‹ La nef désemparée: poémesChapitre 25 sur 35 · ORPHÉE · texte numérisé non relu

ORPHÉE

sous le« arbres dont les feuillages étincellent, auprès des eaux radieuses, environné d'un cortège ébloui d'hommes, de femmes, d'enfants et d*animauz humbles et transfigurés, vers les trois jeunes filles en extase s'est avancé, tenant la grande lyre, et va droit à Eurydice :

Tout ce qui respire a droit au bonheur l

Femme I je viens à toi du fond des destinées.

Depuis toujours j'étais en marche, ardent songeur,

Vers l'asile promis des rives fortunées ;

Chemins rugueux de la terre I chemins sans fin

Qui traversez les forâts mornes et les villes

Plus mornes qu'elles, plus farouches et plus viles.

Caves obscures de la montagne, malsains

Pâturages I fangeux bétail de vaches maigres 1

Pas un charme que l'homme ou les dieux n'aient flétri.

Pas une fleur que ne corrompent des vents aigres l

Et vous, flots de la mer sur qui l'astre a souri,

Abîmes maintenant tempétueux et sombres,

Dévorateurs de chair humaine et de décombres,

LA NEF DÉSEMPARés 175

O mer, mer désastreuse et folle l quels chemins N'ai-je suivis et vers quels buts jamais atteints Au gré changeant de vos fureurs désordonnées I Quand, las du vain loisir et des jeux pastoraux, Vers la Colchide d'or mes chants ont aux héros Assuré le passage entre les Cyanées, Quand, après Tanaïs et le sombre Océan £n fuite par la mer où des gouffres béants Scintillait devant eux la clarté des Sirènes, Ma voix sut détourner Torgueilleuse carène Sn proie à la fureur d'âpres ressentiments.

Quand, mes vœux apaisant la colère divine.

J'ai su guider la nef sous des cieux plus cléments Jusqu'au havre sacré de Topulente Égine, Et depuis, quand j'errais sur les cimes des monts, Au creux des roches, près des naissantes fontaines. Ou par les bois ardus dont les taillis profonds Regardent s'allonger des formes incertaines, Toujours, les yeux hantés et clairs du même espoir , En tous lieux et toujours, ô femme! j'ai su voir Naître vers moi comme un mystère de Tauror^ Et calme resplendir et me sourire encore

176 LA NEF DBSEMFAHEB

ToD clair viiage, espoir et rêve de bonheur 1

Oui I les eaux chastes, la beauté de ton visage S'y eut mirée; elle a souri dans maint nua^e, Dana le calme des nuits, dans la clarté des flean. Quelle candeur d'accueildaastesdeux mains tranquilles! N'ai-je rêvé le flux de tes cheveux paisibles Quand, au bord des vaisseaux penché, j'ai vu laner' Quelle splendeur sur l'eau de la lune l'hiver Éclate pure ainsi que tes pieds dans le sable? Eurydice, Eurydice I d'inlassables Espoirs me tentent : Viens ! je me sens fort et gim J'aime I Je t'aime seule ! J'aime Eurydice t Orphée Lib^ateur n'est plus libre : tu tiens Orphée. J'ai tout aimé, mais j'aime mieux ; je t'aime, Toil

ECLAIBCIES

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