‹ La néerlande et la vie hollandaiseChapitre 8 sur 68 · II. i-.<i",G(Hinlc · texte numérisé non relu

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phéties. Là l'homme a senti de siècle en siècle la terre manquer sous ses pieds ; il a vu les abtmes de l'Océan monter au-dessus des contrées les plus florissantes et les balayer comme le flot qui raie le sable.

Les auteurs latins ne font aucune mention de l'énorme golfe par lequel la mer pénètre aujourd'hui si avant dans lesPays-Bas. Divers récitsindiquent, au contraire, que la Frise touchait alors à la Hollande paria terre ferme. Ilexiste une carte de 1581 dans laquelle l'auteur, Abraham Ortelius, reconstruit, sur le témoignage d^ historiens, l'ancienne configuration du pays avant l'existence du Zuyderzée. Là s'étendait une vaste région, entrecoupée par ditféreats lacs intérieurs: le plus considérable de ces lacs était le lac Flevo (V/te/ond), dont parle Tacite. Ce lac s'était formé, selon Pomponius Mela, par les débordements du Rhin. Il était traversé par une rivière du même nom {Flevum) , qui avait son embouchure dans la mer. Un jour l'Océan s'élança, creusa un isthme et entra dans le lac Flevo : renforcé de cet auxiliaire, l'ennemi ne tarda point à s'avancer dans l'intérieur du pays. Les invasions successives par lesquelles une grande partie du territoire fut transformée en une baie commencèrent et finirent avec le treizième siècle. Desdocuments certains, des relations écrites par les habitants des provinces voisi* nés, témoins contemporains di^ désastre, ne laissent aucun dou^ sur la formation récente du Zuyderzée. C'est par des mouvements réitérés de la mer qu'une immense étendue de terres basses a été ensevelie.

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En l'année 1205, l'Ile appelée maintenant Wieringen, au sud du Texel, fdsait encore partie de la terre ferme; elle eit fut détachéeparplusieursdéluges dont on connaît les dates : en 1251 , laséparation était achevée. Encouragée par ces premiers succès, la mer se jeta sur un isthme riche et populeux, qui s'étendait au nord du lac Flevo, entre Stavoren en Frise et Hedembhk en Hollande ;*vers l'an 1283, toute cette région était anéantie. Il est impossible de promener ses regards sur les côtes du Zuyderzée, û belles l'été, si calmes parfois, sans songer aux catastrophes qui ont fait cette mer, aux cités florissantes qui ont trouvé leur tombeaudans ses vagues.

Ces révolutions de la nature ont exercé une in- Quence sur l'histoire politique des Pays-Bas. La destinée des villes qui touchent aujourd'hui les bords du golfe a été modifiée par suite des changements survenus dans la géographie de cette contrée. L'importance d'Enkhuisen, de Medemblik, de Hoorn, anciennes métropoles de la Frise au temps où l'espace occupé maintenant par le Zuyderzée faisait encore partie du continent, a successivement décru depuis la formation de la baie. C'est à ce déclin et aux événements qui l'ont amené qu'Amsterdam doitd'être aujourd'hui unedesprincipalesïilles du monde et un des ports les plus fréquentés par les vaisseaux.

Les voyageurs qui passent à Amsterdam négligent trop

généralement de visiter Marken, Urk et Schokland; ces

tiMjis îles du Zuyderzée sont les derniers vestiges du con^

tinent qui a sombré. Tout homme qui se livre h l'étude

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, NECRLARDE

des pays etdes peuples doit entreprendre ce voyage, qui est en même temps un cours d'histoire. Les habitants de ces trois lies séparéesde la terre ferme et comme démembrées l'une après l'autre par de terribles Inondations en sont restés aux divers degrés de l'échelle morale où le cataclysme lésa saisis. Voyager dans le Zuyderzéeavec Ce point de vue, c'est revenir dans le passé. Quel ne fut pas notre étonnement de voir ces débris de races anciennes sortant de l'abîme des eaux et de l'océan des ftges avec les mœurs, le langage, les traditions, les coutumes et les . figures d'un autre temps ! C'était pour nous comme une apparition des anciennes sociétés. Les Bataves et les primitifs Frisons ne sont pas morts; vous les retrouvez là. Daus ces lies, dernières traces de la terre ferme, et sur les cAtes voisines du Zuyderzée, on est surpris de rencontrer un étrange assemblage de traits particuliers, de caractères physiques et surtout decostumes qui ne se retrouvent ailleurs que chez plusieurs nations différentes» Ces médailles vivantes attestent l'origine d'anciennes races qui ont conservé leur genre de vie, leurs travaux habituels, leurs modes, leur physionomie distincte. On a de la sorte sous les yeux non-seulement la preuve matérielle d'anciens déluges qui ont laissé partout des monuments de destruction, mais encore des fossiles d'un ordre nouveau, qui détachent, pour aind dire, dans la vie les formations successives de l'histoire.

