‹ La néerlande et la vie hollandaiseChapitre 66 sur 68 · II. i-.<i",G(Hinlc · texte numérisé non relu

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assez heureux pour regagner le navire. L'équipée nous témoigna en mëmetempssa joie et son inquiétude. Trois chaloupes manquaient encore. Il est difficile de se faire une idée de notre état d'anxiété au milieu des longues heures qui suivirent notre délivrance. Nous savions par expérience combien la mer était mauvaise. De moment en moment on tirait le canon, mais le bruit seul des glaces contre les glaces nous répondmt. Toutes les ' mainsétaient posées au-dessus desyeux, quicberchaient à découvrir les chaloupes égarées au milieu de l'obscurité de la neige. La tempête continuait de faire rage, et la mer grossissait toujours (1). Une sombre tristesse était sur tous les fronts. Cette tristesse augmenta encore vers le soir, et se confondit avec le deuil d'une ténébreuse nuit. Enfin te lendemain, vers huit heures, un cri de joie annonça la vue des chaloupes. Quelques moments après, nos malheureux frères recevaient de tout l'Aquipage l'accueil le plus chaleureux et le plus sincère, car cette vie de dangers courus en commun développe dans le cœur des marins un fonds de sensibilité vraie qui perce à certains moments sous la rudesse des manières.

Vous venez d'as^ster à la chasse et à la capture de la

(I) Ces tempêtes de neige durent sonvent plusieurs jours, et une ou deux fois dans l'annéedee semaines entières. Le voyageur surpris à terre par la tourmente atmospiiérlque n'a d'autre ressource qae de se coucher à plat ventre, de se convrirde son Iratneau, et d'attendre que l'orage soil passé ; mais si la neige continue i tomber, il périt la plupart du temps élouSë sous les vagues de celle poussière glacée.

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baleine ; vous avez vu les dangers qui attendent les pécheurs dans ces mers ennemies de l'homme. Le succès de telles expéditions dépend surtout de la confiance qu'ont les marins dans la science de leur capitaine et dans le courage personnel des harponneurs. Quand les chefs sont fréquemment malheureux, ils n'inspirent plus d'énergie à l'équipage. Eux-mêmes perdent leur assurance et manquent les bonnes occasions d'attaquer le monstre. A la pêche de la baleine, le moral est tout. C'est une des raisons peut-être pour lesquelles les Hollandais ont si bien réussi dans ce genre [d'entreprises. Ils ne se découragent pas. Les qualités dominantes du caractère néerlandais, le sang-froid, la valeur personnelle, la patience, se greffaient merveilleusement sur cette branche d'industrie.

Une fois tuée, la baleine est conduite vers le navjre, remorquée par les chaloupes, qui rament l'une devant l'autre, comme unaltelagc de chevaux. On la fixe alors avec des cordes k la proue du bâtiment. Encore faut-îl bien l'attacher. La négligence sur ce point a plus d'une fois donné lieu à de curieux mécomptes. Depuis 1815, grâce à la prime, une seule baleine suffit à défrayer les armateurs et les matelots des dépenses du voyage. Dans ces dernières années, un bâtiment qui avait réussi à prendre un de ces grands cétacés revenait tout fier de sa capture. Les gens de l'équipage se livraient à la joie. La sécurité était complète, on naviguait à une grande distance des bancs de glace. Le capitaine et les matelots

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trouvèrent bon d'arroser le triomphe d'un verre d'eaude-vle et de se fortifier le cœur par un régal de mer, avant de se livrer au fastidieux ouvrage du dépècement. La fête se prolongea. Enfin le coupeur (speksnyder), avec un air d'importance et une confiance parité, monta sur le pont. Tandis que ses camarades s'abandonnaient encore au plaisir, il alla, lui, jeter le coup d'œil du maître sur celte riche proie qui leur avait coûté tant de fatigues. Qu^l fut son étonnement 1 La baleine n.'y était plus ! Il regarde à la poupe, à la proue, sur les bords :.rien, plus rien ! Le navire, chassé avec vitesse par le vent, avait pesé sur la baleine; la corde s'était rompue, et l'animal avait sombré au fond de la mer. La leçon fut bonne, et aujourd'hui de telles pertes sont rares. Quelquefois on se sert de la baleine, ou du moins de certaines parties de l'animal, comme de la tête ou de la queue, pour cous- Hner le navire. Une telle défense amortit l'action des lames de glace qui se heurtent contre les flancs de la machine dans ces mers obstruées.

