-

(I) 11 existe sur cette question de priorité un livre, quelque peu tranchant, de M. J. Scheltema. Faust, à l'en croire, ne serait qu'un ravisseur qui aurait volé le secret de son maître.

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servée quelque teinps^ n'empruntant rien à rAUemagne, se perfectionnant elle-même pas à pas^ mais toujours dans son type^ dans sa donnée. Elle a laissé en Hollande des monuments nombreuxqui ne se retrouvent nulle part ailleurs, ni en Allemagne^ ni en Angleterre^ ni en Italie, ni en Fraoce. L^imprimerie continua d'être ainsi dans les Pays-Bas en progrès sur elle-même jusqu'au jour où des ouvriers allemands vinrent s'y établir et apportèrent avec eux les types de Guttemberg.

* Laurent Coster, dont le vrai nom était Lourens Janszoon Koster, était un citoyen de ta ville de Harlem, dans laquelle il naquit vers 4370. Il remplissait les fonctions de trésorier de la ville et quelques autres charges importantes. On voit encore sur la place, en face de la cathédrale, Tendroit où étaient ses ateliers, Costeri œdes typographiœ natales. En I8î3, lors du quatrième jubilé séculaire de cette invention, que s'attribuent les Hollandais, un monument fut érigé en l'honnour de Jean Coster dans le bois de la ville (Haarlemmerhout). La Hollande a encore élevé, ^n 1856, h l'inventeur présumé de la typographie une nouvelle statue, qui a été l'occasion de fêtes enthousiastes. Les Hollandais réclament, en faitde typographie, une autre gloire que nul ne leur conteste : on leur doit ces belles éditions qui font la joie des connaisseurs. C'est dans les Pays-Bas qu'il faudrait écrire Thistoire des EIzevirs. Le Muséum Westreenianum (i), à la

(1) Le créateur de ce musée était un excentrique : personne de son vivant, pas même ses amis, pas même ses collègues, les direclears

Haye^ ouvert une fois par mois au public^ selon les intentions du légataire^ contient plusieurs de ces petits chefs-d'œuvre qu'on dirait imprimés avec des lettres de diamant. L'imprimerie néerlandaise a aussi rendu à la littérature et à la philosophie un autre ordre de services en accueillant^ au dix-septième et au dil^-huitième siècle^ la pensée française^ alors proscrite en France et dans le monde entier. Presque tous les grands écrivains du siècle de Louis XIV, puis les encyclopédistes ont trouvé- dans les presses d'Amsterdam le moyen de répandre leur influence en Europe. Ces éditiops d'ouvrages qui ne pouvaient voir le jour dans le pays où ils avaient été conçus, ont fait la réputation de plusieurs maisons de librairie. La révolution de 1789, en introduisant en France la liberté delà presse, soutira bientôt toute la sève qui alimentait cette branche de commerce dans les Pays-Bas. Aujourd'hui ces librairies qui ont donné l'hospitalité à la pensée libre, et qui ont fait la fortune de certains noms tout en s'enrichissant elles-mêmes, ne sont plus qu'un souvenir; mais ce souvenir mérite qu'on s'y arrête. Si l'on voulait raconter l'histoir^ économique de la

de la bibliothèque royale de la Haye, n'avait été admis à visiter les richesses qu'il accumulait secrètement et sans cesse. Un jour ce- )iendant il s'élait décidé à introduire les directeurs de la bibliothèque dans cet Kidorado de l'art typographique, à la condition qu'ils seraient vêtus de robes de chambre sans poches, qu'il les conduirait et les ramènerait lui-même ; mais au moment de l'exécution de ce singulier programme, le cœur lui manqua, et il ne fut plus question d'aucune visite au Musée Westréenien jusqu'à la mort du fondateur.

