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en avoir pris le double, il laissa ce papier dans la hutte. . Deux bateaux ouverts, la chaloupe et le canot, réparés tant bien que mal par des mains affaiblies et glacées, voilà tout ce qui restait à ces malheureux pour &ire un voyage d'au moins sept cents lieues, exposés à la violence des vents, à de grandes pluies, à de fortes gelées de nuit, au choc des glaçons qui, pendant tout l'été, se heurtent péle-méle dans ces eaux. Ils naviguèrent aina ■ dans la glace, sur la glace et à travers la mer. > Pour comble de malheur, Barendz, en qui ils avaient placé toute leur confiance, était malade. On avait été obhgé de le transporter de la butte à la chaloupe sur un traîneau. Les fatigues, les privations, les horreurs de cette baversée augmentèrent encore ses soufirances. Entendant quelqu'un dire qu'un autre marin de l'équipage, Qaes Adriansen, était dans un état désespéré : « Je ne pense pas, dit Barendz, que je vive longtemps après lui. » Alors, se tournant du côté de Gerrit de Veer : < Donnémoi, ajouta-t-il, quelque chose à boire ; d mais il n'eut pas plutôt porté le breuvage k ses lèvres, qu'il tourna les yeux" et expira. Le même jour, Adriensen aussi mourut. Ils étaient partis dix-sept, et, à l'exception des deux qui succombèrent, le reste, après des dangers inouïs, après avoir souffert de la faim et du froid, après avoir vu mille fois la mort dans ces neiges et ces solitudes étemelles, atteignit enfin une terre habitée. A Kola, ceux qui' revenaient de la Nouvelle-Zemble rencontr^^nt Cornelis Ryp, qui les avait quittés l'année précédente
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pour appuyer au nord. Les deux équipages se rejoîgnilent avec une joie mêlée de surprise : chacun des deux croyait à ta perte de l'autre .
Ce fiit la dernière expédition que tenta la Hollande de trouver un passage à travers les glaces pour aller aux Iodes et à la Chine. Le but de ce voyage était-il chimérique t L'existence de ce passage est-elle une fiction ? Des navigateurs sérieux restent encore aujourd'hui persuadés qu'il existe, vraiment une communication entre l'Europe et la Chine par la voie du nord. Le capitaine Ross poursuivit deux fois, en 1818 et en 1839, le même rêve qui avait séduit et entraîné Barendz, mais sans plus de succès. Après unocenlaine'de voyages entrepris pour découvrir cette communication avec les mers de llnde, la question n'est guère plus avancée que le premier jour. LesHollandais n'en conservent pas moins un respect bien justifié pour lu mémoire de Barendz, l'un des plus habiles et des plus malheureux navigateurs qui fût jamais (1). Le commerce profita peu des efforts de ce brave
(l)Tolleas a écrit sur cette calaslrophe mémorable un poème intitulé ; VRivemage des Hollandais à la NouKelle-Zemble [Tafereel vandar Overwintering vanNova ZenAta). C'est la plus nationale des ceuvies de Tollens, le plus populaire des poules vivants. J'avoue pourtant préférer à celle poésie artificletle la simple et Inculte relation dea navigateurs eux-mêmes. L'auteur nous représente Bsrendi et ses compagnons tirant aui dés lequel d'entre eui on mangera. Jamala une pensée s) hoitlbte (leur Journal en tait Toi) n'entra dans la télé de ces malheureux. Un tel effet mélodramatique afTalblIt, en fonlant l'accroître, l'Intérêt du récit. Tollens n'en est pas moins, surtout dans ses chanta Ijriqnes, un poète aimable, et on peut 1. 17
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marin ; mais l'expédition qu'il dirigeait fît avancer d'un pas la science géographique. Si les Hollandais d'ailleurs ne rencontrèrent point dans ces mers sinistres et mystérieuses ce qu'ils y cbercbaîent, c'est-à-dire un passage vers la Chine, ils y trouvèrent ce qu'ils n'y .cherchaient pas, la baleine.
