‹ La néerlande et la vie hollandaiseChapitre 27 sur 68 · II. i-.<i",Goonlc · texte numérisé non relu

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intime avec 1& fonne géographique. Les mœurs, les institutions, les coutumes des habitants découlent des conditions que la nature a faites aux anciens conquérants de la Néerlande. Ces masses d'eau qui se laissent traiter paria miùn de l'homme avec une soumission d'enfant, comm^ si elles avaient fini par reconnaître la supériorité de la force intelligente, ont, en-quelque sorte, assisté aux progrès de la civilisation. - Paisible comme ses canaux, vigoureux comme ses dunes,teiTiblesuFmer comme les tempêtes qui battent ses côtés, le génie holIandEÛs est en harmonie avec le caractère de son territoire. Les deux principales industries des Pay»-Bas, l'extraction dé la tourbe et la pêche, se rattachent également à la constitution du sol. H était donc essentiel d'indiquer d'abord la fonnatioa géologique de la Néeriande et le rapport de cette formation, ouvrage combiné de l'homme et de la nature, avec les habitudes d'un peuple qui s'est foit luimême. Si les primitif Bataves revenaient en Hollande, ils ne retrouverûent plus leurs anciens marais, mais ils reconnaîtraient dans leurs descendants l'empreinte delà race et des tùrccmslances extérieures qui l'ont modifiée.

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LA TOCHBE ET 1.Ea TOimBIËHES DE LJ BOLLANDE.

Dans presque tous les pays civilisés, l'homme, ayant détruit les forais, a cherché eous la terre ses moyens de chauffage. Il vit de la sorte sur un fonds de végétation ancienne dont la sage prévoyance de \A nature lui a conservé les restes. La houille, .l'anthracite, la tourbe, suivant les diverses contrées géologiques, suppléent à l'absence du bois, qui devient de plus en plus rare. Les tourbières sont distribuées sur plusieurs régions de l'Europe : on les retrouve en Angleterre, en France, en Allemagne, en Suisse et même en Italie ; mais nulle part elles ne se montrent aussi abondantes que dans les Pays-Bas. On pourrait dire que U Néerlande est la pateie de la'tourbe^ Ici en effet, sous une couche d'argile ou de sable, il n'est pas rare de rencontrer cette terre noire et bitumineuse, dont les habitants se servent pour faire du feu. En creusant les canaux, en posant lés fondements ' des maisons, on met tous les jours à nu les veines de ce

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combustible enfoui depuis des siècles. A quelques pieds de la surface, la tourbe apparaît. En certains endroits, elle se révèle par la nature inconsistante du sol. La terre élastique et comme gonflée d'eau cède sous le pied qui la presse, puisse relève aussitôt. Cette terre qui tressaille, cette terre sensitive, en quelque sorte, est connue des habitants, qui disent d'elle : Het land leeft, voilà une terre qui vit.

L'extraction de la tourbe fournit du traval à des milliers de. bras. Presqlie toute la population de la Hollande se chauffe avec cette terre ; combien d'habitants en vivent ! Le mode du chauffage n'est point étranger aux mœurs ni à la ,vie domestique -des nations. Un ami de WaKer Scott nous racontât avoir entendu répéter souvent au célèbre romancier : « Dites-moi comment un peuple se chauffe, je vous dirai qui il est. » Les anciens avaient bien compris ces rapports, eux qui firent du ' foyer, focus, le symbole religieux de la famille. Avec un sens admirablej ils avaient placé les dieux dans cet endroit de la maison autour duquel se serrent et se concentrent les plus tendres affections du cœur humain. Le coin du feu est chez toutes les nations de l'Europe le siège des relations intimes; mais c'est surtout dans la vie des peuples du Nord que le foyer jouC' un rôle principal et délicat. Là l'homme, obligé de faire la lumière et la chaleur, a mis dans cette œuvre journalière une étincelle des sentiments qui poétisent l'existence. Aux ve.illées d'hiver se rattachent les plus doux sou-

