VIII. TRAITEMENT
Les données actuelles sur la pathogénie de l'h} stéroneiirasthénie traumatique exercent une influence incontestable sur la direction du traitement. Nous savons qu'il s'agit de troubles purement fonctionnels et qui sont en partie engendrés et entretenus par un état mental particu- Viev rlu blessé. Il faut donc a^çir sur cet état mental. Il v a lieu de rassurer le patient, de calmer son inquiétude pour Tavenir, de lui répéter souvent que son mal n'est pas incurable, bien qu'il soit très réel, et de lui citer des exemples de guérison. Cette sorte de suggestion à l'état de veille peut réussir à chasser de son cerveau l'idée d'incurabilité qui tend à s'y fixer chaque jour davantage, et, si ce résultat est obtenu, il assure l'efficacité des autres moyens de traitement. Du reste, j'exposerai plus loin le traitement moral de la neurasthénie.
Comme dans la plupart des états hystériques et neuras-
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théniques, il y a trois indications à remplir : calmer le système nerveux, le tonifier, traiter certains symptômes. Pour remplir la première indication, il faut d'abord éviter toutes les excitations fâcheuses, toutes les causes propres à augmenter cette irritabilité maladive du cerveau, qui, dans les cas graves, est poussée à un très haut degré. — Beaucoup de blessés hystéro- neurasthéniques sont engagés dans un procès ; ils réclament une indemnité à une compagnie de chemin de fer, k un chef d'industrie. Pendant toute la durée du procès, ils vivent dans une inquiétude et une anxiété continuelles, craignant un insuccès. C'est là une condition très funeste à leur état mental qui s'aggrave toujours si les débats traînent en longueur. Il serait donc à désirer que les questions de ce genre fussent promptement tranchées. Il est vrai que des semaines et des mois sont parfois nécessaires pour établir le diagnostic et le pronostic avec quelque certitude. — Le traitement local des blessures sera dirigé avec prudence et modération . Les moyens violents, les excitations localesde toute nature peuvent aggraver et même provoquer les phénomènes morbides. Chez un malade de M. Charcot, l'application d'un bandage trop serré a transformé une paralysie flasque en une paralysie avec contracture. Des courants faradiques appliqués sans ménagements peuvent produire le mèmoi résultat fâcheux, car les muscles paralysés sont cependant très excitables. — Restent encore les questions du changement de milieu, de l'activité et du repos physiques et intellectuels, de l'alimentation, de l'hygiène, des agents physiques de traitement, des médicaments, etc. Toutes ces questions ne présentent ici rien de particulier ; elles sont étudiées au chapitre du traitement général. On trouvera dans le même chapitre l'exposé des moyens
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propres à remplir la seconde indication, celle qui consiste à tonifier le système nerveux. Deux moyens paraissent avoir plus d'efficacité que les autres, rhydrolliérapie et rélectricité. — M. Oppenheim recommande les eaux thermales de Nauheim et de Schwalbach. Outre leur action reconstituante, elles contribueraient à calmer les douleurs et à dissiper les raideurs musculaires du tronc et des membres. En France, nous avons des stations thermales analogues. Salins -Jura, Salins - Moutiers, Bourbonne, chlorurées-sodiques comme Nauheim, et Lamalou, riche en acide carbonique comme Schwalbach. Une vieille tradition attire à Lamalou la plupart des afiections chroniques du système nerveux.
Quelques symptômes réclament souvent un traitement particulier. Tels sont, parmi les symptômes neurasthéniques, rinsomnie, la céphalée, la dépression cérébrale, Tanxiété, les palpitations intenses, Fatonie gastro -intestinale. Le traitement de ces symptômes est exposé dans le dernier chapitre.
Il me reste à décrire les moyens conseillés pour traiter les principaux symptômes hystériques, tels que la paralysie, la contracture, Fanesthésie.
