I. Confessions, liv. VI
part auprès d'elle, hormis certaines palpitations qui me restèrent et dont elle ne voulut pas me guérir '.
L'accompagnement fréquent, sinon obligé, de cet état d'esprit du neurasthénique, et en particulier de son hypocondrie, c'est la misanthropie, le pessimisme et le désir de la mort, allant parfois, bien que rarement, jusqu'au suicide. Le pessimisme et la misanthropie, chez Jean-Jacques, sont des plus évidents ; ils se manifestent à chaque page de ses écrits et dans chacun de ses actes, dans sa tendance à voir tout en noir, à s'assombrir et à s'inquiéîer pour un rien, à ne considérer la vie et les hommes que par leur mauvais côté, à fuir ombrageusement toute société. Quant à son désir de la mort, il y fait allusion ii diverses reprises :
Ma situation physique a tellement empiré, dit-il, et s'est tellement déterminée que mes douleurs, sans relâche et sans ressource, mo mettent absolument dans le cas de l'exception marquée par milord Edouard répondant à Saint-Preux : Usqiie adeo ne mori miserum est? J'ignore encore quel parti je prendrai; si j'en prends un, ce sera le plus tard possible, ce sera sans impatience et sans désespoir, comme sans scrupule et sans crainte 2.
Monsieur, j'ai vécu; je ne vois plus rien, même dans l'ordre des possibles, qui pût me donner encore sur la terre un moment de vrai plaisir. On m'offrirait ici-bas le choix de ce que je veux y être, que je répondrais : Mort^ !
Pour si typiques que soient ces symptômes intellectuels de la neurasthénie, ils sont cependant, chez certains sujets, dominés par les symptômes d'ordre émotif. On peut même dire que la neurasthénie est avant tout une névrcKse de la sensibilité. C'est en particulier raon opinion.
L'excès de sensibilité, voilà la porte d'entrée, la cause immédiate et directe de la névrose. On est neurasthénique, obsédé, pessimiste, non parce que l'on a le cerveau fait de telle ou telle manière, parce qu'on a l'esprit plus ou moins tourné au noir, mais parce qu'on sent davantage et que chaque sensation représente une souffrance qu'on analyse et qu'on déguste assurément. « Ma sensibilité est devenue