Quand les hommes de l'équipage se sont suffisamment rafraîchis avec quelques gouttes de liqueurs fortes, les rois du lard, comme oales appelle dans notre langue maritime (spek-koening), les pieds annés de pointes de fer qui les empêchent de glisser, descendent sur la baleine. Deux bateaux chargés de couteaux, de tranchoirs et d'autres instruments, les accompagnent. Le travail de ces hommes a souvent été prévenu par certains oiseaux de mer, qui, au moment même où la baleine est blessée,

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s'attachent sur cette proie encore vivante, plongent lé bec dans les blessures du monstre et se nourrissent de sa chair avec avidité. Pendant l'ouvrage du dépècement, il est extrêmement curieux de voir l'activité qui règne autour de cet immense cadavre. La tEÛlle des baleines a pourtant été exagérée. Quelques anciens naturalistes par- \etit de certùns cétacés qui auraient été vus dans les mers du Nord^ et qui avaient neuf cents pieds de longueur. D'autres, plus rfûsonnables, donnent à cet aoimal une étendue de cent cinquante à deux cents pieds. On n'en trouve plus aujourd'hui de semblables. 11 se peut que la race des grandes baleines ait été détruite, on que l'homme, en tuant' sans cesse ces animaux, ne l»iF laisse plus aujourd'hui le temps de se développer. J« crois pourtant que la taille des baleines n'a point varié. n est plus raisonnable de supposer que, dans les anciens temps, nos ancêtres, envisageant avec une ^perstitieuse terreur ces géants des mers, ont encore exagéré la grandeur et la puissance de leur ennemi. Aujourd'hui les plus fortes baleines sont de soixante à soixante-dix pieds. C'est déjà une belle sur&ce k attaquer. Cinq hommes qui travaillent avec ardeur peuvent prépEM'er jusqu'à trois tonnes de lard par heure. Ce iard est destiné à êtrs converti en huile. Une baleine peut donner de vingt à Ireete tonnes d'huile qui sert généralement pour l'échdrage et pour d'autres usages industriels. Les Esquimaux la boivent avec délectation. La chair des jeunes baleines est mangeable, et ressemble à du bœuf, seulement elle est

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un peu dure. Les manns, surtout dans les tem^e de délTesfie,iie dédaignent point cette nourrituFe. J'ai même connu de vieux ioups de mer qui, retirés du métier et au milieu de toutes les délicatesses de la civilisation, regretlaieut le beeftteak de baleine. Undes produits de l'animal les plus fructueux, après l'huile, ce sont les fanons. On appelle ainsi une rangée de lames, au nombre d'environ trois cents sur chaque cdté de la tête, qui remplacent les dents, dont l'animal est dépourvu. Les fanons jouent ungrandrOle dans le commerce, oii ils portent généralement le nom de baiçines. Vous connaissez l'usage de cette , substance ferme et flexible, si chère à la coquetterie des femmes. L'importance d'une telle branche de commerce a même diminué depuis que la mode a introduit certaines réformes dans les ajustements (1) ; elle est pourtant encore considérable. On sépare les fanons de la mflcfaoire de L'animal, et, après les avoir nettoyés, on les lie par bottes de soixante lames dans une des chaloupes.

Le dépècement se fait maintenant à bord; il se pratiquait autrefois dans une des stations de la pèche. Il n'est guère de bon baleinier hollandais, ayant au coeur l'amour du pays, qui n'ait tenu à visiter quelques-unes des c6tes illustrées par les souffrances et

(I) Cet objet de commerce était autrefois El atimé, que les lial^nters néerlaDdals le Tendaient aux Anglais 700 livres sterling par tonne. On calcule qne, dans le* beaux temps de la pêche, les Hollandais recueillirent d'un tel trallc au moins 100,000 livres sterling ctiaque année.