L'origine de la pêche de la baleine se rattache aux ' premières découvertes des navigateurs hollandais dans les mers du Nord. Témoins des ébats de ces grands animaux dans ces vastes solitudes d'eau et de glace, ib vilenl leurs récits accueillis par les divers peuples maritimes avec une curiosité mâlée de convoitise. La Hollande,, tjui avait frayé la voie, n'entra pas tout de suite dans les bénéfices de l'exploitation. Il parait que la pèche de la baleine, fut aux douzième, treizième et quatorzième sièeles, dans la matn des Basques. Les pécheurs basques poursuivaient ces grands animaux, moins grands pour^ tant que la baleine des mers arctiques, dans la baie de Kscaye et sur les c6tes du midi de la France. Cette guerre avait d'ailleurs fini par la même cause qui a amené l'extinction de la pêche de la baleine dans plusieurs autres parages, — l'absence de l'ennemi. Les pécheurs hollandais apprirent des pécheurs basques l'art de harponner la baleine et la manière d'en tirer l'huile. La première fois que des navires de pèche néerlandais apparurent dans les mers de Groenland, ce fut en 1612. Ils
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étaient au nombre de deux : l'an venait d*Amsterdam, et l'autre de Saardam; ils semblaient armés pour la ehasse du morse, vulgairement a|)pelé cheval de mer. Ces deux vaisseaux trouvèrent les eaux, ou pour mieux dire les glaces, occupées par les Anglais, qui, jaloux d'établir un certain droit de priorité sur la pèche, défendaient aux autres nations, et surtout aux Hollandais, de leur faire concurrence. Cette rivalité de la Grande-Brel^e et de la Néerlande est un fait aussi ancien que l'histoire des deux nations. 11 est curieux de voir ce grand pays, l'Angleterre, rencontrer alors devant chacun de ses pas sur le globe ce petit peuple hollandais, qui ' le suit, le devance quelquefois, et soutient vaillamment le lutte dans toutes les ebtreprises qui peuvent accroître la prospérité nationale (1). L^s pêcheurs anglais obligèrentcette fois les pécheurs hollandais de s'en retourner chez eux; les menaçant de saisir leurs navires et leurs cargaisons, s'ils avaient jamaisia témérité de reparaître dans ces mers. Les deux vaisseaux hollandais, n'étant point de force à braver cette menace, se retirèrent; mais la marine néerlandaise n'accepta point la défense qui lui était faite par l'Angleterre. L'année suivante (1613), cinq ou six bâtiments, dont quatre armés pour la chasse de la baleine, partis d'Amsterdam et des autres
(f)Oii'lrouTelestraces de cet antagoniune dans toute t'tiiatolre du XVI* et du XTii> ejècle, maie surtout dans les tUa suiTants : la colonisation deTAmérigae, la l'ircumnavigatlon du globe, le comoierce aven la Russleet avec les Indes orleDlatei.
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ports de la Hollande, firent voile sur le théâtre de la pèche. Les Anglais les découvrirent, les attaquèrent, et les dépouillèrent de leur butin. Un hâtimfint monté moitié par des matelots hollandais,, moitié par des Anglais, t^t pris et conduit en Angleterre avec dix-huit ou dixneuf haleines. Une protestation véhémente s'éleva contre l'injuste prétention de. l'Angleterre, qui s'arrogeait le monopole de ces répons inhahitées (1).
On connaît assez maintenant le caractère néerlandiûs pour savoir que le fond de ce caractère est la persévérance, surtout dans les entreprises commerciales. En 1614, les principales villes et les ports de mer des Provinces-Unies s'organisèrent en une ligue puissante qui pût défier l'opposition de la Grande-Bretagne. Le centre de celte ligue fut étahli à Amsterdam. Une compagnie de riches marchands sollicita et ohtint des états généraux le droit de pêche pour trois années sur toutes les mers ^tuées entre la Nouvelle-Zemble et le détroit de
(1) Les Anglais a'appujalent, pour revendiquer l'occupation da ces mers, sur la découverle du Spltiberg, qu'ils altrlbuilent i an de leurs marine, Hugti Wlllougtibjr, lequel aurait le premier abordé sur cette plage en 1553. Cette découverte, ajoutaient-Ils, avait élé l'origine de l'établissement de la pèche. Il est bien vrai que la pèche de la baleine ee lie à la connaissance du Spltiberg j mais 11 e^t aujourd'hui bien avéré que la déconverle attribuée k Willoughb; est due aux Hollandais. Lapiétenliondela Grande-Bretagne reposait donc snrune erreuret sur une Injustice. 11 ne faut pourtant point juger trop sévèrement la condujtedes Anglais en celte accoaton : les prindpesdu droit InteroatioDal étaient alors si peu fixés, que les premiers occnpants s'artvgealont partout «t sans façon le monopole des men noaTellemenl Duvertet.
