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te> LA NËEHLANDE
femmes font en outre tous les habillements, même ceux des hommes; elles s'occupent de la culture des terres, elles Aient le chanvre nécessaire pour les agrès, elles blanchissent le linge. Dans ces soins pénibles et compliqués, les ménagères ne sont assistées d'aucun» servante ; elles font tout par leurs mains. Les mœurs des hommes se distinguent par une grande sobriété. Les habitants de 111e doivent à ces habitudes sévères un état de prospérité relative, si on les compare aux pécheurs des autres localités. Bien qu'ils aient à lutter contre mille causes du paupérisme, telles que les étés mauvais, les hivers précoces, ils nedescendentpoint à implorer l'&ssistance publique. Cette tempérance est en outre une raison de longévité; on rencontre dans rtle beaucoup de vieillards. A la vue de ces figures calmes comme la mer par un beau eoir d'été, on se prend à aimer cette médiocrité honorable, ces pauvres gens riches des biens qu'ils ignorent, cette famille de pécheurs dont les liens se resserrent par la conformité des travaux, des inclinations' et des dangers.
Les femmes ne. quittent presque point leur lie; les hommes, au contraire, respirent le souffle et la vie do la mer. Les pécheurs de plies montent chaque dimanche vers minuit dans leur bfttiment ; ils passent la semaine sur le golfe, et ne rentrent chez eux que le samedi. Le seul jour qu'ils passent â terre est employé à réparer les filets, les voiles et les cordages. De graves dangers menacent ces voyageurs infatigables. La lame du Zuyderzëe est plus courte et moins tumultueuse que celle de l'O-
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ET LA VIB HOLLANDAISE. lui
céan, mais elle est perfide. Leur sang-froid au milieu des dangers et des tempêtes égale leur humanité. Toujours prêts à porter du secours aux vaisséaim qui sont en péril, ils ont donné mille preuves de courage et de présence d'esprit. Nous avons suivi les pécheurs du Zuyderzéâ dans une de leurs excursions nocturnes. Le b&timant sur lequel nous faisions voile était monté par trois hommes. Sur le devant était une petite chambre avec un parquet peint en bleu et luisant, une cheminée en bois, un lit, une armoire et des sièges, le tout bariolé de couleurs
'vives. Cette chambre prenait jour sur le toit par quatre ou cinq ouvertures carrées, fermées de couvercle^ de bois qu'on leva, et à travers lesquelles nous vîmes luire les étoiles. Dans la partie découverte étaient les filets, Iqs perches, les crochets, une ou deux ancres à plusieurs
' dents et de gros sabots peints en vert. Un des trois hommes tenait le gouvernail et observait la voile, les deux autres promenaient les filets dans la mer. La pèche fut asses bonne. Le poisson pris était jeté au milieu de la barque, dans un réservoir plein d'eau.satée. Nous regagnâmes la terre avant le jour. On abaissa la voile, on mil en ordre les instruments de pèche, et le màt fut coiffé d'un grand filet à mailles brunes dans lequel la lune vint se-prendre comme un oiseau.
Les mœurs des habitants de Marken sont communes aux insulaires d'Urk et de Schokland, avec de très-légères nuances qull serait superflu d'indiquer. Ces deux derni^s Iles s'élèvent à fleur d'eau comme un rêve de l'O-
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«70 - LA NKEriLAFJDE
céan. La tradition veut qu'elles aient fonné autrefois une Ile Unique : entre Schokland et Urk, il est un point de la mer qui est généralement connu sous le nom de cimetière; à la surface de l'eau s'élèvent quelques débris de ,murs. Les pécheurs ont plus d'une fois déchiré leure filets dans ces parages. Les habitants de Scbokland (1) s'attendent à ce que d'un jour à l'autre ce qui reste de l'ancienne Ue disparaîtra sous la mer. Les prodigieux ouvrages de brique, de joncs, de pilotis, de roche, par lesquels on cherche à soutenir une terre ruinée, ne font, disent-ils, que reculer cette date fatale. Quand on considère l'état des lieux, on reconnaît que cette crainte n'est point tout à fait chimérique. A la surface de ce sol, que la mer ébranle, les maisons tremblent^ par les gros temps, l'intérieur des habitations s'agite, et les meubles chancellent. En 182b, on crut que les sinistres pi'essentiments des habitants de l'île allaient être justifiés par une catastrophe définitive. Les eaux montèrent à 1 pieds et 1/2 au-dessus du sqI; la grande digue fiit détruite sur une étendue de plus de 200 mètres; d'énormes pilotis de chêne furent enlevés comme des roseaux; 26 maisons disparurent; des hommes, des fenimes, des enfants pé> rirent. De cinquante et une vaches qu'on comptait dans 111e en 1824, on n'en voit plus aujoiwd'hui que cinq. Dans les nuits sombres et par les gros coups de vent, les pauvres bêtes se noient. Les insulaires de Scbokland
(1) SchoUand veut dire le pays des secousses, à cause des cboes que 111e reçoit des flols.