A mesure qu'on s'éloignedes côtes duZuyderzée, c'està-dire du théâtre des anciennes catastrophes, on voit en

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grandepartie dispaniltre, chez les habitantsde l'intérieur du pays, les caractères de cette originalité saisissaDte. Les types s'effacent dès que les communications géographiques se rétablissent. Le naufrage d'une partie du continent a donc isolé certaines populations de la société des Pays-Bas, et, en les détachant de la terre ferme, il les a, pour ainsi dire, pétrifiées dans les figures anciennes, mais diverses, de la civilisation.

LafonnattontempétueuseduZuyderzéeparaltavoirété la conséquence de désastres encore plus anciens. Tout au nord de la Hollande, on rencontre une série d'tles égrenées dans l'Océan comme les perles d'un collier dont le fil est rompu. Cestles sont les derniersrelieË d'unecôte qui servait autrefois de rempart aux Pays-Bas ; ce rempart a été enfoncé, et les débrisenontétédispersésdans la mer du Nord. Le nombre de ces Iles a diminué environ d'un tiers depuis le temps de Pline, car ce naturaliste en comptait vingt-trois entre le Texel et l'E^der, tandis que nous n'en trouvons plus maintenant que seize. Eno^re ces Iles ne sont-elles que les ruines d'une raine. L'an 600, Héligoland, «tuée à l'embouchure de l'EIlbe, commença d'être tounnentéç par lAs vagues; dans les années 1300, 1500 et 1649,d'autres parties de terres furent abîmées, jusqu'au moment oiieniin un seul débris de l'tte originelle resta debout. Un rocher de marne rouge, haut d'environ deux cents pieds, est là qui surnage au désastre, comme un de ces grands chines qui survivent aus forêts disparues.

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Pour être juste envers l'Océan, nous devons placer, en face de cette sombre liste de villes détruites, noyées, de villages perdus, de régions entières supprimées, le tableau plus consolant des restitutions de la mer. Aux grandes destructions de terres succède généralement une réaction sur une certaine échelle. Entre Anvers et Nieuport s'étend une contrée basse qui consistait, du temps des Romains, en bois, marais, tourbières, etqui était protégée contrerOcéan par une chaîne de dunes ; cette chaîne céda, vers le cinquième siècle, à la fureur des tempêtes. De mer qu'elle était devenue par suite de l'irruption des eaux, cette contrée est aujourd'hui terre ferme et supporte une assez nombreuse population. Il est vrai que ce changement est dû, en partie du moins, à llnduslrie et au courage des habitants, qui ont su profiter des bancs de sable déposés par la mer , pour reprendre, en quelque sorte pied à pied, le sol que la mer leur avait enlevé. Le môme fait s'est reproduit dans le Siesbosck ; là aussi l'eau a rendu une partie des terres qu'elle avait ravies. L'emplacement des villages submergés est indiqué maintenant par des terrains d'alluvionqui s'élèvent peu à peu. D'immenses plaines, portant déjà d'abondantes moissons de grains, ont, pour ainsi dire, oublié que là fut la mer. La vue de ces anciennes terres déchiquetées par l'eau et aujourd'hui renaissantes est un des spectacles les mieux faits pour dévoiler la marche de la nature, qui crée avec la destruction môme. L'eau débordée, furieuse, dépose avec le temps

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sur le théâtre de l'inondation le contre-poidsde ses conquêtes et de ses violences. Par le mouvement naturel des choses, il se forme de siècle en ^ëcle des bancs de sable que recouvre un limon fertile : ainsi la terre, envahie, vaincue, engloutie, se relève à la longue et se fortifie en quelque sorte de ses défaites.