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Davis. Cette concessîoD excluait des mfimes parages tous les autres vusseaux néerlandais étrangers à la compagnie. Encouragée par la protection de l'État, cette société enrôla des harponneurs de la Biscaye ; puis, afin d'assuter la sécurité de ses vusseaux, elle les appuya par quatre navires de guerre, armés chacun de trente canons. Cela formait une flotte de dix-huit voiles. Devant un tel déploiement de forces, les Angicùs, qui avaient seulement alors dans ces mers treize grands navires et deux pinasses, laissèrent les Hollandais se livrer tranquillement à la pèche de la baleine. On pouvait croire que la Graude-Bretagne avait renoncé à ses prétentions : il n'en était rien. Au bout de deux ou trois années, durant lesquelles les Hollandais se maintinrent sur ces mers par la supériorité du nombre, la jalousie de l'Angleterre éclata de nouveau : des marins zélandais furent dépouillés encore une fois du fruit de leur pèche, et virent leurs munitions de guerre saisies par le viceamiral de la flotte britannique. Ce nouvel outrage ne fit qu'affermir la résolution des Provinces-Unies. Décidés à vaincre sur ce point l'opposition de l'Angleterre et à continuer un commerce dont ils entrevoyaient les avantages nationaux, les Hollandais redoublèrent d'efTorts. Exaspérés par la confiscation de leur hutlct de leurs canons et de leurs navires, les pécheurs de la Zélande se remontrèrent en 1617 dans ces mers avec trente-trois navires bien armés. Ils prirent position dans les baies les plus fréquentées et contrarièrent la pécbe des Anglais. Vers
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la ûa de juillet, une petite escadre zélandaise attaqua trois b&timents britanniques, tua une partie de leurs hommes, brbla leurs tonneaux, et s'empara d'un des navires, pour s'indemniser des pertes essuyées dans les dernières expéditions. Ce vaisseau s^si sur les Anglais fut triomphalement ramené en Hollande par la flotte des pécheurs néerlandais; mais les états généraux, goûtant peu ce sjsteme de représailles, firent mettre en liberté le navire et dédommagèrent le capitaine. La leçon^néuimoins avait frappé juste. Comme le droit des Anglais n'était après tout que le droit du plus fort, il fut détruit par la force. On finit par s'entendre et par se partager les quartiers de la pèche. Chaque nation devait poursuivre la baleine le long de certaines cAtes et dans les limites qui lui étaient assignées. La Hollande ne tarda point dès lors à surpasser la Grande-Bretagne elle-même dans ses entreprises maritimes h la recherche d'une proie » convoitée (1). L'histoire de cette pèche grandiose, de cette
(I) Dans les commencements, comme l'ofQce de liarpoiiiieur eilgeait, outre le courage persoDDel, des connalesances spéciales, od emploïalt eeulement des Biacayeùs, accoutumée depuis Ion([temp5 aui dangers et aux ilifflcultés de c«ite pèche. Chaque vaisseau était alors dirigé par deux honmies,' le commandeur ou ie pilote, qui était un Hollandaie, et le barponneur appelé en néerlandais aepkinyder (coupeur de lard), et qui était de la Uiscaye. Ce dernier avait la surintendance des pécheurs et préaidsîtàratiaquedela baleine. Fins tard, les Hollandais surpassèrent les Basques dans cette stratégie périlleuse, et les Angiais eux-métneâ durent apprendre des Hollandalsl'art de seprocurfrde ces^aniinauT, source d'une Ticbesse considérable. Aussi recouru rent-lU plus d'une fois A l'assistance des marins à qui ils avalent d'abord disputé le terrain de la pèche.
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pëclie épique, se divise en deux périodes distiaetes, l'une de protection, l'autre de liberté (1).
La compagnie fondée à Amsterdam en 1614 retint le privilège de la pèche de la baleine jusqu'en 1642. Ce monopole ne cessa néanmoins d'exciter le mécontentement de certfùnes provinces bataves qui se trouvaient «xclues par un tel traité des bénéfices d'une industrie souveraine. Les récl^natioas affluèrent auprès des états généraux. Le caractère valeureux et entreprenant des Frisons supportait surtout avec impatience les obstacles légaux qui leur interdissent l'accès de ces régions redoutables. Hs invoquèrent le droit commun qu'ont toutes les parties d'un État républicain à la participation des mêmes dangers et des mêmes avantages. Les états gétiéraux de la Frise consacrèrent alors le principe de la liberté naturelle et illimitée des mers. Une compagnie formée dans cette pnmnce obUnt donc une concessioR pour faire la pêche de la baleine. La Zélande avait de «on cAté arraché le même privilège. Lés trois oompagnies d'Amsterdam, de Fàse et de Zélande se réunirent et confondirent leurs intérêts pour écarter les prétentions des autres villes qui voudraient leur disputer les
(1) La naissance de la pèche de la baleioe est Dltârleure aud6- ^eloppement de la pèche du hareng, qui remonte aux. premiers temps de la république batave. Par uae anomalie singulière, les Bollandtls continuèrent à appeler la pj«he du hareng la grandt jiéche et celle de la baleine la petitf pèche. La pèche du hareng .était, il est vrai, plus Incraiive et occupait un grand nombre de bi-. timents. '
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.mers gladales. Leur espérance fut trompée : tous les aventuriers des Provinces-Unies continuèrent à protester contre une concession de l'État qui les excluait du tbé&tre d'une industrie si lucrative. Sous le régime de la .protection, la pèche de la baleine atteignit cependant à une situation florissante; mais le succèsdoit être attribué, .en partie du moins, à la nature même des choses. Dans les commencements, la baleine se laissait prendre avec une certaine naïveté. Ce géant de ia création animale se reposEÙt calme et superbe dans la confiance de sa force. .C'était la première fois qu'il voyait l'Lomme au milieu de ces glaces, contemporaines peut-être de la naissance du globe. Un ennemi de si petite taille ne lui inspirait qu'une crainte médiocre, et il dédaignait de fuir les baies et les côtes témoins sécuidres de sa domination incontestée.
