‹ La nef (volume 2)Chapitre 31 sur 36 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

PROMÉTHÉE enchaîné

PROMÉTHÉE

L'eflPet suit promptement la menace.

Gomme un souffle sur ma chair, je sens une approche indicible qui grandit et vient à moi.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

De longs rayons glissent des nues, remuant soudain, étrangement, les ombres vertes des flots... Silence! Du profond de la nuit, je vois s'élever une forme, vague, éblouissante, éthérée, au milieu d'un halo de clarté.

PROMÉTHÉE

C'est le démon mystérieux, l'ennemi vomi par TOuranos^ dans la bouffée de flamme ténébreuse. De même que la puissante mer s'assombrit et reste immobile sous l'attente anxieuse des vents, mon cœur hésite, suspendu.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

l'out mon sang se glace d'épouvante.

Déjà, mais non clairement, mes yeux commencent à distinguer Têtre éclatant qui s^avance... O prodige ! Ah ! ah ! hélas sur nous ! C'est toi, fils d'iapétos, c'est toimême! Mais des chaînes entravent tes mains et tiennent tous tes membres liés.

PROMÉTHÉE

Vas-tu craindre ce qui n'est point! Zeus a fait un spectre de vapeur, et, fascinant vos prunelles étonnées, enchaînant une apparence vaine, il se venge ainsi qu'un

enfant, des maux qu'il ne peut plus m'înfliger.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

O Stupeur ! O merveille sans nom ! Colossal et le torse nu, la plaie au flanc, tout lumineux, planant parmi Tazur, comme un aigle, il s'avance avec lenteur^ porté par la nuée des bords du monde, tandis que, sous lui, Sélènè découvre mille précipices, mille rocs immobiles et neigeux.

PROMÉTHÉE

D'où vient le trouble où je te vois ? Astu peur d'une fumée, d'une ombre? Mon image, ô fils de Pandore, s'armerera-t-elle contre moi ? Me fera-t-elle reculer au moyen de ma propre épouvante ?

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

Que dire ? Que répondre ? Ah ! hélas !

O Hécate porte-flambeau, quelle vision tu nous offres ! Les dieux sont-ils victorieux?

N'avons-nous délivré qu'un fantôme, tan-

dis que la ruse de Zeus, en nous dérobant Prométhée, l'enfermait dans les cachots du cîel?

PROMÉTHÉE

L'épée ardente tranchera tes soupçons et ton doute insensés... Assez de cris ! Ne gémis plus ! Moi, car c'est à mon bras d'agir, je vais dissiper d'un seul coup, et faire s'évanouir dans l'air le fantôme qui te trouble.

Il se dresse, en brandissant Tépée.

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