SCENE III PROMETHEE DÉLIVRE
HEPHAISTOS
(sur un char attelc de dragons.)
Des profondeurs obscures je m'élance, me hâtant vers le roc du titan. La flamme du monde a mugi ; l'ombre immense de Hestia, toute noire au centre de la crypte, s'est dressée à demi de son trône, témoignant ainsi de sa stupeur... Ne viens-je pas déjà trop tard ?
Il promène ses yeux de tous côtés.
En effet, je crains qu'un téméraire n'ait assailli les cyclopes à Toeil rond, tandis qu'ils forgent sur ce pic, selon mon ordre, des anneaux et des crampons d'acier \ pour enchaîner de liens plus forts Prométhée, ce sauveur d'hommes.
y LE CHfEUR DES AR(}ONAUTES
Quelle terreur bat dans mon sein ! Ah ! ah ! On ne sait quoi de tonnant, une forme de char fulgurante, attelée de serpents ailés, plane sur les sommets de l'éther et jette des flots tourbillonnants de fumée et d'étincelles, au milieu desquels un dieu farouche brandit son trident furieux.
Nouveaux sons de trompe.
LES TROIS CYCLOPES
(i5romcs, Argès, Stcropcs)
iMon cœur aboie dans ma poitrine. Maître, maître, ô dieu, n'entends-tu pas ! Un audacieux, quel qu'il soit, a franchi le mur de la montagne... Heu ! heu ! la rage m'étoufPe. Ruant des pieds, grinçant des dents, faisant tournoyer mon lourd marteau, j'en choque l'éther, à droite, à gauche...
HÈPHAISTOS volant sur son char qui rase la terre.
Silence,^ô brutes sauvages. C'est à moi qu'appartient le combat. Si la rage vous tourmente, soulagezvous en battant l'enclume. Seul, moi seul, du haut de mon char, je répondrai au défi... Ici... ici... là... je frappe la roche. Sous le trident aux pointes aiguës, les larves de Hèphaistos jaillissent ; un feu immense, infranchissable, mortel à tout agresseur, roule déjà, sur les cimes embrasées, une mer de combattants.
LE CHŒUR DES ARGONAUTES
Vois, vois ! mammonts, hydres sifflantes, hommes nus avec des casques d'or, démons à mufle de bêtes, les milliers de formes qui ondoient, fondent comme un flambeau de cire, au travers de la splendeur guerrière, et, se changeant les unes dans les autres, renaissent perpétuellement.