On voyait dans ce temps-lk ces grands cétacés apparaître autour des navires en immenses troupeaux. Les Hollandais en détruisirent aisément un nombre considérable. Il arriva souvent que la compagnie fut obligée de recruter sur les mers des navires vides pour rapporter en Hollande le produit de cette pèche surabondante. Un tel succès inspira à la conipagnie une confiance funeste. Ci-oyant que la pèche se maintiendrait toujours à cet état de prospérité, elle fonds dans les lies déserta des mers polairesde vastes et magnifiques établissements qui l'entraînèrent dans des dépenses exagérées. Un village néerlafidais s'éleva au milieu des solitudes arctiques. Ce
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village prit le nom de Smeerenberg (1). Visitée chaque année par douze ou dix-huit mille marins des Pays-Bas, la' colonie prit un développement inattendu. Le village de Smeerenberg et l'Ile d'Amsterdam tout eutière présentaient alors l'aspect d'une ville manufacturière et commerciale. Un nombre considérable de colons se rendaient tous les ans sur les lieux pour vendre aux marins cert^nes provisions, telles que de l'eau-de-vie, du vin, du tabac. Les inconvénients d'un voyage dans ces régions lointaineseL glacées étaient bien compensés par les profits qu'ils tiraient de leur commerce. Des artisans de tous les métiers ne tardèrent point 3 les suivre. Une des délicatesses fort recherchées par les bons Hollandais de cette époque, surtout dans les grandes villes, c'étaient des petits pains chauds à leur déjeuner. Ce luxe de table fut transporté d'Amsterdam à Smeerenberg. Les boulangers annonçaient aux marins et aux colons, en souf- Sant dans une trompe, le moment oh ils retiraient le paiti du four. Autour des factoreries et des autres édifices de la compagnie s'élevèrent ainsi des maisons particulières qu'on abandonnait pendant l'hiver et qu'on reprenait au printemps suivant. La Néerlande avait alors des colonies k l'extrême sud e't à l'extrême nord : Smeerenberg était sa Batavia des glaces. Les résultats obtenus
(I) Ce nom vient sans doute de deux mois hollandais : smeer, qui veut direlard, graisse, huile, el bergen, qui slgfciûe tirer. Il y avait en eBet d'immenses chandiâres qui iHtulllaient nuit et jour, et dans lesquelles on préparait l'huile âe baleine. Le inéme mot smeer, en langue suédoise, veut dite beurre.
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' dans les années suivaDtes ne justifièrent pourtant point les espérances excessives de la compagnie gmënlandaise. Les frais énormes qu'avaient entraînés la construction des bAtiments, l'équipement des navires et l'achat dû matériel de pêche amenèrent de terribles mécomptes. D'un autre côté, les baleines commençaient à se tenir sur leurs gardes et à se retirer des baies dans lesquelles on leur fabait une chasse si acharnée. A un système de prodigalité succéda alors un système d'économie/ Il était trop tard : le prestige s'était évanoui, et l'heure du déclin avait sonné pour la compagnie. La province. àVtrecht, laGueldre, l'Over-Tssel, ne cessaient d'adresser des représentations aux états-généraux et de réclamer la liberté de la pèche. Les États, comprenant alors que le maintien des privilèges n'était plus possible et nuirait môme aux intérêts du commerce néerlandais, ouvrirent enfin les mers à tous les aventuriers.
Nous entrons ici dans' la seconde phase de cette pêche célèbre, dans l'ère de la liberté. Les états n'eurent qu'à s'applaudir de leur décision, car en peu de temps cette importante branche du commerce national se développa d'une manière inespérée. Le nombre des vaisseaux envoyés tous les ans à la poche de la baleine par la compagnie groënlandaise était environ de toente : après l'abolition du privilège, il s'éleva à deux cent soixante navires montés par quatorze cents hommes (I). Sous le
(1) Nous trouvons ces chilTres dans les iDiéreSEanIs Méràoiret de daWitt, Sulrantlul, la pérlie de la balelae dëcnpis s«à produits!
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nouveau régime, cette vaillante induatrie atteigmtun de- ^é de développement qui a pour jamais associé le nom de la Hollande à la pêche de la baleine. Les marins néerlandais acquirent alors une expérience et une intrépidité qni firent oublier lea Biscayens.. Les bénéfices de ■cette pèche furent un instant fabuleux, surtout autour de rsie de Saint-Maurice. On raconte qu''un navire commbndé par un certain Willem .¥s fit deux voyages eu une année, et rapporta chaque fois en Hollande une «aigaÎEOn de cent barils d'halle. La chasse de la baleine ne se maintint pourtant pas longtemps à ce degré inouï de prospérité. De plus en plus effrayées et voyant que leur empire était décidément détruit dans ces mers, oiï, Avant l'arrivée de l'homme, elles ne comptaient guère -d^^unemis sérieux, les baleines se retranchèrent derrière les glaces comme derrière unrempart qui leur était donné par la nature. C'est là qu'il fallut bientôt les poursuivre - k travers des dangers el avec des dépenses considérables. La baleine passa, vers 1719^ des mers voisines du Spitzberg au détroit de Davis. Sur ce nouveau théâtre, les profits matériels, bien que considérables encore, furent souvent balancés par des pertes énormes. Il y avait des années où l'on était obligé d'abandonner jusqu'à vingt navires dans les glaces. Malgré ces désastres et ces chances défavorables, la Néerlande retira de cette pèche des
les braT«ï Frisons formaient un neuvième de celle armée pacifl- ■qne à laquelle les Pays-Bas dorent anepartie de leurs plus solides «onquétes.