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Hollande (i)> Taspect du pays et des popuIaiîoDs attentivement interrogé pourrait aussi servir à compléter en plus d'un point les documents écrits. A^ïhserver de près le Hollandais^ on reconnaît tout dé suite qu'un des pri&cipaux traits de son génie industriel est de tirer les infiniment grands des infiniment petits, .^ulle part ailleurs je crois, on ne trouve tant de mains occupées à recueillir et à transformer des objets doués par la nature d'âne* mince utilité. J'ai vu à Zviol des bateaux à voiles entière ment chargés de joncs qui croissent dans les îles et !«$ marais de la Nord-Hollande. Ces joncs servent à tresser des nattes^ industrie obscure^ mab qui occupe des milliers de familles. A Noordwolde^ la fabrication des petits paniers est une source de travail et d'aisance. Tout ce qui fait vivre iliomme^ tout ce qui donne du pain et des vêtements à la population ouvrière ou agricole est res^ pectable. Les ruisseaux de la Néerlande nourrissent de petits poissons dont Técaille sert à faire des perles; b pèche de ces poissons, l'engraissage des veaux sur les côtes du Zuyderzée, la culture des navets dans la Hollande septentrionale^ la fabrication des sabots, l'entretien de$ arbres à fruit, toutes ces forces humbles et occultes de la fortune publique ont contribué pour une certaine pari

(1) Pour sMnitier aux ressources économiques do pays, on peni consulter l'ouvrage du Frison Simon Styl, celui de H. B. hm», la Richesse de la Hollande, publiés dans le siècle précédent ; puLsieî travaux du comte de Hogendorp, dont une nouvelle édlUon annotée vient d'être donnée par M. Thorhecke; V Histoire du commerce d" la Hollande, de M. van Rooy ; des traités séparés de MM. Koenen. van Heemskerl^, Sloet, Moltzer, etc.

à Tétai florissant d'un pays qui a soutenu de longues guerres contre les éléments et contre les puissances étrangères. Dans TOver-Yssel^ la chasse aux canards sauvages donne des résultats qui ne sont point à dédai* gner (1). N'oublions pas les industries maritimes. La pêche des huîtres et des moules est une source de produits pour les populations de la Zélande et du Texel (2). L'esprit hollandais^ si minutieux et si pratique^ n'a

(1) Cette chasse est d'ailleurs une des plus Ingénieuses qu'on poisse Toir ; des canards apprivoisés s'élèvent dans l'air et attirent les canards sauvages; de petits chiens, dressés à un tel exercice, poursuivent ces derniers dans des marécages ou sur les bords d'un canal où ils vont se prendre eux-mêmes dans des filets. L'homme qui préside à la chasse tient dans sa main un charbon flambant pour se dissimuler dans la fumé^ : il a ainsi trouvé l'art de se rendre inyisible.

(3) La partie ouest de l'Ile de Texel fournissait en 1S53 quarante petits bateaux chargés de disputer ces coquillages aux vents et aux marées. Les habitants de l'tle s'occupaient de cette pèche pendant une partie de Tannée et obtenaient 590,000 huîtres, dont la vente s'élevait à 6,000 florins. Dans la Zélande, la pèche des moules et des huîtres se faisait à Bruinisse en 1853 avec soixante-dix bateaux. On tire ces coquillages hors de la mer dans des filets à mailles de fer. Un poissonnier de hi Haye me racontait un jour ses tribulations et son désappointement à propos d'une entreprise qui se présentait d'abord sous d'heureux auspices. Les pécheurs de Scheveningen étaient venus lui rapporter qa'ils avaient découvert i quelque distance de la côte un banc d'huîtres. Le marchand, séduit par cette perspective, fit acheter dans la Zélande tout un matériel considérable et s'embarqua lui-même avec les pécheurs pour diriger l'expédition. On rencontra le banc d'huîtres à Tendroit indiqué; mais les bâtiments de Scheveningen n'étaient pas construits de manière à réussir dans cette nouvelle manœuvre. Ils ne le trouvèrent ni assez forts ni asses profonds pour résister au roulis de la mer ; ballottés par le mouvement des vagues, les fileis ne firent qu'effleurer le banc d'huitres, qui denieura insaisissable. Il fallut abandonner cette mine,

