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LA VOIX DE HÈRAKLÈS

Est-ce VOUS qui criez là-bas, géants noircis, baleines des montagnes? Certes, vos chants ne ressemblent pas au roucoulement de la colombe... Enyo ! Je frappe avec mon poing, le vaste rocher qui volait à moi; la pierre, en se brisant, vomit des torrents d'eau écumeuse et des laves. Prométhée, où es-tu donc, Prométhée ? A plein gosier, je proclame mon nom, Hèraklès, l'Amphytrionade.

HÈPHAISTOS

Le combat est-il donc fini? Crois-tu qu'il soit temps déjà de triompher en enflant tes poumons, pour chanter comme un coq, ta victoire? Certes, aussi longtemps que la Nuit, l'immense aveugle au trépied d'étoiles,

5o LA NEF

siégera sur les sommets sublimes où le voleur du feu est châtié, Hèphaistos ne craint rien du destin...

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

Vois, sous les coups du lourd trident, des corps nus de déesses flamboient ; la montagne ardente fleurit des tourbillons pourprés d'Aphrodite, comme une grande rose rouge. Napées, ménades, centauresses, bacchantes aux cheveux pendants, dryades couronnées de feuillée, toutes les formes du désir ondoient dans les torsions de la flamme.

HÈPHAISTOS

Toutes les formes, as-tu dit... Non, non, sincère ami du héros, je prétends lui en montrer encore... Les hyades étoilées tournoient; de claires vagues de feu vert déferlent, en couvrant les glaciers de néréides écailleuses, de sirènes à croupe de serpent... Ah! ah! tu hésites, Hèraklès. Appuyé sur ta lourde massue, et, dilatant tes narines, tu te penches à la cime d'un roc, tandis qu'avec des miaulements lascifs, les tigres et les guépards tachetés frottent leur dos à tes jambes. Partout dans la fournaise en rut, des cerfs, des boucs, des taureaux, de hauts cygnes blancs éblouissants, debout, et battant des ailes, assaillent les nymphes qui s'enfuient; l'ouragan d'Astartè t'environne. Cuirassées, secouant des lances, tantôt ruées vers le héros et emportées éperdument, comme des oiseaux qui volent dans l'air, tantôt tourbillonnant sur place, décroissant, flottant, touchant le ciel, les striges vermeilles se tordent, au milieu du magique incendie... Arrête ! oses-tu bien, ô héros, brandir contre des guerriers-femmes, ta massue horrible, irrésistible ? Ah ! elles reculent, elles fuient. Leurs beaux corps de

LE GRAND MATLN DU MONDE 5i

chair étincelante tombent, précipités dans le gouffre... Nous as-tu donc abandonnés, ô Zeus? Alors, que Gaia nous reçoive !

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

La montagne entière frémit. De tous côtés, la terre massive et le ciel sphérique se fendent, cependant qu'une noire fumée envahit lentement Tocéan. Les batteurs de fer ont disparu. Paix ! on entendrait maintenant, jusqu'aux derniers confins de l'horizon, un oiseau couvant sur son nid, un moucheron agitant ses ailes.

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