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avantages certaica. Les régions polaires furent pour les Pays-Bas, & la fin du seizième siècle et pendant la première moitié du dix-septième, une Californie }>erdue dans les neiges. L'huile de baleine coulait à Sots d'or, suivant l'expression d'un poète néerlandais, sur les destinées de la république (1). Cependant cette pèche historique touchait, avec la république elle-même, à une époque de décadence. Elle se maintint, quoique fort réduite, jusqu'en 1795, époque à laquelle les troubles politiques et plus tard surtout les guerres de l'empire, en fennant les mers, l'anéantirent tout à fait. En 1815, lorsque la paix de l'Europe fut rétablie, le gouverneoient des Pays-Bas proposa une prime d'encouragement pour relever la pèche de la baleine. Chaque vaisseau hollandais équipé pour cette pèche devdt recevoir une sonjme de 4,000 florins à son départ durant les trois premiers voyages, et 5,000 florins de plus s'il retournait à vide. Ce système de protection fiit impuissant et ne ressuscita qu'à demi l'ardeur des baleiniers néerlandais (2).
(1) La statistique jiietiSe jusqu'à un certain point par des cbiStea ce langage de la poésie. Ue 1669 à 1778, lea dépeneee pourlapédie de la baleine montirent 1 177,893,070 fl. : le produit de cette pèche, dans le même Intervalle de tempg.s'éleia ï 2!3,!B6,T 70 florins; il restait donc entre leamaln» des baleinlera un bénéQce de 41,398,800 Qorine. Ces cbiOïw répondent snIQsamment aux Hallandale qui, pour te consoler Mns doute do déclin d'une Indostrie si hmeuse et gi nationale, prétendent aujourd'hui que la pèche de
baleine n'a iamaU donné de grands réaultata.
(!) Le déeiin de ta pËche de la baleine pâut être flié à l'année 1770 : de 1619 à 1778, le nombre des bâtiments, qui était de 181 par année, tut réduit â 134; dorant la guerre de la Grande-Bretagne
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L'iiistoiie de la pâche de la baleine senùt incomplète, si nous omettions . de agnaler les efforts tentés è plusieurs reprises parles Hollandais pour s'établir dims ces régions ftpres et silencieuses, auxquelles la nature semble avoir refusé les conditions de la vie humaine. Dès les premiers temps, les baleiniers de la Néerlande comprirent les avantages considérables qui résulteraient pour eux d'une occupation fise et permanente de ces latitudes, vi^tées chaque année^àgrands Grais par leurs vaisseaux. Les aventuriers qui se livraient h la pécbe de la baleine, trouvant un intérêt majeur à établir des colonies fixes dans ces contrées inhospitalières, ne négligèrent aucun mojen pour provoquer des essais k cet égard ; mais telle était lu terreur qu'inspirait cette entrepiise aux hommes les plus courageux, que les offres les plus séduisantes ne furent point écoutées. Une compagnie russe, après avoir obtenu un sursis pour quelques condamnés à mort, leur promit non-seulement le pardon, maisencore une récompense en argent, à la condition qu'ils passeraient un seul biver au Spitzberg. La crainte du suppUc'e qui les attendait
avec r Amérique, ce Donibre tomba A 60ou70, Il est douloureux de comparer les faits actuels à cette anuienne situation des choses. TroU sociétés établies en 1816 s'occupèrent de la pèche de la batelneel du efalen marin ■ en 1826 déjA, la première de cet sociélésétait eo dlssoluUoD. En 1B63, trolsvalsseaui seulementvisilèrent lescAtea du GroëQland. La pèche Tut heureuse, car 13,500 peaul de chiens marins et 1,6T8 barils de lard furent rapportés dans la vilie deHar- Ilgm, — 6,U0 pMUi de cblena marins et 310 barils de lard dans la ville de Purmeiende. Ce succès partiel n'encouragea pourtant pas le sèle desarmatenrs, car l'année enitante il ne sortit au^ deux vaisseaux de Parmerende, et un seul de Harlingen.
