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Les mœurs de la Frise s'étendent avec des nuances jusque dans la province de Groningue. On ne peut visiter la ville de Groningue un jour de marché sans être frappé de rélégance et de l'éclat [ùttoreaque du costume des paysans. Ce luxe traduit une richesse réelle, et cette ri- .chesse résulte de la constitution de la propriété dans la province de Groningue. Ici le paysan est détenteur du soi à perpétuité. Les améliorations qu'il introduit dans les terres affermées lui appartiennent. Ses enfants lui succèdent et héritent des fruits du travail de leur père. Une telle garai)tie a donné naissance dans la province de Groningue â un développement unique de l'agriculture et du bien-être. Sur cette base matérielle s'élève une éducation morale qui n'existe poiilt ailleurs. J'ai trouvé à Wehe, dans un simple village, un muséum d'histoire naturelle et un jardin économique. Ces insti- ' lutions sont fondée^ et payées par trois cesls habitants de la campagne. II ne s'agit d'ailleurs pas d'écrire ici l'histoire intellectuelle de la province de Groningue : nous devons limiter nos recherches aux richesses qu'y a créées l'exploitation des tourbières.
Deux anciennes colonies , le Boogezand et le Sappenjeer, peuvent nous donner une idée de la manière dont l'exploitation du combustible transforme un sol primitivement sauvage. Le Hoogezand était encore au seizième siècle une contrée vague et inhabitée. Le nom seul du
tique des Frisong est Hindeloopen. LA existent enton d'ImmeDees n porcelaine de Cliine.
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Sappeiueer indique ud anciea marécage. Là s'étendwt UQ lac fameux et terrible, formé probablement par l'eau des pluies qui s'étaîl; ménagé elle-même un écoulement dans un bassin profond. Nulles habitations, point d'hommes ni de bétail; il n'y avait que des oiseaux aquatiques et des bétes fauves. Tout cela avait un aspect fantastique et de mauvais augure. L'eau bouillonnait dans le lac avec bruit; aussi le nommait-on le Lac du diable. Les loups étaient si nombreux, qu'en 1223, dit un chroniqueur, ils déchiraient les vivants et déterraieat même les cadavres. Le (bassement des grenouilles, raèlé aux hurlements de ces loups affamés, aux plaintes du daim, aux cris lamentables du renard, avait jeté 1^pouvante autour de ces lieux abandonnés. Pendant des siècles, une tranquillité morne ne cessa de régner le long des bords du lac. .
A ce grand isolement succéda enfin le travail de l'homme. Après de longues contestations sur la pro- ' priété du sol, la ville de Groningue, devenue maltresse des terrains voisins du lac, les céda par parcelles à des colons. Elle fit preuser des canaux qui traversaient les marécages et le lac lui-même. Par ces canaux, dirigés avec art, on écoula les eaux dans le Zijpe et dans d'autres pivièrw de la province. Le 26 mars i628, le premier b&timent chargé de tourbe passa par le grand canal, et peu de jours après la première vpiture cha^ée du même combustible s'avançait par le chemin construit le long de la voie d'eau. On avtùt commencé par b&tir
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des maisonnettes bien pauvres dans ces champs stériles ; bientAt les percements et les exploitations se succédèrent. La tourbe ne cessait de verser des trésors sur cette contrée éloignée des Prorinces-Unies. De belles maisons de. campagne remplacèrent les cabanes et les marais. Chaque tourbière épuisée se transforma en un terrain de culture, qui se couvrit d'abord de seigle, de sarrazin, d'avoine, et plus lard de pommée de terre (1). Les constructions et les dé&ichements avanç^ent toujours, m^s .non sans rencontrer plus d'un obstacle. A plusieurs reprises, les travaux furent suspendus. Après chaque repos forcé, les colons disaient avec un sangfroid tout batave : a Nous allons recommencer, » et ils continuaient de rendre la vie à un sol inculte. A une époque où l'argent était rare, oii l'homme manquait des machines dont il dispose aujourd'hui pour multiplier la force de ses braa, on a lieu de s'étonner du succès de celte entreprise. Deux grandes qualités distinguaient ces colons ^u seizième siècle : la constance et le dévouement.
Quand on voit après deux siècles ce qu'ils ont fait, quand on est témoin des conséquences de leur victoire,
(I) Pour ëDcourager la cnltare, la ville de Grontngne artlt cédé ces terralns.à des condltionE très-douces. Les fermiers ponvaient jouir pendant hait années du sol gratuitement ; alors seulement Ils payaient nn prli de louage peu élevé et ûië par des prud'hommes. Ils avaient en outre la liberté de prendre, pendant dix ans.'.les boues et les Immondicea de la ville. De cette source Impure est sortie la prospérité agricole du noo^eiand et du Sappemeer.
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et quand od calcule la somme des obstacles qu'ils ont dû surmonter, on éprouve pour ces ancêtres du sol un sentiment d'admiration réfléchie. Une population florissante, un mouvement continuel de voitures, de barques, de bâtiments, une richesse iuconnue ailleurs d'édifices et de misons de plaisance, qui s'élèvent dans un lieu où il n'y avmt que des eaux stagnantes et une bruyère désolée> tout cela forme un monument érigé à la gloire de la persévérance humaine,
La population de ces colonies était fort mêlée. A l'origine, des habitants de toutes les Provinces-Unies et même des pays étrangers affluèrent sur ce sol, auquel ils allaient donner une nouvelle existence. Plus tard, les réfugiés du Palatinat et de la Suisse cherchèrent dans ces lieux un asile que leur refusait la patrie. Les persécutions religieuses ne cessèrent d'alimenter ces colonies industrieuses et fortes. Des familles Israélites s'établirent là comme autrefois leurs pères dans le désert. Plus tard et à leur suite vinrent les Allemands de la communion luthérienne. Le temps effaça bien vite tontes ces différences d'origine, et de tant d'éléments étruigers, qui jetaient les racines d'un nouvel ordre social, les colons ne conservèrent qu'un fruit, la tolérance. Il est consolant de voir toutes ces sectes religieuses vivre dans la plus parf^le union. La population du Hoogezand et du Sappemeer se distin^e encore par un esprit d'indépendance. Elle se montre plus libre de préjugés que les autres populations de la Néerlande ;