‹ La Nef désemparéeChapitre 29 sur 46 · NAUFRAGE · texte numérisé non relu

NAUFRAGE

Quelles tempêtes

Ont ébranlé, la nuit, le rêve de ma vie ?

La proue hésite et dévie.

Que resplendisse un littoral de fêtes,

Là-bas, à l'horizon des mers, vers l'Orient,

Que s'ouvrent, parfums des gemmes, la claire joie

Et tout l'amour qui flamboie

Et palpite éperdu d'extase et souriant :

0 mon Rêve ! en l'affre de l'heure

Le beau mirage est-il un leurre ?

Mais tu n'auras pas fui la ville et les rivages

En vain, les yeux sur le lever des astres ;

Reste dressé contre l'assaut et le sauvage

Effort du vent et de l'orage,

Reste ! Qu'importe aussi? Des floraisons splendides

Emerveillent de leurs fraîcheurs le fond des mers,

Des frissons d'or, d'écaillé blonde et de perles

Allument aux flots vos chevelures, Néréides !

Et les paroles que vos lèvres murmurent

Tombent fleur après fleur plus pures

Qu'un doux frémissement des eaux au bord des bois.

Ah ! déjà que de fois,

Mon Rêve ! tu connus leurs caresses d'ailes,

Et toutes, si blanches et fidèles,

Tu les aimais, et voulais vivre entouré d'elles :

Naufrages !

Vers elles je crie au bout des étendues,

Naufrages ! ô naufrages

Qui fleurirez de leur baiser l'àme perdue

Dans la forêt des eaux grondantes et touffues !

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