‹ La néerlande et la vie hollandaiseChapitre 52 sur 68 · II. i-.<i",G(Hinlc · texte numérisé non relu

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bord de cette mer troublée comme le tempsj stable et

impassible comme l'éternité.

Les femmes ont également des affections peu expanàves. Toutefois, malgré cette placidité apparente, il arrive souvent qu'elles soient dans un état de grossesse, ou même qu'elles aient un enfant avant le jour du mariage ; mais il n'y a presque point d'exemple que la fille enceinte ait été abandonnée de son fiancé. Assurée ainsi de la constance de son amant, la fille-mère ne s'aQlige pointde saféconditéj elle se présente devant l'officier civil sans Eougir; son regard semble au contraire dire: Vous voyez que je ne m'étais pas trompée I » Les garçons et les filles se marient très-jeunes. L'infidélité conjugale est rare, surtout de la part des hommes. Les femmes sont extrêmement diligentes ; elles font en sorte de suppléer par leur industrie et leur activité au faible salaire de leurs mans. On les rencontre dans les rues de la Haye portant sur leur tète le poisson que les hommes ont pu obtenir des armateurs à titre de petit bénéfice. Le mouvement qu'elles se' donnent pour vendre est extraoï'dinaire : quand elles ue peuvent tirer de l'argent de leur marchandise, elles pratiquent le système d'échange.. On les voit alors revenir vers le sob, sur la route de Scheveningen, avec du pain, du bois, des légumes qu'elles rapportent fièrement sur leur tête dans 1^ mêmes corbeilles où elles ont apporté des soles, des crevettes, bans leur maison règne ou une extrême propreté ou une saleté repoussante; quand elle se rencoD-

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tre, cetle saleté doit élre mise sur le compte de la misère : sept et jusqu'à huit personnes couchent quelquefois dans une seule chambre, ou, pour mieux dire, dans un réduit obscur, où l'on ne logerait point les animaux domestiques. Deux fois le choléra-morbus visita ces pauvres masm^s et y fit d'affreux ravages.

Dans ces ménages de pécheurs, les querelles sont à peu près inconnues. Il est vrai de dire que la femme est le chef de la maison ; elle doit cette domination domestique à'Ia supériorité de ses connaissances et de ses lumières acquises. Plus civilisée, plus intelligente, peut-être moins morale, elle se montre en tout la maltresse de son mari, ' qui obéit à ses conseils, on pourrait presque dire à ses ordres. Ces lions de la mer, qui affrontent avec une espèce d'insouciance les plus grands dangers sur leurs frêles bâtiments, se laissent conduire comme des agneaux par la main de leurs compagnes. Quoique les sentiments parlent généralement peu entre les couples, on surprend quelquefois des scènes d'amour conjugal qui intéressent. Je me souviens d'un jour où la mer n'était point irritée, mais chagrine : un groupe de femmes se tenaient sur les dunes et échangeaient des signaux avec les hommes d'une douzaine de bâtiments qui allaient partir. Du groupe, parmi lequel il y avait des enfants, se détacha une jeune femme qui tenait une orange dans sa main. Elle jeta quelques paroles que contraiiait fort dans le moment le bruit du vent et des vagues ; pourtant la voix de l'amour fut plus foTlc, que la voix de la mer, car de 1. 14

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l'un i^es bâtiments appareillés s'élança un pécheur qui marclia dans l'eau jusqu'à la ceinture, et vint recevoir des mains de la femme ce gage de tendresse n^'ve. Un monient après, les ancres se levaient, la petite flottille se dispersait sur la mer; le groupe de femmes continua de demeurer sur la dune, échangeant un dernier adieu avec les hommes des b&tiinents qui s'éloignaient ; puis elles rentrèrent en silence dans le village.

