VI. TROUBLES DE LA SENSIBILITE GENERALE
Les troubles delà sensibilité générale sont parmi les plus coiistantii des symptômes de la neurasthénie. J'ai déjà décrit la rachialgie, les irradiations douloureuses et les hyperes thés ies locales qui en sont le cortège habituel.
Vanesihésie vraie, superficielle ou profonde, n'appartient pas à la neurasthésie, si ce n'est cependant à certaines périodes de la neurasthénie génitale où elle occupe
SYMPTOMES DE L\ NEURASTHENIE m
le pénis, le scrotum et le périnée. 11 est vrai que Tanesthésie se rencontre souvent et peut même être très marquée dans l'hystéro-neurasthénie, et particulièrement dans la forme traumatique de cette névrose mixte. Elle intéresse alors une région limitée, une extrémité par exemple, ou toute une moitié du corps, ou encore certaines muqueuses, telles que le pharynx et la conjonctive. Dans les cas de ce genre, Tanesthésie relève de l'hystérie, non de la neurasthénie.
Dans l'épuisement nerveux pur, non combiné à l'hystérie, il n'y a jamais que des diminutions légères et passagères de la sensibilité générale. Ce sont des sensations d'engourdissement dans une main, un pied, un bras ou une jambe. / Il est rare que ces sensations s'étendent à une plus grande ) surface du tégument.
Les symptômes de la compression des troncs nerveux superficiels apparaissent plus vite, sont plus prononcés et durent un peu plus longtemps chez les neurasthéniques qu'à rétat normal. Ainsi Beard a vu que la compression du cubitus derrière le coude produit plus facilement le fourmillement des deux derniers doigts et la parésîe des muscles de la main. Il en est de même de la compression du tronc du nerf sciatique.
Si l'anesthésie fait défaut, Vhyperesthésie est, au contraire, très commune. Elle est très mobile et variable ; eUe se déplace d'un point à un autre du tégument. La piqûre, le pincement, le contact, le simple frôlement de la peau sont ressentis bien plus vivement qu*à Tétat normal. Il en est de même des impressions de chaleur et de froid.
L'hyperesthésie peut être générale et s*étendre à tout le tégument, surtout au dos, aux régions latérales du tronc et aux extrémités des quatre membres* 11 en est ainsi dans
cet état nerveux qu'on a décrit sous le nom de forme hyperesthésique de l'irritation spinale*. En réalité, il s'agit d'une forme spinale de la neurasthénie. D'ailleurs il est rare que cette irritabilité anormale des nerfs de la peau prenne une pareille extension.
Le plus souvent l'hyperesthésie est localisée. Beard a signalé celle du cuir chevelu, poussée à tel point, que le moindre attouchement des cheveux ne pouvait être supporté. — Quand elle occupe la région dorsale, elle rend parfois le décubitus horizontal douloureux, et les patients, des femmes le plus souvent, garnissent leur lit de petits coussins destinés à empêcher que le poids du corps ne porte sur les points hyperesthésiques. — Dans certains cas d'hystéro-neurasthénie traumatique, la région du tégument frappé par le traumatisme est parfois le siège d'une vive hyperesthésie. — Beard a décrit une hyperesthésie intermittente des dents et des gencives. — Dans quelques cas, c'est le pied, et même seulement la plante du pied, qui est le siège de cette exagération de la sensibilité cutanée. La pression de la chaussure est intolérable et la marche devient momentanément difficile. — Ailleurs, l'hyperesthésie s*ètend au voisinage d'une articulation, le cou, l'épaule, la lianche, et il en résulte une certaine gêne des mouvements. On croit alors à l'existence d'un rhumatisme musculaire ou articulaire, et Ton est peu disposé à admettre la nature purement nerveuse de cette affection locale. — L'hyperes- Ihèsie peut encore se localiser au niveau de certains organes, le testicule et la mamelle par exemple, et intéresser tout à la fois le tégument et les parties plus profondes. Le
i Hosenthal, Traité clinique des maladies du système îierveux^tndtiL^Uon française, Paris, 1878.
SYMPTOMES DE LA NEl RASXHENIE
testicule et la mamelle irritables sont observés chez les neurasthéniques.
Une blessure très légère peut être la cause d'une douleur plus vive et de durée plus longue qu'à l'état normal.
Des douleurs spontanées naissent un peu partout et prennent des formes très variables. Quelques malades éprouvent soudain dans les extrémités des sensations de piqûre qu'ils comparent à des coups d'épingles, ou bien encore des douleurs lancinantes, mais très localisées et de durée très courte. Ces sensations et ces douleurs font penser à la goutte et presque toujours le patient est qualifié de goutteux. D'autres malades se plaignent d'une brûlure incommode et même douloureuse occupant l'extrémité des doigts ou des orteils. Certaines régions deviennent parfois le siège de vives démangeaisons qui procèdent par paroxysmes intenses. Telles sont les démangeaisons de Taisselle, du cuir chevelu, du périnée, de la vulve.
Les neurasthéniques ont aussi des douleurs névralgiques. Elles se font sentir sur le trajet de la plupart des nerfs, particulièrement dans les espaces intercostaux et dans les membres inférieurs, quelquefois h la face. Elles sont mobiles, variables, de courte durée, le plus souvent d'intensité modérée, et doivent être distinguées des douleurs des véritables névralgies. Celles-ci sont plus fortes, plus exactement localisées au domaine d'un nerf sensitif et de durée plus longue. Il est assez exceptionnel qu'un neurasthénique soit atteint d'une vraie névralgie, par exemple d'une sciatique ou d'une névralgie du trijumeau. 11 semble que cette modification dynamique que produit l'épuisement nerveux dans les noyaux d'origine des nerfs sensitifs, et dont procèdent ces douleurs d'apparence névralgique, reste toujours superficielle et fugace, et par là bien
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différente du trouble fonctionnel de ces mêmes centres sensitifs qui engendre la névralgie véritable.
Les douleurs névralgiforraes des jambes ont parfois une analogie très trompeuse avec celles de Tataxie locomotrice. Ce sont des élancements, des fulgurations ou même des douleurs constrictive s au niveau des jointures, quelquefois accompagnées de sensations de duvet ou de coton à la plante des pieds pendant la marche ou la station verticale. Ces douleurs sont généralement moins vives chez le neurasthénique que chezl'ataxique. Je reviendrai sur cette pseudoataxie, à propos du diagnostic de l'épuisement nerveux.
Chez quelques neurasthéniques, les douleurs névralgiformes sur le trajet des troncs nerveux sont fréquentes, reviennent par accès et présentent même une certaine intensité. 11 semble que le trouble de l'innervation centrale porte particulièrement sur les origines des nerfs sensilifs. Ce sont les cas de ce genre que Valleix a décrits sous le nom de névralgie générale. En réalité, c'est encore la neurasthénie qui est en cause. A côté des douleurs névralgiques existent toujours d'autres symptômes neurasthé^ niques.