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NEREE, GLAUKOS, CORTEGE DE TRITONS

(Ils soulèvent en chantant, hors des flots, des îles fleuries et merveilleuses.)

APPARITIONS DE PROTEK

Chœur immense sur la mer.

LE GRAND MATIN DU MONDE 6i

PROMETHEE

Et, maintenant que la terre a reçu les semailles d'or de la lumière, il me reste, achevant mon œuvre, à en fonder réternelle durée. O Kronos, étendant vers toi la menace de ma main souveraine, je te chasse de cet empire, toi, dont la roue, ailée d'éclairs, emporte l'univers et les cieux. Disparais! va-t'en, ombre envieuse. Sombre démon omniprésent, ô temps, toi que chaque mortel sent ramper dans son sourcil, comme un ver, Prométhée te bannit pour jamais... M'entends-tu? M'obéiras-tu ? Ta proie, ô dévastateur, noir géant à la tête blanchie, est désormais le troupeau des dieux, les vaincus de l'Olympe qui croule.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

Tes paroles, ainsi que le tonnerre, roulent au loin, d'échos en échos, Ah ! l'abîme éclatant s'obscurcit ; de sourds abois, des cris confus emplissent l'ombre.

PROMÉTHÉE

Je vous entends, ô larves de la nuit, striges, harpyes, gorgones, stymphalides, impurs démons lâchés sur la terre. Si mon joug vous semble trop lourd, si la clarté de rOuranos nouveau blesse vos yeux de ténèbres, je vous dis, comme au dieu destructeur : — Retournez vers qui vous a créés ; allez grincer vos dents sanglantes, au milieu des parvis de l'Olympe ou des rochers de feu du Hadès. Prométhée ne veut, dans son empire ni esclave, ni révolté.

Un silence.

L'heure est venue où le titan va prendre possession de son trône. Non plus comme Zeus, pour s'asseoir, la lance du tonnerre à la main, au milieu des coupes et

des déesses, mais, pour présider de ce mont, lùnsi qu'un roi paternel, au bonheur de tous les êtres... Voyez, voyez, le grand signe a lui. La pierre engloutie par Kronos et scellée ici même par Zeus, afin qu'elle fût, éternellement, un monument d'effroi aux immortels, mugit comme un taureau furieux, et darde çà et là des éclairs. Sur ce trône immuable, éclatant, que les destins m'ont réservé, Prométhée va s'asseoir pour jamais.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

Prends garde, prends garde, titan... O stupeur! les vagues s'entrechoquent. Sous Touragan de deux ailes immenses, pareilles au ciel noir qui se ferme, les forêts mugissent, épouvantées.

PROMÉTHÉE

C'est le vautour, le tortureur divin, qui s'exile et regagne son aire, obéissant à mon ordre impérieux. Paix ! paix ! silence aux clameurs ! Rassurez vos cœurs, tristes captives. La terre n'étant plus à Zeus, il quitte le rocher des tourments.

HÈRAKLÈS tendant son arc.

O titan, ne reconnais-tu pas le convive non invité, le chien du Styx, qui mangeait ta chair? Certes, Hèraklès va te venger.

PROMÉTHÉE

Arrête !... O deuil ! tu l'as atteint. Plus prompte que la parole, ta flèche aiguë lui a percé l'aile. Entends-tu ses cris rauques et affreux? Je ne sais quel émoi puissant se gonfle, ainsi que la fumée, dans ma poitrine. Regarde, Amphitryonade, des flots de sang inondent le ciel. Par un dernier prodige d'Ouranos, ils roulent là-haut, comme un fleuve, à travers le Scorpion, le

LE GRAND AlATIiN DU MONDE 63

Lion, et les bêtes horribles des étoiles... Ah! une goutte sur ma main... ! Mes entrailles sont remuées ; un trouble douloureux me saisit et monte jusqu'à mes narines. Je te bénis, vautour hideux, toi, le sombre démon infernal, le compagnon de ma longue veille. Bourreau cruel et innocent, regagne en paix les rocs de rOlympe; Prométhée sauveur étend sur toi le pardon de ses deux mains levées. Ecoutez, nations qui m'entourez, spectres, géants, demi-dieux, faces sans nombre, écoutez ce que prescrit votre roi. Plus de haine, plus de colère, plus de sang qui s'expie par le sang ! La loi d'amour succède à la haine. Il ne reste, au centre du monde, qu'un autel, celui de la Pitiés autour duquel voltigent, en frémissant, les prières aux yeux de colombes. Jette ton arc, Amphitryonade, dépose ta massue redoutée ! Si tes mains violentes ont faim d'une tâche, mêle-toi à la troupe en rumeur des telchines et des kabires. Voici l'heure, en eflPet, ô magnanime, où tu vas bâtir avec eux, de tes épaules et de tes bras robustes, les demeures éclatantes de l'homme, le palais de ses destinées.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

O triomphe ! ô transports de joie ! lô ! lô ! la terre heureuse devient une réalité du ciel.

(Nouveau tonnerre souterrain.) PROMÉTHÉE

Quoi donc ? L'antique mère s'agite. Certes, il est temps que le fils du jour monte enfin à son trône sublime... Vous, apprêtez les pics et les leviers, saisissez la houe dans votre main... O palais! Olympe radieux ! Déjà, mon œil prescient te contemple, acropole immense de la joie, échafaudant jusqu'aux nuées, dans

ton pourtour plus vaste, à lui seul, que toutes les cités des hommes, tes créneaux, tes dômes, tes frontons, tes milliers de tours étincelantes. Allons, d'un cœur libre et serein, j'inaugure mon règne éternel. Le vautour hideux a disparu. Voyez! Gaia manifeste ses signes. Au pied du roc tout couvert d'éclairs et qui mugit formidablement, quatre fleuves impétueux jaillissent.

II s'assied sur le rocher de Kronos.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

Quel cri ébranle Tempyrée ? Prométhée ! titan-roi ! dieu sauveur ! Colossal et le torse nu, entouré de lueurs qui tournoient, pareilles à des roses de flamme, il siège, dépassant du front les montagnes et les glaciers lointains ; et, dans les plis du sombre azur qui tombe jusqu'à ses pieds sanglants, des étoiles indistinctes palpitent.

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