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leur arrachB un oonseoteme^ ; mais lorsqu'ils furent transportés sur le thé&tre de l'expérience et qu'ils apeiv ^rent ces contrées froides, affreuses, désolées, ils teculèrent avec horreur devant leur nouveau séjour, et demandèrent à retourner dans leur patrie pour y sabir leur peine ptutAt que d'affronter en des régions pareilles une mort sans cesse renaissante. Un capitaine anglais, gui était chargé de les conduire au Spitzberg, compatit à leur désespoir; il les ramena en Angleterre, et à son retour il intercédapour eux auprès de la compagnie, qui obIJnt la grflce de ces hommes.
lie projet semblait abandonné. Tout à coup ce que les marchands hollandais n'avaient pu obtenir de leurs coor citoyens au prix de i'or, ni les Busses au prix de l4,vie, le hasard, un hasard affreux, ie procura. Un patron de navire anglais avait perdu seize hommes de son bord. Huit, séparés par accident du navire, avaient été laissés au Spitzberg ; les huit autres étaient occupés, sur un autre point du même groupe d'Iles, à la poursuite du renne pour la provision de l'équipage, lorsque le navire, chassé par les glaces, fut contraint de les abandonner i leur misérable sort. Les huit premiers périrent dans le cours de l'hiver, etl'on retrouva, l'été suivant, leurs c^davres hideusement rongés par les animaux de proie. Les huit autres, en regagnant le lieu du rendez-vous, re- -connurent avec horreur que leur vaisseau était parti. A l'aide des ressources que leur fournissait la chasse, avec les débris de lard de baleine qui étaient restés dans les
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chaudières, au moyea des constructions élevées par les c(^ons d'été, et dims lesquelieg ils se réfugièrent, ces malheureux réussirent à se conserver vivants jusqu'à l'arrivée de la flottille quJ parut au printemps sur ces rivages. Le sort de cee huit hommes quiavaient heureusement échappé à une mort qu'on pouvait croire certaine réveilla chez les tenaces Hollandais le désir, déjà ancien, d'établir dans ces mornes solitudes des colonies permanentes. De nouveaux encouragements ayant été proclamés dans toute la flotte (1), sept hommes de bonne volonté offi^rent leurs services. On les débarqua dans Itle de Saint-Maurice pour y passer l'hiver. Sept autres volontaires furent conduits en môme temps dans l'Ile d'Amsterdam, au nord-est du Spitzberg, et après leur avoir laissé des vêtements et des provisions de bouche, on les abandonna. Quand la flottille de pèche retourna l'année suivante dans les mers du Groenland, les Zélandais arrivèrent les premiers en vue de l'Ile Siùnt-Maurice.
[1] Le bat à la fois scientifique et indaEtriel de ces teiTJbtes esâaU «Bt indiqué dans une sorte de prooès-Terbal où I'od reconnaît bien l'esprit austère et religieux de tn vieille Hollande. ■ Il a plu i Dieu, créateur et conservateur de l'uMverg, parnucontrôlableTolontéde qui lea Mngeils des hommes sont gouvernés, d'Inspirer i la compa-i gnledn Groenland la résolution suivante: — il sera fait des éludes pratiques sur les véritables conditions de l'biver dans les régions du Çrointand, concernant surtout les nuits et les autres phénomènes atmosphériques dont disputent les astronomes. En conséquence il a été résolu que sept des plus braves et des plus habiles de la flotte seront admis sur leur consentement il demeurer là tonte la saison d'hiver. • Suivent lesnomsdcs héroïques marinsgui se proposaient eux-mêmes pour tenter l'aventure.
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sot LA MBBKLANDE
Le cœur de ces bons matelots battait d'impatieace et d'anxiété, il leur tardait de coonaltre le sort de leurs braves camarades. Quelques-une d'entre eux s'approchèrent de la cAle dans un bateau : hélas I la côte était silencieuse et déserte. Ce fut alors un défi à qui courrait le plus vite et à qui arriverait le premier devant les huttes de ces pauvres gens; mais, ne voyant personne ni sur le rivage ni sur le seuil des habitations, ils en vinrent à concevoir d'affreuses inqui^udes. A peine entrés dans les huttes, ils trouvèrent les cadavres des sept hommes qui avaient été laissés dans 111e l'année précédente. Chacun d'eux était dans sa cabine. Auprès de quelquesuns, on voyait encore du fromage et du pain, dont ils s'étaient nourris peu de temps avant leur mort ; auprès d'un autre, on trouva un livre de prières ouvert à la page où il avait lu. Les matelots restèrent confondusd'admiralion et de terreur è la pensée des maux que ces malheureux avaient soufferts dans leur eftoyable exil. Le commandant du navire, ayantappris la fiineste nouvelle, se rendit lui-même à terre ; il donna des ordres pour que les corps des sept victimes fussent mis dans des cercueils et enterrés provisoirement sous la neige, jusqu'à ce que le soi fût devenu moins dur. Ils furent couchés l'un à côté de l'autre, et l'on posa des pierres sur chaque tombe pôup empêcher les bêtes fauves de déterrer leurs cadavres. Autant que le permettaient les circonstances et les lieux, on leur rendit ensuite les honneurs funèbres; une décharge d'artillerie salua une dernière fois ces coura-
