ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Nous serons fidèles à notre souci de distinguer au cours de ce travail, d’une part, les signes d’atteinte rénale (anurie et syndrome urémique) d'apparition précoce et d'évolution parallèle aux septicémies qui en sont responsables, d’autre part, les syndromes urémiques. Nous allons envisager l’anatomie pathologique successivement dans les deux séries de cas.
19 Lésions rénales au eours des septicémies à perfringens.
Elles sont bien connues des auteurs et furent décrites pour la première fois par Wipar, LEMIERRE, ABramr et Léon-KinpBerc. Les descriptions ultérieures se superposeront à cette première relation et nous ne pouvons mieux faire que de la transcrire.
Disons auparavant que la décomposition extrèmement rapide des cadavres dans les septicémies à perfringens empêche, si l’on n’y prend pas garde, d'accorder beaucoup de valeur aux constatations
d’autopsie.
RES 4 ae
« On pratique quelques heures après la mort, le formolage de la cavité abdominale : 7 heures après la mort, l’utérus et des fragments du ioie et des reins ont pu être prélevés pour être soumis à lexamen histologique.
Reins. — Dans la plupart des corpuseules de Malpighi, l’espace compris entre le peloton glomérulaire et la capsule de Bowmann est rempli par un exsudat coloré en rouge par l’éosine-orange et qui refoule et déforme le glomérule. Cet exsudat est formé par des granulations de volume très variable dans beaucoup de corpuscules, c’est une poussière très fine, amorphe. En d’autres points, les granulations sont plus grosses jusqu’à revêtir l'aspect de fragments crénelés d’hématies. D'ailleurs, dans certains corpuscules, on trouve au mieu de l’exsudat granuleux quelques hématies intactes, d’autres en voie de désintégration,
en un mot, tous les stades intermédiaires entre l’hé-
matie normale et la poussière hémoglobimifère. Dans d’autres glomérules, l’exsudat semble uniquement albumineux. L’abondance de l’exsudat varie suivant les régions examinées ; en certains points, les anses
glomérulaires écrasées par lui ont presque complè-
tement disparu ; en d’autres, l’exsudat est, au eontraire, peu abondant, mais les glomérules intacts sont lPexception. Les tubes du rein, dans toute leur étendue, sont bourrés littéralement par le même exsudat qui aplatit les épithéliums. Dans tous les tubes et en particulier dans les tubuli contorti, les cellules sont intactes ; le noyau est normal, on note
seulement qu'au niveau de la base de certains épithéliums, le protoplasma présente un aspect oranuleux. Peut-être s’agit-il là de modifications purement mécaniques dues à l’aplatissement des cellules sécrétoires.'La bordure en brosse est intacte et continue.
Nulle part, on n’observe de lésions conjonctivovaseulaires ; 1l n'existe pas la moindre infiltration leucocytaire. “
Au Gram, on constate la présence de quelques bacilles perfringens au voisinage des vaisseaux.
En résumé, absence de toute réaction interstitielle ou parenchymateuse, d'une part ; injection de tout l'appareil glomérulo-tubulaire et excréteur d’autre part, par un exsudat pulvérulent d’origine hémoglo-
binique qui emplit et distend toutes les cavités.
Utérus. — Au faible grossissement, les préparations colorées au Gram-hématéine-éosine présentent un aspect typique. Toute la surface interne. du canal utérin apparaît umformément violette tellement est dense la couche de bactéries qui la tapisse ; on trouve également de longues traînées gramophiles qui sin filtrent dans les espaces interfasciculaires du musele utérin.
‘Au fort grossissement, la muqueuse apparaît nécrosée sur presque toute son étendue et dans toute son épaisseur. Les bactéries y forment de véritables placards. Ce sont presque toutes de grosses bactéries, gardant le Gram identiques morphologiquement au bacille perfringens. Plus profondément, les fentes et sinus vasculaires et les vaisseaux proprement dits
sont bourrés des mêmes microbes qui s'infiltrent éga-
lement dans les mailles du tissu conjonetif. »
Lenmaxx, dans deux observations, note des faits analogues : © obstruction de l’appareil glomérulotubulaire par la poudre hémoglobinique et les gasbacilli ».
Donc l’anurie et les signes d’urémie constatés au cours des septicémies à bacille perfringens, sont dus au blocage du rein par les débris d’hémolvse. Cependant, Barze et Mayer notent d’autres lésions dans leur observation. Outre une muqueuse utérine complètement nécrosée, farcie de baclles perfringens, ainsi que les sinus ils décrivent les lésions suivantes : Au rein, au mveau des glomérules, épaississement de la capsule de Bowmann, début de soudure, mais pas de baclles. Les tubes sont desquamés (lésions cadavériques), kystiques par endroits et contiennent
presque tous des cylindres granulo-hématiques. Le
tissu interstitiel présente de Fœdème, une imfiltration leucocvtaire énorme et de vastes zones acidophiles en voie de nécrose, où abondent jies amas bactériens.
: De cette autopsie, on ne saurait, conclure avec
certitude à l'existence de signes de néphrite. En effet, dans une autopsie faite 33 heures après la mort, le 3 juin, sans que le cadavre ait subi la moindre transformation spéciale, 11 semble quasi-impossible de pouvoir dire dans une coupe du rein, quelle part revient aux lésions cadavériques, quelle part revient
‘aux lésions de néphrite (mise à part cependant l’infiltration leucocytaire qu’ils signalent).
- Hormis cette observation, de Baïze et Mayer dont on peut difficilement tirer parti, les auteurs sont d’accord depuis WipaL pour voir au niveau du rein dans les septicémies aiguës à perfringens, uniquement des phénomènes d’obstruction glomérulo-tubulaire par les déchets hémoglobiniques.
2° Lésions rénales au cours d’un syndrome urémique post-septicémique
- L'observation de Carnot ne comportant pas d’autopsie, nous devons nous baser uniquement sur notre observation personnelle.
L’autopsie a été faite le 13 décembre 1933, par un temps glacial, 32 heures après la mort. Les prélèvements ont été effectués sur un cadavre parfaitement conservé.
Les lésions les plus intéressantes siègent au niveau de l’utérus et au niveau du rein. Leur narration détaillée à été faite plus haut.
Résumons nos constatations.
Le muscle utérin est en partie nécrosé, les espaces interfascieulaires du musele sont bourrés de bacilles perfringens.
Le rein ne contient pas de microbes, mais on y retrouve des lésions de trois ordres :
1° obstruction des tubuli par des globules rouges
et des débris d’hémolyse.
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, 20 une hémorragie et infiltration cellulaire
* péritubulaire. et périvasculaire. è A Zones de nécrose des tubes sécréteurs et surtO RE RE avec décoloration des noyaux, aspect.
granuleux du protoplasme, dissociation, dilatation des tubes et destruction de leur architecture normale.
En somme, néphrile tubulo-interstitielle avec in tégrité des glomérules.