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les maguiiîques établissemenls de nos ancêtres, — telles que la Nouvelle-Zemble, l'ile Saint-Maurice et surtout les lies du Spitzberg. Cet ensemble de flèches naturelles qui déchirent le ciel, ces monolithes dont la base brille quelquefois comme du feu, mais dont la pointe se perd à une hauteur considérable dans les brouillards, ces rochers dont la couleur noire contraste avec le fardeau de neige qui les recouvre, tout cela, vu de 'la mer, forme une des plus sublimes horreurs qui existent dans la nature, et justi&e bien l'effroi des pauvres condamnés k mort qu'on condamnait à vivre dans ce monde de glace et de granit. A l'ouest du SpHzberg étaient les postes et les factoreries des Hollandais. Par ud souvenir bien naturel de la patrie, ils avaient même donné le nom de Cumne de Harlem à un endroit situé à quelque distance de l'île de Smeerenberg, et où ils avaient établi des chaudières pour fabriquer l'huile. Mou père, qui était baleinier comme moi, m'a assuré avoir vu dans sajeunesse des restes de bâtiments solidement construits, et qui avaient appartenu h la compagnie néerlandaise. Il existait même encore de son temps quelques maisons dans lesquelles lesmarchandshoUandais avaient demeuré durant la saison d'été. Elles étalent petites : il y avait sur le devant un immense poêle surmonté d'un plafond, et sur le derrière une seule chambre qui se trouvait comme enveloppée par ce manteau de chaleur artificielle. D'autres marins m'ont assuré avoir aperçit, dans des régions un peu moins avancées vers le p61e, les vestiges d'anciennes

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églises, construites en pierre, et qui avaient été b&tîes durant l'été. L'hiver, la population nomade des pécheurs abandonnât ces édifices, qui restaient comme enfouis dans la neige; mais ils les retrouvaient l'année suivante (1). Les églises de nos ancêtres seryentaujourd'htû de retraite aux ours blancs. Nos ouvrages disparaissent de ces régions inoccupées avec leâ souvenirs mêmes de la Hollande. 11 est devenu difficile de fixer mfùntenant la position du village de Smeerenberg. Le vent et puis le vent, l'hiver et puis l'biver auront bientôt détruit jusqu'aux ruines et balayé les traces de nos entreprises ^orietises.

La baleine est bien le principal objet de commerce qui attire l'homme au milieu des mers du Groenland; mais ce n'est pas le seul : à la cbassè de la baleine se rattache celle du morse, du phoque et de l'ours blanc.

Quoiqu'il soit difiidle d'associer l'idée de l'été avec la présence éternelle des glaces, il y a pourtant de belles journées au Spitzberg, et qui rappellent le doux climat de la Hollande. Je me souviens surtout, non sans plai^r, d'une excursion que nous Rtnes avec Je capitaine et quatre hommes de l'équipage sur une des hauteurs de l'ile. C'était la nuit, quoiqu'il fit jour. Le soleil s^ mbntriût généreusement dans le ciel, seulement il répandait une

(I) Un commerçant d'AmEterdam, homme tort actif et instruit, (ait, Il y a ringi ans environ, an vojage dans les régions de la dh Blancbe, et a trouvé encore les débris d'une église construite par le mirlns hollandais.

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Stt LA HéERLANDE

' luiniàre plus douce que pendant la journée, an point que nous pouvions fixer sur lui nos yeux. Nous avions gravi les rocbers qui dominent le port des Anglais, afin de suivre sur la mer les traces d'une baleine qui nous avait échappé durant la journée. L'océan s'ouvrait devant nous immense. Au milieu du port, d'autres pécheurs de baleines ramaient dans leurs longs bateaux, que nous pouvions à peine distinguer. I^es rochers de glace, bizarrement construits, crevassés de lézardes du plus beau bleu, formaient un contraste frappant avec les sombres, roches qui les entouraient. Ces roches, les unes nues, les autres recouvertes d'un fauve manteau de mousses et de lichens, étaient elles-mêmes imposantes à voir. Notre imagination prétait à ces masses irrégulières toute sorte de formes: on aurait dit une végétation de granit, tant les blocs se tordaient, s'assemblaient capricieusement entre eux comme les arbres d'une forêt. L'air était à calme, que nous pouvions saisir la moindre brise, et il ne faisait point froid. I^e rivage était rempli de morses, ou, comme on les appelle vulgairement, de chevaux de mer. ils ronfiaientsi fort que nous pouvions les entendre, quoique à une grande distance. On les aurait pris ponr un troupeau de bœufs dormant et ruminant dans une prairie. Cet animal tient en effet du bceuf et de la baleine. Nous regrettâmes fort de ne point être il portée de letlr donner de nos nouvelles. Cette chasse n'est pourtant pas sans danger. Il existe parmi ces animaux une sorte d'as* surançe mutuelle contre les attaques de l'homme.

