‹ La néerlande et la vie hollandaiseChapitre 29 sur 68 · II. i-.<i",G(Hinlc · texte numérisé non relu

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d'abord sur les tourbières hautes [hooge veenen] que doit se porter l'attention.

Assen est une ville ouverte, bien neuv'e, bien tranquille, bien éclairée, où siègent les états provinciaux de la Drenthe, où demeure un inonde officiel d'employés et de magistrats, où de jolies maisons, posées çà et là, coDune pour leur'plaisir particulier, semblent peu soucieuses de former des rues, où des quinconces d'arbres, des nappes de sable, des tapis de gazon, des e^ pèces de squares anglais, relient pai; un, trait d'union de verdure le Palais de justice, l'Hfttel de ville, le Temple des réformés. Tout près de là s'élèvent de charmantes habitations rurales, et à cAté de ces maisons de campagne s'étendent des jardins ou des prairies qui, il y a un quart de siècle, étaient 'des tourbières. Un grand nombre de ces tourbières sont encore en exploitation ; elles coaknuniquent par des canaux particuliers, avec un canal central qui joint la ville d'Assen à celle de Hepcl et sur lequel se gonflent les voiles de lourds bateaux qui transportent la tourbe. Situées au milieu de véritables steppes où croissent la bruyère et d'autres plantes sauvages, les tourbières hautes, — nom qu'elles doivent à leur position plus élevée et Ji leur nature relativement sèche, — constituent la principale, et l'on pourrait même dire la seule richesse de cette province, que la culture n'a point encore vivifiée. Au soleil couchant, quand le ciel est rouge, ces tranchées ouvertes dans une terre noire, ce sol dévasté à une certaine profon-

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deur par la bêche, ces amas de glèbes bitumineuses qui sèchent au vent, les ombres de travailleurs que grandît le crépuscule, tout cela forjne un point de vUe abrupt que n'edt point dédaigné le pinceau de Salvator Rosa. Il convient de nous introduire sur le théâtre de ces travaux ; nous suivrons mieux ain^ les diverses transformations que la main de l'homme fait subir à une ma- 'tière brute, inculte, stérile, pour la rendre capable de services industriels et domestiques.

Quand le proprié^ire d'une lande tourbeuse a résolu de convertir son champ en un atelier d'exploitation, il lui faut avant tout délivrer la (erre des eaux qui l'imprègnent comme une éponge. Lés ouvriers attachent quelquefois à leurs pieds des appareils en bois, d'une grandeur variable, qu'en nomme en hollandes bredden, et qui empêchent ces pauvres hommes d'être absorbés par les abîmes d'un sol marécageux. Une fois la surface reconnue, on pratique, à vingt-quatre pieds de dislance les unes des autres, et à la profondeur de trois ou quatre pieds, des' tranchées {wallm) qu'on revêt souvent d'un mur de terre pour que la matière tourbeuse ne s'éboule pas. La profondeur de ces fossés augmente successivement ; il faut d'ordinaire huit années avant que l'on, puisse attaquer la tourbe. L'aménagement des eaux soustraites à la terre par des saignées habiles et méthodiques constitue une véritable science. Il existe un art . de recueillir ces eaux dans des fossés, de les retenir par des écluses et de les diriger, au moyen de conduits, vers

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le canal qui doit servir au transport du combustible.

Le champ étant ainsi façonné et les eaux étant soutirées; on procède à l'extraction de la matière tourbeuse. Là division du travail est le principe fondamental deloute industrie. Les ouvriers se distribuent par groupés de àx ou sept hommes. Les fonctions auxquelles ils se livrent peuvent d'ailleurs se partager en quatre temps. Un premier ouvrier fend, h l'aide d'un instrument tranchant ap-' pelé en hollandais stikker, la surface de la couche tourbeuse. Un second ouvrier, avec cette sûreté de coup d'oeil que donne l'exercice, relève leë mottes tranchées . à l'aide d'une petite bêche {spade). Un troisième ouvrier rftçoit du second les glèbes divisées qu'il pique avec une sorte de fourche (vork), et qu'il range en même temps sur une brouette. Cette brouette est conduite par un quatrième ouvrier sur la partie ouverte du chantier oii s'entassent d'abord les tourbes saturées d'eau. L'art conaste à renverser la brouette de telle n^ière que les pièces de limon végétal se trouvent disposées en une sorte de mur saiis qu'on y mette la main. La substance tourbeuse est en effet tellement molle et tellement senâble, qu'elle garde l'empreinte de tout ce qui la touche. Il est à observer que ces pains de tourbe présentent alors un volume beaucoup plus considérable que celui auquel plus tard ils se trouveront réduits en séchant.