La pèche des cAtes se divise en deux branches dis- tioctes : 1" la pfiche du poisson frais ; 2* la pèche du hareng qu'on fiime, steurkaring (t). C'est la pèche du poisson frus qui doit la première appeler notre attention. Scbeveningen peut mettre en mer il2 flibots ordinaires et 8 petits. Un flibot ordinaire coûte de S,500 à 6000 florins : il est la propriété d'un armateur, qui luimême se trouve souvent commandité par une main inconnue. Quand l'armateur veut équiper apn bâtiment, il prend un patron, c'est-à-dire un ancien matelot plus capable et plus expérimenté que ses camarades ; de patron cherche de son côté six hommes et un garçon. Tous lesaqs, les pécheurs de Scheveningen ont à fàira au bureau de police une déclaration qui consiste dans cette simple formule : a Je m'enréle sur tef b&timent et sous tel capitaine, n L'armateur donne chaque année aux hommes de son flibot pour la pèche du poisson frais un grand filet et demi, deux câbles et demi, et quelques cor-

(I) Ce taottleur-haring vient du mot anglaU ilore, comme si l'on diMtU bareng de proTlsloDi

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ET LA VIB BOLLANDAISB. ttt

dages.' Le reste du filet et du cordage est à la charge des pécheurs. L'équipage doit aus^ pourvoir à ses besoinsde nourriture et de ravitaillement. Les frais de réparation du navire se partagent entre l'armateur et les matelots ; ce qui est au-dess^ du klamp, c'est-à-dire la partiedu bjktîment qui est hors de l'eau, incombe au compte de i'équîpage ; la partie qui est dans l'eau regarde l'armateur. On donne de cette division de responsabilité un motif plus ou moins logique; lamoitiéquiplonges'usç^I'autre moitié qui surnage se détériore souvent par négligence. Le voilage est supporté .par l'armateur . Pour la pêche du poisson ttms, les flibotsne font généralement que de courts voyages enhautemer. Les produits de cette pèche conà'stent surtout en soies, carrelets, plies, qu'on prend dans des filets de corde appelles tirasses, en hollandais aleepnetten,, et qui s'ouvrent dans l'eau comme une fosse. Une pèche a cessé sur celte cAte, c'est la pèche à la ligne pour le cabillaud et le merlan. On Jette ordinairement les filets pendant la nuit.

Le poisson pris et rapporté dans les flibots est vendu à Scheveningen môme. Le marché a lieu sur la grève : ces fruits de la mer, étendus sur le sable, sont achetés par des marchands du village. La vente se fait au moyen d'un papier qu'on donne pour se présenter chez l'armateur ; l'argent serait refusé; c'est un mode d'échange trop lent sur la plage,qui offre alorsune scène piquante et animée. Le poisson acheté par les marchands de Scheveningen, lesquels sont environ au nombre de cinquante, est conduit

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il ia Haye tlans de pelilescnànettfts tirées par des chiens (l'une mine assez farouche, mais aussi ardents À l'ouvrage et ^ussi tiers de leur oftlce que les meilleurs coursiers. I^e soir, les marchands, hommes ou femmes, occupeut sur ces charrettes parmi les corbeilles la place que la vente du poisson a laissée libre, et regagnent ainsi leur demeure, traînés par leur bumble attelage.

Un flibot qui se livre à la pèche du poisson frais depuis le 1" févner jusqu'à la mi-août rapporte de 2,000 à 2,500 florins. Le bénéfice est distribué de la manière suivante ; l'armateur prend d'abord 20 pour 100 du revenu brut ; ce qui reste est partagé ensuite entre le patron, l'armateur et tes matelots. Le patron reçoit un quart de plus que les autres ; l'armateur reçoit autant que les hommes de l'équipage. En outre , chaque fois que le flibot arrive de la pêche du poisson frais, les petites soles, les piVermans sont pour les pêcheurs, qui les transmettent à leurs femmes (t). Cette répartition est loin de satisfaire les matelots: en général ils détestent l'armateur, et quand l'occasion se présente de le tromper, ils n'y manquent pas. Fins sous leur ignorance et un peu menteurs sous une apparence grossière [car il faut mettre les ombres au portrait), hostiles envers quiconque n'est point de leur village et de leur profession, ils pratiquent volontiers la maxime du fabuliste : a Notre en-

(!) l^esniatelots d'un fliliot dont on a bien voulu nous moDlrer les complee ont reçu l'année ilemière iSS florins et ï c«nls. Ils ont ea

pour cadeau i,:ood-visch) SSHorina n cents i/î.

