JOIE... DÉSIR... SAGESSE... HARMONIE
Ah! ah! Qu'est-ce que ceci? D'autres signes, rapides, fourmillant d'un feu noir, apparaissent en éclairs, sur la torche. O stupeur ! voyez ! voyez ! Pareilles à des scorpions, à des vipères, à des rats, les runes hideuses grouillent et rampent sur la belle hampe d'or... matière... mort...
HAINE... douleur... BORNE... IGNORANCE...
DISCORDE... Est-ce là ta réponse, Adrastée ? Certes, les Erinnyes déjà m^avaient crié de leur bouche terrible, ce que tu chuchotes obscurément : chaque splendeur, chaque énergie, chaque clarté du front de Thomme a sa ténèbre qui l'engloutit. Ainsi, ô dérision de Zeus! le monde est tel que les balances d'un marchand attentif à son gain. Il place les poids d'un côté, de l'autre, le byssus ou la laine, et les pèse et les équilibre, en suivant du regard le fléau. O douleur! Mon sang reste impuissant ; mes souffrances ont été
inutiles. Hestia ! Hestia ! que me sert d'avoir ravi jadis la flamme?.. M'entendstu ? Hestia ! Hestia!... Reine auguste et solitaire, Prométhée te rend le flambeau q u'il alluma furtivement à ton autel éternel.
La terre s'ouvre devant lui. Il y jette la torche. Le gouffre se referme.
LE CHŒUR DES ARGGNAUl ES
Qu^as-tu fait? Hélas! malheur! malheur! Est-ce ainsi que tu nous abandonnes? Certes, la vengeance de Zeus, les fléaux^ la mort, la foudre ailée vont s'appesantir sur nous.
PROMÉTHÉE
Qu'oses-tu dire, ô fils de Thomme?
Faut-il que, pour te rassurer, j'en jure par mon sang et mes plaies? Tant que Prométhée siégera sur cette roche sublime, aussi longtemps la lutte durera. Zeus a pu
éteindre la torche. Mais Tépée reste encore au Titan.
Il la saisit et la brandit violemment.
LE CHŒUR DES ARiGONAUTES
O joie ! ô joie ! lô ! lô ! le glaive ! Vois comme il se tord çà et là ! Comme il siffle, en dardant vers le ciel une flamme impétueuse !.. Les centaures se sont dressés- Héraklès, assis aux pieds du dieu, semble sortir de sa torpeur, et^ détournant sa tête altière, il regarde.
PROMÉTHÉE
Ne t'émeus pas, Amphitryonade. Une terre, un monde nouveau, ne peut être enfanté d'un seul coup. Pareil à la fourmi patiente que l'on détourne avec un brin de paille, et qui, sans jamais se lasser, reprend sa course le long du mur, ce n'est qu'après de longs travaux, mille efforts acharnés et stériles^ que Prométhée, dieu
des vivants, régnera sur TOlympe conquis.
Mais assez de vaines paroles!
II lève la main. Profond silence.
Zeus ! Zeus ! tyran universel ! entendsmoi, car mon imprécation est l'éclair qui brille avant ta ruine. Tenant répée grondante en main, je m'établis sur ce rocher.
Au nord, au sud, vers l'aurore, et aussi vers le triste couchant, j'investis et je ferme partout les bleus chemins de l'Olympe, comme un homme entoure de feux le grand nid d'un vautour carnassier. Non que j^ignore ta puissance. Tout l'abîme est nu devant tes yeux, et;, du haut de tes créneaux d'or, l'immense royaume de la terre, avec ses peuples et ses cités, t'apparaît comme un parc de brebis sur lequel tu mets ta griffe. Mais^ si altier que soit ton ciel, ma ruse, ma patience obstinée, ou ma force impérieuse en trouvera les voies cachées.
Ecoute le serment que je fais ! Ma main
ne quittera Tépée que lorsque tes palais écroulés joncheront le gouffre de leurs ruines, et que les dieux épouvantés, tombant à travers l'Erèbe, y rejoindront les titans.
LE CHŒUR DES ARGONAUTES
La nue répond à ton défi par d'horribles grondements. Pontos bout, ainsi, qu'une chaudière ; Téclair dardé brûle les gués de Tocéan déraciné... Ha! ha! Quel messager divin se rue du haut des airs, comme un aigle?