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fonnessacramenteUes d'une organisation qui a eu de l'éclat, mais qui n'a plus de raison d'être. Nous ne doutons pointque la pèche hollandaise ne se régénère sous un régime de liberté. La ville de Vlaardingen conservera d^illeurs longtemps l'avantage^uelui donnent son excellent matériel de pèche, la renommée de ses produits et l'habileté de sesmatelots (1). Avec cela, elle peut abandonner un monopole auquel nous reprocherons surtout d'avoir étouffé sous un vain nom l'intérêt des autres pêcheries néerlandaises. Le hareng pec, cette célébrité historique, a relégué le hareng des côtes, et surtout celui du Zuyderzée, dans un immense dédain. C'est contre ceto^mcisme que proteste à cette heure uneisage écononùe politique. 11 n'est pas juste qu'un objet de luxe, unfruit défendu (au ifioins dans la primeur) pour la majorité des contribuables, absorbe toute la sollicitude de l'état au détriment des sources plus sérieuses de l'alimentation nationale. Ceci nous conduit naturellement à étudier la pêche des côtes, lesrésultatsqu'elle produit et la vie des populations qui l'exercent.
(I) En même temps que les annateors de Vlaardingen ont perdo un privilège, lia en ont d'ailleurs conquis une autre. Depuis ces deni dernières années, lia n'ont plus excluslvementle droitde préparer le hareug: de sauniure; mais en revanutie Ils peuvent Taire du hareng rumé. Grâce i ses robustes buisen gui sont capables de tenir la hante mer durant trois et quatre mois de l'armée, Vlaardingen fumera déeormalB des harengs qui, à cause du volume, seront plus recber* chés que les autres sur le marché de la Belgique.
ET LA VIR HULLAnOA
Les cAtes de la Hollande sont masquées par deschatnes de dunes qui dérobent au voyageur la vue des eaux. Après une longue et pénible ascension dans ces coHïnes de sable, tournez les yeux, la mer est là I Cette mer du Nord était mal connue des anciens, qui l'envisagetùent à travers des fables et de superstitieuses terreurs. Tacite lui-même se la représentait comme bouleversée par des vents étemels et comme peuplée de monstres. La vérité est que ses cAtes sont tempétueuses; sa couleur est changeante:surle premieFplan,elleest d'un jaune écumeux . qui ressemble ^ l'eau de lessive ; plus loin, d'un vert mourant;là'bas, d'un bleu évaporé qui se confond avec la ligne ondoyante du ciel. De grands nuages projettent obliquement de distance en distance leur ombre grave sur ce miroir indécis. Aucuns rochers, aucunes falaises ne brisent l'efEort des vagues : cette mer se roule sur le lit de sable qu'elle s'est fait elle-même et qu'elle étend toujours. La physionomie des cfites de Ta Hollande varie peu: du sable et puis du sable, de l'eau etpuisde l'eau, le ciel et puis le ciel. Sur ces côtes, qui donnent le sentiment de l'infini, s'élèvent, depuis l'embouchure de la Meuse jusqu'au Helder, plusieurs villages de pêcheurs. Les plus intéressants de ces villages sont Scheveningen etKatwijk.
La plage de Scheveningen est fréquentée pendant la belle EÙson par les baigneurs. Un joli village, relié k
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Iji Haye par une rojtc plantée d'arbres et par une promenade en forme de bois qui se perd dans les dunes, , reçoit durant l'été des étrangers de toutes les nations. Ici tout se ressent du voisinage de l'Océan. L'église, qui ne manque point d'élégance, conserve l'énorme cràne et quelques vertèbres d'un cachalot qui fut jeté sur le rivage en 1617 par une tempête. Ce silencieux débris est comme un commentaire de ces paroles de Job : «Les monstres te racontent, 6 Seigneur ! » Dans la principale rue, qui conduit à la mer, on rencontre plusieurs marchands de coquillages. Cette mer, dont on entend la voix, ne se montre elle-même que quand le voyageur a les pieds tout près de l'eau. Le brusque pdaisir de la surprise et la grandeur de la scène qui se déploie alors compensent bien cette gradation d'effets qu'on rencontre sur d'autres rivages. Une flottille de pêche, dont les flibots sont ou échoués sur le sable, ou mdntenus par l'ancre, ou éparpillés au large comme les pensées du cerveau de la mer, associe l'image du travail aux souvenirs historiques. Ici l'Océan a lieu d'être fier de la Hollande et des Hollandais : en 1673, de Ruiter défit en vue de Scheveningen les Hottes anglaise et française.
