‹ La néerlande et la vie hollandaiseChapitre 25 sur 68 · II. i-.<i",G(Hinlc · texte numérisé non relu

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ISa LA NÉERLAKDE *

semblable que le dessèchement des lacs et des marais a dû exercer sur les saisons de la Batavie une influence heureuse. En chassant les eaux intérieures, le pays a dû s'assainir, et il perfectionne encore tous les jours les conditions d'un climat qui reste toutefois soumis aux bourrasques et aux caprices de la mer. Les fléaux d'ailleurs apportent avec eux un^ compensation. L'humidité devient un des éléments de la culture. L'inondation renouvelle chaque année la fertilité des terres. On lui doit ces riches et luxuriantes prairies de la Nord-Hollande, où les bétes à cornes, perdues dans l'herbe, sont nonchalamment occupées à f^ù% du lait. Dans les terres ainsi fécondées, la végétation est, on peut le dire, insolente de santé.

L'excentricité du milieu géographique crée, entretient, conserve l'originalité des coutumes nationales. On connut l'ancienne réputation des kermesses hoUan- . daisâs. Chaque ville, chaque village a la sienne, qui tombe ordinmrêment pendant l'été. Ces fêtes durent plusieurs jours. On y voit des boutiques, des charlatans, des animaux plus ou moins fabuleux, des parades, des manèges, des géants, des figures de cire, des chevaux de bois. Les jeunes filles vont se faire dire la bonne aventure dans une, cabane de toile, antre discret et caché de la sibylle foraine. Cêqu^d y a de plus élégant, ce sont de petites maisons en boisd'un goût un peu théâtral, avec des lustres, des miroirs, quelques porcelaines, des dorures, des meubles peints non sans un certain art^

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de grands vases de cuivre remplis d'une pflte blanche, et une femme assise sur une chaise haute devant un feu qui pétille. Dans ces maisons portatives sont des cabinets particuliers fermés de rideaux, rouges et blancs, ob l'on mange des manières de crêpes larges comme un écu de cinq francs. Un autre ornement de la fête, ce sont les Frisonnes. Leur costume, surtout leur coiffure, est d'un goût charmant et d'une propreté délicate. Elles font d'excellentes gauffres qu'elles prtimènent dans la vitte sur des corbeilles.

Les BoHandais se montrent aussi trës-avides' de légumes confits dans le vinaigre: de jolies baraques étalent un grand luxe de bocaux rangés avec symétrie, et dans lesquels nagent des oignons, des concombres, des dtironSj des crevettes. On mange toutes ces aigremt avec des œufs.

. Comme la fête dure habituellement une semaine, c'est le samedi qu'on s'abandonne. Ce jour-là, en effet, lajoie hollandaise est un peu grosse et bruyante : cet entrain, ces danses nocturnes, ces rondes de sabbat dans la rue, cette liberté de la fête qui mêle et efface toutes les classes, ces chants qui se prolongent jusqu'au jour, cet emportement des femmes qui contraste avec leur calme habituel, ces mystères que la nuit aime à cacher sous ses voiles, tout cela ressuscite les toiles des vieux maîtres qui ont célébré les bacchanales du Nord. A travers cette ivresse joyeuse, la naïveté des mœurs hollandaises ne se dément pas : on dirait u ne orgie dans le paradis terrestre.

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Tout un personnel d'hommes et de femmes est attaché au service des kermesses : ce personnel se déplace .de ville en ville, et couche, comme autrefob les Scythes, dans des maisons roulantes. Cependant les kermesses de la Hollande sont en décadence : la facilité toujours croissante des relations commerciales, le développement des magasins et des boutiques, leur enlèvent de jour en jour toute raison d'être. Leur ancienne prospérité ne se maiiotient que dans certaines villes de la Frise, où les mœurs et les habitudes locales s'abritent derrière le Zuyderzée comme derrière le gardien des traditions. Il y a également dans la mythologie des Scandinaves une mer autour de laquelle rien ne change; les hommes euxmêmes n'y vieillissent pas.

Ce qui manque à la Hollande, ce sont les montagnes. Peut-être faut-il rapporter à oette cause, en partie du moins, le fmble développement de l'architecture. La montagne est au paysage ce que le geste est à la physionomie. Dans les endroits où elle est absente, le sens . architectural doit être restremt. En Hollande, l'art de bâtir s'est plutôt attaché à faire de joUes maisons que' des édifices publics. Ici, chacun vit chez soi; on adore les dieux lares. De petits jardins, cachés dans l'intérieur des maisons, dont les arbustes en fleur exhalent une odeur de félicité domestique, réunissent le soir toute la famille et quelques amis. Nous avons remarqué, surtout à Rotterdam, ces étroites -portes, peintes en noir, par lesquelles on entre un à un comme dans un sanctuaire.

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