‹ La nef désemparée: poémesChapitre 3 sur 35 · DECLAMATION · texte numérisé non relu

DECLAMATION

A Maurice Clouet,

Mts champs avaient perdu leurs moissons et leurs fleurs.

J. Racinb.

Dors I tu es plus impassible que la nuit.

Dors. Moi je crie et je pleure vers les étoiles.

Dors. Moi je roule au fond des gouffres de la nuit

Tant de lourds sanglots, de soupirs et de râles

Que l'impassible dans l'épaisseur des ténèbres frémira,

Que le ciel fauve à la foudre s'entr'ouvrira,

Que les mondes rugiront de connaître le deuil

Et la douleur à quoi me rive ton orgueil.

Des abîmes j'implore et je hurle.

Pitié I vers une étincelle moins amère,

3S LA MBF DÉ9BMPA.RÉE

Vers une ^utte des eaus de la misérîtorde, Vers la fin par la mort du martyre (jat brûle Et déchire, tenailles qui les mofdent Fil à fil, tout le réseau de mes chairs 1

J'atteste les tourmeuts anciens des sombres geôles, J'atteste la cruauté des prêtres et des rois, J'atteste la vie avec ses fleura et ses effrois. J'atteste les carnages de l'amour : nulle parole Ne se peut si profonde que mon mal : je te hais ! Je te hais I Et nul mot ne peut fondre l'horreur De la nuit où je yague en butte au mal farouche, Nul mot humain, proféré fût>ce par ta bouche. Nul mot assez cruel, assez vil et mauvais.

Lourd de deuil, de tourmenta, de flamme et de fureur: Toi que j'aime, je te hais !

Dors ! Je t'ai bercée entre mes bras. Ta lèvre ËfQeurait de baisers cette angoisse

De me mentir à toi comme ua amant sans fièvre

Qui te tiendrait et sourirait à ton regard.

Ta voix se dénouait en de souples caresses,

Tu m'enlaçais du flot parfumé de tes tresses,

Ta tête douce reposait sur mon sein,

Tes mains avaient confiance dans mes mains.

Je te pressais sur moi, buvant l'aube et les cieux

Parla clarté languissante de tes beaux yeux,

Et je t'aimais, et je disais les mots de ma ferveur :

Chère, je t'aime tant I — Et pourtant je te hais.

De toute la puissance de mon amour rêveur.

De toute la force de ma haine, je te hais I

Écoute : entendras-tu, ô Toi qui dors?

Soit, dors I — Tu te croiras au réveil sûre encore

De mon amour, moi qui t'exècre 1 et ta joie

Riche du vain bonheur m'offrira les corolles

De baisers fades, comme une obole.

Je te hais I j'aime un amour qui rougeoie.

Brasier vorace de lèvres mordues.

40 LA NEF D^BMPABÈE

Voluptés et lassitudes éperdues, *.__■...! f . -■'- qu'un aûr baiser explore, t pas la mort.

aisers fleurisseut l'iaceadie, à tour et propage caresses hardies et de la rage, rafales

tpbales,

i-dissantes,

I et exalte,

lien te,

3 poursuivie,

at sanglantes,

s voluptés de la vis,

, sans qu'y frémisse un r^ve is-tu, qui ne vis pas ?

I ne soulève, ges où tu rampas,

LE JARDIN DBS ILES GLAIRBS 41

Ta ferveur pure en la tourmente des désirs Jusqu'au ciel où Textase va s'anéantir ?

Ta beauté même I tes clairs cheveux fidèles,

Morne flux que ne griffe aucun éclair fiévreux,

Tes yeux vides d'extase où l'étincelle

Du pieux tourment gît morte, tes yeux heureux ,

Tes yeux calmes d'avoir fleuri dans la tendresse

D'un passé qui t'est plus cher que l'avenir,

Ta beauté, l'océan d'amour qui se dresse

Et rugit de splendeur candide en tes deux bras.

Ta poitrine sacrée oùTÉden peut tenir,

Tes seins gorgés de gloire et de mansuétude

Où ma détresse avide et folle s'enivra

D'un vin de vie ardente et de douce hébétude,

Ton ventre pur, tes reins caressants, et tes pieds.

Ta beauté, dont ma joie encore extasiée

A surgi, ta beauté si tranquille et si tendre,

Ta beauté^ ta beauté I et la béatitude^

Bourbier vil où ta beauté m'a fait descendre,

Je la hais I —

La vie est courte, il faut ia vivre :

Délices momea si ton sourire n'enivre M i jt ;i i>:...^g (jg la joie ;

lâche, toi qui es helle ;

I de ton corps

Q amour déploie ;

-ds,

e belle

: sans transports,

le femme

ïime

as dompté l'orgueil ion désir, .e, le saisir, 'était la proie ine de ta joie,

ei],

e jeu de mon orgueil

eachaatés et clairs.

Dans l'air serein et monotone, où nul éclair Ne tressaille sous l'ennui de la fête, Nul signe, nulle éclaircie de la tempête.

Je te fuirai. Là-bas, l'orage est sur la mer,

Les horizons mugissent sous l'orage,

Le combat s'échevèle de plage en plage,

Une victoire traîne son luxe amer

Sous un ruissellement de deuils.

Le vent des abîmes effeuille

Les crépuscules de la vie,

Et l'orde mort, rageuseiftent suivie.

Se tourne brusque au bord d'une aurore,

Où son rire goulu dévore

Ceux qui, sans crainte, n'ont pas goûté au vil ennui I...