Ce petit village est le Cherbourg de la Hollande. Il a vu des exils et des infortunes royales. C'était par une froide'journée de janvier 1795; les pêcheurs chargeaient dans deux barques des ballots et des malles de voyage ; d'une voiture qui débouchait à l'extrémité du village sortirent un homme enveloppé d'une large pelisse et une
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ET LA VIB HOLLANDAISR. "iSS
femme qui portait un enfant dans ses bras. Cet homiuc était le prince d'Orange, l'enfant était le petit-fils du dernier stathouder, le futur roi Guillaume II. En 1813, cette plage revit et reçut au milieu des acclamations (l'empire venait de tomber) le représentant delà même famille, assise maintenant sur le trône des Pays-Bas.
Si vous conlinuez sur la droite votre promenade dans les sables, vous rencontrez l'hôtel des bains, où les habitants de la Haye se rendent le dimanche soir pour entendre de la musique. C'est à la tombée de la nuit, quand la mer vole au ciel toutes ses étoiles, un point de vue solennel et magnifique. J'ai assisté, devant cet h6tel, à un feu d'artifice sur l'eau, dont le motif était naturellement l'incendie d'un navire. Je n'ai pas grand gqùt pour les fusées et les chandelles romaines; mais ici la vulgarité de ces fêtes se relevait par la grandeur du théâtre. La soqibre mer faisait presque à elle seule tous les frais du spectacle, et grâce à son fracas sublime, h ses nuages déchirés, aux catastrophes trop réelles dont ' l'imagination pouvait se retiracer le tableau dans cet incendie artjâctel, la scène ne manquait point de majesté.
Cette grande rue, ces jeux, ces b^ns, ces cafés, ces hôtels, tout cela pourtant n'est point Scheveningen. On peut avoir habité cet endroit pendant plusieurs étés et ne pointconnaltre le village des pêcheurs. Derrière d'élégantes habitations, qui servent véritablement de trompel'œil, se cachent des rues étroites, de pauvres niches de' brique, dans lesquelles se dissimule une population
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silencieuse et misérable. A la porte de ces réduits, devant lesquels sèchent du linge, des filets, des chemises rouges et des chapelets de poissons enfilés dam une corde, apparaît de temps à autre une flgare de femme triste, vieillie et amaigne par la fièvre. Les en&ats, eux, jouent à travers toute cette détresse, comme si c'était un des privilèges de leur âge d'ignorer le mal et la pauvreté.
La population de Scheveningen est de6, 800 habitants parmi lesquels 450 catholiques seulement. Il est à noter que la plupart des aubergistes et des marchands de poissons professent le catholicisme, tandis que les armateurs et lespécheurs sont réformés. Il y apour le village deux écolesde l'état que nous avons visitées, et qui sont parfaitement tenues. La première est, à vrai dire, une salle d'asile qui reçoit 250 enfants des deux sexes. Lesenfanta quittent cette première école vers l'âge de âx ans, et entrent alortdans l'école primaire, qui contient 600 élèves. ' L'instruction estdistribuéeparun chef, cinqsous-mallres et cinq surveillants. On enseigne la lecture, l'écriture, le calcul, la géographie et un peu d'histoire. Le^ enfonts sortent de cette seconde école entre dix et douze ans : le vaisseau les réclame.
