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LA VOIX DE HÈRAKLÉS

déjà plus proche.

Arrière ! arrière ! faites place. Votre maître penset-il m'abuser par ses hydres et ses fascinations?... lô ! vous reculez maintenant. Ha ! ha ! en bondissant sous mes coups, vous dansez, dans les cornes du feu, d'agiles et d'incessantes pyrrhiques. Certes, qui n^ prendrait plaisir? Quel chorège tu te montres, Hèphaistos!... Ha! ha! ha! Mon cœur, s'élargissant, se dilate entre mes côtes. Malgré moi, il faut que je rie d'un rire sonore, inextinguible.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

Un grand bruit, tel qu'un char qui roule, éclate au milieu des monts. Que va-t il advenir? Zeus! ô Zeus !... Sur le seuil ardent de la caverne, les démons s'agitent avec fureur. Jetant leurs membres ça et là, entrechoquant leurs poings formidables, ils tirent la langue en mugissant, comme un bœuf qui lèche ses naseaux.

HÈPHAISTOS

arrêté au-dessus des Cyclopes.

A vos fourneaux, à vos fourneaux, brutes stupides ! L'œil rouge du feu palpite et meurt. Halio ! haho ! regonflez sans relâche, au-dessus des flammes engourdies, le poumon rugissant des soufflets. Quoi ! ne savez-vous plus Tart de l'enclume ? A pleins bras ! ne m'entendez-vous pas?... Encore... Si vous continuez d'irriter mon cœur dans ma poitrine, vous gémirez, fils du noir Chaos. Allons, je forgerai moi-même.

11 saute sur la terre.

Descendant en hâte de mon char, je saisis, moi, l'ouvrier divin, le marteau et les tenailles. Vous, puisque les soufflets vous trahissent, soufflez vous-mêmes^ ô vastes poitrines ! Que l'ouragan de votre haleine se répande sur les fourneaux obscurcis !

LES TROIS CYCLOPES

Ravive-toi, brûle, ô flamme rebelle ! Incendie de tes tourbillons la terre et la sombre mer !

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

Le brasier languissant se ranime. Tout le mont, s'éclairant soudain, aves ses fleuves et ses glaces profondes, bondit de terre, ainsi qu'un titan. Vois, vois ! Penchés du haut d'un pic, comme des guerriers sur les créneaux d'une cité qu'on assiège, ils soufflent avec

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leurs joues gonQées ; et leur visage monstrueux, surplombant au-dessus du cratère, s'empourpre, à chaque exhalaison, d'une effrayante lueur.

HÈPHxVISTOS

Plus fort! Dilatez vos poitrines ! Déchaînez, de l'antre de vos bouche, une trombe mugissante d'éclairs... Plus fort ! vous dis-je, pas de relâche ! Croyez-vous souffler sur le tison qu'une vieille allume à son foyer ? Je le jure ici, pour votre honte. Si votre haleine est si débile derrière la porte de vos dents, je vais vous joindre un compagnon... Allons, sombre vautour du titan, démon qui mangeais sa chair, viens à moi... Puis, retenant ta course, suspendu au milieu du ciel, tout frémissant de tes cris aigus, agite, agite sans repos, tes vastes ailes sur la fournaise.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

Ah ! ah ! les rocs de glace s'envolent, l'océan se ciibre, épouvanté...

(L'oiseau s'arrête au-dessus de Hèphaistos.)

O Stupeur! Déjà, sous l'ouragan déchaîné par ses ailes énormes, le grand bassin des flammes entre en furie. Partout, brandissant des marteaux, abaissant le bras sur des enclumes, forgeant le fer écumeux qui rejaillit en gerbes de tonnerres et d'étoiles ébouissantes, des fantômes de Hèphaistos apparaissent aux profondeurs embrasées.

HÈPHAISTOS

battant l'enclume.

Sois remercié, chien de Zeus. Le dieu t'assignera dans l'Olympe, la récompense qui t'est due. Grâce à toi, l'haleine du brasier se ravive à temps égaux ; le marteau du Boiteux, grâce à toi, rive, pour jamais,

les fers du monde... Eh bien, discernez-vous, maintenant, le nombre des coups que j'assène, leur mystérieuse harmonie? Tout labeur chante un péan, ô monstres: qui possède le rythme possède l'univers. Voyez, l'anneau ténébreux s'arrondit ; tel qu'un astre du Hadès, il darde dans l'Ouranos entier, de puissants rayons crépusculaires qui vont porter mon triomphe jusqu'au palais d'or de Zeus... Silence! le Père est content ; un effroyable éclat de sa foudre répond au fracas de l'airain sur les enclumes tonnantes ; toute la montagne, en brûlant, s'élance comme un vase qui bout... Ha! ha! malheur! qu'est-ce que ceci? la forêt des flammes tourbillonne. O Zeus ! Zeus ! quel fort sagittaire lance, parmi les hydres du feu, ces vols de flèches empennées d'or ? L'enclume roule renversée... C'en est trop. Délaissant mon labeur, je me rue contre l'audacieux.

11 s'élance sur son char.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

Hèraklès... Alerte, Hèraklès ! Au-dessus des croupes tortueuses, fuyant, s'élevant, s'abaissant, plongeant au gouffre des nues, le trident s'agite avec fureur, les cris du dieu retentissent.

LA voix DE HÈRAKLÈS

Quoi ! penses-tu me faire peur ? Sache-le, roi branlant des deux pieds, forgeron toujours couvert de suie, je ne crains pas plus ton assaut que je ne craindrais une rencontre avec celle dont tu te dis l'époux, la déesse au beau ceste d'or, la suave Aphrodite marine.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

lô ! lô ! lô ! les dragons reculent ; des traits aigus

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les blessent au poitrail. Cabrés, rués en plein zénith, détordant ça et là leurs anneaux, dont les écailles, dans la flamme, resplendissent comme des boucliers d'or, ils poussent de violents sifflements; et, sous les coups de leur queue convulsive, Timmense incendie s'écroule, au milieu de TOuranos.

LES TROIS CYCLOPES

xMa fureur me suffoque... ho! ho! ho! Je beugle, je trépigne, j'aboie... Maître, maître, es-tu donc vaincu?... O mes poings, vous, mes vrais dieux!

Mon cœur frémit pour Hèraklès... Plongés jusqu'au nombril dans le gouffre, ils lancent, en grinçant des mâchoires avec de violents éclats de rire, des pics, des scories de fer, des nuages de cendre rougeâtre, d'énormes brandons tourbillonnants... lô ! victoire! le char du dieu tombe vers l'abîme, comme une étoile.

Clameur des Cyclopes.

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