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pourtant pas toujours résisté à l'attrait des chimèies Certaines vieilles maisons de Harlem portent des inscriptions hollandaises annonçant que les propriétaires dr ces antiques et vénérables demeures ont subi autrefois de grandes pertes^ parsuite des perturbations nombreuâe introduites dans les fortunes. Ces inscriptions mystérieuses font allusion à la manie des tulipes. L'amour de^ fleurs ne jouait d'ailleurs dans ces combinaisons financières qu'un rôle très-secondaire. Les innocentes tulipe> étaient le prétexte^ non le but de marchés à terme daffi lesquels s'engageaient avec une fureur extrême les boor sicrs du temps. Les fameux oignons furent assimilés ain différents effets des fonds publics, et, comme ceux-ci. achetés ou vendus à des prix qui variaient de jour es jour. Les parties liquidaient ensuite leurs comptes à àtépoques fixes. C'était ainsi un jeu nouveau et prodigieux. ' où tous les citoyens pariaient les uns contre les autm. I « Avant que la saison des tulipes fût passée^ dit un éch* | vain hollandais, il y avait plus d'oignons cotés sur L | place que, selon toute vraisemblance, les'jardins de b Hollande n'en pouvaient fournir. » Quelques-uns de ces oignons célèbres n'ont en effet jamais existé^ Le sen^

qui promettait des résultais si fructueux. Le marchand revint arec une douzaine d'huîtres qui lui avait coûté 6,000 florins. ■ Et pour tant, ajoutai t-ii, le banc est encore là ! > Cette industrie est liaii* leurs pleine de liasards ; il y a des hivers où dans les parcs le propriétaire perd jusqu'à dix mille huîtres d'un coup. Ces chances etpliquent le prix élevé de ce mets, fort recherché sur les Ubies rich«$ delà Hollande.

augustusy qui fut Tobjet d'achats et 4e ventes frénétiques^ n'a nulle part été vu en fleur. On jouait alors sur les tulipes comme on a joué de nos jours sur les actions de chemins de fer. Le gouvernement de la Hollande dut prendre des mesures pour réprimer cette soif d'agiotage. Aujourd'hui les tulipes ont cessé d'être des valeurs financières, mais elles n'en continuent pas moins de s'épanouir, précieuses et fières^ dans les plates-bandes des jardiniers fleuristes. J'ai visité dans la ville de Harlem ces cultures historiques. Les tulipes de choix réunies dans ces musées de la nature m'ont paru fort belles^ mais .pas plus belles (j'avoue humblement mon ignorance) que d'autres tulipes vulgaires devant lesquelles les connaisseurs lèvent, les épaules. Quelques-unes de ces folles maîtresses pour lesquelles d'anciens amants se sont ruinés coûtent encore des sommes assez considérables (1,000 florins par exemple) ; ces piix^ quelque extravagants qu'ils soient^ ne sont plus en rapport avec les évaluations chimériques attachées jadis à des fleurs qu'on n'a jamais vues. C'était peut-être là leur mérite.

Deux établissements publics jettent encore un jour précieux sur l'histoire de la Néerlande, — le cabinet de médailles à la Haye et les archives du royaume. La collection numismatique est fort riche. Toute l'époque de la reformations la guerre de l'indépendance, les principaux événements de la république^ les hommes célèbres^ revivent là sur le bronze, l'or, l'argent^ ou les pierres précieuses. Les archives de la Haye occupent sur le Plein

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un bâtiment considérable (1). C'est là que logeaient autrefois les députés de la province de Hollande. L'archiviste actuel^ H. Backhuyzen^ est un homme d'esprit et de savoir qui a découvert de nouveaux trésors pour les études historiques dans ce monde de vieux papiers. H a bien voulu me servir de guide à travers les salies où les époques s'étagent de rayon en rayon^ depuis les temps anciens jusqu'à nos jours (2). Parmi les vénérables par-

