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désolée qui s'étend depuis Ostende jusqu'à Harlem et depuis Harlem jusqu'au Helder, ces dunes sapées par la vague, ces bancs de sable déchirés, tout cela porte la trace des ravages de l'Océan. Au mois de mars (c'est le mois des tempêtes), nous avons vu, sur plusieurs points, les' cdtea de la Hollande battues, ébranlées par la fureur des vagues, que poussait un formidable vent d'ouest : c'était à croire que la terre allait s'enfoncer.
Il est malheureusement trop dertfùn que les barrières élevées contre les flots ont cédé, l'une après l'autre, sur plus d'un rivage depuis les temps historiques. Des chaînes de dunes ont été dévorées, cette perte augmente constamment, et l'on peut déjà prévoir le jour où cette défense naturelle devra être remplacée par une digue. C'est seulement au moyen de remparts artificiels que, plus loin vers le nord, quelques places ont pu être maintenues contre les forces assaillantes de la mer, et encore ces ouvrages de pierre s'atfaissent-ils de divers cAtés. La forme seule de la Hollande' est en contradiction avec celledesautresdeltas, et indique par cela même une altération lente, mais continuelle. Trois fleuves comme le Rhin, la Meuse et l'Escaut, qui déchaînent concurremment leurs eaux presque sur le même point géographique, ont dû étendre autrefois dans iamerun promontoire ou tout au moins une langue de terre semblable à celle que projette le Mississipi. Or, aujourd'hui, on cherche en vain ce promontoire : les contouis de la Hollande sont,
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3t . LA NËERLANDB
au contraire, affaissés, rentrés, comprimés; ils décrivent une courbe concave, une échancrure.
La mer ruine les côtes dé la Hollande : c'est un fait constaté; l'œil peut suivre, à travers des écroulements de sable, ce triste et silencieux travail de destruction; niais il existe de ce cataclysme perpétuel des témoins plus irrécusables encore. A Katvijk, le village de pécheurs dont nous avons parlé, près de l'endroit où, soutenu par de magnifiques travaux d'art, le Rhin s'écoule laborieusement dans la mer, nous avons vu, par les marées basses, les fondations d'un ch&teau romain (la maison des Bretons) qui dominait la bouche du fleuve dans un temps où le Rhin, alors plus jeune et plus vigoureux, se portait lui-même dans l'Océan. C'est une preuve évidente que le sol a reculé ; mais ce n'est point la seule.
On a conservé le souvenir d'une antique fo^ët qui couvrait autrefois la Hollande méridionale, et qui s'étendait même très-avant vers le nord ; les arbres qu'on retrouve couchés dans les tourbières, à une heure et demie de la c6te, sont, selon toute vraisemblance, les cadavres de cette ancienne forêt, que le vent ou les inondations ont dépeuplée, que la hache a détruite. Tout porte à croire que ces géants de la végétation du Nord s'élevaient sur des terres alors éloignées de la côte. Ces conjectures ont pour fondement certains faits po»li&. . Plusieurs tourbières, qui doivent leur origine à l'eau douce, se rencontrent aujourd'hui, spécialement du
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c6té du Zuyderzée, sous le niveeu de la mer. Tout dans la physionomie actuelle du delta indique donc de vastes et profondes révolutions. Une partie de ces changements s'est accomplie presque sans désastres ; d'autres fois, au contraire, l'homme a été non<seulement témoin, mais acteur de ce grand drame de la nature. Les anciens habitants de la Hollande ont péri par milliers au milieu des guerres intestines de la terre et de la mer. Les événemeuts géographiques dans lesquels se sont trouvés enveloppés des villes, des villages, des populations entières, fournissent, depuis l'ère romaine, le sujet d'une histoire tristement authentique, à laquelle ne manquent ni les dates, ni les récits des contemporuns. La Hollande, ce vaste radeau flottant sur les vagues de la mer du Nord, a vu plusieurs fois la tempête déchirer ses flancs, et lui enlever une partie de ses hommes, de ses troupeaux, de ses richesses.