Tout fils de pécheur devientpécheur. Habile, intrépide, ayant pour ainsi dire du sang de marin dans les veines, il acquiert bientôt l'art de conduire un navire et de jeter les filets. Dès l'âge de seize ou dix-sept ans, il connaît déjà le métier. Cette nouvelle éducation efface l'éducation scolaire. De ce qu'ils ont appris dans les classes, il
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ET LA VIE HOLLANDAISE. iSi
ne resteà ces enfant» de la mer que la connaissance des lettres écrites; dont ils se servent pour lire la Bible. H est assez rare de trouver un garçon de vingt ans qui sache signer son nom le jour de ses noces. L'ignorance, tel est le premier trait du caractère des pêcheurs. Cette ignorance ée lie à un attachement tenace pour les usages et pour les traditions du passé. Ils font en tout comme fai- ■ saient leurs ancêtres. La population maritime de Scheveningen ije s'assimile point auxétrangers, et par étrangers il faut entendre ici les Hollandais eux-mêmes. L'un d'eux, né àftotterdam, élabiidepuis vingt années dans le village, nousracontait qu'ilétait encore considéré par les pêcheurs comme un homme d'un autre pays. L'originalité de cette population s'abrite derrière la langue, le costume, les habitudes et les mœurs comme derrière une barrière infranchissable.
La langue des pêcheurs est une sorte de patots qui diffère essentiellement du hollandais ordinaire, et dans lequel certains linguistes ont cru reconndtre destraces de l'anglo-saxon, qui parait avoir été la souche de l'idiome national. Leur costume est particulier, surtout celui des femmes : elles portent, durant l'hiver, un cor- . sage de serge ou d'indienne, une jupe de serge brune, un long camail de la même étoffe et de la même couleiir, doublé de rouge, avec un collet droit et raide. Cet habillement a quelque chose d'austère et de cénobittque : on est d'iûUeurs forcé de convenir qu'il s'adapte bien au climat et iila profession. Un grand chapeau de
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grosse paille^ bordé d'un ruban noir, doublé d'une indienne à fleurs, abaissé légèrement de chaque côté, relevé par derrière et par devant en forme de nacelle, leur sert à maintenir surla tête jusqu'à trois et quatre corbeilles. Ces femmes ont une stature robuste, une grande taille, une figure médiocrement jolie, mais qui respire un air de santé, — des yeux bleus dontles paupières sont peu ouvertes, et des membres vigoureux. A trente ans, elles ont déjà beaucoup perdu de leur fraîcheur; leur peau est hÂlée, circonstance qui tient sans doute an voisinage de la mer et à l'habitation dans les dunes. Les dunes constituent un pays dans le pays même; lesable y rétlécbit plus fortement qu'ailleurs les rayons du soleil : c'est l'Arabie de la Hollande.
Les hommes sont relativement de petite taille ; leur costume, pantalon et veste noirs, favorise peu leur tournure, qui est grave, mais lourde. Ils ont le visage rond, le col court, les cheveux le plus souvent bruns et frisés. Leur grand luxe consiste dans des boutons de chemise et dans des boucles d'argent, qu'ils attachent aux pieds ouà la ceinture. Cette persistance dans le costume, surtout dans celui des femmes, celte fixité des traits physiques, ' ces caractères derace quise conservent parle soin qu'ont les garçons et les filles de Scheveningen de ne se marier qu'entre eux, tout cela est peut-être une conséquence du commerce avec la,mer. L'Océan, dans lequelcerlains poètes ont cru voir une image de l'inconstance, est au contraire, comme l'a très-bien fait observer Byron,' une
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ET LA riK UOLLANUAISK. «87
image de l'élemité ; c'est, de tous les éléments, celui qui a subi le moins de vicissitudes depuis l'origine du monde. Tel l'aurore de la création l'a vu naître, et tel il roule encore maintenant. Il se déplace ; ii ne change pas. Aux forces du temps, qui minent les rochers, qui altèrent le niveau des continents, qui transforment la nature vivante et les destinées humaines, il oppose, lui, sa mobile stabilité.