ti) H y a seulement cinquante ans que M. Henri van Royen, i bre de la première chambre de rassemblée législative de cette époque, proposa de rassembler toutes les chartes et autres documents coifflés autrefois à la garde des diverses administrations publiques et provinciales. Cette proposition fut acceptée, et M. van Wijn, chargé de ce travail, reçut le titre d'archiviste. Un nombre considérable de mémoires du temps des comtes de Hollande et une grande quantité de chartes furent déc4)uverts par lui dans les greniers, sous les combles et dans une des tours du BmnenAo/* àla Haye. Ces documents et ces manuscrits n'avaient pas vu le jour depuis des siècles. M. van Wijn explora aussi les archives de la Zélande et du Hainaut; il rapporta de son voyage plus de deux cents chartes des douzième, treizième et quatorzième siècles, et le sceau original du roi des Romains, Guillaume. Outre les archives du royaume à la Haye, on s'est appliqué, depuis quelques années, à mettre en ordre des ardiives provinciales et locales qui offrent une mine féconde pour une meilleure appréciation de faits peu connus ou mal interprétés jusqu'ici. C'est ainsi que les archives d'Utrecht, celles de la Gueldre, de la Frise, d'Amsterdam et d'autres villes ont fourni d'amples matériaux aux recherches des archivistes, MM. Nyhoff, Eekhofl; Scheltema, etc.

(2) Dans les premières salles se trouvent les archives du teolps des comtes de Hollande ; dans les salles suivantes sont classés les registres des résolutions de leurs hautes puissancesles états généraux des Provinces-Unies, puis les registres et les archives de Taneien conseil d*État de la république, puis les registres des états de Hollande, parmi lesquels vingt volumes contiennent des notes écrites la plupart de la main da grand-pensionnaire Jean de Witt. « J'Ignore,

cttemins qui se déroulèrent sons mes yeux^ je signalerai surtout un document précieux: c'est une adresse des différentes villes de la Kéerlande qui proposent de conférer au prince d'Orange le titre de comte^ titre qui équivalait presque à celui de souverain des Pays-Bas. Le sceau de toutes ces villes^ moulé çn cire vierge^ constitue à lui seul un curieux monument héraldique. Cette adresse fut rédigée^ par le consentement de quelques provinces, peu de temps avant la mort du Taciturne. Le savant jurisconsulte J. D. Meyer a consacré un discours académique à Texamen des projets qui existaient alors pour donner une couronne au Taciturne. Il explique et défend à son point de vue lés motifs de cette résolution. Les communes néerlandaises échappées à la domination espagnole avaient besoin, dit-il^ d'un lien pour remplacer la suzeraineté féodale. La mort du Taciturne ajourna la réalisation de ces plans, en donnant naissance à une république mixte^ composée, d'une part d'éléments aristocratiques et fédéralistes^ de l'autre d'éléments démocratiques^ mais dans laquelle^ en somme, l'aristocratie dominait. Le stathouder ou le pouvoir exécutif s'appuyait sur les masses, lesquelles cherchaient en lui un chef

dit un écrivain hollandais, M. Schotel, s! ceux qui ont écrit l'histoire de de Witt ont jamais jeté les yeux, sur ces lettres, mais ce dont je suis certain, c'est qu'il n'est pas de meilleure source à consulter pour ceux qui osent esquisser le caractère de ce grand homme. » La correspondance diplomatique des états généraux et des états de Hollande conUent aussi un grand nombre de lettres importantes. On vient d'ajouter à cet établissement public les archives de l'ancienne compagnie des Indes.

suprême dont la main pût les défendre contre latyraob^ des grands ou des patriciens ; leur cri de ralliement étth: « Orange boven, Torange en haut \ » Les états^ eux, s'appuyaient sur les régences des villes^ souveraines éwè leur district. Il résultait de cet antagonisme des deox pouvoirs^ dont le premier cherchait toujours à débortler le second^ des luttes incessantes^ luttes pleines de péiipéties. Le stathoudérat fut de temps en temps aboli ; les guerres que le pays eut à soutepir ramenèrent toujoim cette autorité vague^ mal définie, mais à laquelle le «wvenir du Taciturne donnait un prestige dangereux pour les libertés publiques. A tous les moments de crise, U nation éprouvait le besoin de se personnifier dans db homme, et cet homme était alors d'autant plus prépondérant que son autorité reposait sur la nécessité^ sur Testhousiasme quelquefois aveugle de la multitude et 9e Tombre d'un grand nom.