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ET LA VIB HOLLANDAISE. . lOS
geux martyrs de k science du globe. On trouva dans la butte des mémoires, ou pour mieux dire un journal météorologique, avec des notes curieuses et touchantes sur leur situation personnelle. Il fallait ioiit le dévouement Gt tout le courage pas^f des Hollandais, combiné avec leur espnt d'observation positive, pour écrire ces simples pages, qu'on ne lit point sans un serrement de cœur. Il y a surtout dans ce journal sans art, tracé parla rude main de ces hommes .de mer, un détail qui revient sans cesse et qui pénètre di'un sentiment indéfinissable. Au bord de cette lie déserte s'élève une montagne sur laquelle ces malheureux se rendent les jours où la neige, le vent et le froid le permettent. De cette montagne, ils regardent loin, ;bien loin, comme pour voir si quelque chose ne viendra pointa leur secours; mais, ajoutenlrils avec une sorte d'espérance trompée et de découragement, a nous ne voyions rien, rien que les glaces, de quelque côté que nous tournions nos yeux, d
La Rottjlle de pêche se mit ensuite à la recherche des sept autres marins qui avaient été déposés l'année pré- (lédente auSpitzbei^, c'est-à-dire neuf degrés plus avant vers le nord. Malgré d'affreuses souffrances, ceux-ci avaient tous survécu. Ce succès partiel encouragea les espérances des marchands et des armateurs. Ils firent de nouveau un appel aux volontaires de la flotte, et cette année même sept hommes remplacèrent au Spitzberg les sept qui avaient réussi à vivre. Ces infortunés tinrent également un journal qui relatait l'état du temps et aussi
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l'état de lenrs tome», qui déclinaient. On ne sait en vérité ce dont on doit le plus s'étonner, ou de la résignation A eces hommes, ou de l'avidité des compagnies, qui cberchuent surtoàt dans ces expériences mortelles on moyen d'accroitre la fortune de la pèche (1). Lorsque les vaisseaux arrivèrent de la HcrfUnde l'année suivante, les marins trouvèrent la porte de la hutte fermée. Ayant pénétré dans l'intérieur, qui éltût sombre, ils se beurtèrent «entre des cadavres. Trou étaient dans dès cercueils, les autres étaient couchés à terre sur des voiles de navire, avec leurs genoux plies et ramenés vers le menton. On referma soigneusement la porte de la hutte, dans la -crainte que les corps néfusseotmangésparlesours blancs. Ce fut la dernière tentative faite par les Hollandais pour s'établir l'hiver au Spîtzberg.
L'histoire de la pèche de la haleine devrait aussi embrasser l'bistoîre des naufrages célèbres auxquels ont plus d'une fois donné lieu ces périlleux voyages dans les ■glaces étemellss. Ce serait une longue et lamentable ■épopée maritime dont nous détacherons seulement un épisode. Un pécheur de baleine était parti du Texel dans une galiote. Arrivé en face du Spitzberg avec l'intention
(I) SI le séjour des malheureux laissés à l'ile Maurice c'avait pas réeola le problème de raeclimatattoa, il avait du moins répooda afflimatlTement sur un autre point aux eapérances des compagnies. ■ Aujourd'hui, disent-ils dans leur journal, en allant sur la moDtagne, nous aperçûmes cinq baleines près du rlrage, et vers le mît quatre autres dans la baie. Si nous avions eu les InBtnimeDtE n^ cessalres pour cette pèche, nous aurions pris de Vesanimaui autant qu'il en faudrait pour déTrayer toute une flotte. >
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de jeter l'ancre, il en fut empàché par des bancs de glace • coabce lesquels il s'efforçtùt valnemeot de maniEuvrer. Apercevant alors deux baleines dans la baie, il se mit à leur poursuite. PendaatquG les gensderéquipageétaient -occupés à ramer poursuivre les mouvements de ces animaux, ils découvrirent à une certaine distance un grand tlot déplace, et à )a sur&ce de cet Ilot un objet blaAc 'qu'ils prirent à première vue pour un ours; le harpooneur jugea, lui, que ce devait être autre chose. Il leur persuada de ramer dans cette direction. Ayant suivi son conseil, ils ne tardèrent point à reconnaître sous ce ciel «onfiis, au milieu de cette nature où tout est blanc, indécis et brumeux, un débris de yûile que quelqu'un sans doute élevait en l'air en signal i^ détresse. Ils ramèrent vers ce point de toutes leurs forces, et en approchant ils trouvèrent, à leur grande surprise, quatre bommes vivants et un mort sur la glace. Ces malheureux, qui étaient Anglais, tombèrent à genoux en exprimant leur joie et leur reconnaissance d'une délivrance si inespérée. Leur vaisseau avait fait naufrage. Ils étalent quarante-deux au moment de la catastrophe ; à peine avaient-ils réussi à sauver quelques vivres et quelques outils. Le commandant, ayant reconnu, après deux ou trois jours de réflexion, qu'il était impossible pour eux de vivre longtenq)s sur ce champ de glace, se résolut à gagner la terre dans une corvette avec dix-sept de ses hommes. S'il réussissait dans son entreprise, il devait donner de ses nouvelles à ceux qui restaient. Il partit; mais le vent
