CAUSES ACQUISES
Mesdames et Messieurs,
Quelles sont les causes du nervosisme à partir de la naissance?
Si nous envisageons ces causes, appelées causes acquises du nervosisme, nous voyons qu'une partie d'entre elles sont produites par des maladies : ce sont les causes pathologiques ; les autres, plus nombreuses , peuvent être regardées comme des fautes ou erreurs commises dans l'éducation de l'enfant : ce sont les causes physiologiques.
Ceci nous amène à une classification toute naturelle des causes acquises de la nervosité de l'enfant :
A. Causes pathologiques.
B. Causes physiologiques.
100 LA NERVOSITK DE l'ENFANT
Causes pathologiques.
Il semble au premier abord que seul le médecin doive s'intéresser à ces causes, mais il n'en est rien, il est excessivement important, au contraire, que les parents sachent bien que l'enfant nerveux n'est pas toujours responsable de ses nerfs, qu'il est bien souvent un malade et qu'il doit être traité comme tel.
L'excitation du système nerveux de l'enfant peut être causée en premier lieu par une maladie du système nerveux lui-même, en second lieu par une maladie d'un autre organe, ou d'un autre système réagissant indirectement sur le système nerveux.
De là la distinction entre les causes pathologiques directes et indirectes.
Causes pathologiques directes.
Toutes les maladies organiques du système nerveux s'accompagnent, il est vrai, d'un degré plus ou moins considérable de nervosité, mais étant causées par des lésions des éléments nerveux, elles ne rentrent pas dans le cadre de notre maladie. La définition de la nervosité, en effet, exclut de notre étude toute affection présentant une lésion. Nous ne nous y arrêterons donc pas.
Il existe, par contre, certains troubles fonctionnels du cerveau qui s'accompagnent d'un degré plus ou moins grave de nervosité, ce sont :
/. La commotion cérébrale. C'est l'ébranlement du
TROISIÈME CONFKRENCE 101
cerveau tel qu'il est causé par une secousse violente et subite, comme une chute sur les pieds ou sur le siège, un accident de voiture, de cheval, de chemin de fer, etc. Cette secousse est plus que suffisante pour modifier l'équilibre cérébral et déterminer un nervosisme prolongé.
2. La contusion cérébrale. Le traumatisme cérébral, la contusion cérébrale avec les petites hémorragies ponctiformes ou en nappe qui en sont la conséquence^ s'observe d'abord accidentellement dans les chutes sur la tête, les chocs, les coups sur le crâne. Elle s'observe ensuite dans les accouchements difficiles, lorsque le bassin est étroit, lorsque la tète séjourne longtemps dans la cavité pelvienne, lorsque les manœuvres d'extraction avec ou sans forceps sont nécessaires, lorsqu'enfin l'enfant arrive au monde asphyxié.
Dans tous ces cas, les résidus très peu importants des hémorragies constituent une source d'irritation pour le cerveau qui se traduit par la nervosité.
3. La congestion cérébrale aiguë. La congestion cérébrale aiguë, telle qu'elle est causée par les maladies infectieuses, par une insolation, par la chaleur exagérée d'un poêle trop rapproché de la tête de l'enfant, produit des troubles durables de la circulation cérébrale, et détermine non seulement du nervosisme , mais même quelquefois des psychoses. Steiner et Vogel ont observé deux cas de manie aiguë suite d'insolation.
k. L'inflainination aignc du cerveau. Les inflammations cérébrales ou méningées, les hydropysies du cerveau peuvent avoir pour conséquences des cicatrices, des adhérences, des foyers inflammatoires, véritables épines irritatives qui amènent des troubles circulatoires et causent la nervosité.
Dans tous ces cas, les diflerentes affections que nous avons énumérées ont laissé pour résidu des troubles dynamiques et circulatoires sans lésions véritables. Mais cela suffit pour que tous ces enfants soient des hyperesthésiés, à colère terrible, à caractère inégal et pénible.
Causes pathologiques indirectes.
Ces causes indirectes agissent sur le système nerveux ou bien à distance par le moyen de réflexes, ou bien par l'intermédiaire du sang qui baigne et nourrit toutes les parties de l'axe cérébro-spinal, et qui, par ses modifications et ses altérations qualitatives, en change considérablement les fonctions normales.
Nous diviserons les causes indirectes en :
Causes réflexes,
Causes héniatiques.
Causes réflexes.
Le cadre des excitations réflexes dans lequel on plaçait autrefois toutes les causes inexpliquées et incompréhensibles tend heureusement de plus en
plus à diminuer el à rentier dans celui des hématiques.
Dentition. Il n'y a pas de maladies plus rares que les maladies de dentition, et pourtant c'est certainement l'atTection pour laquelle le médecin est le plus fréquemment consulté, tant est grande la puissance du préjugé. La grande majorité des maladies dites de dentition n'existent pas et ne sont que des maladies pendant la dentition.
Si on se contente, en présence d'un symptôme morbide quelconque, de regarder dans la bouche d'un enfant, il est plus que probable que l'on trouvera toujours une dent qui sort ou qui va sortir, la poussée dentaire durant presque continuellement de 6 mois à 2 V* ans. Mais si, partant du point de vue contraire, on cherche une autre cause à la maladie, on la trouve toujours ou presque toujours.
Chez l'enfant normal, les dents ne causent pas de maladies, à peine quelques malaises. En est-il de même pour l'enfant nerveux?
Le nervosisme, on le sait, est caractérisé par une disproportion entre l'excitation et la réaction. On comprend fort bien que sous l'influence de l'agacement gingival, de la douleur sourde, à peine perçue par l'enfant normal, on voie chez certains enfants nerveux se développer des signes indéniables de nervosité : cris, insomnie, agacement, etc., convulsions même. Mais ici la douleur continue suffit pour expliquer le nervosisme, sans avoir
recours aux réflexes. C'est parce que l'enfant est nerveux qu'il soulTre des dents, et non pas, comme on le croit, parce qu'il souffre des dents qu'il est nerveux.
Vers. — Il en est de même des vers lombrics et tout spécialement des oxyures qui siègent dans le rectum et de là se promènent sur l'anus et la vulve chez les petites filles. Le chatouillement intolérable et agaçant, même pour un enfant normal, qui se produit, énerve l'enfant nerveux chez lequel se manifestent bientôt des signes de nervosité : insomnie, cris, impatience, etc.
Constipation. — Quant aux convulsions observées soit avec les vers, soit pendant la dentition, soit par constipation, nous pensons qu'il s'agit probablement dans ces cas d'une auto-intoxication.
Douleurs locales. — Plus distinct est le caractère réflexe dans les cas suivants suivis de nervosisme : plaie du pied, brûlure superficielle, névralgies, extraction dentaire, luxation du pouce, quoique encore là nous puissions admettre l'influence prépondérante de la peur et de l'émotion intense qui ont accompagné ces différents traumatismes.
Causes hématiques ou d'origine sanguine.
Le cerveau de l'enfant est, toute proportion gardée, plus gros et plus lourd que celui de l'adulte ; il reçoit plus de sang et sa circulation est plus active.
Il suffit, par conséquent, comme nous le démontre l'observation, il suffît soit d'une modification quantitative, ou qualitative dans la composition du sang, soit d'une adultération de ce liquide par des poisons pour que tout le système nerveux qu'il irrigue soit profondément irrité et excitable. De là la distinction entre les :