‹ La nervosité de l'enfantChapitre 16 sur 26 · INTOXICATIONS · texte numérisé non relu

INTOXICATIONS

L'éther, l'opium, la morphine, le bromure, le chioral, dont tant de femmes nerveuses usent et abusent, exercent, nous en avons vu des exemples, une action excitante et énervante sur le système nerveux maternel et une action bien plus grave encore et de même nature sur celui du fœtus.

Quelle est l'influence des médicaments absorbés par la mère pendant la grossesse ? C'est là une question encore peu étudiée mais qui méritera d'être examinée de près par les accoucheurs.

Le tabac. — Nous sommes un peu mieux orientés sur l'action du tabac. Il ne s'agit pas, bien entendu, de la fumée, mais des poussières de tabac. De nombreux auteurs français et espagnols ont signalé chez les cigareuses des avortements fréquents, des accouchements prématurés, et chez leurs enfants une croissance inférieure à la normale, une résistance moindre aux influences nocives et la nervosité.

Dans notre pays, les médecins ne sont pas d'accord sur cette question. J'ai interrogé plusieurs de nos confrères pratiquant dans les villes possédant des fabriques de cigares. Leur opinion est que le nervosisme est peut-être un peu plus fréquent chez les enfants des cigareuses, mais que les autres symptômes signalés en France n'y sont pas plus fréquents que chez les autres enfants.

Certaines intoxications professionnelles de la femme enceinte par le plomb, mercure, arsenic, etc., ont été accusées de produire du nervosisme chez l'enfant. Nous n'avons aucune expérience sur cette question que je vous signale seulement en passant.

Alcool. — L'alcoolisme de la mère pendant la grossesse, ou tout au moins l'abus des spiritueux, est une des causes les plus fréquentes et les plus redoutables de l'excitation morbide du système nerveux de l'enfant.

C'est une passion fréquente chez la femme enceinte que celle des choses fortes et du vin en particulier. Sans danger si l'usage est modéré, l'abus devient pernicieux pour la progéniture, car il ne faut pas oublier que l'alcool bu par la mère circule aussi en partie dans l'organisme du fœtus. En tous cas, les boissons spiritueuses dans lesquelles entre beaucoup d'alcool, telles que liqueurs de toute espèce, punch, grog, vins très alcooliques doivent être absolument prohibés pendant la grossesse.

Nous pourrions, hélas ! vous signaler de très nombreux cas de nervosisme accompagné de crises nerveuses épileptoïdes survenus chez les enfants de mères certainement sobres, mais qui se sentant faibles avaient reçu l'ordre de leur médecin de boire du vin et de la bière et qui en étaient ainsi arrivées peu à peu à boire, sans que le médecin lui-même puisse s'en douter, jusqu'à 2 bouteilles de vin et 3 à 4 bouteilles de bière dans une journée I !

ÎM LA NERVOSITÉ DE l'eNFANT

Si l'abus chez une personne sobre peut amener l'enfanl jusqu'au seuil de l'épilepsie, je ne vous étonnerai pas en vous disant que les enfants de mères alcooliques — alcooliques invétérées — naissent presque fatalement avec une tare nerveuse qui peut aller jusqu'à l'épilepsie et l'idiotie. De nombreux auteurs en ont observé des exemples et j'ai, malheureusement, pu à plusieurs reprises confirmer ces données de leur expérience.

Le café et le thé dont l'usage, qu'on le blâme ou non, est devenu de nos jours une habitude de l'organisme humain, peuvent être tolérés, permis même aux femmes enceintes, pourvu que ces boissons soient de bonne qualité et pas trop concentrées.

Il faut cependant s'abstenir d'en prendre trop souvent dans une journée et en trop grande quantité, car l'abus du thé et du café produit des troubles circulatoires, troubles susceptibles chez certaines femmes de provoquer des fausses couches. De plus, la théine et la caféine circulant à la fois dans le sang de la mère et dans celui du fœtus peuvent impressionner fâcheusement le système nerveux si délicat et déjà si excitable de l'enfant. C'est surtout le cas, comme pour l'alcool, si le système nerveux est rendu plus sensible aux excitants par une prédisposition nerveuse héréditaire. Je n'ai cependant pas souvenir d'avoir vu un cas de nervosisme attribuable à cette cause.

INTOXINATIONS

Très analogues à ces intoxications sont les intoxinations produites par les maladies infectieuses de la mère.

Les microbes, ainsi que Tavel l'a démontré, peuvent traverser le placenta normal et développer leur toxine dans le corps môme de l'enfant. De plus, nous l'avons vu, les toxines maternelles traversent sans cesse le placenta. Quelle que soit leur provenance, les toxines peuvent ainsi exercer sur le système nerveux de l'enfant une excitation considérable.

Les maladies aiguës de la mère, telles que l'angine, la pneumonie, etc., ne paraissent pas causer chez l'enfant de suites appréciables.

Par contre, les maladies plus longues, telles que la fièvre typhoïde, l'influenza et surtout le rhumatisme articulaire aigu, ont une influence indéniable et bien constatée sur la production de la nervosité de l'enfant.

Maladies chroniques.

C'est tout particulièrement la syphilis et la tuberculose que nous devons citer. Les enfants de mères tuberculeuses ou syphilitiques sont presque tous atteints de nervosité ou même de névroses.

Crétinisme congénital.

Terminons cette longue énumération par le crétinisme. Cette maladie est très probablement due à l'ingestion par la mère d'un microbe encore inconnu, contenu dans l'eau potable. Ce microbe traversant le placenta se loge dans la thyroïde de l'entant, où il cause soit une hypertrophie ou goitre, soit une atrophie avec disparition complète de la glande thyroïde. Dans les deux cas, la fonction thyroïdienne est supprimée et le myxœdème avec son idiotie caractéristique s'installe.

Comme vous le voyez. Mesdames et Messieurs, les causes transmises du nervosisme sont excessivement nombreuses et l'enfant, même avant de naître, a déjà bien des chances d'être nerveux.

Troisième Conférence.

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