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netni, c'est notre maître, n La fraude la plu: laquelle ils se livrent est de vendre tsiiraerdu poisson frais et de ne point tenir compte à l'armaleur de ce bénéfice , éventuel. Leur excuse est dans les dangers qu'ils courent et dans leur extrême pauvreté.

Ce sont, il faut le dire, d'intrépides matelots. La mer n'a pas de colères qui les effraient. Quelquefois ils vont sur lès côtes de l'Angleterre en une seule journée. Dans les gros temps, on ferme toutes les ouvertures, et le vaisseau ballotté se maintient comme il peut sur les précipices de l'Océan (1). On comptées ou huitfiibots perdus en vingt-fflx années. Pendant les jours de tempête, les femmes courent sur la dun^; elles regardent en silence, le visagemorne, lecœur glacé, cette masse d'eau furieuse quittent leurffère,leur mari, et qui peut les engloutir(2). Les armateurs sont assurés, du moins en partie, pour les

(1) La cflta de Scheveningen est d'un abord difficile. Lee bAtimenU âont constrnils en conséquence : ce sont des vaisscaax plaU qui échouent sur le sable. Il est question, depuis quelques années, de bâtir un port qnî donnerait une importance nouvelle à Scbeveningen et à la Tille de la Haye. Ce projet utile, mais qui entraînerait des dépensei considérables, est ajourné comme tant d'autres h des temps

(!) Il y a quelques mois, ScbeToningen eut un naufrage à déplorer. Un bâtiment de pèche, parti depuis une semaine, n'était pas revenn ; les pressentiments les plus sombres attristaient les visages. Bientût la nouvelle arriva d'Angleterre qu'un pécheur anglais avait pria, remorqué et conduit k Lowsloff la carcasse de la Jonque Comelia, dans laquelle se trouvaient les cadavres de quatre marins hollandais. On ne disait rien des trois autres hommes, qui. selon loule vraisemblance, avalent été renversés par-dessus Iç bord. Presque tous les pécheurs avatpnt nne famille; l'un d'eun laissait neuf orphelins.

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risquas de mer ; les pêcheurs ne le sont pas. Leur ;eul espoir est dans la bienfaisance publîque.Il existe bien à Scheveningen un hospice peuples orphelins ;inaisles ressources de cet hospice sont insuffisantes pour donner asile à toutes les infortunes que crée la mer. Il faut voir^ le lendemain d'une catastrophe maritime, les pauvres habitants de Scheveningen pour avoir une idée des douleurs de la vie des côtes.

La pâche du poisson frais cède la place, vers la fln du l'été, à la pèche du steur-haring qui commence à la mileptembre et qui se termine vers le mois de décembre. Pour cette seconde pêche, le ravitaiUementainsiquetons les autres frais, soit de cordages, soit de filets, sont supportés par l'armateur, qui reçoit la totalité du butin. En retour, il donne à chaque matelot, pour chaque centaine de florins gagnés 3 florins et 80 cents ; le capitaine ou patron touche une fois~et demie la même somme. Chaque flibot est monté par huit hommes, qui, lorsqu^ls reviennent de la pèche du hareng, reçoivent en outre de l'armateurun pour-boire de 13 à 20 florins (1). Les résultats matériels de cette pèche, pour se qui regarde le seul viflage de Scheveningen, sont considérables. En 1883, tes pécheurs ont rapporté 18,194,800 harengs, qui ont donné une somme de 218,915 florins 45 cents. En 1854, quatre-vingt-dix flibots ont été absents duranttrois mois; cinq ont fait quatre voyages surlescôtesde l'Angleterre,

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vingl-huit ont fait trois voyages, cinquante-deux ont fait deux voyages, et* sept autres un voyage. La pêche n'a point été â abondante qu'en i853 : ces quatre-vingt-dix flibots ont rapporté néanmoins ^^,729,000 harengs (1). En présence de ces chiffres, on s'étonne de la misère des pécheurs de la cdte : cette misère, qui contraste avec les résultats économiques de leur travail, est cependant trop réelle. Sur cent pécheurs, il y en a quatre-vingt-dix-huit qui sontpauvres. L'hiver, on leur distribue du pain et de la soupe; autrement, nous disait un officier cifilde l'endroit, ils mourraient de faim. On compte à Scheveningen 3,530 personnes qui reçoivent de la communauté calviniste des secours à domicile. Ce malaise navrant a des causes qu'il importe de signaler. D'abord le salaire des pécheurs est faible ; ils gagnent au plus 4 ou S florins par semaine. Un tel résultat n'est point en rapport avec les fatigues du métier; il fait une triste exception à la loi qui veut que les professions industrielles où il y a pour l'homme risque de la vie soient rétribuées en conséquence.

