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On est donc Forcé de reconnaître que les pêcheries anglaises, dont le développement est tout nouveau, ont marché à pas de géant depuis le jour ou elles ont secoué ta chaîne des primes, tandis que les pêcheries hollandaises, autrefois si célèbres, sont demeurées stationnaires, et ont même rétrogradé sous le régime de la protection. Dans uD temps où la révolution du bon marché atteint l'une après l'autre toutes les branches de l'arbre économique, un produit qui s'isole fastueusement dans sa re- nommée est un anachronisme. Le hareng hollandais, ce patricien coudoyé sur les marchés d'exportation par le hareng étranger, d'origine moins noble et de qualité moins délicate, mais qui se vend àprix réduit, ne peut plus soutenir ta concurrence. Ces faits ont attiré l'atten- - tion du gouvernement des Pays-Bas : une enquête a été ordonnée; le'résultat de cette enquête a été de porter la lumière sur les côtés faibles de l'ancien système. Tous les intérêts ont été entendus : ils sont venus l'un après l'autre plaider leur cause devant la commission, et nonobstant l'avis des intéressés, c'est-à-dire des armateurs, on a conclu que les privilèges dont jouissait depuis des siècles la grande pêche devaient s'effacer devant la liberté de l'industrie. Le gouvernement e^entré dans cette voie ; les primes ont été successivement réduites, l'intention avouée est de les abolir. Toutefois l'état a cru devoûr jusqu'ici bornerson initiative à ces premières mesures;
dans les deni pays. L'Angleterre a recueilli â07,03t iasta dé hareng caqué ; la Hollande, 3, 516. Le last Teprésente qnatorie tonneaux.
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il a laissé aux conseils provinciaux le soin de modifier sur quelques points l'ancienne juridiction, se réservant de présenter plus tard une loi qui mette les intérêts de la pêche nationale en liarmonie avec le principe de liberté. Il est à désirer que cette loi vieilhe. Les industries longtemps protégées souffrent plus de l'incertitude que d'une décision énergique, mais brèVe, qui les fasse rentrer promptement dans le droit commun.
Si maintenant nous voulons nous faire une idée plus nette de la fôcheuse influence du système des primes sur la pèche nationale, retournons à Vlaardingeo. Qu'y voyons-nous? — Une sorte de tristesse et de solitude règne sur le port. Il y a dix ans, on comptait à " Vlaardingen près de 80 bâtiments pécheurs; il n'y en ï plus aujourd'hui qu'une cinquantaine. Ces doggers ont pour la plupart un fige respectable, et à mesure qu'ils vieillissent, ou qu'ils tombent en ruines, ils laissent dans ie mouvement de la navigation une place vide qu'on ne se soucie plus guère de combler. Les v^sseaux diminuent ; les hommes manquent. Les pêcheurs de Vlaardingen, surtout quand la pêche d'hiver a été mauvaise, trouvent plus avantageux de s'eng^rcomme matelots sur les navires marchands. On I^ remplace alors par des étrangers, le plus souvent par des Prussiens. Ces signes de décadence, ou mieux de renouvellement (car la pêche hollandaise est dans une période de transition), ne doivent point détourner notre intérêt du personnel et du mécanisme, très-simple d'aîl-
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' leurs, qui ont longtemps maintenu cette pèche à un si haut degré de puissance économique. Quelques mots suffiront pour écrire rhistoire des buizen depuisleur sortie du chantier jusqu'au Qioment où, ornés de leurscordages etdeleursvoiles,pourvusde leurs hommes, armés de leurs instruments de péché, ils s'avancent vers la mer du Nord. Jusqu'ici, ces bâtiments se construisaient à Vlaar^ dingen. Le prix d'un dogger, avec les agrès, les filets et tout le matériel de pèche, était de 20,000 florins. L'armateur dont ce bateau est la propriété s'entend avec un maître qui se charge de choisir son monde. L'équipage de chaque bâtiment-pécheur se compose en été de 15 personnes: H hommes et i garçons. L'armateur n'a affaire qu'au maître: il lui donne 5 pour lOOdupro- duit. Dans l'été, les hommes reçoivent des gages fixes, S florins 3/4 piirspmaine: ils font deux voyages pour la pèche du hareng. Leur nourriture habituelle est le gruau; leur boisson est le café et le genièvre. La plupart d'entre eux ont pratiqué la mer depuis l'âge le plus tendre. Nous avons vu sur ces doggers des enfants de dix à douze ans, que les familles envoient pendant l'hiver à l'école et pendant l'ét^ à la grande pèche. Quant au courage de ces hommes, il est inébranlable. Plus braves que les matelots qui naviguent pour le commerce, ils ne connaissent point le danger. L'histoire, si prodigue de récits quand il s'agit de baitailles navales, de tueries sur l'eau, garde le silence dès qu'il s'agit des luttes pacifiquesde l'hommeavec les éléments. Il semble
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que les actes d'héroïsme perdent leurs droits à la célébrité du moment où ils deviennent utiles.
