‹ La Neurasthénie de J.-J. RousseauChapitre 6 sur 11 · Lettre à M. de Saint-Gemîaiu, iG février · texte numérisé non relu

Lettre à M. de Saint-Gemîaiu, iG février

8 I.A NEURASTIIKNIE DE J.-J. ROUSSEAU

trop vive, dit Stendhal ; ce qui ne fait qu'effleurer les autres me blesse jus<iu'au sang.» Toute la neurasthénie est là, dans cette façon douloureuse de sentir et de s'analyser'.

Or, aucun nouraslhénique, aucun pessimiste n'a offert cet excès de sensibilité à un plus haut degré que Jean-Jacques Rousseau, et c'a été là, on peut le dire, la dominante de son tempérament. II ne pouvait, pour sa part, s'y tromper.

Je sentis avant que de penser : c'est le sort commun de l'humanité, je réprouvai plus qu'un autre 2.

Ailleurs, il écrit :

Deux choses presque inalliables s'unissent en moi sans que j'en puisse concevoir la manière : un tempérament très ardent, des passions vives, impétueuses, cl des idées lentes à naître, embarrassées et qui ne se présentent jamais qu'après coup. Cette lenteur de penser, jointe à cette vivacité de sentir, je ne l'ai pas seulement dans la conversation, je l'ai même seul quand je travaille 3.

Tous ceux qui ont connu Jean Jacques l'ont également jugé tel. M. Champagneux, qui le peint à un ami, s'exprime ainsi :

Tu verras Rousseau quelquefois en robe de chambre, et, sans cesser de le respecter, tu le plaindras sur les erreurs que sa trop grande sensibilité lui faisait commettre ^k

Bernardin de Saint-Pierre, traçant de même son portrait, dit :

Les traits obliques qui tombent des narines vers les extrémités de la bouche et qui caractérisent la physionomie, exprimaient dans la sienne une grande sensibilité et quelque chose même de douloureux 5.

Corancez écrit :

La postérité ne verra de Rousseau que ses écrits : elle ne s'arrêtera que sur les traits hardis de son éloquence entraînante; elle s'échauffera aux peintures tracées par son style animé et brûlant, puisés dans une sensibilité vraie et dans un cnnir le plus susceptible d'aimerC.

Page 1