I. FACIÈS. HABITUS EXTÉRIEUR
Au point de vue de la première impression qu'ils font naître dans l'esprit du clinicien, les neurasthéniques se partagent en deux groupes, entre lesquels il y a sans doute des intermédiaires, ceux qui sout déprimés et ceux qui ne le sont pas, ou qui du moins paraissent ne pas l'être au premier abord.
Le neurasthénique déprimé, c'est par exemple l'ouvrier frappéd'hystéro-neurasthénietraumatique,lafemme victime d'une passion dépressive, l'homme qui de l'enfance à l'âge adulte s'est livré avec passion à l'onanisme. Le patient est pale et amaigri. Il est sans force et sans courage, toujours triste et abattu. Toutes les choses lui apparaissent par le mauvais côté. On le voit rarement sourire. Il va la tête baissée, évitant les regards. Son œil est alangui, sans
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éclat. 11 n ose guère regarJer en face celui qui lui parle, et ce vague de son regard est comme un signe d'impuissance, un aveu de rinfèriorité de sa force morale. lia toujours la démarche d'un homme fatigué. Sa parole est lente, entrecoupée, traînante. Il est généralement très sensible au froid et vêtu pendant Tété presque comme pendant l'hiver. Ce neurasthénique n'est pas bavard, il ne raconte pas son histoire en grands détails. Oj avez-vous mal? où souffrez -vous? J'ai mal partout, je suis las, je suis faible, je ne puis plus rien faire. Quelquefois il ajoute : Je ne dors pas, j'ai mal à la tète et à l'estomac. Bien souvent c'est tout ce que l'on peut tirer d'un neurasthénique déprimé, du moins .à un premier examen. Avec lui, le médecin n'a pas beaucoup à redouter l'ennui des petits papiers. 11 faudra, au contraire, chercher à le faire parler, à gagner sa confiance, puis il faidra le remonter, ce qui n'est pas chose facile.
Il s'en faut que tous les neurasthéniques aient cet aspect de dépression pliysique et morale. Beaucoup ont l'air de gens bien portants, du moins quand il ne souffrent pas de Il forme sévère de l'atonie gastro-intestinale. Ils n'inspirent guère de sj'mpathie et passent généralement pour des malades imaginaires. Ce sont le plus souvent des neurasthéniques héréditaires ou bien des industriels, des gens d'affaires, qui ont énormément'tra vaille, mais sans éprouver de grands revers de fortune.
C'est sous cet aspect que se présente le plus souvent le mal américain, la neurasthénie des Américains du Nord. Voici en quels termes Beard a tracé la physionomie de sts compatriotes frappés d'épuisement nerveux : « La faiblesse nerveuse avec tous les symptômes que je viens de décrire se rencontre avec l'apparence d'une santé parfaite.
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Eu raison de leur irritabilité, de la variabilité et de Tincertitude des symptômes qu'ils présentent, les patients de cette catégorie excitent peu la commisération. Parfois ils ont de l'embonpoint et de l'activité ; ils sont en apparence frais, robustes, vigoureux. Il peut même arriver qu'ils engraissent, alors que leur état nerveux s'aggrave. Ils augmentent de poids lorsque les troubles des voies digestives disparaissent et font place à ceux du cerveau et de la moelle épinière. Cette modification trompe l'entourage, le médecin lui-même, et le patient excite moins de sympathie au moment où il en aurait le plus besoiû. Il y a quatre ans, un homme politique éminent vint me consulter pour un ensemble de symptômes nerveux qui avaient été provoqués par un coup de soleil, ce qui n'est pas chose rare. C'était un homme d'une stature herculéenne ; or il me faisait une description de sa maladie tout à fait conforme à celle que nous sommes habitués à entendre sortir de la bouche d'une femme hystérique. Un médecin, venu chez moi pour me parler, traversa ma salle d'attente; il me fit avec étonnement cette remarque : « Tous vos malades sont de vrais géants. » Et cependant, parmi eux se trouvaient des cas très graves d'épuisement nerveux. On ne saurait trop le répéter : un homme peut avoir la plus robuste constitution et cependant son système nerveux peut être affaibli comme l'est celui d'une jeune fille hystérique qui ne quitte plus son lit.
C'est plutôt dans cette catégorie de malades que le médecin est exposé à rencontrer le neurasthénique ennuyeux, celui que M. Charcot a marqué dune de ces expressions pittoresques qui lui sont familières, l'homme aux petits papiers. Le neurasthénique déprimé ne parle pas assez, celui-lh parle trop. Il n'en a que pour quelques minutes.
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et, pour ne pas vous faire perdre votre temps et ue rien oublier, il a pris quelques très petites notes qu'il va vous lire. Or, ces petites notes sont souvent de longs mémoires, diffus Jnt'oliérents, dont on ne peut pas tirer grand* chose. M» Pitres ' en a reproduit quelques curieux exemples. Il rit* faut rien exagérer pourtant, et ne pas conclure des petits papiers à la neurasthénie. Bon nombre de patients, en entrant, dans le cabinet du médecin, tirent de leur poche de petits papiers, qui ne sont en aucune façon des neurasthéniques.
IVailIeurs, ces récits ennuyeux où le malade, même intelligent, relate d'une façon diffuse Thistoire de ses souffrances, ^ont déjà Tindice d'un état mental particulier et très caraclêmtique de la plupart des cas d'épuisement nerveux. Le patient est un inquiet, et, parmi beaucoup d'autres peurs, il a presque toujours celle d'oublier un détail duquel lui paraît dépendre le rétablissement de sa santé. Il doute de ses facultés, deses propres forces; la confiance en soi lui fait défaut. De plus, sa mémoire est fort souvent réellement affaiblie, ou du moins Texercice en est pénible, même douloureux, et nous avons vu que l'affaiblissement de la mémoire est un des premiers signes de la neurasthénie cérébrale. L'incohérence de ces récits témoigne encore de l'inaptitude au travail intellectuel, de la diminution de la faculté d'attention, iU la difficulté qu'éprouve le patient à coordonner des idées qui cûpeiidant lui sont familières. Ce sont encore là des signes assez caractérisques de l'épuisement nerveux.
* Pilreîj, La. Neurasthénie (Echo médical^ Toulouse 1889).
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