Intéressante au point de vue de la géographie et de l'histoire, la formation de la Hollande ne l'est pas moins au point de vue de la géolo^e philosophique. Les savants se sont plus d'une fois demandé si les lois en activité sur le globe, durant l'flge embryonnaire de notre planète, difTéraient beaucoup de celles qui déterminent l'éconO' mie actuelle de la nature. La réponse à cette question est peut-être dans l'histoire physique, ou, si l'on peut s'exprimer ainsi, dans la genèse de la Hollande. Il n'y a pas deux systèmes dans la nature, il n'y a pas une géologie morte et une géologie vivante : partout où les causes geptuniettnes ont agi dans les âges les plus reculés, plies ont dû agir comme elles se comportent depuis les temps historiques sur le sol des Pays-Bas. Le duel de la terre et de la mer, qui joue dans les cosmogonies antiques un si grand rAle, se prolonge ici et amène les mêmes conséquences^ — des déluges, des catastrophes, des changements dans la forme du delta. L'Océan se retire de certaines côtes pour en occuper d'autres, rendant quelquefois ce qu'il a saisi, et saisissant de nouveau ce qu'il a Ifiché, sans que la loi de ces mouvements soit encore parfaitementconnue. Ace point de vue, l'his-

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toire géographique de la Hollande est, eu partie du moins, le secret de la création révélé. L'ensmhie des événements auxquels le sol néerlandais doit sa naissancej les variations qu'il asubies, nous mettent en effet sur la voie des causes qui ont plusieurs fois modifié et qui peuvent modifier encore la constitution phy^que de notre globe. . Quelques faits récentsprouventque l'Océwin'apasre- DoncéàsesprétentionssurlaHollande. Leifévrierl625,la mer se souleva;les eaux coururent dans rOver-Ksseljdans la Frise, dans la Nord-Hollande et dans la Gueidre. Cette inondation gigantesque fut, il est vrtù, de courte durée : elle se retira avec le reflux, mais en laissant défère elle le sentiment du danger qu'avaient couru les Pays-Bas. A la vue de cette contrée que menace le niveau des fleuves, que secouent les vents, qu'accablent de tout leur poids les marées, on aurait lieu de craindre pour le sol de la Hollande, pour ses richesses, pour son existence même, si dans cette lulle n'intervenait un agenfcd'un ordre nouveau, une force morale qui fit contre-poids aux puissances aveugles de destruction. Cette force existe : jusqu'ici nous avons vu le travail'de la nature ; il nous reste à parler des changements introduits dans la forme géographique des Pays-Bas par la main de l'homme.

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Lorsque les premiers habitants arrivèrent sur le sol de la Néerlande, que trouvèrent-ils t Un marais. — Heureu-

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sèment ces ancieas pionniers étaient les Bataves et les Frisons : les Bataves appartenaient à la race saxonne^ race patiente et forte contre les choses, née pour la conquête du sol; les Frisons, dont l'origine n'est pas bien connue, étaient une branche du rameau germanique ou Scandinave. Ils venaient à la suite des glaces et des blocs erratiques, car les iétuges d'hommes suivent le chemin trac« par la nature aux grandes débâcles des éléments. Ces barbares manquaient de pakie ; ils jurèrent de s'en donner une. C'était un monde à faire ; il fallait commencer, comme dans les cosmogonies antiques, par séparer la terre d'avec les eaux, Ce /îa( /ttr de la puissance humaine, cette seconde création dans laquelle l'industrie se montre constamment la rivale de Dieu, ce triomphe de l'intelligence sur la matière, sur le chaos, tout cela ne fut pasi'œuvrejl'un jour. L'homme ne crée point d'une parole ; il crée, comme la nature, avec te concours du temps et le développement successif de ses forces. Quelques terres stériles, vagues, effondrées, que se disputaient alternativement les crues des rivières et les hautes marées, voilà le berceau des Pays-Bas.

Le génie néerlandais a grandi dans une lutte incessante contre les éléments. Cette contrée, qu'habite une po- ' ' pulation nombreuse et florissante, est un véritable pays artîflciel. Sans les Hollandais, la Hollande n'existerait pas. Cette patrie est leur ouvrage, leur création, et, comme le Dieu de la Bible, ils ont le droit do trouver que ce qu'ils ont fait est bien fait, £( vidit

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qiad esset bonum. Sans l'art, jamais nne telle région ' n'eût vu le jour ; sans l'incessante vigilance de ses babîtanls, elle se perdrait bientôt. Sa naissance est un miracle du génie humain, sa conservation est un prodige. Nous allons étudier les conditions au milieu desquelles cette annexe du continent s'est affermie; nous rechercherons les procédés techniques à l'aide desquels l'industrie des habitants a repoussé les eaux, fondé des ville s sur des sables mouvants que réclamait et que récl»ne encore la mer, enchaîné le cours des fleuves, introduit l'agriculture dans des terres basses et inondées, converti en un mot la Hollande primitive, — moins un sol qu'un mélange confus de terre et d'eau, — en une des plus délicieuses patries qui existent.

