VII. TROUBLES MOTEURS
L'asthénie motrice ou asthénie neuro-musculaire a une telle valeur, qu'elle a pris place parmi les symptômes car dinaux, les stigmates de la neurasthénie. Elle est donc déjà décrite. Je rappelle qu'elle est habituellement continue, mais que> de temps en temps, spontanément ou soixs l'influence d*un effort ou d'une émotion, elle s'exagère sous forme d'accès, durant lesquels le patient éproxive
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une sensation d'anéantissement de toutes ses forces, et se trouve absolument incapable de toute activité physique. Que l'asthénie motrice soit continue ou intermittente, légère ou très prononcée, il est facile de la mettre en évidence à l'aide du dynamomètre. Ainsi, parmi les victimes de l'hystéro-neurasthénie traumatique, on rencontre des hommes jeunes, bien musclés, d'apparence vigoureuse, et dont les mains ne donnent qu'une force de pression de 40, 30 ou 20 kilogrammes, au lieu de la force de 70 à 80 kilogrammes que développe aisément la main d'un homme sain, du même âge, de la même taille et de la même musculature.
Il y aurait lieu d'étudier avec soin les caractères de la contraction musculaire à l'aide de la méthode graphique. Il est probable que, du moins dans les cas où l'asthénie motrice est très prononcée, le muscle neurasthénique doit se contracter à la façon du muscle fatigué. Peut-être l'exploration électrique donnerait-elle aussi quelques résultats.
M, Rumpf * a fait une tentative dans ce sens. 11 s'est proposé de rechercher des signes objectifs qui permettent de résoudre plus facilement la question de la simulation dans les cas d'hystéro-neurasthénie traumatique. Il a vu que les muscles du patient frappé de cette névrose, et particulièrement les triceps fémoraux, présentent souvent des contractions fibrillaires sous l'influence du froid, de la fatigue, de reffort, et surtout à la suite du passage d'un courant interrompu. Aussitôt après une séance de faradisation, des secousses fibrillaires et même des contractions cloûiques de gros faisceaux musculaires se produiraient, non seulement dans les muscles directement excités par le cou-
* Deutsche med* Wochens,^ 1890, p. 165.
lie SYMITOMES DE LA NEURASTHÉNIE
rant, mais encore dans les muscles homologues du côté opposé. Enfin les muscles présenteraient une diminuliou quantitative de lexcitabilité galvanique, sans modification de Texcitabilité faradique. A cet ensemble de caractères M. Rumpf a donné le nom de réaction trauma tique des muscles. Je rappelle que les malades qui ont fait Tobjet des observations de M. Rumpf étaient atteints de névrose traumatique, c'est-à-dire d'hystéro-neurasthénie d'origine traumatique. Il y aurait un intérêt réel à répéter ces expériences.
Les réflexes tendineux sont normaux ou a peu près normaux, un peu exagérés dans certains cas, un peu diminués dans d'autres cas, et surtout dans ceux où l'asthénie motrice est très prononcée et dure depuis longtemps. 11 faut * tenir pour suspecte l'exagération du réflexe rotulien allant jusqu'à s'accompagner de clonus du pied. La disparition cnrti[il^te du réflexe rotulien est plus suspecte encore que l'cXH^éralion très prononcée; elle est probablement l'indice il\uu^ nffeclion organique de la moelle épinière ou des nerfs périphériques.-
Des î^ymptômes d'excitation passagère de la motilité existoiit aussi dans l'état neurasthénique. A la suite d'une veilLî ou d'une marche prolongée, il arrive parfois qu'un homme tout à fait bien portant et qui ne présente aucun Iniuble nerveux, est pris, au moment de s'endormir, de secousses musculaires très brusques et très brèves dans les membres inférieurs, et qui le réveillent soudainement. Or des secousses musculaires de ce genre sont très commûries chez les neurasthéniques. Le patient peut égale*» ment ressentir, dans les mêmes conditions, au moment de ii'eritloraiir, des crampes dans les cuisses, les mâchoires, la poitrine, la paroi abdominale.
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Chez un certain nombre de neurasthéniques, on observe, même à l'état de veiUe, des secousses fibrillaires vives et légères des muscles de la face, des yeux et des mains, secousses qui simulent tout à fait celles de Tatrophie musculaire progressive. Ces secousses ne sont pas très rares, même chez les gens nerveux non neurasthéniques, et il faut, en effet, se garder d y voir toujours l'indice d'une affection grave et fatalement progressive du système musculaire ou de la moelle épinière.
Il est certain qu'on rencontre bien plus souvent chez les neurasthéniques, que chez les gens dont le système nerveux est bien équilibré, la crampe des écrivains, celle des pianistes, celle des télégraphistes, c'est-à-dire tous ces troubles des combinaisons motrices professionnelles que Duchenne a décrits sous le terme générique d'impotences fonctionnelles. Ce fait ne doit pas nous surprendre. En effet, l'usure rapide de la force nerveuse, qui caractérise la neurasthénie, peut atteindre tous les centres nerveux, et non seulement, comme nous l'avons remarqué déjà, ceux qui président aux fonctions physiologiques communes, mais aussi ceux où sont organisées certaines combinaisons motrices acquises par l'expérience, comme celles de de récriture, de la couture, de la musique.