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Quand vous frappez un morse dans l'eau, tous ses camarades viennent pour le venger et le défendre. Ils accourent alors par bandes, entourent la chalonpe d'où le coup est parti, et cherclient à la renverser. Le plus souvent ils enfoncent leurs défenses dans la proue du bateau, dont ils percent les planches. Le danger augmente encore, si l'on a eu le malheur de maltraiter un de leurs petits : la mère s'élance avec un courage extrême, assistée par les autres chevaux marins, qui, menaçants, se soulèvent même hors de l'eau sur le plat-bord. La morale de ces animaux, qui leur fait considérer toute attaque individuelle comme une injure collective, serait fort inquiétantej si les pécheurs n'avaient inventé à leur tour un moyen de défense. Pour se tirer d'une situation ^ critique et pour repousser l'assaut des morses furieux, on leur jette du sable. Ce sable, lancé dans les yeux, les aveugle et les force & se disperser. A terre, on les tue assez aisément avec de longs couteaux. Nous en rencontri^nes un jour deux qui dormuentdans un trou pratiqué au fond de la glace; nous bouchjLmes l'ouverture de la caverne avec des glaçons pour leur fermer toute retraite, et à travers les interstices nous les éveillflmes avec nos lances (i).

(1) Les morses sont très- convoités à cause ^e leurs défenses. Ces défenses, du plaa bel lioire, servent aux denlUtes pour fabriquer les fanssea dents. Lorsque l'animal est Jeune et que les défenses ne sont pas encore développées, on le prendrait volontiers de loin pour un homme. Une lelle ressemblance a saos doule donné lieu dans les temps anciens »ax histoires fabuleuses de sirènes et de tritons. Cet

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Quand les navires n'ont pas été heureux dans la pèche de la baleine, ils se rabattent sur la pèche du phoque. Quelques-uns mâme, surtout depuis ces dernières années, bornent leurs prétentions à la capture de ces animaux. De mon temps, on ne s'occupait guère de la chasse aux phoques ou chiens de mer que dans les moments perdus. Par une assez belle matinée de mai (du moins pour les mers du Groenland), nous longions les c6tes de 111e Saînt-Haurice dans une chaloupe, le capitaine, moi, un harponneur, et quatre hommes qui tenaient les rames. Il faut avoir visité les régions arctiques pourse faire une idée du silence. Ce que nous appelons le silence dans les climats tempérés n'est qu'un concours de bruits avec lesquels l'oreille de l'homme est tellement familiarisée, qu'on ne les saisit plus. L'air le plus calme est animé par des millions d'insectes qui bourdonnent une chanson imperceptible. Dans les mers et ^ur les.câtes arctiques, ces faibles murmures n'existent même plus : le ciel est muet comme un tombeau de glace. Nous manœuvrions par un de ces majestueux silences. Le bruit de nos rames répercuté de rocher en rocher par les échos des cavernes, tombait à temps égaux sur cette tranquillité générale dç la nature, et comme le son est un phénomène relatif, on eût dit à chaque fois le grondement lointain du totinerre. L'eau était immobile. Une légère vapeur fumait à ■la surface de la mer, et s'étendait comme un voile que

Bnlmaox curieux aiment en effet â élever lenr t£le bon de l'ean et 1 Tegarder lee \aisMaux qui passeol. ""

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commençait à blanchir la lumière croissante. De temps en temps, la tète d'un phoque tachetait d'un point noir et huileux les lames unies, semblables aux vagues d'un immense lac. L'animal semblait jouir de (a vue du bateau, puis replongeait à l'instant même, sans qu'une ride, sans qu'un pli indiqu&t l'endroit où le miroij: venait de se briser. —Ramez I chuchota le capitaine^ qui avait toujours une carabine à la main et qui était un habile tireur. La chaloupe redoubla de vitesse, puis les rames suspendues laissèrent glisser de cAté la proue du long bateau, ' qui fendit l'onde comme un trait. Le capitaine se leva et déchargea son arme. Le coup retentit comme la voix du ' canon dans l'air dormant du matin. La surface de l'eau avait été déchirée par la balle, et une trace de sang attesta bientôt que le fusil du capitaine n'avait point parlé en vain. Les hommes se penchaient en avant sur leurs rames. Le capitaine jeta un regard à la surface de l'a* btme bleu, puis, secouant la tête: «Encore un coup perdu I » murniura-t-il. £n effet, le .phoque, blessé à mort, avait sombré, et comme il n'y avait pas de courant dans cet cndroit-là, nous ne pâmes le ressaisir. La chasse du phoque se pratique avec plus de succès d'une autre manière. On choisit pour cela une journée de printemps, l'époque de l'année où l'animal est le plus gras. Si l'on à le bonheur de tomber sur un troupeau (car ces moutons de Protée vivent généralemant par bandes], on les tue d'un coup de bAton sur le nez: c'est alors l'aflaire d'un moment. Un phoque tué, tjus les autres cherchent à

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prendre la fuite; m^ on arrête leur rétraite à l'aide de ces mêmes b&tooB, préparés avec art, et on s'en procure UD grand nombre. La difficulté est de les approcher, car ces animaux k>Dt ombrageux et intelligeutH. Quand ils dorment sur le rivage (ce qui leur arrive assez souvent), ils ont soin de placer quelqu'un des leurs en vedette. Au moindre bruit, la sentinelle donne l'alarme, et tout le. troupeau se précipite aussitôt à la mer.

