Confessions, liv. I
,o Lv nei:rasthéme de j.-.t. rousseal
C'est encore celte vivacité dimpression, poussée chez Jean- Jacques jusqu'à un degré extrême, qui explique ses transports ardents, ses emballements, ses outrances, son amour des chimères et des fictions, et même sa misanthropie.
Cet amour des objets imaginaires et celte facilité de m'en occuper achevèrent de me dégoûter de ce qui m'entourait et déterminèrent ce «roùt de la solitude qui m'est toujours resté depuis ce temps-là. On verra plusieurs fois dans la suite les bizarres effets de cette disposition si misanthrope et si sombre en apparence, mais qui vient en effet d'un cœur trop affectueux, trop aimant, trop tendre, qui, faute d'en trouver d'existants qui lui ressemblent, est forcé de s'alimenter de fictions «.
11 semble étrange d'admettre que Jean-Jacques est devenu misanthrope, défiant, ombrageux, persécuté, par suite de la délicatesse même de sa sensibilité et de son affectuosité ; cependant rien n'est plus vrai, et M. Ilipp. BufTenoir a bien raison ([uand il dit excellemment :
Doué d'une sensibilité maladive, porté par son premier mouvement ;\ la synqiathie et à l'affection envers tous les hommes, Jean-Jacques éprouvait bientôt une désillusion et un froissement en constatant combien peu méritaient vraiment l'estime, et il se repliait sur luimême, et, dans son amertume, jetait l'anathèmo à la société tout entière a.
C'est enfin ce même excès de sensibilité qui a été, on peut le dire, la source première de toutes les obsessions de Jean- Jacrjucs, obsessions- impulsions et obsessions-inhibitions^, dont il me reste maintenant à parler.
Les actes impulsifs ont été principalement chez Rousseau : la fugue et le vol.
La tendance à la fugue s'est montrée tout particulièrement héréditaire dans sa famille. On la retrouve, en effet, chez son père, chez son frère, chez son oncle Gabriel Bernard et chez