‹ La nef (volume 2)Chapitre 25 sur 36 · LA PREMIÈRE ERINNYS · texte numérisé non relu

LA PREMIÈRE ERINNYS

Tes paroles, ô fils de Gaia, m'éveillant de mon rêve éternel, arrivent jusqu'à mon oreille... M'entends-tu? Parle! Es-tu toujours là ? Dans l'orage effrayant de clarté qui te voile et t'environne, mes yeux ne te distinguent pas. Jamais la flèche en feu du Jour n'avait autant blessé mes prunelles, depuis rheure où Hypérion^ envahissant les gouffres du Chaos sur son char retentissant, dardait ses traits dans tout notre empire. Mais le Scorpion ténébreux, en piquant au talon l'Ouranien, le mit en fuite, avec la lumière. Tel sera le sort qui t'attend... Insensé! Crois-tu donc^ d'un souffle, jeter bas le trône de la Nuit! Certes, en ton cœur présomptueux, tu méprises, ô jeune dieu altier, tu méprises les vieilles déesses. Regarde pourtant!

Gomme toi, nous tenons des torches dans nos mains. Mais, tandis que ta lampe d'or verse à torrents sur le monde la bruyante flamme de la vie, nos flambeaux de fer, ô Titan, dégorgent lentement des feux noirs, des fumées livides, empoisonnées, où Thanatos plane voilé et endort Thorreur du jour. Allons ! Commence Tépreuve.

Vite ! Vite ! Nos pieds déjà ont hâte de nous remporter vers leTartare, là où meurent tous les bruits, où nous goûtons, les paupières fermées, loin de l'impur Hélios, le calme resplendissement de la nuit tranquille et solennelle. Obéis! Secoue ton flambeau ! Fais pleuvoir sur Taile, ô dieu sauveur, afin de lui donner la vie, tous les vains rayons de la clarté. Puis, nous secouerons nos torches.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

Entends-tu son défi orgueilleux! Qui sera vainqueur ? Hélas ! hélas ! L'Ouranos

se tait, comme enchaîné. Sous la grande voix monotone qui roule à travers .les mondes, les vents ont cessé de mugir, l'océan tumultueux s'apaise.

PROMÉTHÉE

Que la lutte s'engage donc ! Le Titan a foi dans la victoire. Mais, tout d'abord, vous, forgeurs de fer, Telchines, Pygmées, puissants Kabires, qui portez un empan de suie sur votre tête noircie, reprenez la tâche interrompue! En effet, vous Tavez entendu. C'est ici le suprême combat de la lumière et des ténèbres. Le Destin jaloux va décider si la flamme de vie pourra soulever Taile, ou si le poids de plomb qu'y verseront, en torrents d'affreuse fumée, les lourds flambeaux de la Nuit, Tempêchera de s'envoler. A l'œuvre donc ! Saisissez dans vos mains l'éclatant marteau, père des formes ! Ravivez les brasiers assoupis, que l'approche des Ténébreuses a comme

infectés et ternis ! En proférant le nom sacré, le Titan va secouer sur l'aile la première des sept flammes du feu.

Il brandit la torche, puis s'arrête.

Qu'est-ce donc ! qu'allais-Je faire ! Ne sais-tu pas, ô Titan oublieux, que si ta bouche disait, tçl que les dieux le prononcent, l'un des mots ineffables, éternels, inscrits sur la hampe d'or, tous les cieux ébranlés crouleraient, avec la terre et les astres. Certes, les sept runes effrayantes ne peuvent être déroulées que cachées sous l'épais nuage des symboles et du langage humain. Toi que je vois trembler là-haut, splendeur d'or de la torche sacrée, détache-toi ! viens sur l'aile, ô flamme ! Et, puisque rien n'existe sans un nom, dans le vaste univers des vivants, je t'appelle Intelligence !

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

- lô ! lô ! Tout s'embrase à la fois. Le

flambeau, en jaillissant sur l'aile, la soulève et semble l'emporter dans un ouragan d'éclairs... Mais qu'est ceci? N'entends-tu pas! Au milieu des cris, des explosions qui s'élargissent parmi les airs, un large bruit solennel roule^ emplissant mon cœur épouvanté.

Tonnerre. Harmonie lointaine.

C'est la profonde et terrible musique des mondes tournant puissamment, et propageant, de sphère en sphère, à travers TOuranos qui ondoie, leurs immenses modulations. Jusqu'à la plus petite étoile obéit au signal de la torche. Prométhée est vainqueur, sombre Nyx !

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