‹ La nef désemparée: poémesChapitre 2 sur 35 · JUIN · texte numérisé non relu

JUIN

Cependant que tinte vers le fleuve.

Clochettes du pur soleil, le matin d'été,

Dans le silence tremblant et velouté

Que versent aux mousses l'heure neuve

Et l'ombre vacillante des yeusesy

Rient loin du travail les lavandières paresseuses.

Elles sont venues dès l'aube ; Leurs prunelles, ardentes des rêves de la nuit, Le long des sentes épiaient du fond des arbres L'étreinte du faune qui surgit.

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Ety cependant, tinte vers le fleuve, Clochettes du pur soleil, le matin d'étô, Le silence se fait troublant et velouté.

L'ombre gagne en vacillant les yeuses, Les molles mousses confidentes s'émeuvent, Où^ couchées sous les corolles qui pleuvent Dans l'air chaud, les lavandières rient, paresseuses.

»)urt sur la mer. Rauque corne de la saison mauvaise.

it, où le miel et la mer si la blancheur n*apaise la relaie amère ?

^^P^^^Ts:.- ■ ^

Les pétales, à baiser tes doigts nus, peut-être Ont bu le ciel de calme épars en ta beauté ; Sème-les lentement par les flots agités, Et le sourire ami de la mer va renaître.

Lève-toi : parcourons tout le jardin et Tile Avant de la laisser jusqu'au nouvel été ; Emportons, poussière dont s'embrasent la ville Et l'hiver, les derniers mirages de Pété ; Emportons les odeurs des défuntes glycineSf Des rosiers desséchés, des lys et des glayeuls ; Emportons Ta me du roc et de la ravine Où nous avons connu l'ivresse d'être seuls; Enfermons dans nos yeux les frissons où s'apaise Une mer chatoyante aux soirs de Juillet clair; Nous humions son arôme en qui palpite l'air, Te souvient-il? du banc d'herbes, sur la falaise. Parcourons l'île, viens, revivons par la grève Les heures où, pêcheurs négligents^ dans le sable Nous suivions fondre au ciel les feux de notre rêve ; Tous deux, toi, ma sœur, et moi ; ton inlassable

LE JARDIN DBS ILES CLAIHBS 23

DEGBMBRB

La longue nuit d'hîrer sanglote dans la brume .

Sous la lampe, des paroles inquiètes

S'éveillent en aigrettes d*écumes

Plus scintillantes que les gemmes dont vous étes^

Ce soir^ auprès de moi, diversement parée.

Les parfums d'ambre subtil évaporés

De vos gants jetés sur l'éventail de plumes,

Le sourire issu clair de vos yeux

Et dont fraîches vos lèvres s'allument,

24 LA KEt DESBHPABBB

L'éclair de graad triomphe audacieux

paules nue a, ant ivoire,

oudoir

grise, irprise,

3US est entrée .

sses, 90U3 la lampB

corolles

i y rampant,

de Qotre émoi.

lez plus ; et moi.

LB JARDIN DBS ILES GLAIRBS 25

D'avoir vécu long^temps, vous, la sœur

De mon rêve par vos sourires adouci,

Et moi, pour vous, le frère

Dont la sage ferveur avait su faire taire

En votre souvenir le cri de vos douleurs ;

Je vous balbutiai la timide caresse

Qu'allumait en mes yeux la fleur de vos regards,

Toute la joie et toute l'ivresse,

Le clair bonheur autour de vous épars

Et le regret du geste de ce soir,

Et la prière d'un pardon, et mon espoir.

Alors ! — je ne sais si la brume nocturne

S'est déchirée énamourée de pur soleil ! —

Vous eûtes vers moi ce regard tendre, et l'une

Et l'autre, vos mains splendides, corbeilles

Odorantes de fruits et de fleurs de merveilles,

Vous les tendîtes, souriante, à la soif de mes baisers :

Nuit d'hiver 1 nuit profonde et d'azur apaisé l

A Eagène Demolder.

isible que la mer calme,

isible que la mer ; t nul bruit <Ie la vague, l'harmoaieuse douceur, t nul bruit de la vague 'aate et calme r de sea lueurs ; l'barmonieuBe douceur rêre et daas la nuit lUea du songe l'oubli.

Toute la mer d'espace en espace prolonge

Le frémissement à peine ouï de son écume.

Toute la mer autour du navire prolonge

Le rythme de son chant qui s'aigrette d'écume

Sous le vaste et calme clair de lune,

Et des fleurs comme une écume de la mer

Éclatent dans la solitude de mon songe

Par une nuit de lune calme et claire

Où mon désir est plus paisible que la mer.

Diamants par milliers en fête sur les flots,

L'immense désert comme un baiser qui brûle,

Diamants par milliers en fête sur les flots.

Silencieux, chatoie et flambe sous la lune ;

L'immense désert comme un baiser qui brûle

Éveille dans le silence de la nuit

Mainte forme dès longtemps évanouie

Par les sables anciens et lourds de la mémoire,

Et frileusement j'ai pu voir

Naître vers moi, à chaque heure de cette nuit,

Diamants par milliers en aigrette à la vague,

-■Dira évanouis, ble que la mer.

ute nue,

geai eut ua manteau

!i la mer.

rgie des eaux,

Je me souviens 1

Moins belle je t'ai vue

Dans ton passé indomptable, ne sourire

Qu'à l'ivresse de la richesse ofiferte :

Tu fouaillais de ton sourire,

O formidable ! alors, formidable sourire I

Le désir humble qu'un rien déconcerte.

