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S18 LA NEKRLANDG
pour la grande pèche était fixé à la Saint-Jean (24 juin). Ce départ ét»t précédé de fêtes. 11 existe un livre de vieilles cliansoiis hollandaisesque chantaient les pécheurs avant de se mettre en mer. On portait des toasts au succès de la pécho et l'on priait Dieu de bémr les filets. EnSnon attachait les voiles, etlaâoitille pacifique allait àlaconquAtfi du hareng. Aujourd'hui les doggen paiXeoi dans les, pruniers jours du mois de juin et peuvent dès lors ouvrir la p£ebe ; mais fidèles aux traditions ou M l'oii veut aux préjugés, les pécheurs ne profitent qu'à contre cœur de cette liberté toute nouvelle, a Le hareng, disenC- 9s dans leur langage naïf, n'aime point à être pris avant la Saint-Jean, a En 17SS, le nonil»% des ^izen partant pour la grande pèche était de deux cent trente-quatre ; en 1830, il était encore de cent vingt-deux ; il est aujourd'hui de quatre-vingt-dix. Ce groupe de voiles se dirige vers les cAtes de l'Ecosse. Deux navires de guerre les accompagnent pour les protéger et les surveiller. Il est interdit aux pécheurs de toucher la terre. ]}s ne doivent pas non plus vendre de poissons à bord. La flottille ' se maintient à la hauteur des Shetlands, d'Édimbmirg, et sur les cdtes de l'Angleterre (I). La réputation du
()) Noos avoQiTu nn tableau, dans lequel l'artiste, témoin oculaire de cette ecène intéreaeante, a représenté la manière dont les bâtiments pâclieiirs se comportent eu mer. Il est difflclle d'imaginer rl«i de plus poétique ni de plus imposant. Au milieu de ces abîmes d'eau peuplés par une force occulte, cremte et muiliplicamini, il semble que la faible créature humaine atteigne à la^ grandeur de la nature. ,
DoiiîHihvGoonIc
hareng hollandais tient surtout à la puissance des doggers, très-honsb&timenlsdemer,dont la constitution nautique permet de jeter les filets dans des eaux très-profondes. Là seulement se trouvent les harengs de grande taille et d'une qualité supérieure. Treize ou qiiatorze cents hommes environ prennent part kce travail de mer . A peine saisi par la main des pécheurs, le hareng est caqué, c'està-dire ouvert avec la lame d'un couteau et mis dans des barils; on y ajoute du sel qui fond et dans lequel te poisson se conserve. Depuis une huitaine d'années, une corvette à vapeur accompagne la flottille. Les cent premiers bariisBont chargés sur cette corvette, qui les transporte i toute vitesse dans le port de Vlaardingen(l).
Autrefois l'arnvée des premiers. harengs donnât lieu à des fêtes et à des cérémonies nationales dont l'éclat a diminué ayecl'importancemëme de cette pêche. Aujourd'hui les marchands de poissons à la Haye, à Rotterdam et à Amsterdam se contentent d'arborer un drapeau sur leur boutique et de pendre une couronne de verdure. Le . premier hareng est toujours porté dans un char pavoisé et offert triomphalement au roi, qui reconnaît ce cadeau par une gratification de SOO florins. Il ya quelques années encore, dan^ les premiei^ jours qui suivaient la pêche,
(I) Les jours BolvaDtï, cinq navires connua sous le nom de cluatewi, et qui portent un pavillon bleu piqueté de blanc, ramassent •occesslvement en mer le produit de la pAche. Aussitât que le pre. Biler cbaBseur a réuDi cent vingt tooite», il part pour la Hollande ; )e11«auèine revient avec cent soîxabte-dix, et ainsi de euite Jusqu'au dernier. Quand lei cinq cbasaeurs ont fini leur service, la prlraenr ' dn hareng csqné est i peu près déflorée.
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de richesHollandais promettaient aux gros poissonniers de la Ha;^e un ducat par tête de hareng; chaque marchand faisait en conséquence des sacrifices intéressés pour olttenir le premier cette étrenne de la mer, arrivée à Vlaar dingen sur les ailes de la vapeur. L'un d'eux, homme d'esprit, nous racontait que vingt-quatre harengs, apportés de Vlaardingen à laH«ye pardixhommes et dix ciievaux lancés ventre à terre, lui avaient coûté, seulement de port, âOO florins.
A présent le hareng de primeur estencore rechei-ché; il se vend dans les premiers jours de 3 à 4 fr. {i). Les riches habitants delà Haye en envoient de petits barilsà leurs amis de la Drenthe et de l'Overyssel, qui leui' adressent en échange des coqs de bruyère. Tout cela peut élre intéressant comme détail de mœurs, mais au point de vue économique on se demande si l'état doit protéger plus longtemps un produit de luxe, un objet de mode, que consomment seulement les classes opulentes. Grâce à la surveillance, au système des primes, à la marque de feu imprimée sur les barils, le hareng hollandais a conservé dans le monde sa renommée, mais voilà tout: stat magninominis umbra. Tant qiie ce produit de l'art
(I) Dans les premiers jours qui suivent la pêche, le prix duharenj en gros est de 1 ,400 frants la tonne. Cbaqne tonne contient à pau près sept cents barengs. A mesure qij'on avance dans la saisoD, le prix des tonnes âimtnue, et la taille du poissan s'amcrindrïl. IJ tonne renferme alors huit ou neuf cents harengs. Va surveillant ouvre et examine les tonneaux qu'un débHique sur le port de Vl3a^ dlngen, pour s'assurer qu'ils sont .pleins et que ia marchandise eel de bonne qualité.
et de la nature a maintenu la spIendeurdesProvinces- Unis, payé les flottes, étendu le commerce, tout esprit sage et pratique se serait bien gardé d'en pire ; mais aujourd'buique ce cdté utile a disparu, le royaumedes Pays- Bas a mieux à faire que de mettre son point d'honneui; dans un hareng.
Il est bien vrai que ik ne s'arrête point la portée économique de celte industrie ; la grande pèche repose sur un fond plus sérieux que le commerce de primeur» Quand les cinq bateaux-chasseurs ont rapporté l'un après l'autre la fleur de ce qu'on appelle ici la pèche de saison, les hommes continuent dejeter leurs filets, et les doggers rentrent en Hollande avec leur butin. Cesb&tiineats peuvent tenirde 420 à fôO tonnes; mais il est. très-rare qu'ils retournent avec un chargement complet. Nous avons vu revenir dernièrement à Vlaardingen deux bâleaux-pècheurs qui, après une absence de sept semaines, rapportaient chacun laO tonneaux; les armateurs se montraient tout k tsàX contents du' résultat. L'ensemble de la ^ande pèche donne à peu près 34,000 barils debareiig' pecjdont 21,000 sontexporlés et produisent en moyenne 136,000 francs. Ces chifl'res sont respectables sansdout«; mais, quand on lesrapproche du mouvement de la pèche anglaise, quelle différence 1 En (849, l'Angleterre avait déjà sur les mers 14,962 bateaux-pécheurs, elle employait 104,427 hommes, et elle remplissait 770,770 tonnes de hareng caqué (1). >
(1) Lm résultais obtenus en 18M précisent bien l'état de la pèche