Confessions, livre VI
3. D'Escherny, cité pai' Ilipp. Buffonoir : J.-J. Rousseau et ses visiteurs, fasc. I, p. 2,1.
('( LA NEHUASTIIENIE DK J.-.T. ROISSEAU
Il no pont donc y avoir tic doulo. Rousseau avait celle défcclnosilc de mémoire, si commune dans la neurasthénie, qui, avec une facilité d'acquisilion plus ou moins grande, se Iraduil essenliellemeni par l' inconsistance cl la fragilité de conservation des souvenirs.
.\ c«Mé de radynamie, se place Y hypocondrie, comme stigmate ps\clii(pie de la neurasthénie. A cet égard, il est superflu de donner des preuves, car Rousseau a été, on le sait, le type du neurasthénique hypocondria(pic. Toute sa vie, il a eu le souci excessif de sa santé; et tous les accidents morbides qu'il a présentés, si légers qu'ils fussent, soit du côté du cœur, soit du coté de la vessie, soit du cote de l'oreille, soit du côté du cerveau, devenaient inévitablement chez lui le point de départ d'anxieuses et poignantes préoccupations allant jusqu'à la crainte de la mort.
Rien poinlant ne me procurait un soulagemonl réel; mais, n'ayant pas de douleur vraie, je m'accouluniais à languir, à ne pas dormir, à penser au lieu d'agir, et enfin à regarder le dépérissement successif et lent de ma machine comme mi progrès inévitable que la mort seule pouvait arrêter ' .
Une autre page de ses Confessions, connue de tous, où il raconte comment, après la lecture d'un ouvrage de médecine, il se crut atteint d'un polype an couir et entreprit le voyage de Montpellier pour se faire soigner, est tellement caractéristique qu'elle peut passer pour un modèle d'auto-observation nosophobique.
Mais les préoccupations hypocondriaques des neurasthéniques ont cela de particulier, on le sait, que, pour si ancrées et si angoissantes qu'elles soient, il suffit d'une distraction susceptible de captiver le malade pour les faire évanouir. C'est exactement ce qui arriva à Rousseau qui, pendant qu'il se rendait à Montpellier, rencontra M'"" de Larnagc et s'en éprit aussitôt. C'en fut assez pour tout oublier.
Voilà \\"'\ de Larnage qui m'entreprend, et adieu le pauvre Jean-Jacques, ou plutôt adieu la lièvre, les vapeurs, le polype; tout