‹ La Neurasthénie: épuisement nerveuxChapitre 14 sur 55 · IV. IDIOSYNCRASIES · texte numérisé non relu

IV. IDIOSYNCRASIES

Le système nerveux des neurasthéniques paraît réagir d'une façon toute spéciale sous l'influence de certains médicaments ou de certains agents physiques. Ces idiosyncrasies ont été signalées surtout par Beard, auteur américain, beaucoup moins par les observateurs qui, en France, en Allemagne et en Angleterre, ont écrit sur répnisement nerveux. J'ai cependant rencontré un homme neurasthénique chez lequel des doses même très faibles de médicaments produisaient, du moins au dire du malade lui-même, de véritables efiets toxiques. Du reste l'intolérance et ridiosyncrasie sont fort souvent moins réelles que purement imaginaires. Avec la plus entière bonne foi> le patient répète que depuis des années il ne peut supporter tel médicament ou tel aliment, et cependant, soit à* son insu, soit par un grand effort de sa Volonté, il ingère l'un et Tautre sans qu'il en résulte aucun inconvénient.

D*après Beard, l'opium provoquerait plutôt l'excitation

que Tapaisement du système nerveux neurasthénique, k moins que la dose ne soit très forte; il empêcherait le sommeil presque aussi sûrement que le café. — Certains patients ressentent très vivement les effets de Falcool dont la plus faible dose produit des symptômes d'ébriété ; d'autres, au contaire, en supportent impunément de grandes quantités, et ils paraissent même en éprouver un réel soulagement de leurs souffrances ; aussi sont-ils de la sorte facilement conduits à la dipsomanie et quelquefois à l'intoxication alcoolique^ — Beard attribue au café une action fâcheuse sur le système nerveux des neurasthéniques ; pris à jeun 9 il ferait obstacle au travail intellectuel, loin de donner plus de vivacité aux fonctions du cerveau. Le thé agirait de la même façon défavorable. — D'autres patients ont une intolérance plus ou moins prononcée à l'égard de la lumière solaire, des poussières, de certaines odeurs, de certains fruits, de certaines plantes ou substances médicamenteuses. Ce sont là, pour cette catégorie de malades, tout autant de causes très efâcaces de cette singulière affection qu'on désigne du nom de fièvre des foins, et qui parait, en effet, bien plus fréquente chez les neurasthéniques. — Beard cite encore des exemples d'intolérance curieuse à Tégard du froid et de la chaleur. Un patient ne peut plonger ses mains dans l'eau tiède, un autre dans l'eau froide, sans qu'il s'y produise d'e la rougeur et de l'oedème.

Dans beaucoup d'affections du système nerveux, certains symptômes, et particulièrement les douleurs, prennent une plus grande intensité au moment des temps orageux, lorsque vient à baisser la pression barométrique. Il en est tout à fait de même chez les neurasthéniques. Tous leurs malaises s'aggravent par le mauvais temps, et

surtout rabattement, la dépression morale, Fémotivité, la céphalalgie et les sensations douloureuses des membres inférieurs. Parfois même cette aggravation des troubles nerveux précède le mauvais temps de quelques heures ou de quelques jours, ce qui fait ressembler les patients à de véritables baromètres. En général, les neurasthéniques résistent mal aux variations de la température. Ils supportent mal le grand froid et la grande chaleur. Aussi les climats tempérés sont-ils pour eux bien préférables.

y. TROUBLES DES ORGANES DBS SENS

Tous les sens peuvent être intéressés, et particulièrement la vue et Fouie. Les organes sont intacts, et cependant les troubles fonctionnels peuvent être tels, qu'ils jettent une réelle pertubation dans Fexistence des malades qui en sont atteints.

Troubles de la vision. — Beard a signalé la congestion de la conjonctive. Je Fai observée chez quelques-uns de mes malades. Il s*agit d'une fluxion légère et mobile, quelquefois accompagnée d*un peu d'œdème des paupières. Cette congestion apparaît le matin, au réveil, ne dure que quelques heures et cesse au milieu de la journée. Beard compare cet état de la conjonctive à Finjection oculaire que présentent si souvent les buveurs pendant l'accès d'èbriété.