Le tremblement est-il un symptôme propre à l'épuisement nerveux ? Beard le signale parmi les symptômes de la maladie, etjeTai moi-même rencontré chez des malades qui ne présentaient que des troubles neurasthéniques. Il est vrai qu'il est particulièrement observé dans les cas où l'hystérie est combinée à l'épuisement nerveux, par exemple chez l'homme frappé d'hystéro-neurasthénie traumatique. Il faut remarquer, pourtant, que le tremblement fait partie de cet état nerveux aigu qui marque très sou-
vent le début de l'épuisement nerveux, lorsque la cause déterminante en est une brusque et forte émotion morale. Un homme éprouve une frayeur épouvantable. Le jour même et les jours suivants, il a de la céphalée, de l'insomnie, de l'anorexie, quelquefois des vomissements, de l'asthénie motrice, et, de plus, ses mains sont agitées d'un véritable tremblement. Or, cet homme peut bien ne présenter jamais aucun symptôme de nature hystérique. Il y a donc un tremblement neurasthénique. C'est un trembleraient menu, à oscillations brèves, rapides, toutes égales, et assez comparable au tremblement de la maladie de Basedow. Il survient généralement par accès, sous l'influence d'une émotion, d'une fatigue physique exagérée, hor:? de proportion avec la faible résistance des neurasthéniques.
M* Ziemssen est d'avis que les paralysies motrices ne font point partie du tableau clinique de la neurasthénie. Au contraire, parmi les suites de l'épuisement nerveux, Beard si^^nale des paralysies fonctionnelles pouvant intéresser les bras, les jambes et même le larj^nx. C'est, en effet, une question fort difficile à résoudre que de déterminer si cei^ paralysies appartiennent en propre à l'hystérie ou a la neurasthénie. Pour ce qui est de Thystèro-neurasthènie traumatique dans laquelle les paralysies sont assez cummunes, elles relèvent évidemment de Thystérie, car elles s'accninpagnent d'autres symptômes caractéristiques de rhystérii^ et ont d'ailleurs les allures des paralysies propres k cette névrose.
Cependant, en m'appuyant sur quelques observations personnelles, je me rangerais volontiers à l'opinion de Beard, et je crois qu'il existe bien véritablement des paralysies motrices de nature neurasthénique. Un de mes ma—
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lades, jeune homme de trente-cinq ans, est pris de temps en temps d'accès d'impotence fonctionnelle de l'un des deux bras, accès qui dure quelques minutes, pendant lesquelles il est obligé de soulever son bras inerte avec l'autre main. Chez une jeune femme, l'impotence motrice frappait les muscles de la nuque, et elle était, pendant quelques minutes, incapable de soutenir sa tête.
J'ai observé deux «cas de paraplégie chez des femmes qui ne présentaient point les stigmates de l'hystérie. La paralysie n'était ni complète ni permanente. A certains moments, les malades étaient capables de soulever les jambes au-dessus du lit, de résister aux tentatives de flexion ou d'extension, même de rester quelques minutes sur leurs pieds, mais ces légers efforts épuisaient promptement leur force motrice. A d'autres moments, au contraire, l'inertie motrice était presque complète, et les malades ne pouvaient plus exécuter que quelques mouvements des pieds et des orteils. Les membres inférieurs étaient alors étendus dans le lit, immobiles, quelquefois avec un léger degré de flexion de la jambe sur la cuisse. Les pieds étaient dans la rectitude et non pas en adduction avec la pointe dirigée en dedans, attitude propre aux véritables états paralytiques du membre inférieur. L'anesthésie faisait entièrement défaut, la sensibilité générale était plutôt augmentée que diminuée. Du reste, il n'y avait aucun trouble ni de la vessie ni du rectum. Les masses musculaires avaien t conservé un certain degré de tonicité. Quant aux réflexes rotuliens, ils étaient normaux ou à peine un peu diminués.
Je reconnais que ces caractères ne sont pas suffisants pour distinguer aisément la paraplégie hystérique de l'impotence neurasthénique des membres inférieurs. Il est en-
core vrai que riiystérie et la neurasthénie sont quelquefois associées, même en dehors du traumatisme. Dans ces cas, la parahsie sera très probablement toujours attribuée à rhystérie. Mais si, chez un malade évidemment neurasthénique, la paralysie paraît être Tunique symptôme de nature incertaine, trois caractères peuvent permettre de la rattacher à la neurasthénie plutôt qu'à Thystérie : elle est incomplète, mobile, de très courte durée et le plus souvent procède par accès de quelques minutes seulement.