Ne serait-il pas tenjps d'accorder mieux que l'oubli à ces populations intéressantes qui vont conquérir le bienêtre, non pour elles-mêmes, hélas ! (car elles sont et restent pauvres), mais pour la société tout entièret Parmi ces obscurs pêcheurs, il y a peut-être des Van Speyk anonymes dont le courage n'a manqué que d'une occa- . sion pour se produire sur un tbéAtre plus vaste et plus éclairé. Ce que valent ces hommes, ce qu'ils ont essuyé de fatigues, combien de fois ils ont vu la mort face à fece, l'Océan le sait, mais l'Océan n'en dit rien. De leur côté, ils n'en parlent guère: la mer et eux, ce sont des ' ennemis qui s'estiment en silence. Outre la bravoure, quelques-uns de ces hommes ont encore d'autres facultés qui étonnent. Bien qu'ignorants en général, une fois à la mer, ils deviennent d'excellents marins pratiques. On en voit même qui semblent doués d'un véritable sens navigateur et chez lesquels ce don, aidé par l'expérience, supplée à l'absence de la théorie. Un armateur de Vlaardingen nous a montré un maître ou patron qui se promenait en veste et en sabots et qui -dans son genre était une espèce de Christophe Colomb. On lui avait dit il y a quelques années: a H faut que tu ailles aux Indes, o et il y alla. Une autre fois, il trouva le chemin de la Californie. Aborder sur des terres connues avec si peu de lumières acquises, c'est presque les découvrir.
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Ces mêmes bâtiments, qui ont fait deux voyages d'été pour la pèche du hareng, vont pendant l'hiver à la pèche du cabillaud (kabeljaauwvisickerij). H eslvtai qae cela dépend un peu de l'Age du ikgger; quand un na\àre est trop vieux, il ne peut plus supporter le service d'hiver. L'équipage est de douze matelots qui reçoivent 2 et 1/2 pour iOO du produit; Je capitaine reçoit le double. La mer du Nord est encore le théâtre de cette pèche, mais les bâtiments font voile cette fois du cAté de l'Islande et du Doggersbank ; ils s'avancent jusqu'au 63* degré. Pour cette pèche, on n'emploie plus de filets : une corde d'une étendue considérable, garnie de crochets placés'à'quelque distance les uns des autres, sert à prendre le cabillaud. Les mêmes bâtiments et les mêmes hommes font trois ou quatre voyages en hiver. Ils rapportent le cabillaud à l'état frais ou salé. Pour le ramener vivant, chaque dogger a un réservoir à claires-voies dans lequel on jette le poisson, qui continue de nager et de recevoir l'eau de la mer, comme s'il était libre. Le cabillaud salé prend le nom de morue.
Cette pêche d'hiver est des plus dangereuses : il y a deux années, dans ces eaux farouches (aquœ traces, dit Tacite), deux bâtiments périrent; on compteen moyenne un vaisseau par an qui ne revient plus. L'hiver, quand le voyage dure plus de cinq semaines, c'est que le dogger a fait naufrage. Les femmes regardent alors, avec un , sentiment inexprimable, loin, bien loin sur la Meuse, et