Une malade de M. Ziemssen accusait une sensation de pesanteur très pénible delà paupière supérieure. Chez une de mes malades, cette sensation n'existait qu'au moment des réveils de la nuit, mais elle était tellement prononcée, qu'il lui fallait quelques minutes d'efibrts pour ouvrir

i02 SYMPTOMES DE LA NEURASTHENIE

complètement les yeux. Une autre de mes malades, jeune fille de trente ans, souffre de céphalée, d'insommie, d'asthénie neuro-musculaire et d'atonie gastro-intestinale; elle a de temps en temps des accès deparésie des paupières ; elle ouvre incomplètement les yeux qui paraissent plus petits, si bien qu'on a pu croire qu'elle était atteinte d'une paralysie véritable des releveurs de la paupière.

Les pupilles sont généralement un peu dilatées et reagissent un peu moins vivement à la lumière. Cette dilatation des pupilles, associée le plus souvent aux symptômes de dépression, est un bon signe des états neurasthéniques. D'après Beard, les pupilles présenteraient parfois des alternatives brusques de dilatation ou de resserrement, ou bien encore une inégalité légère et de courte durée. L'inégalité permanente devrait exclure l'idée d'une névrose, comme Test la neurasthénie, et témoignerait plutôt de l'existence d'une lésion organique véritable. Cependant, M, Hirt* a vu cette inégalité des deux pupilles persister jusqu'à huit et dix mois chez des neurasthéniques qui ont complètement guéri. Quant au myosis permanent, il n'appartient pas à l'épuisement nerveux, et, quand on le rencontre associé à des troubles cérébraux ou spinaux, il y a lieu de suspecter une lésion des centres nerveux. — Ces modifications des pupilles ont une certaine valeur pronostique. Ainsi, la dilatation, quand elle existe, est plus durable et prononcée si l'état général des patients est mauvais ; s'il survient une réelle amélioration, elle diminue ou même disparaît entièrement.

Beard a étudié avec une minutieuse attention les moindres symptômes neurasthéniques; il signale encore une

* Hirt, Wiener med. Presse, 1889, n« 36 et 37.

certaine expression de langueur du regard qui serait assez commune dans les formes invétérées de la neurasthénie avec prédominance des symptômes de dépression.

Beaucoup de neurasthéniques, même parmi ceux qui ne sont pas très sérieusement atteints, ont des mouches volantes devant les yeux. Quelques-uns s'en plaignent spontanément ; leur vision en est troublée, surtout quand ils lisent et travaillent avec une certaine application. Un de mes malades en était vraiment incommodé. En général, ce trouble de la vision est mobile et fugace ; il parait et disparaît comme beaucoup d'autres symptômes du même genre. Mais il peut être tenace et durer des années. Les milieux transparents ne présentent aucune lésion ; il n'y a pas de corps flottants dans l'humeur vitrée. 11 s'agit probablement de quelques troubles vaso-moteurs des artérioles rétiniennes, ou bien encore d'une hyperesthésie de la rétine qui donne plus de netteté et plus d'étendue à l'image des corps flottants physiologiques.

Dans l'épuisement nerveux, les troubles circulatoires sont très communs ; le système vaso-moteur est, comme nous l'avons remarqué déjà, dans un état habituel d'équilibre instable. De là les troubles de la circulation rétinienne. Il est vrai que chez beaucoup de neurasthéniques, l'examen ophtalmoscopique est tout à fait négatif. Dans quelques cas cependant, on réussit à constater des signes évidents de congestion ou d'anémie rétinienne. Chez une de mes malades, il arrive souvent que les veines rétiniennes apparaissent très dilatées et que le fond de l'œil ait une teinte rouge-bleuâtre ; chez une autre, qui présente une pâleur très marquée des extrémités, la papille est habituellement décolorée, et les vaisseaux rétiniens, artères et veines, sont réduits à un très petit calibre.

