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LA VOLX DE HÈRAKLÈS

Mes pieds se heurtent au sol, dans Tombre. Mes mains tâtonnent, au milieu de rembùche des piliers massifs et innombrables... Ah! ah! je t'aperçois enfin. Salut, dieu; le briseur de tes chaînes, Hèrakîès, veut être le premier à te reconnaître pour roi.

FracaF. Explosion formidable.

PROMÉTHÉE

Je te prends à témoin, Gaia, toi dont je touche de ma main le large sein! 6 Pontos, je te prends à témoin, en attestant tes vagues mugissantes, que les jours de Zeus sont passés.

Il frappe d'une main, la terre, et de l'autre, la mer. Roulement de tonnerre. Un silence.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

Mes paupières éblouies et craintives osent à peine se lever... O stupeur! Ne vois-tu pas le feu? Ne vois-tu pas les lueurs sacrées qui fulo^urent à la cime des pics ? Nu, sanglant, tout debout dans la nuit, avec ses deux bras étendus, le dieu nouveau se dresse sur le monde.

PROMÉTHÉE

Salut, gouffre de l'Ouranos, Orbe vivant, titan qui te revêts, bien que Zeus me les cache encore, des rais d'or de l'antique Hèlios, comme d'une armure étincelante ! Salut, tourbillons de l'éther ! Iles et montagnes glorieuses qui, vous dressant au loin dans la clarté, avez vu le suprême combat... Et vous, héros libérateurs, vous aussi, dieux, tyrans Olympiens, ma voix, en frémissant, vous l'annonce : Prométhée est enfin tout-puissant. Pareil à Taigle qui, la nuit, impatient de la venue d'Eôs, guette au travers des neiges et des glaciers, dans le sombre abîme des étoiles, la roue ardente du jour, ainsi, après des tourments innombrables, je vois se lever à mes yeux l'immense espoir du bonheur du monde... lô ! lô ! ma joie bouillonne en moi, comme un gouffre de blanche lumière; mon cœur bondit, pareil à la mer, et pousse des cris retentissants. Hommes, je ne suis plus un dieu; la souffrance et la sainte pitié m'ont fait semblable à vous, fils de la femme. Pour vous abriter contre Zeus, je vous ai pris dans ma poitrine, au sanctuaire du temple intérieur, inviolable, de l'amour ; le fleuve terrible de vos larmes a coulé par les yeux du titan. Maintenant, médiateur sublime, votre humanité vit en moi, ma divinité vit en vous. O lumière, ô resplendissement de cette aube si désirée ! Je ressens une

joie étrange, amis, héros de la nef. Je crains qu'échappée de mes mains, Gaia, comme un oiseau, ne s'envole dans l'éther... Ecoutez ! Aux cavernes des monts qui gémissent sourdement, Tobscur Aidés roule ses tonnerres. Une flamme irritée palpite sur la faux ouranienne, étoilée, que le roi du temps dévorateur, le subtil et rusé Kronos, a placée parmi les astres. C'est avec son aide jadis, en armant sa droite vengeresse de la harpe horrible, aiguë, aux dents tranchantes, que Kronos mutila sans pitié son père, le sombre Ciel. O crimes énormes des vieux dieux ! Tyrannies des anciens jours du monde ! En vain, ne voulant pas refleurir, vous vous rebellez contre moi, vous, les mystérieux complices de ces grands forfaits divins. L'antique anathème est rompu; Prométhée va gouverner la terre.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

Entends-tu ? il promet à Gaia de longs jours de félicité. Sois-nous propice, ô dieu, ô titan, puisque tu es le Zeus terrestre qui succède au roi du ciel... Mais quoi ! quel est ce bruit ? ah ! hélas ! Mon cœur s'élance hors de mon sein.

LES TYPHONS ET LES BOREtS

Tout semés de bouches, d'ailes et d'yeux, ils passent au-dessus de la montagne.

Tempête. Fracas de clairons.

HÈRAKLÈS

poursuivant des monstres avec sa massue.

Travaux sur travaux ! tâches sur tâches ! Là où dormaient les âpres glaciers, Hèphaistos, souiSlant sa

rouge haleine, n'a laissé que des lacs limoneux, des marais, des fondrières de boue... Place! place ! hideux compag-nons. A quoi bon grincer vos dents tranchantes ? Place ! arrière ! vous dis-je, arrière !... Ho ! ho ! Pareil au forgeron qui bat une masse en feu, j'écrase, sous mes coups redoublés, les scolopendres écaillées, les hydres visqueuses aux bras touffus, les pythons dont les têtes fourmillent.

Un silence.

prométhél:

Et maintenant, rejetant loin de moi les haillons sanglants de mon supplice, je viens à toi, triste Ouranos, dieu profond en qui prennent leur forme tous les êtres humains et divins. Vois ! comme Hèlios rajeuni s'élance, fougueux et frémissant, de la longue nuit hyperboréenne, ainsi, je me tiens devant toi, plus affamé, après mes souffrances, de justice et de bonheur sans fin. O titan ! père universel, laisse-moi, dans ton éther sublime, couper pour mon manteau de dieu, un pan de ta pourpre pleine d'étoiles.

Pause.

Tu te fais sourd à ma prière. Je te le dis, ô monstredieu qui roules dans les vertiges d'un tourbillon, nul être ne peut retarder cette heure éclatante, toute-puissante, à laquelle sont attelés pour mon triomphe les bêtes, les hommes et les géants... M'entends-tu? Ne veux-tu céder qu'à un maître armé et inflexible ? Regarde, elle étincelle en ma main, telle qu'une comète sinistre, la faux, la dure faux chthonienne dont Kronos t'a déjà mutilé.

Le ciel tremble.

Ha ! ha ! Tout ton gouffre s'émeut ; mille jets de tonnerre à la fois, en se ruant tels que des flèches énor-

mes, semblent effondrer la voûte éthérée et la précipiter sur la terre. O splendeurs ! tumulte éperdu! convulsions suprêmes de l'abîme ! Dardant la foudre blanche aux cent noeuds, dont le fracas redoublé se mêle au fracas des forêts et des flots, les typhons, tes fils tournoyants, ouvrent partout, dans la nue, d'aveuglantes cavernes d'éclairs, semblables par l'aspect à la grêle. Ne céderas-tu pas, monstre ouranien ! Déjà, tout au travers des fumées, des explosions, des constellations, la faux d'acier déchire, en criant, cet effrayant manteau du monde où l'univers se mêle à plis confus... Ne craignez rien, race des hommes, vous qui, arrivés jusqu^ici par je ne sais quelles voies, cachez vos faces épouvantées sous les rochers, le long des plages marines. Relevez vos corps, rassurez-vous ! Le titan de l'espace est vaincu ; Prométhée a revêtu le ciel.

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