La rencontre des phoques est même pour les baleiniers, qui ne se livrent point spécialement à cette chasse, un sujet d'aDpusement et de récréation au milieu de la monotonie des mers boréales. On aime à 1^ voir se livrer par bandes aux exercices et aux fêtes les plus joyeuses. Nous appelions de tels ébats tumultueux des « noces de phoques, d Ces animaux sont doux. La voix -des jeunes pboques , dans les moments de détresse, a quelque chose de plaintiJF et ressemble à la voix d'im enfent. La , musique les attire à la sui^ce de l'eau. J'ai plus d'une fois évoqué de l'abîme un de ces animaux en sifflant un air. Les pécheurs, qui profitent de tout, se servent même de la &culté musicale du phoque pour lut tendre un piège. Au moment où, séduit par le chant ou par le bruit du sifflet^ l'animal lève mûvement la tète et tend le cou hors des . vagues, on lui envoie une balle entre les deux yeux. Le phoquen'estd'ailleurspointuneproiekdédaigner. Il fournit quelques tonnes d'excellente huile. Sa peau tannée sertà faire des souliers, et, préparée avec le poil, elle offre une surface imperméable. On l'emploie à confec-

tîoDner des vêtements et à couvrir des emballages. Le f^oque eet pour les Esquimaux un anima) aussi utile que le mouton pour les Européens. Ils s'en nourrissent, ils s'en habillent, et toute llmile de cet animai qu'ils ne boivent pas leur sert à entretenir leurs lampes. Quoique en&nt des mers boréales et de la patrie des glaces, le phoque se rencontre assez fréquemment sur les cAtes de la Hollande et même dans les eaux du Zuyderzée (1). H y a près d'ici une petite lie que je vous conseille de visiter, c'est l'Ile dTJrk. Les phoques semblent choisir de préférence ce coin de terre pour s'y reposer. 11 y a même des nuits où les habitants ne peuvent dormir à cause des ronflements de ces animauv. On leur fait la chasse, mais ils sont si bien sur leurs gardes et ont des sentinelles n avisées, qu'on lesmanquepresque toujours. Je connais pourtant dans une autre tle, nonunée Rottum, un habile tireur qui ne les manque pas (2).

(I) Au moment où dous traversions le golfe pour noua rendre d'En- Uiulsea â Harlingen, nous rencontrimes, à quelque dislance du bateau i Tapeur, un phoque qui, comme enitré d'air et de soleil, se Urrait aux. évolutions les plus amuaanlee.

(!) La petile tle de Botlum appartient à la proTlnr« de Gtoningne. Elle est.habitée par une seule famille, dont le chef est en effetun trèa-liablle ctiasieur de phoques. Ce Robinson hollandais vit de sa chaese et de la récolle des œnfs qne les oiseaux de passage déposent , dans l'île. Il vend les œufs aux pâtissiers de Groningue et prépare lol^néine la peau des chiens marins. On estime qu'un phoque tué ' -^aat 8 florins. Les pécheurs de SiAieveningen réussissent quelquefois à s'emparer de ces animaux tout vivants. Ils les portent alors à la ville où ils les montrent pour de l'argent, non sans accompagner cette eihibition de conuiientaires d'un goût naïvement biblique sur

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Leplasgrandenneini de l'homme dansées régions polai-