La pèche est d'ailleurs soumise à des chômages. Au mois de décembre et de janvier, les pécheurs ne veulent

(I] La préparation diffëre de celle qu'on pratique à Vlaardfngcn et à Haslnts. On n'entasse pas ces harengs-là comme ceux de la grande pèche dans des tonneaux, mais on tes amasse i fond de cale, et l'on y jette du ael [steur], se r&ervant de les sauret plus tard. Le principal débouché du sleur-haring est dans la Elelgiqae, où il prend alo*s le nom de diepwalersche bokking (hareng d'eau profonde et qui a été Tumé). Les pêcheurs de Sifieveningen peuvent maintenant eaquer le hareng, mais Ils usent trËs-peu Jueqa'lci de cette liberté.

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atS - LA NÈERLANDB

point jeter leurs filets dans la mer; les tempêtes sont alors, disent-ils, plusfréquentesque dans les autres mois de l'année. Ilest extrêmement désiruble (el c'est peut-être le meilleur remède au paupérisme) que les populations de la cdte ne se reposent point uniquement sur la pêche. Déjà quelques matelots de Scheveningen font des voyages d'biver pour porter divers objets de consommation en France, en Belgique et à Londres {!); d'autres défrichent un peu dans les dunes. Cette culture des dunes constitue un des traits caractéristiques de la côte. Quand on a résolu de convertir une certaine étendue de sable en terre labourable, on y mène paître la première année des animaux domestiques, le plus souvent des moutons. Ce n'est encore qu'un parcage ; mais les années suivantes on y introduit la bêche et l'onégaliscle sol. L'ennemi de cette culture naissante est le vent ; on lui oppose des digues etqueiquéfois des plantations d'arbustes; le champ embryonnaire est fumé ensuite avec les engrais qu'on a sous la main, le plus souvent avec du poisson. Ceci fait, on y plante des pommes de terre, qui viennent bien, ou , d'autres légumes. A voir ces champs conquis sur la dune sauvage, véritables chefs-d'œuvre de création humaine, on éprouve pour la patience et l'industrie de ces pauvres gens une admiration mêlée de tendresse. Si de Scheveningen nous suivons la mer, nous ren-

(I) Il existe pour les jeunea Glles une maison de couture, rondée par la reine-mère de Hollande ; on )- fait des chemises ^t d'antres ouvrages pour les pauvres de la çominune. Cei établiesemenl ne [oDCtionne que pendant l'hiver.

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GT La vif. hollandaise. -919

contrerons h K»twijk, à Noorwijk, fi Egmond, fi Zandvoort, la même cûle, la même race, la môme misère. Au moment où nous visitâmes le Katwijk des pécheurs (car il y a deux villages du même nom, situés l'un à côté de l'autre), le typhus y régnait (1). Depuis treize années, la* pêche dji poisson frais à Katwijk est en décadence. A la vue de cette situation déplorable quelques économistes se sont demandé si l'usage des filets de corde n'avait point appauvri les mers. Cette question se lie fi une autre qui relève de l'histoire naturelle. La fécondité a été donnée aux animaux, surtout aux poissons, pour résister aux entreprises de l'homme ; mais dans quelles limites cette fécondité résiste-t-elle î En d'autres termes, est-il posûble de dépeupler les eaux? La science n'hésite point k se déclarer pour l'affirmative. ' Le champ de la vie sous-marine est une source de richesses inépuisables tant que les forces de i-eproduction font équilibre aux moyens de destruction mécanique ; mais du jour oti cet équilibre se trouve rompu, il y a lieu de craindre que dans un espace de temps donné lesmersles plus peuplées ne se conveïlissent en solitudes.

