LES VENTS
A Grégoire Le Roy.
Neuves fontaines I
Fontaines hîveroales de la forêt,
Arbres lumineux d'où s'égoutte le gel.
Jets d'eau du givre figés dans la forêt,
Pyramides immobiles qui étiacellent,
Les eaux étincellent dans l'air brumeux et terne,
Les eaux étincellent sous la ténèbre des nuages,
Les eaux lumineuses des fontaines,
Les eaux,
Les eaux jadis de joie et de clarté,
Les eaux! souffle durci des eaux où se propagent
Les joyaux de l'automne et de l'été ;
Neuves fontaines
Ëcloses des branches nues où l'hiver s'abat,
Neuves fontaines incertaines^
Rêve suprême dans le naufrage,
Fontaines stables, incertaines,
Fontaines,
Les fleurs du jet figé suivront-elles, naufrages.
Le destin triste des pétales de l'été ?
Épais et doux duvet de cygnes,
Des oiseaux d'étrange clarté
Se pressent aux branches immobiles
Sans un geste et sans un cri.
Duvets plus velouteux qu'un plumage de cygnes,
Duvets chatoyants et fleuris
Par mille éclairs de pierreries.
Duvets,
Oiseaux d'orgueil et de clarté.
Oiseaux chastes que l'hiver apaise ^
d'indolence :
bile,
aux et des fontaines
iranches ;
nême lointaine.
Blanches
qu'exaspéraient les vents.
Is, soufQes du Printemps
LE JARDIN DBS ILES GLAiaBS 59
Qui se mire, en circulant, à tous les rêves,
Les haleines vivifiantes du Printemps
Qui réveille les sourires, rajeunit les sèves,
Purifie de rayons les sources, de baisers
La solitude pacifiée des Océans ;
Le Printemps !
Le babil de tant de brises apaisées
Errant avec douceur le long des fleuves,
Le babil de mille oiseaux éparpille ses baisers
Au long des brises sur les herbes, sur les feuilles,
Et sur les fleurs, et sur les eaux,
Le babil tendre frôle les visages et cueille
A des yeux et à des lèvres ingénues
La grâce flottante des parfums où l'amour s'insinue.
Les vents I
Les vents sonores et chauds des étés opulents.
Les vents généreux qui mûrissent les javelles.
Les vents larges, pacifiques et lents.
Bus par le délire accablant