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L'ÉCROULEMENT DE L'OLYMPE

CLAMEURS DES DIEUX

(Confuses, et encore indistinctes, elles se rapprochent rapidement.)

ruine ! Ebranlement sacré ! lô ! lô I

Némésis ! Némésis ! Le ciel se rue de son faîte... Ha! ha ! ha! ha! nous périssons.

Mais si la lumière et la joie ne sont plus pour les dieux désormais, ton pied n'a pas franchi le seuil de nos palais qui s'écroulent...

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

Entends-tu le fracas grandissant, les clameurs, les plaintes, la rumeur de leur chute épouvantable ! Vois ! Autour du char qui flamboie, Toiseau, Taigle porte-foudre tournoie, tournoie, de son vol pesant, et pousse des cris horribles.

PROMÉTHÉE

Zeus! Zeus ! roi du Ciel, où es-tu donc?

Dans Tentremêlement confus des sabots, des croupes, du timon, des rais de pluie furieuse, mes yeux ne te distinguent pas...

N'importe! Le destin t'a saisi. En vain tes coursiers flamboyants luttent encore, et, pour mieux résister, battent des pieds,

en hennissant, entre leurs ailes terribles.

Chaque instant, comme un poids de plomba te précipite à l'abîme... Mais quoi ! n'estu pas là?... Zeus ! ô Zeus!

Il se dresse impétueusement.

Frémissant, comptant du doigt tes fils, rejetant mon visage en arrière, j'étends la main, pour mieux y voir, au-dessus de mes paupières.

CLAMEURS DES DIEUX

As-tu cru asservir l'Ouranien ! Il échappe à ton audace impie. Transfiguré, beau, rayonnant, oublieux de son chétif Olympe, Zeus règne à jamais, désormais, sur un monde mystérieux, d'où il commande aux vivants... O joie! joie! Désastre éclatant!

Puisque le Père est triomphant, que m'importe ma ruine ! lô ! Regarde, ô dieu des souffrants ! Sans regrets, sans peur, je me dépouille de tout ce qui faisait autrefois et ma force et mon orgueil.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

O Stupeur ! Poussant des cris ardents, s'animant l'un l'autre, en leur délire, ils lancent au gouffre ténébreux, le laurier, l'épée, la coupe d'or. Tare puissant^ la grande lyre> tout ce qui chargeait leurs mains...

Vois ! vois ! Tels que des météores, les joyaux d'or et de feii tombent, en emplissant le ciel, les forêts, les vieux monts caverneux, de longs frissons de lumière.

PROMÉTHÉE

Tu m'échappes encore! Malheur! malheur ! O démon, où sont donc tes retraites ?

Ah ! ah ! hélas ! hélas sur moi ! . . . Mais que peut Zeus, sans la foudre? Fugitif, errant dans les rafales, ou tapi sous le brouillard du soir, certes, il ne m'empêchera pas, n'étant rien désormais qu'une voix et le vain souffle d'un songe, de relever pour les hommes, ici-bas, l'Olympe détruit au ciel. lô ! lô ! Moi aussi, je crierai et ma

joie et ma victoire ! Le Hadès vous attend, dieux déchus. Disparaissez ! Vite ! A Tabîme! Frappant avec ma forte main le giron maternel de Gaia, je vous ouvre,, jusqu'aux enfers, une descente facile.

CLAMEURS DES DIEUX

Arrête ! Ce p'est pas dans la nuitj sur les bords du Styx et du Ténare, que les destins ont assigné notre séjour éternel. Ouvre les yeux ! Ne voIs-tu pas ? L'aigle qui tombe avec nous porte, dans sa serre embrasée, notre torche funéraire, le feu blanc et bouillonnant d'éclairs du dernier foudre Olympien. Construisant sur ce roc un bûcher, avec les poutres et les débris de notre char fracassé, tu y déposeras. Titan, les dieux puissants que nous fûmes. Et aussitôt, roulant sur nous, le rouge démon fraternel, Hèphaistos, en montant dans Téther, nous réunira au Père.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

O splendeur des Tyrans immortels ! Mon œil, hélas ! tant ils sont proches, les distingue dans la nue. Les vois-tu, pressés^ entremêlés, cramponnés aux jantes et à l'essieu, les jambes pendantes sur le gouffre !... Ha! ha! leur chute s'accélère. Dans les coups sur coups de l'éclair, sous le fouet de la grêle pesante, les chevaux, ruant, se débattant, emplissent le ciel écumant d'un immense naufrage de char, plein d'épaves et de débris.

CLAMEURS DES DIEUX

Aï ! Aï ! Douleurs sans nom ! O misère !

Le puissant char, pareil au feu, me consume et brise tous mes membres, dans ses bonds désordonnés... Ah ! mon souffle s'éteint, je meurs ! Mais, du moins, mes yeux ne verront point triompher sur cette terre impie le désordre et la rébellion que ton audace y déchaîne. Salut, ciel! astres d'or!

ô lumière ! Et toi, splendide Olympe où j'ai vécu! Car, certes, il m'est encore permis de prononcer vos noms sacrés, quoiqu'il n'y ait plus rien désormais qui soit commun entre nous !

Le char s'abat aux pieds de Prométhée. Tumulte. Commotion terrible.

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