CHAPITRE IV
n est peu de malades dont rexanien exige autant de patience et de tact que celui des neurasthéniques. Presque tous les symptômes sont d'ordre subjectif. C'est donc de la bouche même du patient que nous devons les apprendre. Or bien peu de gens sont capables d'une observation aussi délicate. Delà, la nécessité d'interrogatoires soigneux, méticuleux, prudemment dirigés et surtout souvent répétés. Ce n'est guère qu'après quatre ou cinq examens méthodiques et complets qu'on est à peu près sûr de posséder une observation correcte.
Il faut savoir que beaucoup de neurasthéniques ont une tendance à dissimuler certains symptômes et certaines causes de leur maladie. Us parlent volontiers des troubles gastro -intestinaux, de Tinsomnie, de la céphalée, des douleurs, de la faiblesse dans les membres; mais ils avouent plus difficilement divers troubles cérébraux, tels que la perte de la mémoire, l'émotivité, les états d'anxiété, l'affaiblissement de la volonté, symptômes qui, aux yeux des
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moins claifToyants, témoignent évidemment d'uu amoindrissement delà personnalité morale.
Placé en face d un neurasthénique, le médecin doit éviter récueilderiiulifférenceet du scepticisme. C'est un malade chez lequel, il est vrai, on ne voit rien, on n'entend rien, on m touche rien. Il devient difficile de séparer le vrai du faux, et, comme le fait observer M. Weir Mitchell, nous sommes ainsi portés à devenir trop sceptiques à l'endroit (le cau^^es de véritables tourments.
Ces troubles fonctionnels que je viens de décrire sous le tioiti de stigmates neurasthéniques, on les retrouve avec les mêmes caractères chez l'ouvrier victime d'un traumatisme, le commerçant frappé d'un grand désastre financier, la femme qui vient de perdre ses enfants, l'homme dont une violente frayeur a fortement ébranlé le système nerveux. C'est la, je l'ai fait remarqué déjà, une preuve décisive de rautoiioraie delà neurasthénie. Comment admettre que des hommes et des femmes d'origine, d'éducation, de ï^ituatlcin sociale si dissemblables, imaginent exactement les mêmes [Jiêiiomènes, accusent faussement les mêmes sensatiimï^. Mais il est certain que, dans presque tous les cas, et particulièrement chez les femmes neurasthéniques, l'exagérât ion joue un très grand rôle. La tendance à l'exagération de toutes les sensations, pénibles ou agréables, procède de la nature même de la maladie, de cette diminution de l'i^iiergie morale qui en est un des principaux caractères.
Tous les appareils, tous les organes peuvent être intéressés, et tiius ces troubles des innervations générale et locale sont leffut de cette double tendance à la dépression et à l'exciiation II semble que le système nerveux ne puisse retrouver ni y^arder l'état d'équilibre. Les phénomènes
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de dépression sont les plus communs. Les symptômes d'ex • citation ne sont pas d'atlleurs l'indice d'un accroissement réel de la force nerveuse. Cette excitation psychique et motrice sans but et sans résultat utile, ces nombreux phénomènes réflexes que mettent en jeu des causes très légères, prouvent que les centres nerveux ne gardent plus en réserve, n'accumulent plus la force qu'ils produisent, et c'est la un autre signe d'affaiblissement.
Il est probable que je ne ferai pas une revue très complète de tous les symptômes de la neurasthénie. On en a d'ailleurs bien exagéré le nombre et la variété. Il suffira de faire connaître ceux qu'on rencontre le plus souvent et dont les associations constituent les différentes formes cliniques de la maladie.