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Asthénopie neurasthénique, — Le principal trouble oculaire est une faiblesse toute spéciale de la vision et qui mérite le nom d'asthénopie neurasthénique que lui ont donné les auteurs américains. Il s*agit, en effet, d*une asthénopie distincte des asthénopies que Donders a fait connaître. L'œil se fatigue très rapidement, si bien que le patient ne peut plus, au delà de quelques minutes, lire, écrire, se livrer à un travail qui nécessite une application un peu soutenue de la vue. Parfois il est obligé de restreindre ou même de cesser ses occupations professionnelles. Toute tentative pour travailler, tout effort de vision un peu prolongé, provoque une sensation de plus en plus pénible de tension douloureuse dans les globes oculaires, puis la vue se trouble et les objets deviennent confus. A ce moment, la pression des globes oculaires provoque de la douleur.

Le patient se croit atteint d'une affection grave des' veux. 11 consulte un ophtalmologiste. Les milieux trans* parents et les membranes sont à l'état normal. S'il existe quelque trouble de la réfraction, myopie, hypermétropie, astigmatisme, ce trouble est aisément corrigé à l'aide de verres appropriés. Puis le patient est placé devant rêchelle destinée à mesurer le degré de l'acuité visuelle. Pendant le temps très court que dure cette exploration, il peut aisément, et sans fatigue véritable, en lire très distinctement tous les caractères à la distance voulue. L'œil paraît sain et la vision normale. Rentré chez lui, le malheureux neurasthénique tente vainement de se remettre au travail. Au bout de quelques minutes, ce sont toujours les mêmes sensations de tension douloureuse dans les globes oculaires, bientôt suivies de la même confusion des images visuelles.

L'asthénopie neurasthénique est souvent tenace, rebelle atout traitement, et fait le désespoir des malades qui en sont atteints. Elle se développe progressivement dans la majorité des cas ; la sensation de fatigue oculaire apparaît de plus en plus rapidement, et, quelques semaines ou quelques mois après le début, il est impossible de prolonger la lecture ou l'écriture au delà de quelques minutes. Cependant le trouble visuel peut aussi se montrer et cesser brusquement et procéder par accès plus ou moins longs, comme la plupart des symptômes neurasthéniques. La durée en est donc très variable, de quelques heures à plusieurs années. La forme continue est naturellement plus grave et plus tenace.

D'après M. Weir Mitchell, l'asthénopie neurasthénique, intermittente ou continue, serait toujours un signe pronostique fâcheux et Tindice d'une forme sévère de répuisement nerveux. « Je ne suis pas toujours satisfait, dit-il, lorsque l'ophtalmologiste me répond que le trouble oculaire est si léger qu'il ne rend pas une correction nécessaire. Je sais par expérience qu'un trouble visuel médiocre est un symptôme défavorable dans les cas où le cerveau est en cause et, pour me servir du langage des photographes, sensibilisé par la maladie, d

J'ai rencontré plusieurs fois l'asthénopie neurasthénique, et toujours chez des femmes dont l'asthénie neuro-musculaire était tellement prononcée, que, depuis des années, elles ne quittaient plus guère le décubitus horizontal. Mais ce symptôme n'appartient pas exclusivement à la neurasthénie féminine. Les auteurs américains l'ont observé chez des hommesadultes, nullement anémiques, d'apparence robuste, et dont l'épuisement nerveux était dû au surmenage intense et prolongé du corps et de l'esprit. Un ophtalmologiste

aaglais, M. CoUins*, qui a étudié l'asthénopie neurasthénique, Ta rencontrée dans les deux sexes. Hommes et femmes appartenaient tous à la catégorie des gens surmenés. « Ils ont été surmenés, dit-il, mentalement ou physiquement, souvent des deux façons à la fois. Le travail exagéré, les soucis de la vie, les veilles prolongées par le travail ou le plaisir, telles sont les causes qui, si elles ne l'ont pas seules provoqué, ont du moins aggravé le trouble delà vision. » Beard déclare que c'est chez des hommes qu'il a rencontré les cas les plus graves, bien que l'affection soit cependant plus commune chez les femmes neurasthéniques.