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soufBait dur, et, n'ayant- plus entendu parler de lui, les malheureux pensèrent quil avait été submei^é avant de • gagner le rivage. Ils étaient demeurés trente-quatre. Bientôt ils manquèrent de provisions, et, n'ayant plus rien à attendre que la mort, les pauvres gens se divisèrent encore. La plupart d'entre eux s'embarquèrent sur des glaçons flottants, dans l'espérance de rencontrer quelque rivage. Ceux qui restaient n'entendirent plus jamab parler d'eux. De quarante-deux, lés naufragés étaient réduits à quatre, qui s'attacbùent à ce sol inhospitalier comme à une planche de salut. Ils avaient creusé un grand trou, en manière de cavenie, dans' l'épaisseur de la glace, et ils en avaient fermé l'entrée avec les glaçons qu'ils avdent extraits, alin de se défendre contre la violence des vents et des flots. Ils avaient vécu dans ce trou quatorze jours depms la perte de leur navire. Écrasés par le désespoir, tourmentés par le froid et par la faim, ils voyaient s'approcherde moment en moment une mort certaine. Ils n'avaient mangé depuis quelques jours qu'une ceinture de cuir appartenant à l'un des nau&agés, et qu'ils avaient divisée entre eux pièce à pièce, jusqu'à ce qu'enfin tout fût consommé. Au moment où la chaloupé arriva en vue de leur lie de glace, ils se trouvûent tout à fait sans ressources. Portés sur la galiote hollandaise, ib y reçurent les soins les plus empressés; Irois d'entreeux succombèrent pourtant, quelquesjours après, aux suites de leurs privations et de leurs souffrances. De tout l'équipage du vtûsaeau sombré, un seul homme sur-
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vécut et arriva henreuBement à Deift, d'où il retourna en Angleterre.
(Hi en est aujourdlim une pèche à fertile en aventures, si importante au point de vue économique? C'est une question à laquelle m'amenait la suite même de ces études sur la vie néerlandaise. Me trouvant en 18S5 sur ' les bords du Zuyderzée, autrefois le principal théâtre des annements pour la chasse de la baleine, je recherchai les traces d'une industrie maritime qui avait porté si haut eit à loin le nom de la HolJaode. Hélas ! ces traces sont aujourd'hui bien effacées. Llle de Marken, qui fournissait jadis à la flotte groënlandaise des baleiniers intré- ^des, ne connaît plus le chemin des glaces. Je me rabattis sur les cdtes de la Frise, d'où s'élancèrent, dans les deux derniers siècles, tant d'heureux aventuriers. Là encore cette pêche n'est plus qu'un souvenir. J'errais ainsi sur le golfe, cherchant les restes d'un commerce qui fit longtemps fleurir les populations du littoral, quand je m'arrêtai h Stavoreo, la plus ancienne des villes frisonnes. C'était une cité considérable k l'époque oii Amsterdam n'esistaitpas, ou n'étaitqu'un village de pêcheurs. Neuf rois de la Frise y tinrent leur cour. Stavoren comptait parmi les plus puissantes villes anséatîques. Au neuvième siècle, ses habitants découvru'ent les terres boréales, et s'ouvrirent un passée par le Sund dans les eaux de la Baltique, où ils faisaient un immense commerce. Les Danois, en récompense d'une découverte qui leur donnait de grands avantages, accordèrent aux vais-
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seaux de Stavoren le libre passage par le détroit : ceuxci ne devaient livrer en retour de cette ttnbar qa'un morceau de drap de Leyde au roi de Danemark. Pois* santé sur les mers, jouissaot d'un port commode dans lequel affluaient toutes les marchandises de l'Orient et de l'Occident, assise sur une légère éœinence qui s'élève et s'avance dans le golfe comme un promontoire, Stavo* ren défiait toutes les autres villes des Pays-Bas. Aujourd'hui quel changement! Cette ofKilente NiniveduZuyderzée, comme on l'appelait, n'est pins qu'un misémbie village. Une légende nous raconte les causes d'une décadence et d'une désolation qui rappellent le scnrt des vieilles ratés bibliques. Les habitants de StavOTen, dil cette légende, ne sachant supporter une prospérité qui augmentait de jour en jour, tombèrent dans le luxe et dans l'insolence. Us allèrent, dans leur orgueil, jusqu'à couvrir d'or leurs balustrades, leurs pots à boire et la porte de leurs maisons. Une telle extravagance bimtiliait les villes de la Hollande, qui s'en vengeaient en appelant ceux-ci les enfants gâtés de Stavaren. La supeibe cité était parvenue à ce degré de splendeur, quand la fortune se retourna pour elle tout à coup comme le feuillet d'un livre au souffle du vent. Une veuve, riche marchande, ayant frété un vaisseau qu'elle avait envoyé* Dantzig, sur la Vistule, avait enjoint au capitame de lui ap^rter des marchandises précieuses. Le capitaine, airivé à Dantzig, ne put se procurer que du froment : il en chai^ea son bûtiment et s'en retourna. Lamarchanâe de