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BT LA VIE HOM.AnDAIBB. ITl
ressemblent aux hommes de l'Atlantide^ ils senteot venir les derniers jours du monde, car après tout cette lie ingrate est leur univers : ils ne voleat rien au delà. On se demande, h la vue des dépenses faites pour éloigner une fatale destinée, s'il ne vaudrait pas mieux abandonner aux flots un lambeau de terre marécageux, iocertain, littus dubium; mais les habitants de Hle vous répondraient volontiers : Guenille, si tu veux; ma guenille m est chère. Un trait de caractère commun à tous ces insulaires, surtout aui femmes, c'est un attachement profond pour le lieu de leur naissance. Leur cœur tient à ce mélange de terre et d'eau par la racine des habitudes, des goûts et des affections''.naturelles. L'été, quand le soleil réchauffe les flots et invite l'herbe à croître, on comprend encore ce sentiment; mais l'hiver, quand les téuèbres enveloppent Schokland, quand les vents ébranlent la digue, mordue par la mer; quand le phare tremble comme une lumière aux mains d'une }eune fille, quand Jes marées montent et accourent semblables à un troupeau de phoques, quand les ombres des anciennes villes englouties au fond du golfe errent dans la tempête avec des gémissements, ohl alors il faut une grande illusion pour tenir à ce triste séjour. Un doux aveuglement du cœur caractérise l'amour du pajrs, comme' d'ailleurs tous les autres amours (1),
(1) La Hollande est le pays des changement» Â vue. Les terres y naissent et y âieparai^Bent comme dans un rSve. Au moment où s'Impriment ces li);nes, l'Ile de Schokland que j'ai visitée en 1S5& n'existe plu«. Oti a résolu d'engloutir cette Ile qui ne se défendait
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STi LA NfiBHLANDH
Au point de vue économique, la situation des poches du Zuyderzée, prise dans l'ensemble, offre un intérêt sérieux. Dans ces trois tles, Harken, Urk et Scbokland, malgré des causes locales de malaise et de dépérissement, la population augmente de siècle en siècle; elle se développe même relativement plus vite que dans le reste du pays. Ce fait seul témoigne que la mer est un champ de production fertile, car c'est une loi que les populations s'accroissent en proportion des moyens d'existence. Autrefois l'esturgeon et le saumon faisaient la ' plus grande Hchesse du Zuyderzée; ils ont aujourd'hui tout à fait disparu de ces eaux : nouvelle preuve que le poisson ne résiste pas toujours par la fécondité aux attaquesde l'homme, et que pécher en toute saison dans certains parages, c'est dévorer pour ainsi dire en iierbe les biens de la mer. En revanche, d'autres pèches, plus ■ obscures, ont pris dans ces dernières années un développement considérable. — Celle de l'anguille, par exemple, domie un résultat de 40,000 florins par année. Ces eaux sont peuplées d'ailleurs de harengs et d'anchois. La pèche du hareng commence en octobre et dure j usqu'à la fin de mars; celle de l'anchois se continue de mai à juillet, au moyen de filets coniques. Ce petit poisson, qu'on sale et qu'on entasse dans des maga»nsà Hon-
contrelameTquepardea triTaui Incessante. Cela coûtait trop cher. Les pauvres habilaDte soDt aujourd'hui IraDsplantés dans la Noid- HotlaDde: ils n'a valent d'ailleurs pas grands bagages à emporter de leurs buttes.