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vehirs et les tableaux les plus touchants de la félicité domestique. Les traits graves de l'aïeul, les joues rouges des petits enfants, le sourire furtif des amoureux, tout cela s'éclaire saintement à la lueur de ce soleil artificiel qui réchauffe et délasse des travaux de la journée. Le bien-être du foyerj qoi contraste si fort avec les intempéries de l'air ambiant et les rigueurs du climat, contribue à développer dans le Nord la vie d'intérieur. En Hollande, cette contrée où tout est particulier, le chauffage ne devait point ressembler à celui des autres nations, ^fple, ce grand peintre des mœurs rustiques, a remar^ que tout ce qu'avait d'intéressant et de poétique la . fumée qui s'élève vers le soir d'un toit de chaume. Dans les Pays-Bas, les cheminées fument plus qu'ailleurs. Combien de fois, dans les planes sans fin de la Drenthe et de rOveryssel, ne me suis-je point arrêté à regarder les nuages épais et blancs, que dégageait dans le ciel un modeste feu de- tourbe ! Ces toits de chaume ou de gazon ainsi panachés faisaient rêver à toutes les joies tranquilles de ta nature. La fumée qui monte le soir vers le ciel est, si on l'ose dire, la prière de la maison.

On peut même trouver un rapport entre la nature du ' combustible et le caractère des Hollandais. La meilleure tourbe s'enflamme dii^cilement ; l'étranger, dont les membres sont raides de froid, supporte avec peine les lenteurs de ce feu domestique. Aussi plus d'un a-t-il vu dans cette combustion pénible une image de U patience batave, Kolland^he patientie. La tourbe prend malaisé-

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ment le feu ^makunefois qu'elle l'a conçu, elle le garde , et le retient loi^mps, symbole encore en cela du caractère des habitants, qui ne s'enflamme pas très- ' vite , mais qui nourrit longtemps son enthousiasme. L'usage de la tourbe est très-anden ; il remonte, selon toute apparence, aux premiers temps où le pays fut habité. La néc^sit^ k laquelle était réduit le peuple batave en brûlant sa propre terre a arraché une plainte et un soupir au grave Tacite. Pline admhait l'industrie de ces peuples qui, dépourvus de bois, prenaient de la terre dons leurs mains, et avec cette terre séchée au vent encore plusqu'au soleil, préparaient leurs aliments, réchauffiùent leurs entrailles engourdies par les glaces du Nord, rigentia teptmtrione viscera sua urunt. Extraire la tourbe et s'en servir comme moyen de chauffage est un art connu en Hollande depuis les temps les plus reculés (1), mais ce qui est relativement nouveau, c'est l'amélioration de ce combustible par des procédés techniques. Dans l'enfance de cette industrie, tes habibrnts extrayaient la tourbe par mottes grossières, informes, et la brûlaient après l'avoir fait sécher. La tradition rapporte la méthode de faire et de préparer la tourbe ii des paysans de la Hollande et de ta Frise qui, vers l'an 1915, découvrirent le moyen de perfectionner 'Ce présent de la nature. Une telle invention se répandit Busàtôt. A la fin du treizième siècle, on vendait assez gê-

(1) Il est tait mentioa delà lourbe dans les loU Baliqnes.

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ET LA VIE HOLLANDAISE. ISl

néraletneat dans les Pays-Bas des mottes de tourbe travaillées et qui avment une forme régulière. Cette forme a d'ailleurs changé d^uîs tes temps historiques ; nous avons vu à Leyde, dans l'H6tel de villej des morceaux de tourhfi pi-is dans une tente des ennemis pendant le siège de 1574r, et qui sont tout k fait cubiques, tandis que la figure actuelle est celle d'un parallélipipède allongé.

Les Hollandais ne sont point d'accord entre eux sur l'étymologie du mot par lequel on désigne dans leur langue ce combustible, turf ou torf. Plusieurs le font dériver d'un ancien vocable dont ou durst, qui signifie pauvreté, par allusion sans doute à la pénurie de bois contre laquelle les glèbes fossiles sont appelées à réa^r. Cette idée de pauvreté convient, il ùut l'avouer, à la tristesse des foyers qu'alimente la tourbe. Ce combustible ne donne malheureusement pas la flamme joyeuse du bois, ni la riche lumière du charbon de terre. La tourbe blanchit plutôt qu'elle ne flambe. Autour de ces foyers ternes, le plus souvent fermés, on ne voit point, comme k la lueur des feux de bois, danser sur le mur les e^)rits femiliers de la maison. Si elle ne donne point l'éclat pétillant ni la choeur des autres combustibles, la tourbe n'en est pas moins une ressource considérable dans un pays où la nature a tout fait, non pour l'homme, mais contre l'homme. La consommation de la tourbe augmente toujours dans la Néerlande, ainsi qu'on peut s'en convaincre par des chiffres. Elle était de 33,275,

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