‹ La néerlande et la vie hollandaiseChapitre 23 sur 68 · II. i-.<i",G(Hinlc · texte numérisé non relu

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cher lâche dans le ciel comme une volée d'oiseaus, ces horloges qui enchantent le temps, tout cela est en harmoine avec les lignes calmes et reposées du paysage. Les jardins qui bordent l'eau sont entretenus, sablés, ratisses, peignés avec un soin extrême. Des arbres chargés de fruits varient agréablement le fond an peu monotone de la verdure.

Tacite, en parlant de ces contrées basses et froides, di^ : s Les richesses de l'automne leur sont inconnues ; ces peuples n'ont que trois saisons, l'hiver, le printemps et l'été. » En Hollande, l'art de i!horticulteur a créé une saison que n'avait pas indiquée la nature. L'homme a fait ici l'automne en introduisant les produits qui sont l'ornement et la couronne de cet âge de l'année. Dans la Hollande méridionale notamment fleurissent des treilles dont la prochaine récolle est déjà retenue pour l'Angleterre. Les jardiniers des Pays-Bas ont excellé de tout temps dans l'art de hâter la maturité des fruits par le moyen des couches et des châssis; on leur attribue même d'avoir enseigné aux autres peuples le gouvernement des serres. Cet automne sous verre est riche en melons et en toutes sortes de fruits et de légumes qu'ignorait la Bata\-te.

En Hollande, les villes, les villages se touchent ; c'est une conséquence du peu d'étendue du territoire. Les maisons S'ont petites, discrètes et circonspectes ; on reconnaît dansles habitations comme dans le caractère des habitants cette modération des goûts et des désirs qui

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est la philosophie du bonheur. Les Hollandais n'ont point comme les Belges la maladie du badigeonnage ; ils laissent à leurs maisonnettes la joyeuse couleur de la brique. Cette couleur rouge, combinée avec la verdure des arbres, avec le bleu sombre des canaux et avec l'or ' du soleil, donne aux villes des Pays-Bas, souvent même aux simples villages, un air de fête. Un goût très-répandu, surtout parmi les femmes, c'est le goût des fleurs. Ici, la vie de l'intérieur est un poëme, et l'on cherche tous les moyens de l'idéaliser. Nous avions déjà remarqué dans les Flandres que les habitudes morales s'élevaient avec l'amour des fleurs : dans la Néerlande, c'est " une inclination qui devient générale. Telle rose qui s'épanouit derrière une vitre hollandaise, bien nette, bien transparente, est comme l'âme parfumée de la maison. Ces jardins domestiques sont quelquefois de véritables serres, tant la Flore en parait riche et va^ié^■ Une des plantes les plus recherchées deâHollandaisestla jacinthe; ils en ont detoutes tes variétés : la séphrone (blanche), la rote unique, la Jenny Lind, la gare-les-yeux ^ (rouge), Vaimable bergère, VOlhello, qui est de couleur sombre et tragique, coinme il convient au Hore de Venise. Transplantés dans un autre pays, ces oignons dégénèrent; vrais enfants de la Batavie , ils ne se plaisent qu'en Hollande. Derrière ce rideau de fleurs éclAt le plus sonvent une figure de jeune fille qui se cache, hiais après avoir été vue.

Les femmes de la Néerlande sont curieuses comme

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toutes les filles d'Eve; seulement c'est une curiosité qui. se dissimule derrière une espèce de châssis vert qu'on appelle en hollandais horritje. L'habitude est de regarder ce qui se passe dans la rue, non dans la rue m^ne, mtùs dans deux miroirs' placés en manière d'angle^ qui reliéchissent les objets, et qui méritent bien le nom que l'idiome vulgaire leur a donné, celui à'espions. Là, une blonde Hollandaise, ou même une brune (car les cheveux noirs ne sont pas rares dans les Pays-Bas), asûse sur sa chaise, contemple pendant des heures entières, sans être vue, ce qui marche, ce qui flotte, 'ce qui s'anime. Cette image silencieuse du mouvement et de la vie est en rapport avec le caractère des personnes. Les beautés hollandmses sont des beautés timides et diaphanes, dont la physionomie tranquille ressemble à l'eau du canal qui dort devant les fenêtres de la maison. On connaît la réputation des eaus dormantes ; mais ici les passions intérieures sont, dit-on, maintenues par la régularité de la vie et par la simplicité des mœurs. Rien ne manque à la jme paisible et recdeillie^de ces maisons situées dans les petites villes où dans les villages de la Hollande,.quand par hasard la cigogne vient s'y poser et y faire son nid. On a ici pour les cigognes le respect naiî et touchant qu'on témoigne dans d'autres endroits pour les hirondelles. La cigogne est en eSet une hirondelle sur une plus grandeécbelle; elle fait aux grenouilles, aux crapauds, aux rats, aux couleuvres, aux mulots, la guerre utile que l'hAte de nos-cheminées et de nos vieux châteaux fait aux insec-

