QUI SERA DIEU
se retourne, peu à peu, sur lui-même. Moi qui, dans ma colère aveugle, prétendais déposséder- les dieux, plus saçe, je comprends maintenant que^ si la terre m'appartient, avec la race épliémèrc, tu possèdes ô Démon inconnu, un royaume éternel et sans bornes, jusqu'où ne monte pas mon pouvoir. Telle est la "grande vérité qui s'insinue dans mon âme et^ puisqu'elle est la vérité, qui pourrait ne pas lui obéir ? En effet, avec quelque bruit que sorte des lèvres d'un vivant le mensonge qu'il proclame, toujours, dans sa pensée profonde, il l'entend réfuté aussitôt par l'incorruptible témoin, par le murmure sincère.
Un silence.
Le moment du partage est venu. Entends-moi, ô frère ouranien, jamais vu, lointain, couvert d'un voile, éternellement bienheureux. Soit que tu te manifestes ardemment dans la tempête de la foudre et le grondement du ciel, soit que, par delà le matin, tu demeures à jamais impassible, je lance, avec le vent de ma bouche, mon invocation jusqu'à toi. Apparais ! descends de tes hauteurs ! Viens que nous nous parlions face à face. Seulement, je te le dis tout haut, afin que Gaia Tapprenne, n'attends de moi, ô roi silencieux, ni culte prosterné, ni prière. Jamais plus le titan, libre enfin, ne subira les lourdes chaînes de l'antique tyrannie. La force, l'indomptable vigueur, la flamme de vie qui brûle en moi sont les mêmes que les tiennes. Mon âme ne redoute plus rien et je me sens ton égal.
Nouveau silence.
Quel mouvement vertigineux emplit Torbe effrayant qui palpite? Les astres, les essaims de la nuit, glauques au-dessus de la mer, semblent tourbillonner dans
ma main, puis, comme une ruche s'endort, peu à peu, se mêlent à l'azur, devenu plus fluide et plus limpide... Phosphoros aux ailes bleues surgit... Paix! paix! silence à la terre !
Le soleil et la lune apparaissent.
Le double flambeau nous est rendu. PZvadés des cachots du Hadès, les beaux jumeaux lumineux ont repris leur place accoutumée. Vois, 1 éternel Hypérion, élevant sa face sur les cimes, siège tranquille, à l'orient, dans le frais matin du jour. A ma gauche, moins rayonnante, eff"acée, pâlie, unie au ciel, s'élargit la reine orbiculaire, Sélénè, la courrière des nuits, avec sa clarté femelle. Je vous salue, ô titans ouraniens. Certes, qui ne serait joyeux de revoir enfin votre prodige ? Et pourtant, si éblouissants que vous sembliez à nos yeux, vous n'êtes rien de plus que les ombres dont se voile pour les mortels Tlnnommé, l'Esprit, la pure Essence que nous ne pouvons saisir... Ah! vous redoublez vos flammes; la fournaise de l'éther hyalin vibre et ondoie, tout autour de vous, en milliers de cercles qui s'embrasent. Sous l'immense soleil magique qui tombe fulgurant, des hauteurs, les durs glaciers bleuâtres étincellent, la roche, la cascade gelée fument ardemment, sans projeter d'ombre. Que veux-tu de moi, taureau divin? Sans doute, je tends les bras vers toi, mon âme frémit à ta lumière, comme une coupe de cristal, pleine d'un feu transparent. iMais, ô roi du ciel, si ta splendeur touche encore et trouble Prométhée, ton mensonge aussi m'est bien connu. En eflfet, de même qu'on amuse avec des cailloux ou des feuilles un petit enfant qui joue, c'est ainsi que nous retenant par ton enchantement glorieux sur le seuil de l'invisi-