Dans les mômes archives, j'ai vu le manuscrit de YUmm d'Utrecht, Ce traité fut écrit et signé sur un cahier de gros papier commun. Toutes les Provinces-Unies s'y engagèrent à former une ligue pour secouer le joug de l'Espagne. Ce manuscrit historique, d'une forme sinipif et rude, contraste singulièreme*nt avec le traité de Weslphalie, tracé sur de magnifique parchemin et conserva dans une boite de velours, à coins et à fermoirs dorés. L'une de ces deux pièces est en quelque sorte la crèche de la liberté hollandaise, l'autre en est la résurrection. Le traité de Westphalie commence par une phrase curieuse:

a Voulant mettre un terme aux maux que la guerre perpétue entre les peuples... » LVchiviste^ H. Backhuyzen^ me faisait observer avec raison que le gouvernement espagnol avait mis un bien long tepips à s'apercevoir de ces maux et à y compatir. L'acte d'union qui fonda l'existence nationale de la Hollande date de i 579 ; l'acte qui la consacra, par la déclaration splennelle de l'Espagne^ date de i648. Un autre acte important^ celui qui rendit la paix à l'Europe en terminant la guerre de la succession espagnole, fut signé en 1713^ dans l'ancien hôtel de ville d'Utrecht^ communément nommé het Huis van Loo, et qui se trouve aujourd'hui transformé en caserne. La Hollande était alors le théâtre des négociations politiques entre les grands États. A une lieue de la Haye s'élève la flèche de l'église de Rijswijk^ un petit village près duquel^ en 1697^ fut conclu un autre traité de paix entre la Hollande^ l'Angleterre^ la France et l'Espagne. Ce traité fut signé dans une maison du prince d'Orange, qui a aujourd'hui disparu^ mais dont l'emplacement est marqué par un obélisque.

Les villes^ souvent même les singles villages de la Hollande ont conservé surtout deux ordres de souvenirs^ dont l'un se rapporte à la grande lutte de l'indépendance ^ et l'autre aux guerres que le pays soutint contre Louis XIV. C'est ainsi que Groningue célèbre par une fête comméniorative l'anniversaire du siège que cette ville soutint^ en 1673; sous son grand capitaine Rabenhaupt^ contre les troupes de l'évêque de Munster ^ allié du roi de France.

SIO LA NBBILANDE

Nous venons d'indiquer quelques-uns des vest^;es qu'aurait à consulter celui qui voudrait écrire une histoire des Pays-Bas par Içs monuments. Si Ton s'adresse * maintenant à la littérature historique proprement dite, on rencontrera tout un groupe de documents non moins dignes d'une attention sérieuse. Les Hollandais se sont toujours montrés très-fiers de leur langue nationale, à laquelle certains d'entre eux assignent d'ailleurs une antiquité Csibuleuse. Un certain Jan van Gorp a écrit un livre dans lequel il se proposait de prouver qu'Adam et Eve parlaient hollandais dans le paradis terrestre. En même temps, et par une contradiction assez curieuse, ce philologue, dédaignant la langue la plus ancienne du monde, écrivait sa pensée en latin. Longtemps ce dédain du dialecte vulgaire se maintint parmi les savants et les lettrés. Les grands écrivains de la grande époque, Érasme, Grotius, Heinsius, Vossius, Spinoza, Barloeus et Arminius, se sont exprimés dans la langue de Pline et de Cicéron. On ne saurait dire pourtant quil n'existât point alors de littérature néerlandaise. L'idiome des anciens Frisons, desBataves et des Belges était le teuton dans ses divers dialectes, dont on retrouve encore plusieurs vestiges dans la langue néeriandaise. De la' fusion de ces dialectes se forma l'ancien néerlandais, qui