L'ennui ! Par toi l'ennui a germé dans mon champ, Je t'ai toute explorée et tu m'es trop connue. Me voici las des blondes moissons de mon champ, Me voici las des fruits des vendanges connues,

Triste, seule, loin des îles, exilée^ Déchue où l'a rivée le sort!

Tous mes rêves ont pris l'essor, Ils friasonaent au fond des mers, Ils brillent, ils sèment des corolles, Ils ont des ailes, et s'envolent, Ils sont partis au fond des mers Aux plages de joie et de lumière, Et je suis seul, et je suis veule.

Je suis sans espoir et sans rêve I

Éveille-toi I Je t'aime, ma sœur, ô seule

Lueur parfois par Tennui de la grève !

Dis : n'est-il plus de fête pour nous 7

N'est-il plus d'amour et de rêve ?

Dis : les mots de ta voix, tes regards seront doux,

Éveille-toi, je t'aime I

Viens à moi, berce-moi d'espoir, sème

De clartés la nuit qui s'épaissit sur ma vie ;

Éveille-toi, donne tes yeux, souris.

Éveille-toi, je t'aime.

rS POÈMES DE LA MER ET DU VENT

A André Gide.

bes 1 un matin de clarté pure iverses de la nuit : miroir qui sur les feuillea luit ta ciel lointain et calme :

'y bois dô feuiÛii en feuille, u d'un désir; je la cueille les sciatillantes gemmes, ~ et des villes s et des secousses stériles .

Où toute ma vie apparaît ea exil,

Je me libère vers les îles du silence I

Ardeate proue, une âme s'élance

Fière vers les conquêtes plus superbes

De mer en mer où le mirage

Féconde d'inconnu les anses et les plages :

Là, pure, la vie exulte

Oublieuse, en leur ténèbre, des tumultes,

Et c'est la paix prodigieuse des herbes,

Fraîcheur des herbes !

48 LA NEF Dl&SBMPAB^

La mer d'un souffle à peine^ tressaille

Par ce matin de clair été ;

Au lointain liul passage de voile

N'a frémi dans la clarté.

Le vieux saule, de la falaise,*^ '^ ^} '

Las des luttes, immobile, s'apaise, '•

Dormeur sans le snrsàut même d'un rêve,

Dontlènî le rythme soulève' V'"'*" t

Le puéril essor d'un seul oiseau.

Le sourire silencieux des eaux

Dispersa à des cimes ses fleurs

Où boire la pure lumière

Et l'extase de la chaleur.

Tout résonne des profonds bruits

Que sème la sereine lumière,

Toute la terre, la plage, les bois, toute

La terre, les flots, l'air ne bruit

Que du frôlement seul de la lumière*.

L aiie'du vain désir s'éteint sans doute

Où ne s'embrase multiple qu'un silence

Unanime et radieux,

Pétales épars neiges des cieux

Par le soleil vers le silence.

Et l'air que nul souffle ne balance

Vibre et poudroie comme du sable,

Dans ce matin calme d'été

L'air se pâme dans la clarté.

L KBF D^SBHPABâs

TX,e geste du vent, les jeux du veut I Et tant de rires parmi les feuilles.

Une flamme ondule poursuivant Par les mille caprices du vent Les rires qui se glissent des feuilles, Les oiseaux qui s'essorent au vent.

ircule, monte, monte encore, épuise, prompte

LE JABDIN DBS ILES CLAIBBS 51

A renaître, puis grandit et monte La même toujours, et se dévore, Vive surgit, ondule et remonte .

lasse

Et la flamme du vent qui pourch De y— a iei fanîllftfi les oiseaux, Jeux et caprices que Tien ve Parsème dans le vent qui les chasse Maint envol anxieux des oiseaux vers la mer où le vent les pourchasse.

LA NBF DlfsBHPARiE

Accoudé parmi les fleurs de la terrasse, J'ai TU, ce soir, le ciel si lointain et si bleu Que les heures beureiues qui passent, L'une après l'autre lourdes et lassés, ^ N'ont çrtuse ni silla^ dfffeVi ^ , . ,■ * - [jNi \m golft dans l'archipel des étoiles.

Nul fabuleux mirage ne dévoile" '■■■*^ * Le trésor fatidique des pl^es , - " '' Vespérales de mon tève ; Nulle houle amoureuse ne soulève Le navire de mes espoirs Parti, les vents de fête en poupe, bien des soin

LB JARDIN DBS ILBS CLAIRBS 53

Vers les conquêtes de la joie ; Qu^importe ? et nulle aile ne déploie En plein azur son envergure claire Jusqu'aux îles au fond des mers Dont la splendeur au loin flamboie :

Toute la vie est immobile..

LA HIF DÉSBMPAHÉB

été ;a arbres apaisés, >ict tus. les rives ne jase plus,

âge

1 sous un ciel sans nuage.

visage

)eiDe à du bonheur,

C'est ton visage la vie^ ô claire sœur,

Si calme ;

Comme la rie et ton bonheur,

Ton visage calme est pacifique et sans nuage.

Le fleuve même est taciturne

Parmi ses rives et les roseaux,

Des fleurs y tombent l'une après l'une;

Heures suaves et taciturnes

La vie est calme auprès des eaux

Où s'émerveille, ma sœur.

Des heures, des eaux et des soirs le bonheur

De nous sourire en l'éclair tendre de tes yeux*

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