Les mœurs des pécheurs qui habitent la c/kte participent du caractère de l'Océan. Ils n'ont aucune des habitudes de la ville. Le fond de leur caractère est l'indépendance. Scheveningen ne fournit presque pas de domestiques : filles et garçons, aucun ne veut servir. Il semble que le commerce aveclamerdéveloppe le sentiment de la dignité humaine. Les pécheurs no veulent point de maîtres; pauvres, mais libres, ils nereconnaissentaucune autorité : ils n'obéissent même point à l'armateur. Le patron part à son heure et quand il veut; l'équipage le suit, non par subordination, mais par sentiment du devoûet par besoin. Les pécheurs fuient le service ' militaire; . ils résistent à la conscription : ce ne sont point les dangers duméUer des armes qu'ils détestent, c'est la discipline. Les grandeurs de la vie mihtaire ne leur en dissimulent pointlesservitudes. Ces hommes n'aiment point la teri'e : il leur faut l'espace, lalibre immensité des mers, le tlotindompté, le ciel bleu le jour, étoile la nuit, l'acre brise du nord, la conscience de l'homme debout sur ces actes comme le mât du vaisseau sur les mouvements de
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l'Océan, Soldats du travail, ils aiment àbraver volont^rementlefeu de l'éclair, le hennissement des flots qui courent sans mors et la bouche écuinante autour de la quille du navire. A terre, ils ont le mal du pays. Étrangers aux conventions sociales, ils ne veulent être ni réglés ni protégés. Ce sentimeat d'indépendance est visible sur leurph]ràonomie.Les{aatelot& et les pécheurs se distinguent des autres hommes par la manière dont ils pottent la tête hauteenmarchant. C'est pour eux, onle dirait du moins, qu'a été fait le vers d'Ovide :
Os homini sublime dédit
Cet amour de la libeié déteint jusque' sur leurs croyances religieuses. Les pécheurs de la cdte, ainsi que nous l'avons tu, sont tous ou presque tous réformés ; ib ne reconnussent que deux livres qui aient le droit' de leur parler de Dieu, la Bible et la mer. Il semble que l'Océan exerce sur eux une action morale et sanctifiante. L'ivrognerie est rare parmi les pécheurs de Scbeveningenj mais ceux-là même qui boivent du genièvre à terre avec excès s'abstiennent de toute intempérance quand ils naviguent. A bcvd du vaisseau, les jurons sont inconnus. La vie de la mer exalte chez ces hommes simples et ignorants le sentiment religieux. Quand un llibot part, chaque pécheur emporte ordinairement sa Bible. On ne prend jamais de repas sans prière, et le repas fiDÎl également par une action de grâces. Le dimanche, si les hommes sont en mer, ils s'abstiennent de pécher; s'ils
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sont à terre, on entend dès le matin dans leurs petites misons le chant des psaumes.
Le seotioi^it religieux s'expie eu nulle circonstances; mais les autres affections de l'àine, telles que l'amitié fraternelle et l'amour conjugal, se montrent peu. Les hommes et les femmes se sont cponus dès l'enfance, etpeut-6tre l'habitude déflore-t-elle la tendresse de leurs relations domestiques; mais cette indifférence n'a-t-elle point aussi une autre cause f Le coeur de ces hommes est engagé ailleurs : ils aiment la mer. Voilà leur fiancée à eux, leur maltresse. Elle est iQconstante, capricieuse, terrible; mais elle leur plaît ainsi. Il faut voir les pécheurs de Scheveningen quand par les gros ten^ ils se promènent désœuvrés sur la plage ; le regard qu'ils adressent à la mer expnme une sorte de passion furtive. C'est le regard de l'amant à la femme irritée. Cette affection-là chez eux ne vieillit pas. On rencontre Bur le sable d'anciens pécheurs que l'âge retient à la rive, mais.qui ne se lassent point de contempler la masse tumultueuse des eaux, les voiles errantes sur l'abîme et le troupeau des nuages conduits par le vent. Ces patriarches de la mer sont vénérés des pécheurs, qui témoignent en général un grand respect pour la vieillesse. Quand U mort vtrat, ils la reçoivent avec un visage calme et réûgné, comme une ancienne connaissance qu'ils ont vue passer plus d'une fois sur leur tête daos les horreurs de la tourmente. Froids et inanimés, ils reposent non loin des vagues qu'ils ont soumises, au