reE,où tout s'élève contre liii,c'estencore la solitude. Noos nous en apercevions à l'espèce de joie que nous causait la vue des ours blancs. 11 est vrai que la rencontre d'un tel compagnon est dangereuse. Ce formidable animal était, avant l'arrivée de l'homme, le souverain des régions arctiques; il a vu depuis ce Icmps-là sa couronne tomber dans les glaces. Les naïfs marins prétendent qu'il leur en veut de cette déchéance, et qu'une sombre jalouûe éclate à la vue de l'homme dans son œil farouche. Sur la glace, l'onrsblanc est chez lui, et il est alors hasardeux de l'attaquer ; mais dans l'eau, où il nage pourtant comme un pCHSSon, on le tue sans trop de danger. L'un d'eux, harcelé dans les hiers du Sjntzberg par une division de féquipage, lit néanmoins sous mes yeux, une résistance terrible. 11 avait réussi à sauter dans la chaloupe . et à prendre possession du gouvemaU. Les matelots eSi^ayés lui firent aussitôt les honneurs de chez eux en se jetant à la mer. Ils se maintenaient à la surface, appuyés seulement sur les agrès et sur le plat-bord du bateau. Nous vînmes en hÂte à leur secours. L'ours bnsa le fer de deux lances entre ses m&choires, etfuttuéd'un coup de feu sans quitter son poste. Ces animaux sont très-recherchés k cause de la valeur de leur peau ; aussi les marins les attaquent-ils contiDuellement et avec une audace extréine.Lacbairdel'oursblancn'estmémepointàmépriser. a du Créateur a répandues àaoe

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Le chirurgien de notre b&timent nous traita un jour, le capitaine et moi, aveclavianded'un de ces animaux tué de> puis un mois (t),etque nous primes l'on et l'autre pour du bœuf. Les régions arctiques sont plus habitées qu'on ne le croirait d'abord, quand on envisage seulement les rochers liusou recouverts d'une monie végétation, la longueur des nuits d'hiver et les mers oiile soleil ne brille en quelque sorte pendant l'été que pour éclairer la glace.Cependantcette viedu Nord est froide et incolore. Les animaux se confondent avec le linceul de neige qui recouvre toute la nature.Les renards eux-mêmes sont blancs. L'équipages'amusabîenunjourdelamésaventure dVndeces camassiersquiavait voulu s'emparerd'unphoqueendormi à l'extrémité d'un champ de glace. Le renard s'avança à pas légers le long du bord, puis sauta sur le phoque, qui, réveillé à temps, échappa en se jetant à la mer. La glace en cet endroit était extrêmement fragile, et te fragment sur lequel se trouvait alors le renard se détacha. Nous le vîmes nager avec vitesse dans la direction du vent. Jamais renard pris au piège ne fit une plus triste figure que celle de notre animal rusé sur son radeau de glace, qui, après une longue et fastidieuse navigation, fondit sans doute, laissant ainsi le pauvre renard affamé à la merci des eaus.

(I) Sous M ciel, où toutehumldltéestpétrifléeen glace ouëpalesie ea neige, la viande se conserve te pins eouvent cinq ou six mois fans Be cononipie. On a retronv^ des cadavres humains qui, enterrés de- ' puis plusieurs annéee, étalent encore intacts ions leurs Yêtemenls. Cette morte nature des pOies est plus favorable aui morls qu'aux

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Il me reste à vous parler de la vie des marins au milieu de ces climats uniformes oti c'est toujours l'hiver. Les mœur^dee baleiniers ressemblent aux mœurs des autres pécheurs que vous connaissez déjà, seulement elles sont plus accentuées. La vue des glaces développe le sentiment religieux. Au milieu des régions inclémentee du pdle arctique, on n'en admire que plusla main de la Providence, qui nourrit les oiseaux sur lesrochersduSpitzbei^, qui féconde le brin de mousse et qui verse sur l'homme, étranger à de telles contrées, un pftle rayon de soleil. Le cœur humain est ainsi fait : c'est dans la privation et la misère qu'il éprouve le plus le sentiment de la reconnaissance. Le dimanche, le chant des Psaumes retentissùt sur le pont du navire. Il était difficile de se défendre de quelque émotion quand nos marins célébraient avec leur rude voix les louanges de celui a qui répand la neige comme de la laine,et qui verse le brouillard comme de la cendre. » La poésie de la Bible, comparée alors avec la poésie de la nature, avec les sublimes horreurs que nous avions devant les yeux, avec la m^esté des glaces solidement assises sur l'abîme, avait une sauvage grandeur, qu'elle n'atteint même pas dans nos vieilles églises. Nos braves marins hollandais partageaient ain» ia joie des anciens navigateurs Barendz, Heeraskerk et Ryp la première fois qu'ils apprirent le nom de Dieu aux farouches rochers du Groenland. Va autre sentiment s'asociait dans leur cœur à l'adoration d'un être inviàble, c'étmt l'amour de la patrie absente. La vue des fleuves