Notre siècle a vu naître un art ingénieux qui se propose d'ensemencer et de repeupler lés eaux au moyen

(OSurlacQtede Katwijk eet une Iriple rangée d'ëi^i uses monumentales qut protègent t'emboucbure artlûclelle du Rhin. Sur le piller central qui sert de clef de voûte à ta première écluse, on litcttte inscription, en lani^e hallandaise : • Réunion du Rhin à la mer du Nord commencée le 7 août 1804 et achevée le !l odnhre 1807. >

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SSO LA NË.BRLANDE

d'unegraine animale Boumise à la volonté de rfaomme. On se demande seulement s'il ne vaudrait pas mieux prévenir par de sages mesures l'anéantissement des poissons que d'en être réduit on jour à revitifler les mers par des moyens artificiels.

Le danger d'un appauvrissement des mers esMl à craindre? Pour en juger, il suffit de jeter les yeux sur les filets de corde^ ces sépulcres flottants dont la bouche s'ouvre pour dévorer les habitants des eaux, dont le plomb laboore et soulève le fond de la mer. Non-seulement tous les poissons que le filet rencontre sont emportés, mais aussi tout le frai qui se trouve dans le sol est détruit. On a proposé en conséquence d^terdire pendant la saison d'hiver l'usage de cette pèche (1). Le principe sut lequel se fonderait une telle défense ^ inattaquable : les richesses du règne icthyologique constituent le capital des mers ; ce capital appartient au genre humain tout entier. Les générations présentes ne doivent point détruire le fond, elles peuvent seulement en toucher les revenus. L'état, qui doit veiller non-seulement sur les intérêts du présent, mais aussi sur ceux de l'avenir, est donc en droit de protéger les forces prolifiques de la mer contre des moyens d'exploitation dangereux; seulement, comme des pécheurs étrangers traînent ces mêmes filets sur les cétes de la Hollande,

(I] Les mère ont besoin de ie reposer au moina peDdBDt'quelqnee mois de l'année. Dans la dlgcusBion soulevée en Hollande sur celte matfère, on a plus d'une foie invoqué comme une autorité l'opinion émise dans la Bévue des deux mander par H. de Quatrehges.

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ET LA VIS HOLLANDAISE. ISl

il faudrait obtenir une conventioD internationale qui, au nom même des intérêts de la pêche, défendit de ravagw les eaux. La question vaut qu'on y réfléchisse. Les gouvernements ont des congre^ pour régler la paix ou ' la guerre: où serait le nul quand ils auraient des cosgrès économiques pour conserver et accroître les nwyena alimentaires des peuples!

Quoique souffrante, la pdche des côtes est pour la Bollandeune ressource considérable. Sans protection aucune, gênée même par les règlements, qui farorisaient jusqu'ici la grande péché au détriment des autres pèches nationales, cette industrie a lutté contre les forces avares de la nature, et obtenu des résultats qui méritent d'appeler notre attention. En 1850, du 1" février au 5 septembre, quarante-huit barques ont pris sur la cdte du Katnijk pour 7S,902 florins de poissons frais. En 4853, trente^ix Bibota cmt rapporté 6,096,000 harengs. Outre les barques qui sortent des villages situés près de la Heuso, 218 bâtiments montés par 1,744 hommes, jettent leurs tîlets dans la mer qui baigne les ' càtes de la Nord-Holtande et de la Sud-Hollande. Les . frais annuels d'équipement pour chaque vaisseau se montent k 4,500 florins. Ce capital qui flotte sur les eaux a une valeur sans doute, mais le travail des hommes qui luttent jour et nuit contre toutes les (orces de l'Océan représente une autre valeur non moins grande et non moins féconde.

La . mer du Nord n'est pas le seul champ labouré par '

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tesbarque»; néerlandaises. Il existe imè autre pèche plus obscure encore dans ses moyens d'action, presque dédaignée, mais dont le développement silencieux mérite d'appeler les regards d.e l'économiste: c'est celle qui s'exerce sur le Zuyderzée. Dans ce golfe, formé depuis les temps historiques par les invasions de la mer, nous allons rencontrer un nouveau théAtre de faits qui nous fournira de nouvelles annes contre le monopole en matière de pèche et des arguments décisifs en faveur de la liberté de cette industrie.

