‹ La nefChapitre 15 sur 33 · SCÈNE VIII LA VOIX DANS LE TONNERRE · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII LA VOIX DANS LE TONNERRE

LE TiTAN DE L'ÉCLAIR

Lève la torche ! Au ciel ! Au ciel ! C'est au ciel, c'est chez les Olympiens, qu'il faut porter la lumière...

Je te reconnais, Keraunos, toi qui tombes, plus brillant qu'une étoile, à travers l'éther tumultueux. Blessé, vaincu, dompté par Zeus, enchaîné après le grand combat, des souples liens de la flamme, c'est toi qu'il darde dans l'éclair, toi qui, mourant sans cesse et renaissant, et faisant trembler sous tes cris le toit orageux du monde, plonges des créneaux de la nue, jusqu'au puits lugubre de l'Erèbe. Que me veux-tu ? Pourquoi, brisant ainsi les portes de ton cachot, t'estu évadé de l'Olympe?

LE TITAN DE L'ÉCLAIR

Ne cherche plus en bas... Là-haut! Là-haut ! C'est au ciel, c'est dans Tempyrée qu'il te faut porter la torche. Comprends, enfin, comprends, fils de Gaia. Ta guerre est avec l'Olympien.

PROMÉTHÉE

Les éclats stridents de ta voix retentissent et percent le tonnerre. Des milliers de foudres incandescents se

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croisent ou roulent avec fureur, à travers ton grand corps embrasé, tandis que, sous les flots pluvieux que vomit ta bouche ténébreuse, la terre livide se courbe, échevelée d'aquilons. M'es-tu ami? mon cœur le croit. Mais mon esprit, ô fulgurant, reste étonné par tes clameurs discordantes.

LE TITAN DE L'ÉCLAIR

Entends-moi, ne cherche plus en bas... Vite ! vite ! entraînées par Téclair, mes paroles «e précipitent... Ne cherche plus en bas ! Là-haut ! Là-haut! Mes cris crépitent comme la flamme... As-tu compris, fils d'Iapétos... L'ennemi qui te résiste, c'est Zeus, l'implacable Olympien, le maître des étoiles et du monde.

L'Olympien?... Mais non, non, tu t'abuses. Zeus, détrôné, l'est sans retour. Les destins n'ont-ils pas prononcé? Ne vois-tu pas qui siège ici, sur la montagne des siècles?

LE TITAN DE L'ÉCLAIR

C'est toi qui te leurres et t'aveugles. Tant que Zeus fait son aire en plein ciel, la terre, engoufi'rée, ô titan, dans répouvantable nuit, obéit au sceptre d'or.

PROMÉTHÉE

Ta voix résonne comme mille nuages. Ta formidable haleine en feu, où tournoient la rafale et l'éclair, ébranle les massives forêts, et passe au-dessus de Gaia avec un fracas terrible. T'ai-je compris ? As-tu parlé du règne de Zeus dodonéen? Soit, qu'il trône dans son Olympe ! Qu'il y déchaîne, avec son noir sourcil, l'âpre aboiement des autans ; ou que, pareil à une vieille, il file les brumes laineuses et les toisons des nuées. La chaîne est rompue, désormais, entre le ciel et la terre.

LA VOIX DANS LE TONNERRE loi

LE TITAN DE L'ÉCLAIR

O démence ! O aveuglement ! Ne viens-je pas tout droit du ciel ? Ne surplombe-t-il plus sur la terre ? Zeus immense, ainsi que le mâle, étreint tout entière Gaia, qui lui demeure soumise... Bien plus, sache ceci, ô roi. C'est lui qui peut guérir le cœur ; seul, il détient le remède.

PROMET HÉ E

Que dis-tu? De nouveau, mon esprit, indécis et marchant à tâtons, ne voit plus de lampe qui le guide... Mais quoi! ta violence redouble; tes cris confus se heurtent entre eux, comme les flots. Roi des nues, ô frère, apaise-toi. Mes yeux ont peine à supporter le mouvement ardent, éblouissant, qui s'échappe de toi, sans trêve, tel qu'une armée de chars d'or.

LE TITAN DE L'ÉCLAIR

Porte la guerre à TOuranien ! défie-le, assaille son Olympe. Que mes clameurs guerrières soient pour toi comme un feu qui entoure les dieux, comme un marteau qui brise leurs portes... Allons, quelle torpeur t'a saisi ? Puisqu'il faut guérir le cœur sanglant, c'est au ciel que tu trouveras les baumes éternels de la vie, les breuvages d'immortalité.

PROMÉTHÉE

o stupeur ! Ta parole, est pour moi, telle qu'un rideau qui se déchire. Certes, si mon esprit comprend, tu parles de l'antique ambroisie et du frais nectar de jeunesse dont Hébé repaît les dieux heureux.

LE TITAN DE L'ÉCLAIR

Qui en boit leur devient pareil. Toute plaie, tout mal, toute soufi^rance que le miel céleste a touché,

aussitôt, s'évanouit. Mais assez ! Ma force se consume... Tu me dévores... Zeus ! ô Zeus !

Eclats de foudre.

PROMÉTHÉE

Les rochers, les mers, les continents, tremblent sous les efforts du dieu, tandis qu'il lutte avec les tourbillons d'une formidable agonie. Ah ! ses yeux flamboyants s'éteignent ; de nouveau, la nuit reflue sur moi. C'en est fait, arme-toi, mon cœur. Que ma voix puissante, en ébranlant les étoiles dans leur sphère, aille sommer le Foudroyant de livrer la divine ambroisie, la rosée d'or immortelle...

11 se lève et s'avance jusqu'au bord de la falaise.

Mais non, arrête, Prométhée ; contiens ton âme, un instant encore. En effet, si Zeus demeure sourd, comment forcer à s'ouvrir les portes de son oreille ?

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