Que j'en ai vu l'un après l'autre venus

Vers toi, phare décevant de la beauté,

Désemparés comme une carène démâtée^

A l'infini, à Tinfini

S'enfoncer en dérade aux tourbillons de nuit :

Et tous I les morts, sans nulle espérance d'aurores.

Les morts, épaves de ton sourire, les morts.

Étranges morts, sans même s'en douter,

Dont peuplait les gouffres ta beauté l

Mais, à présent, voici que tu te lèves Plus belle au crépuscule de mes rêves, Et, rêve clair durant les heures, Rêve clair je t'ai vue

LB JARDIN DBS ILBS CLAIRES 31

Ton corps pâmé plonge parmi la fange.

Tu y meurtris tes dents, les ongles de tes doigts,

Tes pieds s'y crispent, ta bouche la boit,

Tes seins et ton ventre y plongent.

Par tous les pores tu aspires étrangement.

Des narines, des yeux, de ton corps jusqu'au sang

Imbibé comme une éponge.

L'or par parcelles qui rôde en cette fange

Et qui filtre si bien en toi

Que je te vois droite et nue devant moi

Avec ta peau d'un métal étrange

Et profond où s'allume en fleur la lueur d'or.

Et que tes yeux où flambe l'or,

Et que tes lèvres où de l'or bouge,

Que tes seins dont s'éclaire d'or la pointe rouge,

Que tes genoux, tes pieds et, tout entier, ton corps

Frémit d'une vaste étincelle d'or,

Et tu traînes, c'est ta nocturne chevelure,

De la terre boueuse où l'or vierge fulgure :

Merveilleuse, ô corps en or,

Idole, déesse, étrange, Toute ea or l

Tu es pareille à cette belle nuit d'automne Surgie, avec ses étoiles, de l'Océan Où mille feux d'astres errants S'éparpillent au ciel dont la clarté étonne.

Te souvient-il toujours, Vivante taciturne,

Quand nous nous égarions par les jardins nocturnes

Où tu songeais et souriais parmi les fleurs ?

Souvent tes yeux qui se perdaient à suivre

Les sillages de lueurs à soi-même survivre

Et renaître plus clairs et plus profonds,

Tes yeux chauds j'y buvais où jaillissaient tes pleurs

Dont l'amertume heureuse fond

Par mille rires en corolles de joie.

Je te revois, je te revois :

Tu étincelles de mes rêves du passé ;

Dans Fombre épaisse de tes cheveux sont massés

Tant de parfums de carnage et de victoire

31 LA KBF DÉSBUPAaie

Que mes lèvres lourdes ont pu boire

Dans leurs abSmes de frissons tout le vin de la vie.

J'ai goûté l'ivresse de t'avoir suivie.

Reine des triomphes d'autrefois,

Panni les étendards vaincus, les glaives et les croix

Pieusement vers ton passage inclinés

Avec les cris d'orgueil dompté dans le tumulte

Où la liesse de toD armée exulte.

Au milieu des captifs deux par deux enchotnéa

Et de tant de femmes en détresse

Qui hurlaient d'épouvante et de douleurs :

Reine qui te plaisais à la guerre 1 — 6 maîtresse

Qui n'aimas que les étoiles et les fleurs I

Ëtait-ce Toi parmi de tels parfums 1 était-ce

Ta présence tendre et ta voix qui me parlaient?

Démence de mes rêves I pour quels palais D'extase sinistre et de pompeux mensonges

Ai-je alors délaissé les lacs des jardins clairs De fleurs votives où l'amoar plonge Éperdument comme f ulgurent les éclairs ?

Démence vers le hideux passé, vil mensonge De fouiller dans le tas des glèbes calcinées, Dans les putrides terrains abandonnés.

Pour l'espoir, comme d'une perle, du mirage D'une parcelle de bonheur I Eh noni bonheur, fête et délire où se propage Le miracle de la joie, il est ailleurs, Il est dans l'estivale ardeur Et la beauté superbe de demain I

Je sais:

Mon orgueil flamboyant a tremblé si ta main

Me touche et me convie à des fêtes propices,

Ta chair nue allume mon désir et ma faim,

Il faut que je les assouvisse :

Mille étoiles parmi ta chair, ô Nuit d'automne,

De rOcéan au ciel surgies,

Mille étoiles me brûlent de joies,

tA NEF DÉSBMPAB^S

Mille étoiles parmi ta chair, â nuit d'automne,

Illuminent de bonheur ma volupté.

I ir lourde de tes seins où j'ai goûté

Les arômes qui y frissonnent,

La souple tendresse de tes bras mûrs,

Ton corps plus ferme et plus pur ■

Que les corolles vraies de nos parterres

M'ont ouvert le radieux golfe de tes chairs

Vers le vertigineux abtme de l'amour;

Et tes yeUs, prodiges clairs de tant d'amour,

Tes yeux lavés des larmes bues

Jadis par l'ivresse de mon amour.

Tes yeux sacrés éclairent la rive

D'où vers toi, chère! je tenterai

L'aventure de la mer où tu veux que vivent

Mon désir et mon rêve désormais ;

Et je sais qu'en un jour de joie ultime et sainte,

chère 1 où je t'aurai rejointe

Là-bas dans les jardins éternels de la vie,

A jamais tu m'endormiras,

Heure que mes instants envient 1

Aux frais arômes de tes seins, entre tes bras.

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