Le Zuyderzée forme comme un bassin de la mer du Nord. Ainsi que les années arrondissent le corsage d'une jeune filtê, les siècles ont élargi l'échancrure par laquelle cette mer enfonce son sein dans les terres. La masse des eaux occupe aujourd'hui un espace de cinquante-quatre lieues carrées ; elle s'avance sur les provinces de Frise, d'Overyssel, de Gueldre, dTJtrecht et de Nonl-Hollande. L'été, les bords du Zuyderzée sont ravissants. Une ceinture de villes et de villages, liés par des prairies, des jardins, des maisons de campagne, presse mollement les contours du golfe. Ces villes anciennes vivent plus ou moins de la navigation et de la pèche.

En partant d'Amsterdam, si nous suivons la gauche

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BT I.A VIH HOLLANDAISE. iSS

du bassin, on rencontre d'abord Honnîkendam^ qui doit son nom et peut-être son origine à un ancien jnonastère {1). Un clocher d'église, une tour, des musons de brique bairoonieusement groupées^ des mâts de bfl- Uments et des voiles de pécheurs, tels sont les principaux traits de cette ville, qui sort du fond de l'eau, comme la nymphe antique, avec une comronDe de verdure. A propos de nymphe, voici Ëdam, autre ville de la Nord-Hollande, à laquelle se rattache une légende locale. C'était après une forte tempête qui avait confondu le ciel et la merj les eaux, chassées par des vents funeux, avaient brisé les écluses, envahi les terres, lorsque les jeunes filles d'Edam, allant faire boire leurs vaches dans le lac de Purmer, avisèrent une femme aux membres nus et couverts d'une mousse verdàtre qui nageait à la surface de l'eau. D'abord la nouveauté du spectacle les effraya; puis, un peu remises de leur émotion, elles tirèrent la fille de mer dans un filet et la conduisirent à Edam. Là on la débarrassa de la vase et de la mousse qui la couvraient; ornée d'habits plus conformes à la pudeur de son sexe, elle apprit à manger du pain et à filer; mais une inclination naturelle l' entraînait toujours vers les eaux du lac. Elle parlait une langue inconnue, et ne comprenait rien au hollandais. Un grave chroniqueur, Snoyus, affirme tenir le (kit de témoins oculaires : il réfute l'opinion de ceux qui, par goût du merveilleux et du chimérique, (1) Monnikendam, barrage sur la rivière des moineK. I. 15

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ont prêté à cette fille une queue de poisson. Et maîntenant, si vous doutez de l'histoire en elle-même, regardez k Edam ce vieux bas-relief conservé sur un des murs de la ville : vous y verrez le portrait authentique de cette nymphe marine dans l'état de nature. Les fonnes sont belles et font regretter, ai les autres filles de mer lui ressemblent^ que l'espèce n'en soit pas plus commune (I).

U'Edam à Hoorn, la côte s'arrondit et se comprime pour donner ensuite naissance à un promontoire sur la pointe duquel s'élève Ënkbuisen. La ville de Hoom tire son nom de la forme recourbée de son port, qui s'avance dans l'eau comme une corne de bœuf. Une telle configuration est elle-même un symbole des mœurs pastorales de la Nord-Hollande et des richesses naturelles qui s'y débitent. Hoorn est avec Âlkmsar, le plus grand marché de beurre et de fromage qui existe dans cette contrée. Entourée de riches pâturages, cette ville sur^t à ta fois d'un océan d'herbe et d'un océan d'eau< Une fois par année, la grande rue, couverte de àx ou sept mille têtes de bétail, présente une scène curieuse et animée. Sur une des portes de la ville, nous avons

(1) On a dietchê si ces légendes aiaient quelque tond hlstoriquei plDsIeun ce sobt demandé si cette QUe de la mer n'était point uno îemine d'Islande ou de Norvège jetée sot les cStes du Zu jdenée pu une tempfte ;* d'autres Hollandais ont cru i]ue leun naîb ancétitt avaient pria an phoque pour une tréature bumaine : il est ptoi probable qne l'iinaginatiOD seule a tait les trais de ces fables merve)lleiisi!s,qu'oD trouve répandues Tor^ loin sur les cites de la mer du Nord;

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