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CINQ PETITS POÈMES DE LA MER ET DU VENT

A André Gide.

Fraîcheur des herbes 1 un matin de clarté pure

Tout humide des averses de la nuit

Rouvre à chaque miroir qui sur les feuilles luit

Le rêve ancien d'un ciel lointain et calme :

Clairs océans, si j'y bois de feuille en feuille,

Voici me rire l'eau d'un désir; je la cueille

Au vivace millier des scintillantes gemmes,

Et, loin des foules et des villes

Et des vains bruits et des secousses stériles

Où toute ma vie apparaît en exil,

Je me libère vers les îles du silence !

Ardente proue, une âme s'élance

Fière vers les conquêtes plus superbes

De mer en mer où le mirage

Féconde d'inconnu les anses et les plages :

Là, pure, la vie exulte

Oublieuse, en leur ténèbre, des tumultes,

Et c'est la paix prodigieuse des herbes,

Fraîcheur des herbes !

48 LA NKF DÉSEMPARER

La mer d'un souffle à peine tressaille

Par ce matin de clair été ;

Au lointain nul passage de voile

N'a frémi dans la clarté.

Le vieux saule de la falaise,

Las des luttes, immobile, s'apaise,

Dormeur sans le sursaut même d'un rêve,

Dont lent le rythme soulève

Le puéril essor d'un seul oiseau.

Le sourire silencieux des eaux

Disperse à des cimes ses fleurs

Où boire la pure lumière

Et l'extase de la chaleur.

Tout résonne des profonds bruits

Que sème la sereine lumière,

Toute la terre, la plage, les bois, toute

La terre, les flots, l'air ne bruit

Que du frôlement seul de la lumière.

L'aile du vain désir s'éteint sans doute

Où ne s'embrase multiple qu'un silence

Unanime et radieux,

Pétales épars neiges des cieux

Par le soleil vers le silence.

Et l'air que nul souffle ne balance

Vibre et poudroie comme du sable,

Dans ce matin calme d'été

L'air se pâme dans la clarté.

Le geste du vent, les jeux du vent Et tant de rires parmi les feuilles, Une flamme ondule poursuivant Par les mille caprices du vent Les rires qui se glissent des feuilles, Les oiseaux qui s'essorent au vent.

La flamme grandit, circule, monte, Coule, se reploie ou monte encore, S'épaissit, courbe, s'épuise, prompte

A renaître, puis grandit et monte La même toujours, et se dévore, Vive surgit, ondule et remonte.

Et la flamme du vent qui pourchasse De parmi les feuilles les oiseaux, Jeux et caprices que rien ne lasse, Parsème dans le vent qui les chasse Maint envol anxieux des oiseaux Vers la mer où le vent les pourchasse.

Accoudé parmi les fleurs de la terrasse,

J'ai vu, ce soir, le ciel si lointain et si bleu

Que les heures heureuses qui passent,

L'une après l'autre, lourdes et lasses,

N'ont creusé ni sillage de feu

Ni un golfe dans l'archipel des étoiles.

Nul fabuleux mirage ne dévoile

Le trésor fatidique des plages

Vespérales de mon rêve ;

Nulle houle amoureuse ne soulève

Le navire de mes espoirs

Parti, les vents de fête en poupe, bien des soirs,

Vers les conquêtes de la joie ; Qu'importe ? et nulle aile ne déploie En plein azur son envergure claire Jusqu'aux îles au fond des mers Dont la splendeur au loin flamboie :

Toute la vie est immobile...

LA NEF DKSRMPARLE

La vie est calme

Comme ce soir de doux été

Où les oiseaux, parmi les arbres apaisés,

Au bord du fleuve se sont tus.

L'eau même aux joncs des rives ne jase plus,

Tout est calme,

Et la nuit pacifique et sage

S'endort sans un frisson sous un ciel sans nuage.

La vie est calme 1

O chère sœur, c'est ton visage

Lui-même qui sourit à peine à du bonheur,

C'est ton visage la vie, ô claire sœur.

Si calme ;

Comme la vie et ton bonheur,

Ton visage calme est pacifique et sans nuage.

Le fleuve même est taciturne

Parmi ses rives et les roseaux,

Des fleurs y tombent l'une après l'une;

Heures suaves et taciturnes

La vie est calme auprès des eaux

Où s'émerveille, ma sœur,

Des heures, des eaux et des soirs le bonheur

De nous sourire en l'éclair tendre de tes yeux.

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