JUIN
Cependant que tinte vers le fleuve.
Clochettes du pur soleil, le matin d'été,
Dans le silence tremblant et velouté
Que versent aux mousses l'heure neuve
Et l'ombre vacillante des yeusesy
Rient loin du travail les lavandières paresseuses.
Elles sont venues dès l'aube ; Leurs prunelles, ardentes des rêves de la nuit, Le long des sentes épiaient du fond des arbres L'étreinte du faune qui surgit.
LB JARDIN DBS ILBS GLAIRBS 19
Ety cependant, tinte vers le fleuve, Clochettes du pur soleil, le matin d'étô, Le silence se fait troublant et velouté.
L'ombre gagne en vacillant les yeuses, Les molles mousses confidentes s'émeuvent, Où^ couchées sous les corolles qui pleuvent Dans l'air chaud, les lavandières rient, paresseuses.
»)urt sur la mer. Rauque corne de la saison mauvaise.
it, où le miel et la mer si la blancheur n*apaise la relaie amère ?
^^P^^^Ts:.- ■ ^
Les pétales, à baiser tes doigts nus, peut-être Ont bu le ciel de calme épars en ta beauté ; Sème-les lentement par les flots agités, Et le sourire ami de la mer va renaître.
Lève-toi : parcourons tout le jardin et Tile Avant de la laisser jusqu'au nouvel été ; Emportons, poussière dont s'embrasent la ville Et l'hiver, les derniers mirages de Pété ; Emportons les odeurs des défuntes glycineSf Des rosiers desséchés, des lys et des glayeuls ; Emportons Ta me du roc et de la ravine Où nous avons connu l'ivresse d'être seuls; Enfermons dans nos yeux les frissons où s'apaise Une mer chatoyante aux soirs de Juillet clair; Nous humions son arôme en qui palpite l'air, Te souvient-il? du banc d'herbes, sur la falaise. Parcourons l'île, viens, revivons par la grève Les heures où, pêcheurs négligents^ dans le sable Nous suivions fondre au ciel les feux de notre rêve ; Tous deux, toi, ma sœur, et moi ; ton inlassable
LE JARDIN DBS ILES CLAIHBS 23
DEGBMBRB
La longue nuit d'hîrer sanglote dans la brume .
Sous la lampe, des paroles inquiètes
S'éveillent en aigrettes d*écumes
Plus scintillantes que les gemmes dont vous étes^
Ce soir^ auprès de moi, diversement parée.
Les parfums d'ambre subtil évaporés
De vos gants jetés sur l'éventail de plumes,
Le sourire issu clair de vos yeux
Et dont fraîches vos lèvres s'allument,
24 LA KEt DESBHPABBB
L'éclair de graad triomphe audacieux
paules nue a, ant ivoire,
oudoir
grise, irprise,
3US est entrée .
sses, 90U3 la lampB
corolles
i y rampant,
de Qotre émoi.
lez plus ; et moi.
LB JARDIN DBS ILES GLAIRBS 25
D'avoir vécu long^temps, vous, la sœur
De mon rêve par vos sourires adouci,
Et moi, pour vous, le frère
Dont la sage ferveur avait su faire taire
En votre souvenir le cri de vos douleurs ;
Je vous balbutiai la timide caresse
Qu'allumait en mes yeux la fleur de vos regards,
Toute la joie et toute l'ivresse,
Le clair bonheur autour de vous épars
Et le regret du geste de ce soir,
Et la prière d'un pardon, et mon espoir.
Alors ! — je ne sais si la brume nocturne
S'est déchirée énamourée de pur soleil ! —
Vous eûtes vers moi ce regard tendre, et l'une
Et l'autre, vos mains splendides, corbeilles
Odorantes de fruits et de fleurs de merveilles,
Vous les tendîtes, souriante, à la soif de mes baisers :
Nuit d'hiver 1 nuit profonde et d'azur apaisé l
A Eagène Demolder.
isible que la mer calme,
isible que la mer ; t nul bruit <Ie la vague, l'harmoaieuse douceur, t nul bruit de la vague 'aate et calme r de sea lueurs ; l'barmonieuBe douceur rêre et daas la nuit lUea du songe l'oubli.
Toute la mer d'espace en espace prolonge
Le frémissement à peine ouï de son écume.
Toute la mer autour du navire prolonge
Le rythme de son chant qui s'aigrette d'écume
Sous le vaste et calme clair de lune,
Et des fleurs comme une écume de la mer
Éclatent dans la solitude de mon songe
Par une nuit de lune calme et claire
Où mon désir est plus paisible que la mer.
Diamants par milliers en fête sur les flots,
L'immense désert comme un baiser qui brûle,
Diamants par milliers en fête sur les flots.
Silencieux, chatoie et flambe sous la lune ;
L'immense désert comme un baiser qui brûle
Éveille dans le silence de la nuit
Mainte forme dès longtemps évanouie
Par les sables anciens et lourds de la mémoire,
Et frileusement j'ai pu voir
Naître vers moi, à chaque heure de cette nuit,
Diamants par milliers en aigrette à la vague,
-■Dira évanouis, ble que la mer.
ute nue,
geai eut ua manteau
!i la mer.
rgie des eaux,
Je me souviens 1
Moins belle je t'ai vue
Dans ton passé indomptable, ne sourire
Qu'à l'ivresse de la richesse ofiferte :
Tu fouaillais de ton sourire,
O formidable ! alors, formidable sourire I
Le désir humble qu'un rien déconcerte.