remonte jusqu'au sixième siècle de notre ère (1). Il subit au moyen ftge les vicissitudes qui atteignirent tous les idiomes de TEurope^ et passa par diverses phases normandes^ germaines et françaises ; mais le fond de Fidiome primitif se conserva, et la branche frisonne surtout resta presque intacte. II existe des chroniques du treizième et du quatorzième siècle^ en langue nationale^ parmi lesquelles on cite celles de Haerlant^ de Melis Stoke^ de Louis de Velhem^ de Jean de Helu^ qui ont été rééditées ou annotées au milieu de ce mouvement d'exploration qui s'est développé depuis un quart de siècle dans toute l'Europe. Les travaux de HM. les professeurs Jonckblaet, de Vries^ David et autres té*moignent assez que la Hollande et la Belgique ne sont point restées en arrière dans la recherche des trésors historiques et littéraires. Je me bornerai à citer un trèsancien poème intitulé Natuurkunde (Philosophie de la nature) , dans lequel l'auteur parie des étoiles, a ces chandelles de l'air^ o des astres a qui chantent entre eux des chants merveilleux^ d des démons^ a chevaliers des ténèbres qui vivent dans l'éther et qui font toute sorte de mal aux hommes. » Un catholique hollandais^ M. Alberdingk Thijm^ a rendu le service d'exhumer plusieurs autres monuments primitifs de la langue néerlandaise (â).

(1) Histoire de la langue néerlandaise^ par M. Ypey, professeur de GroniDgue.

(2] Ces travaux ont paru poui* la première fois dans un recueil estimable, VÂstrée, dirigé par H. Wat.

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L'influence bourguignonne avait cependant altéré le caractère original de Tancienne littérature de la Hollande. La langue -néerlandaise perdait chaque jour du terrain dans les classes élevées. Il est certain -que les racines de Tidiome national se trouvaient fortement atteintes par les secousses politiques, les émigrations, Tinvasion des réfugiés de tous les pays, qui cherchuent un asile en Hollande. Cet idiome fut en conséquence négligé par les beaux esprits et les écrivains qui visaient à la célébrité. Van Baarle, qui vivait à la fin du seizième siècle, adresse cette remontrance à deux jelmes poètes dont il était le patron : « Quelle langue parlons-nous, nous autres Néerlandais ? Un idiome composé de mots empruntés à un jargon étranger. Nous ne sommes qu'une bande nomade de Cattes conduits par le hasard vers les bouches du Rhin. Pourquoi donc ne pas adopter de préférence la langue sacrée de Rome ? Les puissants descendants de Romulusont autrefois campé dans ces plaines que nous habitons, d II est heureux que ce conseil n'ait point été suivi. Si les Hollandais n'avaient .point eu de langue, ils n'auraient point ressaisi leur nationalité. Sans le secours des prédications faites dans l'idiome vulgaire, sans les publications en vers et en prose de van Breederode et des chefs de chambres de rhétorique, les populations néerlandaises n'auraient jamais été remuées par le souffle de la parole et de l'idée au point où elles le furent au milieu du seizième siècle. Op doit donc un souvenir respectueux aux fondateurs de la langue et de

la littérature nationales. Déjà les écrits de Philippe de Hàrnix avaient paru ; déjà dans la cité d'Amsterdam s'était formé un noyau de littérateurs distingués autour de deux hommes^ Coornhert et Spieghel^ présidents de la chambre de rhétorique^ qui portait pour devise : In liefde blœyende (elle fleurit au sein de Tamitié). C'était le berceau de la régénération littéraire qui devait préparer la régénération politique et religieuse.

Tels étaient l'état des espritset lé mouvement de la littérature nationale lorsque parut Hoofl. Peter-Cornelisszon* Hooft avait fait ses études à l'université de Leyde^ sous Joseph Scaliger. Encore jeune^ il éprouva le besoin d'affermir et de développer ses connaissances à Fécole des voyages. L'Allemagne^ la France et l'Italie lui présentèrent successivement un théâtre de faits qu'il observa en homme mûr pour la réflexion. Sur les bords de l'Amp^ admis à la cour du grand<duc et introduit dans la société de la Crusca^ il se familiarisa avec les meilleures productions de la littérature italienne. Dante lui apprit comment on tire une langue vulgaire des ténèbres de l'enfance^ et ces leçons ne furent point perdues. De retour dans les Pays-Bas^ Hooft témoigna un grand amou^ pour ie langage de sa terre natale ; il se montra dès lors soucieux de répandre dans le dialecte hollandais ce caractère d'éloquence et ces grâces de l'esprit qui relèvent d'autres idiomes. Retiré dans son château de Muiden^ où il recevait une société choisie, Hooft se livrait alternativement aux joies sévères de l'étude et aux délassements de Ta-

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