De la tliéorie pathogénique de M. Charcot on pouvait conclure à Tefficacité probable delà suggestion hypnotique sur la paralysie et la contracture de Thystéro- traumatisme. Jusqu'à présent, il n'y a pas d'exemple probant d'une paralysie ou d'une contracture hystéro -traumatique guérie par la seule suggestion verbale pendant l'état d'hypnotisme. Mais la plupart de ces paralysies et de ces contractures durent déjà depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois. Or, M. Charcot a fiait remarquer qu'il est d'autant plus difficile de détruire par une suggestion un
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symptôme nerveux produit par une autre suggestion, que ce symptôme est de date plus ancienne. — Certaines suggestions sont parfois plus efficaces que celles de l'hypnotisme. On sait que le simulacre d'une opération chirurgicale a réussi à améliorer des phénomènes hystériques et même à les faire disparaître. Dans sa monographie des névroses traumatiques, M. Oppenheim cite deux cas d'hémiplégie fonctionnelle qui furent améliorés à la suite de cette petite opération qui consiste à enlever un fragment de muscle pour en faire l'examen microscopique.
L'application d'un aimant sur les zones anesthésiques a donné quelques succès. Un gros aimant en fer à cheval est placé au contact de la peau, perpendiculairement à l'axe du membre anesthésique et paralytique. A propos de l'hystérie traumatique locale, j'ai donné la relation de deux cas de paralysie hystéro-traumatique de la main. L'aimant a été, dans un cas, le principal agent, et, dans l'autre, l'agent exclusif delà guérison. Le succès, quand on l'obtient, est généralement rapide. Au bout de quelques séances, quelquefois même dès la première application, la sensibilité reparaît au contact de l'aimant, puis la mim sensible s'étend de plus en plus et simultanément oe voit s'alténuer la paralysie motrice. Le retour de la sensilnlite s'accompagne souvent de sensations de picotement, de fourmillement dans la zone anesthésique. Dans quelque cas, il y a transfert ; l'anesthésie se transporte au point symétrique du membre opposé; de là, elle revient au membre primitivement atteint; pendant ces transferts successifs, qui parfois s'opèrent avec une grande rapidité, le plus souvent l'anesthésie va s'affaiblissant de plus en plus, <^t eUe finit par disparaître.
L'électricité statique réussirait souvent mieux quelagal-
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vanisation ou la feradisation dans le traitement des paralysieshjstéro-traumatiques. Les séances ont lieu deux ou trois fois par semaine, durent quelques minutes seulement et l'excitation porte de préférence sur les parties paralysées.
M. Berbez conseille la flagellation, avec le bord cubital de la main, de la région du crâne qui recouvre la zone corticale motrice correspondant au membre paralysé, procédé imaginé par M. Gauthiez, élève de la Salpêtrière. Ce procédé réussirait à détruire une paralysie récemment produite par la suggestion, mais il aurait l'inconvénient de laisser une céphalalgie pénible.
Le massage des muscles a été appliqué au traitement de la contracture hystéro-trauraatique. 11 réussirait surtout dans les cas où la contracture est de date récente.
Quand il s'agit d'une paralysie incomplète de la main, M. Çharcot recommande l'exercice systématique du dynamomètre. Trois ou quatre fois par jour, le patient cherche à exercer des pressions de plus en plus fortes avec sa main paralysée. C'est un moyen ingénieux de raviver, dans les centres corticaux moteurs, l'image obscurcie des mouvements intentionnels. Cette sorte d'autosuggestion de sens contraire peut aider à combattre les effets fâcheux de l'autosuggestion initiale dont procède la paralysie.
Lorsque la paralysie dure depuis longtemps, la faradi sation des muscles inactifs en maintient la nutrition, mais elle doit être pratiquée avec modération. Une paralysie ancienne s'accompagne parfois de rétractions fibreuses des tendons et des gaines tendineuses. Une fois l'impotence motrice disparue, il peut être nécessaire de sectionner ces brides fibreuses pour rétablir l'intégrité des mouvements.