L'œil est sain, ou du moins peut êtres'ain; il s'agit donc d'un trouble purement fonctionnel. Les spasmes et les dilatations des vaisseaux de la rétine ne suffisent pas à l'expliquer. Beard a constaté l'hyperhémie veineuse du fond de Tœil pendant un accès d'asthénopie ; il conclut cependant à l'existence d'une sorte d'irritabilité de la rétine, et il compare cet état de l'œil à ces névralgies viscérales connues sous les noms de mamelle, ovaire et testicule irritables. Il y aurait aussi un œil irritable. Cette interprétation est une hypothèse ingénieuse, mais il est difficile d'en donner la démonstration.

M. Collins propose une autre explication. L'asthénopie neurasthénique serait due à un état parétique du muscle de l'accommodation, de même nature que l'asthénie neuromusculaire qui est un des symptômes les plus communs et les plus caractéristiques de la neurasthénie. De là la fatigue précoce des yeux, dès que le patient fait un effort de vision. Le muscle de l'accommodation, rapidement

^ Collins, Royal London ophthalm, hosp, Rep., XII, p. 4.

épHisé, est incapable de soutenir une contraction un peu prolongée. M. Collins donne d'ailleurs des preuves à l'appui de son hypothèse. Toutes les anomalies de réfraction ayant été préalablement corrigées à l'aide de verres convenables, l'application au devant de l'œil d'un verre concave peut permettre de mesurer l'amplitude de l'accommodation. Landolt a montré que le plus fort verre concave, à travers lequel un œil emmétrope peut voir distinctement à une grande distance, mesure la force d'accomodation de cet œil. C'est, en effet, la contraction des muscles de l'accommodation qui neutralise la divergence des rayons lumineux produite par l'interposition du verre concave. La puissance de cette contraction, tout en restant physiologique, varie suivant les âges. De ces prémisses, M. Collins tire cette conclusion : « Si, après avoir corrigé les troubles de la réfraction, la puissance de l'accommodation tombe au-dessous de celle qui est en rapport avec l'âge du sujet, nous avons affaire à une parésie du muscle ciliaire, indépendante de la presbytie et de l'hypermétropie latente ou manifeste. » M. Collins cite plusieurs observations de neurasthéniques, chez lesquels il a pu de la sorte mettre en évidence la parésie du muscle ciliaire. Des parésies analogues de l'accommodation ont été signalées pendant l'état puerpéral et la lactation, à la suite de certaines maladies infectieuses, et particulièrement de la diphtérie.

M. Collins propose un traitement de l'asthénopie neurasthénique basé sur l'interprétation qu'il en a donnée. C'est d'abord le traitement général de la neurasthénie, et, dans les cas graves, le traitement systématique de M. Weir Mitchell. Lorsque l'état du patient commence à s'améliorer, il permet le travail ou la lecture pendant un

lOd SYMPTOMES DE LA NBUUASTHËNIE

temps chaque jour rigoureusement limité et avec des verres convexes de plus en plus faibles. Il emploie également quelques gouttes d*uu collyre a 1 esérine. Un peu plus tard, il cherche à stimuler la contraction du muscle ciliaire, il le soumet à une sorte de gymnastique en recouvrant Fœil de verres concaves, d'abord très faibles, puis de plus en plus forts. Il reconnaît d'ailleurs que ce traitement reste souvent inefficace.

M. Westpbal ^ a signale, parmi les troubles oculaires de la neurasthénie, le rétrécissement du champ visuel. D'après M. Gharcot, ce rétrécissement apparaît surtout au moment des accès de vertige ; il est transitoire, de courte durée, non permanent comme l'est celui qu'on observe si souvent chez les hystériques. M. Pitres* a noté dans un cas, chez un homme de vingt-neuf ans, le rétrécissement concentrique du champ visuel des deux yeux. J'ai recherché ce signe plusieurs fois et je n'ai jamais pu le constater. Il est vrai que je n'ai pas fait cette recherche au moment d'un accès vertigineux.