On peut partager l'histoire hydraulique des Pajs-Bas en trois périodes: — les travaux d'endiguement entrepris contre la mer et les fleuves, ' — la création des polders, — l'application des machines à l'assèchement, des lacs intérieurs.

Les premiers habitants se campèrent sur des tertres et des monticules qu'ils avaient eux-tnémes élevés. Cette position était sans cesse inquiétée par l'état primitif des fleuves, sortes de torrents vagabonds, inconstants dans leur lit, qui ravageaient à chaque instant les timides essais de culture. Il a fallu que l'art donnftt des bords aux rivières et que les eaux apprissent à couler régulièrement vefs la mer. La première date de l'endiguement du pays ne saurait être fixée. On croit que les Ombres

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avaient établi des digues qui ont été détruites, puis re~ levées plus tard sur les mêmes bases. Ces rivages artificiels ont protégé !a civilisation naissante ; sans eux/la Hollande serait restée ce qu'elle était à l'origine, une terre inhabitable. Une tradition veut que la première dî> gue de la Hollande méridionale ait été établie contre le Rhin, aux environs de Leyde, dans le plat pays. Ce système se répandit ; on se servit de sennblables ouvrages pour prévenir les irruptions de la Meuse.

Les lùstoriens ne sont point d'accord sur l'origine des travaux : les uns les attribuent aux seigneurs, les autres au peuple. La noblesse avait autrefois une part dans l'établissement des digues ; mais ce serait une erreur de croire que les châteaux formassent les points de départ du système hydraulique ; beaucoup de châteaux, qui dominent le cours des fleuves et des rivières, sont au contraire de date beaucoupplus récente qu&l'endiguementi Ces remparts de terre ont été construits d'abord par districts ; les propriétaires du sol se cotistûent et formaient une sorte d'assurance mutuelle pour se prémunir contre le débordement des eaux. Les districts hydrauliques furent plus ou moins étendus, plus ou. moins bien constitués selon les besoins de la défense. Non-seulement la noblesse féodale fut étrangère à ce mouvement, mais encore l'administration des eaux (le watersiaal) donna naissanceàunenobl,essenouvelle,d'originetouteplébéienne. Les comtes des digues, comme on appelait les inspecteurs chargés de la surveillance des fleuves, jouissaient de pous.

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voira très •étendus, qui, surpassaient même, dans le» temps de crise, l'aiitorité des comtes proprement dits.

Partout la noblesse s'est greSée k l'origine sur les conditions de la conquête ; comme, en Hollande, l'ennemi c'était le sol, les fonctions qui avaient pour but la victoire de l'homme sur les éléments furent de tout temps honorées. Les travaux entrepris dans les Pays-Bas pour rectifier le cours des rivières ont été véritablement prodigieux. Avant l'ère chrétienne, Drusus avait fait creuser un canal pour joindre l'Yssel avec un bras du Rhin; un demi-siècle plus tard, les Romains lièrent un autre bras du Rhin avec le Leck, qui n'était jusque-là qu'une petite rivière ; entiji, de notre temps, de gigantesques ouvrages ont réuni ce même Rhin à la mer du Nord, n senût trop long de rappeler les'autres conquêtes obtenues sur les rivières de la Hollande, ces ennemies intimes du pays. La Bible nous représente quelque part le génie de Babylone as^s superbement sur les quais de la ville, etse disant à lui-même: C'estmoi qui ai fait l'Euphrate ! A la vue des magnifiques canaux qui relient ensemble les bras errants des rivières, à la vue de ces fameuses digues qui retiennent, comme les bords d'une coupe, les flots toujours prêts à déborder, le génie de la Hollande peut dire avec plus de vérité encore : C'est moi qui ai fait te Rhin, c'est moi qui ai fait la Meuse 1 — La nature n'avait donné aux Pays-Bas que des cours d'eau incertains et ravageura : de ces cours d'eau, industrie natiodale a fait des fleuves.

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