Ou temps des Romains, il y avait une plune d'une grande fertilité à l'endroit où l'Eus entrait dans la mer par trois bras. Cette contrée basse projetait une péninsule au nord-est, du cAlé de Ëmden. En 1277, un déluge . détruisit d'abord une partie de cette péninsule : trentetrois villages périrent (1). A cette incursion de la mer
(1) Le BoaveDir de ce, désastre est consigné dans uno orte ' géograplilque faite pour retracer le souvenir de l'éTénement; on 7 lit cette inscription brëre et triste comme une épilaphe : Anna HIT maris inundalione 33 pagi hoc in loco periére. Une autre carte
I« LA NÉERLAUDE
estdue l'existence du Dollart, ce golfe dont le nom en hollandais sig:nifie le furieux, sans doute pour expritner l'impétuosité du choc, qui rompit les défenses naturelles et ouvrit le passage aux vagues. D'autres inondations survinrent à différentes périodes dans le cours du quinzième siècle. En 1507, une partie seulement de Tonim, ville considérable, était demeurée debout : le reste de cette ville, en dépit de l'érection des digues et du barrage des rivières, fut enfin emporté ; cinquante monastères disparurent, engloutis, balayés par les flots.
Une des plus mémorables entreprises de la mer est encore celle qui éclata le 18 novembre 1421. Sur une réunion dtlots formés pdr les sables de la Heuse s'élevaient soixante-douze villages ; en un instant, les sables . furent remplacés par un désert d'eau. La, marée avait fait éclater une écluse près de Wîeldrecbt, dont il n'est resté que le nom. Trente-cinq villages furent irrévocablement perdus : on n'a pu en découvnr aucun vestige, si ce ce n'est pourtant une vieille tour, morne, soUtaire, appelée la Maison de Merwed. Plus tard, pour fixer les lieux où il était permis aux pécheurs de jeter les âlets, on reconstitua par conjecture le cours de la rivière, le vieux Maas, qui traversait le pays avant la submersion. Chercher dans l'eau où fut une rivière, quelle ^mbre et biblique figure du déluge ! L'endroit où les
des rODtee. Cette carieeBtd'alUeurgconJectaralB: les carte» poslUTes ne remontent point en Hollande plus haut que le milieu du Belzièmesiècle.
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KT LA VIB BOLLANDAISB. SS
villages ont été détruits porte encore aujourd'hui le nom de Biesbosck, bois de joncs (1).
Tous ceux qui ont vu la Haye connaissent le vUlage de Scheveningue, auquel conduit une des pips dgréàbles routes qui existent dans le monde. Scheveningue était autrefois éloigné de la mer, et maintenant il touche à' la plage. En 1570, la moitié de l'ancien village a disparu sous les flots. L'église actuelle, dont le charmant clocher semble demander grâce à la mer, fut élevée au milieu des sables pour en remplacer une qu'on avait construite à deux mille pas plus avant sur la côte, au centre du village d'alors, et qui fut anéantie (3). Plus loin, vers Katvijk, autre village depécheurs, la mer, en quinze années, et cela au dix-septième siècle, avait fait disparaîtra quatre-vingts maisons.ll y avait deux rues qu'on cherchait et qu'on ne trouvait plus. J^ous abrégerons cette trop longue histoire. Ceux qui croient que notre planète àpii périr par l'eau trouveront dans les tragiques annales de la Hollande un avant-goût de leurs ùnistres pro-
(1) A ces exploita de la mer m rattachent des cbioniques lonlei. On raconte qu'un enfant de l'un de» Tillaseg sur leequeU l'Inonda- 'tlon allait «'étendre vil, en pompant de l'eau, ecrllr des poissons de mer. Tout surpris, il avait divulgua te fait, mais on en avait ri. Lui, plue sage, se décida à prendre la fuite. Peu de jours aprAs, la catastrophe annint. Cet enfanl fut le seul de eon village onpreeque le seul sauvé. H allieureu sèment la tradition ajoute que l'enfant. devenu homme, fit un mauvais usage de sa sagacité : il vola et fut
12) Lors de sa destruction, elle venait d'être érigée en paroisse, aprèsavolrétéioTigiemps une chapelle.