Aux travaux d'extraction de la tourbe succèdent les procédés de dessiccation. C'est ici une partie importante de l'industrie qui nous occupe. Âti moment où elle sort

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déterre tout imbibée d'eau, la tourbe est absolument impropre aux usages du foyer. Cette matière moUé semble prendre par la dessiccation une nouvelle nature,.elle devient un combustible. Il existe une méthode pour atteindre ce résultat. Nous avons laissé les morceaux de tourbe trempés d'eau s^accumuler sur le champ de travail ; dès qu'ils ont acquis assez de consistance pour être maniés, ils sont disposés avec un art singulier, de manière ô recevoir de partout les rayons du soleil et l'influence du vent. Les ouvriers forment des piles, en ayant ■ toujours soin de poser une tourbe en largeur sur deux tourbes en hauteur, à peu près comme le mouleur place les briques et les expose à l'air a^ant de les cuire. Le chantier présente alors des rangées de carreaux symétriques, coupés de petits sentiers dans lesquels marchenl des femmes et des enfants qu'on emploie volontiers à cette besogne. On déplace ensuite plusieurs fois chaque morceau de telle sorte que l'air puisse jouer librement sur toutes les surfaces de la tourbe. Quand les mottes d'en haut commencent à sécher, on les pose en bas, et on relève celles que le contact avec la terre met dans une situation moins propice pour acquérir les propriétés inflammables. Si le vent souffle de l'est ou du nord, les tourbes se dépouillent encore assez vite de l'humidité qui leur est inhérente; mais si le ciel est pluvieux, comme il arrive trop souvent au mois d'avril et de mai, il apporte un obstacle à la confection de cette matière terreuse. On a vu sous des ploies trop prolongées se détruire

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ainsi l'espoir d'une abondante récolte industrielle (1).

Lorsque, après avoir été plusieurs fois maniés et déplacés^ ces morceaux de tourbe ont enfin acquis le degré de sécheresse nécessaire, on les rassemble en gros tas carrés ou ronds, qu'on recouvre de joncs, de foin ou de paille, pour les défendre de la pluie et de la gelée. On les recueille aussi dans des granges, sur des lattes ou des planches disposées de telle façon que le vent puisse y ctfculerde toutes parts. La tourbe ne sort plus de ces granges que pour être transportée au marché dans de longues barques qui ont un mat très-haut et une grandevoile.

Quand toute la tourbe est extraite, on trouve au fond de la tourbière des arbres qui appartiennent généralement k la famille des pins. J'ai eu occasion de voir moimême des tas de bois, qui avdent été ainsi enfouis sous la couche, et dont^la substance n'était presque point altérée. Lesbranches réaineusesde ces pins servent comme

(1) Les inconTénienta de la deasiccation en plein air ont deputs longtemps frappé les éonomlstes. On s'est demandé s'il ne vaudrait pas mieux Bêcher les tourbes dans un endroit couvert. Des essais ont été dirigés dans ce sene ; mais jasqu'lci lee résultats obtenus n'ont point été concluants. Nulle part on n'a pu délivrer complètement la. tourbe de lliumldlté qui la pénètre. Quelques-uns des établissements fondés pour la raréfaction de ix combustible ont eu recours à des procédés techniques. On comprimait la matière tourbeuse ilana des moulespourvus de troue ou de petites rigoles; mais en ta traitant ainsi on perdait considérablement de parties finis, ligneuses, auiquelles l'eau était mêlée, et qui s'écoulaient avec elle. Dans le Hanovre, on sacriQe ainsi jusqu'à 6S pour 100 de la base calorifique. Pour obvier A cet Inconvénient, il est nécessaire do renfermer la substance tourbeuse dans des toiles depi'ession. .

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de flambeau pour éclairer les nuits d'hiver. On déterre quelquefois des troncs énormes légèrement noircis, et qui peuvent encore être employés aux usages industriels. C'est aussi le moment de dire un mot d'une substance légère, poreuse, feuilletée,quisert de toit àla couche de tourbe et qui avait été rejetée d'abord par les ouvriers comme impropre auchauffage. Cette croûte supérieure va maintenant jouer an rAle ; mêlée à du sable, elle va devenir la base de la terre labourable sur laquelle on sèmera des pommes de terre ou du blé. It est intéressant de voir ainsi, à cAté des tourbières en exploitation, des tourbières récemment exploitées et qui se trouvent aussitAt converties en un champ fertile.

Un des dangers qu'on court dans l'extraction de la tourbe, c'est de mettre le feu aux tourbières. Sur le diaatier de travail, on entretient généralement des charbons allumés pour les usages domestiques (1). Ces charbons incandescents peuvent devenir la cause de grands malheurs. Non-seulement les glèbes extraites et expolées à l'air, mais encore la terre marécageuse qui se trouve étanchée par la préparation qu'on lui a fmt subir, sont susceptibles de recevoir et de communiquer l'incendie. Le feu se répand alors sourdement, au grand préjudice de ceux qui vivent des tourbières et au grand effroi des

(l) On Bttribitfl i la foudre l'Incctidle de quelques tourbières haOtee; tiialg la itlupart de ces désastres ont une origine plus valgnlr«. Les ouvriers mettent le feu aux tourbes en nllutnniit le labnc (le leurs pipes. ■•

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