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éi Spitzberg et de la Nouvel le-Zemble^dontlabouche est obstruée parlesglaces, nous faisait souvenir de la Meuse pendant l'hiver. Le chant des oiseaux qui fréquentent durant la saison d'été les Iles du Groenland, nous rappelait le chant des oiseaux de mer qni volent sur nos dunes, etj par une habitude toute nationale (1 ), nous dénichions leurs œuh sur les rochers, au risque de nous rompre le cou. La rencontre du pavillon hollandais, autrefois sans rival sur ces mers, était saluée d'un navire à l'autre avec un frémissement d'enthousiasme. C'était comme une apparition de la mère patrie. Nous songions alors à nos femmes, à nos maisons, à nos anlis, dont les tranquilles figures se rassemblaient peut-être autour de la lampe au moment où il disait jour pour nous, — un jour sans chaleur, comme celui des cœurs que le soleil de la famille ne réchauffe plus. Enfin un des besoins de l'homme

(I) Lee tabler les plus délicates de la Hollande Ton I grand cas de» œufs de mouelles et d'autres oiseaux rnarlns, dook on ne man^e cependant pas la chair. Des enfants, des femmes rainassent soigoeu- Bementces œufs dans des paniers- Au nord du Teiel, j'ai tu une grandefalaisequirormait autrefois une petite lie séparée, mais qui se troQve Jointe maintenant à l'tle principale par nne digne de sable et par le terrain qu'on a gagné sur la mer de ce cOté-lâ. Celle falaise est connue sous le nom d'Eyerland (l'île aux a-uh). La récolte de ces œufs est devenue l'objet d'un commerce qui fait vivre des familles et des populations entières. Les rochers du Groenland sont égaleiDfflil rlcbes en productions de ta même nature, seulement 11 est trè a- d illicite de les atteindre. On gravit sans trop de dangers ces hauteurs ; mais, atrité au sommet, il est pénible de redescendre. On est alors obligé de glisser A (lai ventre, et en s'accrocliant avec les mains le long de ces pics, au bas desquels s'ooTrent des précipices affreux.

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ISO LA NESHLANDE

iàibie et isolé au milieu de ces solitudes polaires, c'est d*att«stei, pour ainsi dire, son existence en gravant les trac«s de son passage sur des monuments plus on moins durables. Nous longioQR le groupedes lies Cary en )S40, quand notre capitaine découvrit un de ces ouvrages qui fixa son attention. Une chaloupe fut mise à la mer pour examiner ce que c'était. Nous trouvâmes un entassement de pierres qui nous rappelèrent les hunnebeden que nous avions vus dans la province de Drenthe. Des lettres y étaient inscrites : d'un côté du monument , J.-J. H.-B.D., avec la date 1827 : de l'autre côté, il y avait d'autres lettres, T. M.-D.K. Des baleiniers avaient touché cette terre en 1827, et ils avaient sans doute laissé ce témoignage de leur visite. L'homme perdu dans les solitudes polaires cherche tous les moyens d'échapper à l'oubli : c'est mourir deux fois que périr ignoré au milieu du silence des neiges et de Hnsensibilitéde la nature. Les pécheurs de baleine n'étaient point insensibles aux scènes grandioses qui se succédaient autour d'eux. C'est à nos baleiniers que la science doit d'avoir sondé le mystère des nuits arctiques. Encore les termes des langues humaines sont-ils impuissants pour caractériser les phénomènes d'un monde où toutes les lois de l'univers connu se trouvent comme bouleversées. Là le jour n'est plus le jour, la nuit n'est plus la nuit. Le soleil, par exemple, reste au-dessous de l'horizon depuis à peu près le 32 octobre jusqu'au 22 février*. Durant cette période de Vannée, la nuit pèse comme un noir manteau sur les

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ET LA VIE BOLLANDAISE. flSt

roches et les glacrs couvertes de neige. Cette longue obscurité n'est pourtant pas aussi morne qu'on pourrait le croire. La face aplatie du soleil approcbe encore assez du niveau de la terre et de la mer pour leur envoyer une sorte de crépuscule qui règiie pendant quelques heures. Le reste du temps les étoiles pétillent avec une clarté extraordinaire ; la lune parait quelquefois douze et quatorze jours de suite sur l'horizon : tous ces corps célestes versent une lumière froide, mais vive, qui, réfléchie constamment par la surface des neiges, olfre quelque ressemblance avec la lumière diurne. Ajoutez à cela de m^nifiques aurores boréales qui embrasent de temps en temps le ciel comme une fourn^se, et qui viennent en quelque sorte consoler la ténébreuse solitude des paies. Le commerce de la baleine, en attirant l'homme dans ces régions inhabitables, a réellement ajouté une page à l'histoire physique de notre globe. La science egt venue ensuite; mais elle ne doit point oublier que le chemin avait été ouvert par d'obscurs matelots, soldats de la pêche, dont le dévouement était encore plus grandque les mers arctiques n'étaient etfrayaotes. Longtemps on n'a guère connu ces solitudes intéressantes et les mouvements de ce ciel taciturne que par les récits des baleiniers. Les ' tempêtes, les glaces, les ours blancs, savent seuls ce que plusieurs d'entre eux sont devenus. La connaissance géographique des mers et dos régions byperboréennes formait la base de notre éducation professionnelle. Quoique notre but ne fbt pas de décou-