Que j'en ai vu l'un après l'autre venus
Vers toi, phare décevant de la beauté,
Désemparés comme une carène démâtée^
A l'infini, à Tinfini
S'enfoncer en dérade aux tourbillons de nuit :
Et tous I les morts, sans nulle espérance d'aurores.
Les morts, épaves de ton sourire, les morts.
Étranges morts, sans même s'en douter,
Dont peuplait les gouffres ta beauté l
Mais, à présent, voici que tu te lèves Plus belle au crépuscule de mes rêves, Et, rêve clair durant les heures, Rêve clair je t'ai vue
LB JARDIN DBS ILBS CLAIRES 31
Ton corps pâmé plonge parmi la fange.
Tu y meurtris tes dents, les ongles de tes doigts,
Tes pieds s'y crispent, ta bouche la boit,
Tes seins et ton ventre y plongent.
Par tous les pores tu aspires étrangement.
Des narines, des yeux, de ton corps jusqu'au sang
Imbibé comme une éponge.
L'or par parcelles qui rôde en cette fange
Et qui filtre si bien en toi
Que je te vois droite et nue devant moi
Avec ta peau d'un métal étrange
Et profond où s'allume en fleur la lueur d'or.
Et que tes yeux où flambe l'or,
Et que tes lèvres où de l'or bouge,
Que tes seins dont s'éclaire d'or la pointe rouge,
Que tes genoux, tes pieds et, tout entier, ton corps
Frémit d'une vaste étincelle d'or,
Et tu traînes, c'est ta nocturne chevelure,
De la terre boueuse où l'or vierge fulgure :
Merveilleuse, ô corps en or,
Idole, déesse, étrange, Toute ea or l
Tu es pareille à cette belle nuit d'automne Surgie, avec ses étoiles, de l'Océan Où mille feux d'astres errants S'éparpillent au ciel dont la clarté étonne.
Te souvient-il toujours, Vivante taciturne,
Quand nous nous égarions par les jardins nocturnes
Où tu songeais et souriais parmi les fleurs ?
Souvent tes yeux qui se perdaient à suivre
Les sillages de lueurs à soi-même survivre
Et renaître plus clairs et plus profonds,
Tes yeux chauds j'y buvais où jaillissaient tes pleurs
Dont l'amertume heureuse fond
Par mille rires en corolles de joie.
Je te revois, je te revois :
Tu étincelles de mes rêves du passé ;
Dans Fombre épaisse de tes cheveux sont massés
Tant de parfums de carnage et de victoire
31 LA KBF DÉSBUPAaie
Que mes lèvres lourdes ont pu boire
Dans leurs abSmes de frissons tout le vin de la vie.
J'ai goûté l'ivresse de t'avoir suivie.
Reine des triomphes d'autrefois,
Panni les étendards vaincus, les glaives et les croix
Pieusement vers ton passage inclinés
Avec les cris d'orgueil dompté dans le tumulte
Où la liesse de toD armée exulte.
Au milieu des captifs deux par deux enchotnéa
Et de tant de femmes en détresse
Qui hurlaient d'épouvante et de douleurs :
Reine qui te plaisais à la guerre 1 — 6 maîtresse
Qui n'aimas que les étoiles et les fleurs I
Ëtait-ce Toi parmi de tels parfums 1 était-ce
Ta présence tendre et ta voix qui me parlaient?
Démence de mes rêves I pour quels palais D'extase sinistre et de pompeux mensonges
Ai-je alors délaissé les lacs des jardins clairs De fleurs votives où l'amoar plonge Éperdument comme f ulgurent les éclairs ?
Démence vers le hideux passé, vil mensonge De fouiller dans le tas des glèbes calcinées, Dans les putrides terrains abandonnés.
Pour l'espoir, comme d'une perle, du mirage D'une parcelle de bonheur I Eh noni bonheur, fête et délire où se propage Le miracle de la joie, il est ailleurs, Il est dans l'estivale ardeur Et la beauté superbe de demain I
Je sais:
Mon orgueil flamboyant a tremblé si ta main
Me touche et me convie à des fêtes propices,
Ta chair nue allume mon désir et ma faim,
Il faut que je les assouvisse :
Mille étoiles parmi ta chair, ô Nuit d'automne,
De rOcéan au ciel surgies,
Mille étoiles me brûlent de joies,
tA NEF DÉSBMPAB^S
Mille étoiles parmi ta chair, â nuit d'automne,
Illuminent de bonheur ma volupté.
I ir lourde de tes seins où j'ai goûté
Les arômes qui y frissonnent,
La souple tendresse de tes bras mûrs,
Ton corps plus ferme et plus pur ■
Que les corolles vraies de nos parterres
M'ont ouvert le radieux golfe de tes chairs
Vers le vertigineux abtme de l'amour;
Et tes yeUs, prodiges clairs de tant d'amour,
Tes yeux lavés des larmes bues
Jadis par l'ivresse de mon amour.
Tes yeux sacrés éclairent la rive
D'où vers toi, chère! je tenterai
L'aventure de la mer où tu veux que vivent
Mon désir et mon rêve désormais ;
Et je sais qu'en un jour de joie ultime et sainte,
chère 1 où je t'aurai rejointe
Là-bas dans les jardins éternels de la vie,
A jamais tu m'endormiras,
Heure que mes instants envient 1
Aux frais arômes de tes seins, entre tes bras.