‹ La nef (volume 2)Chapitre 4 sur 36 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

LES OCÉANIDES

laô ! Les temps* sont accomplis ! Poussons des cris joyeux! Menons la danse !...

A travers la glauque splendeur de l'eau profonde, nous émergeons des antres obscurs où nous dormions depuis des siècles, nous les filles du vieil Océan.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

(Jason coryphée).

Alerte ! Saisis le gouvernail ! Jette du

bois au brasier de poupe ! Debout ! debout!

Quitte ce banc où tu gis languissant, ô héros ! De grandes nymphes lumineuses ondoient, en chantant, au creux des lames.

LES OCÉANIDES entourant la nef.

Soulève tes paupières assoupies ! Dresse la tète, appuyé sur le coude !••. Hatta!

hatta! halliho! iaô! iaô! iô! hoïho!... Salut, monstre aux ailes de lin, dragon qui cours sur les vagues !

La nef s'arrête.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

O race de Téthys, belles déesses aux pieds d'argent qui bondissez dans la blanche écume, pourquoi, frappant Argo de la main,Tarrètez-vous au milieu des flots, comme un char que Ton dételle? Je vous le dis. Si c'est pour m'annoncer le terme

de mes rudes travaux, je vous écouterai avec joie. Maïs s'il s'agit d'un nouveau malheur, j'ai assez de souflfrances.

LES OCÉANIDES Elles nagent, chantant, se poursuivant.

Hoïho! Les temps sont accomplis! Ne crains rien, Argo ! ta course est faite. Que tes rames pendent à ton flanc, comme des ailes brisées! Laisse ta voile dégonflée retomber le long du mât!

Menant leur danse, joyeusement.

Hatta! hatta! halliho! iaô! iaô! iôl hoïho!...

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

M'entends-tu! Ne répondras-tu pas?

Certes^ je ^ veux savoir de toi où m'ont poussé les tempêtes. Car voici d'innombrables nuits, et d^'nnombrables jours pareils aux nuits, que notre nef se rue avec

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fureur, tel un quadrige d'étalons qui s'emportent en mordant leur frein, dans un goutfre ipimense de ténèbres. Et moi, terrifié du prodige, sans dormir, pareil à un mort, roulant, sous mes paupières sèches, des yeux farouches et hagards, tantôt j'élève au-dessus de la proue, afin d'épier le flot noir, la torche ardente que je porte dans nia main ; et tantôt, arrachant mes cheveux, et les vouant à Zeus infernal, je supplie le maître du Hadès de terminer promptement ma course à son funèbre rivage. Mais, puisque je vous vois, ô déesses, l'espoir rentre dans mon cœur.

Déjà la sombre nue rayonne. Une écume éclatante de fleurs revêt le paisible océan , où nagent, sous le ciel lumineux, des licornes et des taureaux blancs.

LES OCÉANIDES

^ laô ! laô ! Tu as touché au port. Ne crains rien, béros^ ta course est faite. Le

cri frémissant de ta proue a dissipé le morne sommeil dont Zeus scellait nos paupières.-. Allons! Que les tritons enfants, menant en bride les hippocampes et les serpents d'eau familiers, élèvent leurs lampes chargées d'un feu blanc! Et vous, clairs météores errants, purifiez la nuit sulfureuse! Nous ferons résonner sous nos doigts, pour enchaîner Argo de liens plus forts, l'hymne magique, mystérieux.

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