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tes. Les cigognes sont regardées en outre comme des oiseaux de bon augure. N'ayezcraintequ'onlestue. Heureux le toit près duquel elles veulent bien s'abattre, plusheureux celui où elles daignent élire leur domicile ! On leur construit même des perchoirs et des abris artificiels pour les attirer : le nid de la cigogne est la couronne de la maison (1).

L'abondance des eaux qu'on a toujours sous la main devait contribuer à répandre en Hollande les "habitudes de propreté. Sans parler de Broek, ce curieux village qui semble détaché d'un vase chinois, nous avons rencontré partout, même chez les pauvres, des instruments d'étain ou de cuivre que le nettoyage fait d'argent ou d'or. En Belgique, on a fondé, depuis quelques années, des prix de propreté; en Hollande, on est propre sans le savoir et sans qu'aucun Honthyon s'en mêle. C'est te mercredi, le vendredi et le samedi qu'on fait la grande toilette des maisons. Ces jours de schoonmaking (nettoiement général), la rue appartient aux servantes. On les voit

(0 La cigogpe peinte oa sculptée en relief figure enr les édifices IHibliGS et sur les fontalDes delà Haye. Ce sont les armes de la illle. On nourrit trola ou qjiatre de ces oiseaux privés, dans le marché aux poissoDS.Quand, par accident, une cigogne se casée la patte, on pouBse quelquefois l'homaailé Jusqu'à lui mettre nue patte debols. CeUe reconnalisance des Hollandais envers lesanimaux qui leur rendent service nat un trait de moeurs qui ne doit pas être passé sous silence. Lors du fameui siège de Leyde en I&T1, les pigeons qui apportèrent aux assiégés la nouvelle d'une prochaine délivrance furent respectés pendant leur vie et empaillés après leur mort. On les conserve reli^ gleuaementdana l'Hiiicl de ville.

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ET LA VIE HOLLANDAISE. il?

alors puiser j verser, jeter les seaux d'eau avec une sorte d'exaltation. Ces filles, ordinairement si calmes, sortent tout à coup de leur caractère : on dirait les bacchantes de la pfopreté.En Hollande, on brosse son mur, comme ailleurs on brosse son habit. La façade et l'intérieur des maisons, tout est lavé, frotté, écuré avec un soin impitoyable. On peut donner de cette propreté plusieurs raisons géographiques : il est reconnu que l'atmosphère des Pays-Bas détériore très-vite le bois et les métaux, d'où la nécessité de les peindre, de les frotter et de les polir sans cesse pour éviter la moisissure ou la rouille. Si l'hiver est froid et si le printemps est aigre, l'été est quelquefois très-chaud, et comme, par suite de l'exiguïté du territoire, les populations se trouvent fort pressées les unes contre les autres, sans le soin qu'on a de nettoyer les maisons et les villes, le pays ne serait point habitable. C'est ainsi que les coutumes nationales dérivent de causes naturelles qu'on ne voit pas ou qu'on n'observe pas toujours, mais dont le lien, si délicat qu'il soit, existe pourtant. D'un autre côté, il est dans la nature de rht>mme, et surtout dans celte de la femme, de s'attacher d'autantplus à son intérieur, que cet intérieur est plus net ou plus orné. La propreté des habitations a contribué en Hollande à fmre aimer la vie de famille. La maison, que les anciens appelaient a le monde de la femme,» muru^us muliebris,^ besoin, pour la contenir tout entière avec ses goûts et ses affections, d'être une image en petit de l'ordre qui règne dans l'univers. Cette

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