‹ La Nef désemparéeChapitre 21 sur 46 · ANNIVERSAIRE · texte numérisé non relu

ANNIVERSAIRE

Sept. 98.

0 tombe !

Si j'hésite où nul éclat ne tonne Hurler tout l'or du nom vers l'aube en cet automne Et l'orgueil pressenti d'un grand faste futur, Je m'éveille, rêveur que les ans ont fait sûr De s'accouder encore au marbre de la chambre, Héraut muet des jours qu'attriste un fier septembre, Et; non plus déniant à la pompe d'un deuil L'ornement lourd des plis d'ombre impie au cercueil Jusqu'à n'avoir voulu de mes doigts lents étendre Pour le visage las une guirlande tendre

De regrets ou de pleurs issus par le trépas ; J'interroge la voix qui ne se dément pas Même parmi l'horreur dont la terre frissonne: Mon solitaire appel n'a suscité personne, Et j'oublie aux jardins de cet étrange été Que la présence morne, où nul n'aurait été Pour les bras de ma joie ou la souffrance pure La noble, précieuse et durable figure, S'allume par l'aurore et plonge dans la nuit.

Lève aux branches tes mains innocentes : le fruit

Sous le feuillage est mûr, ou la fleur étincelle ;

Cueille-les. Un parfum de sève chaude scelle

Leur pulpe et la beauté du silence serein.

Des cris ne viendront pas secouer votre airain,

Parois dures où rêve un labeur pacifique ;

Et le paisible et haut désastre ne trafique

Ni d'un hochet bruyant ni d'aucun geste vain.

Tu tiens celui que nous aimâmes, et qui vint

Pour nous montrer du doigt les cimes magnanimes ;

Son œil sûr éclairait l'espace ; et nous unîmes

Tant de fois nos regards dans l'abîme ancien En quête des clartés dont s'illustrait le sien, Qu'aujourd'hui le sursaut de palmes illusoires Évoque en notre esprit comme un frisson leurs gloires Eteintes à jamais, et que nul vent n'émeut.

Qu'importe le soleil de la terre, s'il pleut

A des rives ses feux, ou si l'ouragan corne

Pour ceux dont la pensée exacte et fraîche s'orne

Du feuillage limpide et sacré de ses vers?

Les eaux calmes d'un lac reflètent l'univers ;

Puis, ô séjours qui furent chers ! la voile neuve

D'éclatante blancheur illumine le fleuve ;

C'est l'heure, l'air frémit, et la sourde forêt

A banni la ténèbre avec qui disparaît

Le fantôme haï des blasphèmes nocturnes :

Pâles enfants brûlés de désirs taciturnes,

Ton destin que ta voix tentait de définir

Nous lui vouons de l'ombre un fervent souvenir :

Il est en nous. Tu vis en nous, je te sens vivre,

Tu vis ! Ta main se tend vers nous, et nous délivre

De la mort; tu souris, ô triomphe seul beau ! Et c'est nous qui sortons de cet obscur tombeau.

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