Œuvres du comte d'Eschernv
.', I.V M.IUASIUÉME m: J.-.I. UOl'SSEAU
uni- ileini-hcuro de suilo avec force du lurmo sujel, surUuil en suivant les idées d'autiui. Quand jai suivi duraut (luclques pages un auteur (lu'il tant liiv avec applicaliou, mon esprit l'abandonne et se perd dans les luiaj^es. Si je uiobstine, je m'épuise inutilement : les cblouissemenls me prennent, je ne vois plus rien'.
Voilà pour la diflîcullc datleiiliou et la fatigue rapide du cerveau. La faiblesse de volonté n'est pas moins évidente chez Rousseau, ([ui a toujours été un hésitant, un perplexe, prenant des résolutions subites et comme impulsives, mais y revenant après pour les regretter et en changer, incapable en un mot de se décider fermement et sans retour, si bien que le D*" Cabanes a pu dire avec raison que «l'hésitation était son vice natif » ^.
Souvent même, il n'allait pas jusqu'à l'hésitation qui est déjà au moins un connnencement de volonté; véritable aboulique, il obéissait passivement à son automatisme pour n'avoir |)as la peine de se déterminer, par horreur du moindre effort. C'est, du reste, ce qu'il fait admirablement ressortir lui-même dans le passage suivant :
...Rebelle à toute autre volonté, il ne sait pas même obéir à la sienne, ou plutôt il trouve si i'aliganl même de vouloir qu'il aime mieux, dans le courant de la vie, suivre une impression purement machinale qui l'entraîne sans qu'il ait la peine de la diriger. Jamais honune ne porta plus pleinement, et dès sa jeunesse, le joug propre des Ames faibles et des vieillards, savoir celui de l'habitude. C'est par elle qu'il aime à faire encore aujourd'hui ce qu'il fit hier, sans autre motif si ce n'est qu'il le fit hier. La route étant déjà frayée, il a moins de peine à la suivre, qu'à l'effort d'une nouvelle direction. [11 est incroyable à quel point cette paresse de vouloir le subjugue. Cela se voit juscjue dans ses promenades. Il répétera toujours la même jusfju'à ce que quelque motif le force absolument d'en changer; ses pieds le rapportent d'eux-mêmes où ils l'ont déjà porté. Il aime à marcher toujours devant lui, parce que cela se fait sans avoir besoin d'y penser. Il irait de cette façon, toujours rêvant, jusqu'à la Chine, sans s'en apercevoir ou sons s'ennuyer. Voilà pourquoi les longues promenades lui plaisent; mais il n'aime pas les jardins oii, à chaque bout d'allée, une petite direction est nécessaire pour tourner et revenir sur