Troubles de Tome. — L'appareil auditif peut devenir irritable au même degré que celui de la vision, et il y a des accès d'hyperesthésie auditive comparables à ceux de l'asthénopie nerveuse, avec lesquels ils peuvent d'ailleurs coexister ou alterner. Chez quelques neurasthéniques, particulièrement chez des femmes, Touîe est douée d'une sensibilité vraiment maladive. Elles perçoivent avec netteté des bruits insignifiants et qui échappent absolument à des oreilles possédant une acuité auditive normale. Les mille bruits de la rue et de la maison deviennent parfois

< Cité par M. Gharcot, Leçons du mardi, i888-89, p. 32. - Pitres, Echo médical de Toulouse, 4888.

SYMPTOMliS DE I.A NEURASTHÉNIE 109

tout h fait insupportables et sont une véritable cause de tourment. On voit ces patients fuir dans les quartiers les plus solitaires, ou bien s'enfermer dans la chambre la plus reculée de leur appartement et en défendre l^entrée. M. Krishaber * a bien décrit cette excitabilité maladive des sens, et particulièrement de Fouïe, dans sa monographie de ce qu'il appelle la névrose cérébro-cardiaque, névrose qui n'est pas autre chose qu'une des formes de la neurasthénie, une des nombreuses associations des sj'mp tomes de l'épuisement nerveux.

Des sensations auditives naissent spontanément, sans aucune incitation extérieure; les malades entendent les bruits les plus divers, sifflements, bourdonnements, tintements, bruits comparables à ceux de l'otite moyenne scléreuse, s|ins que l'examen de l'appareil auditif y révèle aucune altération. Les bruits de battements, de pulsations sont les plus communs ; ils sont synchrones aux battements du cœur et des vaisseaux, et dus, en effet, aux pulsations des artères voisines de l'oreille. Ces bruits sont plus intenses et plus pénibles pendant la nuit, ou bien encore lorsque le malade se livre à un exercice musculaire un peu pénible, ou s'applique à un travail intel* lectuel. Dans quelques cas, les patients se plaignent d'entendre tout à coup un bruit éclatant, très bref, comme une détonation, soit pendant le travail, soit au moment de s^endormir.

Ces troubles auditifs sont sans doute imputables à une hyperesthésie du nerf acoustique; ils sont mobiles, variables, quelquefois cependant très tenaces; ils alternent aussi avec les autres symptômes dé l'épuisement nerveux.

1 Krishaber, article Névropatoib cbr^bro-cardiaqob du Dictionnaire tnrj/ciopédique des sciences médicales.

110 SYMPTOMES DE L\ NEURASTHENIE

Troubles du goût et de T odorat. — Il existe des perversions analogues de lodorat et du goût.

Les bizarreries de la sensibilité gustative sont bien connues : un malade trouve que tous ses aliments sont sans aucun goût; un autre élimine de son alimentation une foule de substances dont le goût lui inspire une vive répulsion ; un jeune homme, épuisé par Texcès du travail intellectuel, se refuse absolument à manger du pain.

11 en est de même de l'odorat. J'ai connu une jeuae fille, neurasthénique à la suite de chagrins prolongés, chez laquelle l'odorat avait acquis une extraordinaire sensibilité. De sa chambre, située à l'une des extrémités de son appartement, elle sentait et distinguait très exactement toutes les odeurs de la cuisine située à l'autre extrémité, à ce point que, à l'heure du repas, eUe pouvait nommer la plupart des mets qu'on allait servir.

Des susceptibilités plus ou moins étranges du goût et de lodorat ne sont pas très rares chez des gens dont le système nerveux n'est pas afiaibli; mais elles sont bien plus communes et plus prononcées chez les véritables neurasthéniques,

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