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nikendem, à Huizen et ailleurs, est un article de commerce qui ne manquepoint d'împortance. On estime la pèche entière de i853 ^ S0,000 ancres (l'ancre contient 4,000 anchois), qui représentent une valeur de 360,000 flo- .rins.
Le hareng du Zuyderzée est moins .estimé que celui des cAtes; mais il a le mérite de servir d'aliment à la classe la plus nombreuse et la plus pauvre. Il y a surtout dans le Zuyderzée un hareng d'arrière-saison, connu sous le nom de panhanng (1), dont les Hollandais font peu de cas, qu'on traîne sur des brouettes dans les faubourgs des grandes villes, et dont on s'est' servi longtemps pour filmer les terres. Servir à, la nourriture de l'homme passe encore; mais faire du fumierl Lepankaring s'en est vengé en s'éloîgnant peu à peu des parages où l'on rendait si peu de justice ^ ses bonnes qualités. Le hareng frais duZuyderzée ne mérite nullementle mépris dans lequel l'a relégué un vieux préjugé national. 11 y a peu d'années, des bâtiments de pêcheurs français entrèrent dans les ports de la Hollande et achetèrent en fraude ce poisson, qu'on vendait à vil prix. Une telle iudsntrie eut du succès, le nombre des bâtiments seieva bien vite à 319; mais le gouvernement français prit des mesures pour réprimer ce commerce équivoque qui s'éteignit. *
(1) Le panhoring est un hareng sans œufa ni laite, un hareng Tlde, circonstance qui tient, bien entendu, à la saison dans laquelle on le pècbe.
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37t LA FJEËRLANDE
Le dédain que les Néerlandais témoignent pour le hareng frais du Zuyderzée tient à l'estime qu'ils professent pour le hareng de la grande pèche, estime justi&ée sans doute, mais beaucoup trop exclusive, et qui a contribué jusqu'ici à dépréder une branche fructueuse de I1nâu&> trie nationale. Il ne faut point oublier que le poisson est trop souvent la viande du pauvre. Aussi, en dépit de l'interdiction lancée par les hautes classes, le hareng du Zuyderzée, longtemps victime des préférences accordées à son frère atné, tend k reprendre le rang qui lui appartient sur l'échelle des produits maritimes. On connut l'histoire d'Ësaû et de Jacob. La pêche du hareng frais, longtemps mis hors la loi. et privé en quelque sorte du droit de cité, est en progrès, tandis que la grande pèche demeure stationnaire, si même elle ne rétrograde point, A Monnikendam seulement, la valeur du hareng frais vendu à l'enchère en 1850 s'est é!e*ée à 225,000 francs. Cette pêche se fait au moyen de bâtiments qu'on nomme botters, et qui sortent de divers points du Zuyderzée. L'équipage de chacun de ces bâtiments est ordinairement de trois hommes.
Le Zuyderzée présente, comme on voit, un grand théâtre de &its économiques. Un millier de bâtiments qui se livrent à la pèche du poisson frais se promènent nuit et jour sur cette mer intérieure, montés par 4,000 pécheurs hollandais. Ce spectacle sufSt pour motiver nos conclusions. Quand on parle des pêcheries néerlandaises, il ne faut pomt isoler, comme on t'a fait trop souvent, la
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grande pèche des autres branches d'une même industrie. Toutes ces branches ont des droits égaux îi l'intérêt de l'observateur; elles se soutiennent d'ailleufs les unes par les autres ; dans les anilées où celle-ci s'abaisse, celle-là se relève, et empêche ^nsilafortune publique de fléchir. La liberté aura pour effet de placer les trois pèches auxquelles la Hollande doit une partie de sa richesse sur an pied de considération égale. Si même il nous falliùt opter entre elles, dans un temps oîi l'on n'a découvert d'autre solution au problème posé par les sociétés modernes que de réduire la misère en qiultipliant les sources de produits, nousne déguiserions point notre préférence pour la branche d'industrie qui occupe le plus grand nombre de pécheurs, qui représente en nature un revenu plus considérable, qui contribue plus directement k la nourriture des classes ouvrières, et qui n'a jamais eu besoin d'être soutenue par l'État.