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vrir des terres nouvelles, les marins de nos équipages s'avançùent quelquefois avec une curioùté téméraire au delà du théfttre de la pèche. A Dieu ne plaise que je veuille rabaisser les entreprises récentes des navigateurs ! Grftce à eux, le rideau des neiges étemelles s'est en partie déchiré ; des Iles nouvelles, parmi lesquelles l'Ile Helville, cette Thulé de la géographie moderne, sont sorties dernièrement du sein des mers enchaînées par la glace (1). Il faut seulement comparer nos bibles moyens aux ressources matérielles dont dispose actuellement la science. Les navigateurs anglais narguent I^iver des p61es au fond de leurs cabines bien chaudes, bien

(I) L'Ile Helville, découverte en isia par Parry, est intéressaDle i plus d'un point de vue, mais surtout au point de vue géologique. J'airenconiréau BridjA Muséum de> impresslona de plantes fos- «ilea rapportées de l'ile elle-même, et gui se rapportent A des ramilles végétales dont les («ngéuèreâ, tels par exemple que les foueères arborescentes, ne vivent aujourd'hui que dans les parties cbaudes de la terre. Les géologues interprètent encore ce fait en disant que les pAles n'ont pas toujours été congelés, mais qu'il y a eu dane la grande année da la création uAe saison d'bl ver, une ^oque glaciale j durant laquelle les lois générales de la'température ont été bouleversées, surtout pour les extrémités de la terre. Soll ; seulement il reste nn autre fait mystérieux à expliquer. La lumière n'est pas motos nécessaire que la chaleur A l'existence et i la santé des plantes. L'expérience prouveque les plantes tropicales vivent dans nos serres, quand elles y rencontrent une chaleur artificielle égale à la ctaalear naturelle de leur climat, mais même alors elles ne vivraient pas, si elles étaient plongées dans l'obscurité. Comment donc concilier l'existence de celte ancienne Dore arctique avec une nuit d'environ sept mois F Après avoir supposé, et avec raison, dee cliangements dans les lois de notre planète pour expliquer le^ faits géologiques, faudia-t-ll encore supposer des révolutions dans le système céleste ? La raison s'arrête épouvantée devant de tels problèmes.

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construites, bien avitaillées; ils charment la longueur des nuits arctiques en se livrant à toute sorte d'exer^ cices et de récréations. A terre, ils installent un ttié&tire «t jouent la comédie dans ces mêmes solitudes où les pauvres compagnons de Barendz mouraient de froid, de faim et de misère sous la hutte. Ils ont à leur service la vapeur. Les glaçons euiL-mémes n'arrêtent plus leur marche dans les mers solides. Au lieu de scier lentement et péniblement ces blocs, ils appellent à leur secours UD auxiliaire depuis longtemps utilisé dans les mines, la poudre ; à l'aide de cette substance exploùble qu'ils introduisent dans les trous de la glace et qu'ils bourrent, ilsfont sauter devanteux l'obstacle, entr'ouvrent la croftte de l'océan^^et nettoient tàosi une étendue considérable en une seule journée.

Ouverte au mois de mai, la pécbe de la baleine se terminait généralement à la fin de juin. Quelques aventuriers la recommenç^ent pourtant k l'automne (1). Les. navires qui n'étaient pas retenns dans les glaces reprenaient ensuite le chemin du Helder. Cette vie de dangers, de sauvage indépendance, de lutte avec les rigueurs de la nature septentnonale, avec les plus terribles ammaus, avait pour nous un charme qu'on ne remplace guère. Hoi, qui me Tais vieux, jç suis comme l'ours blanc transporté dans nos ménageries : j'ai le mal des glaces.

(1) Les mêmes tribas de baletaes qui ont proUté au prJnleinpB de l'oDTerture des mers accliques pour se répandre dans l'immeu^lé des eaïuL, regagnent en automne leur citadelle, «vanl que l'entrée n'en soit fermée par l'biïer.

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