‹ La Neurasthénie: épuisement nerveuxChapitre 45 sur 55 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Je ne vais pas jusqu'à dire que les agejits j^harmaceutiques doivent être entièrement bannis du traitement de la neurasthénie, mais il est certain que les traitements réellement efficaces ne mettent guère en œuvre que des ajjeubi physiques, diversement combinés. Gominen de neurasthéniques ont épuisé sans succès toute la série des médicaments employés dans les maladies nerveuses ! Il y a inème un véritable danger à faire usage de substances médicamenteuses, et ce danger réside dans la iléidorable tendance qu'ont ces malades a faire un abus graudissaitt de la morphine, des bromures, de la cocaïne, du chloral, de Tèther, c'est-à-dire de la plupart de ces médicaments qui, à un moment donné, leur ont été prescrits pour combattre quelques symptômes de leur maladie. C'est ainsi que l'épuisément nerveux finit par se compliquer d'une intoxication chronique, contre laquelle il est presque toujouns plus difficile de lutter que contre la neurasthénie elle même- Malades f t médecins doivent être bien convaincu-'^ qull

372 TUAITEMEXT DE I-A XtlilASTIIfcNIE

n'y a pas de spécifiques contre la neurasthénie, pas pins que contre beaucoup d'autres maladies chroniques." Pour bien traiter un malade atteint d'épuisement nerveux, du bon sens, du jugement et du tact sont des qualités plus précieuses que des connaissances étendues sur l'action des médicaments. Un neurasthénique suivait avec intérêt la publication dans un journal de médecine de mon premiCT travail sur la neurasthénie. Arrivé au chapitre du traitement, il eût une grande déception ; il n'y avait point trouvé le médicament spécifique qu'il espérait et qu'il attend encore.

11 faut bien connaître, non seulement l'état actuel du patient, mais aussi son passé, les conditions dans lesquelles il a vécu, son entourage et les causes qui ont présidé au développement de la maladie nerveuse. De cette enquête le médecin pourra tirer des indications fort utiles au point (le vue du pronostic et du traitement. Il est clair qu'il faut, autant que la chose est possible, supprimer les causes. Certains milieux sont funestes aux neurasthéniques. 11 peut donc devenir nécessaire de proposer un changement de vie et d'habituJes, temporaire ou même définitif.

11 y a quelques règles de prophylaxie, tirées de l'étude des causes. — Doit-on permettre le mariage aux neurasthéniques avérés? On ne peut guère le déconseiller absolument que dans les cas de neurasthénie héréditaire Si la maladie nerveuse est acquise, le mariage peut être permis, à la condition que le patient soit amélioré déjà et qu*il entre dans une famille indemne de toute hérédité névropathique. J'ai traité déjà la question plus délicate du mariage dans les cas de neurasthénie génitale. — Il faut diriger d'une façon toute particulière l'éducation des enfants dont le svstème nerveux manifeste de bonne heure

TRAITEMENT DE LA NKUHAïyTHËlNJE 373

une grande excitabilité, développer d^abord les forces pli}-siques, retarder la culture des facultés intellectuelles, écarter toutes les conditions propres h engendrer l'onanisme, et de toutes ces conditions la plus a craîurlre est rinternat du collège, surveiller avec sollicitude Tépoque périlleuse de la puberté, éviter le surmenage intellectuel de l'adolescence, choisir une carrière eu rapport avec les aptitudes et le degré d'énergie morale de rcnfaut devenu jeune homme. Une ambition exagérée, qui ne s appuie pas sur de solides qualités, conduit aux déceptions iiiévilables, et c'est là une des causes efficaces de la neurasthénie.

J. TRAITEMENT MORAL. — SUGOESTtOX IIYPXOTÏOUF;

L'influence morale que peut exercer le médecin sur le malade joue le plus grand rôle dans le traitement d« la neurasthénie. 11 est vraiment nécessaire, jjour assurer le succès de ce traitement, que le médecin sache gagner- la confiance du patient et possède sur lui uue autorité incontestée. Or la première chose à faire ])our ^u^ner la confiance du neurasthénique, c'est d'écouter paliemnient le récit de ses souffrances, de paraître y prendre un réel intérêt et de faire de sa personne un examen méthodique et complet. Convaincu qu'il a été convenablement examiné, le patient sera mieux préparé à tenir jjour vraies les con^ fidences que lui fera le médecin sur la nature de son mal, mieux disposé surtout à accepter le traitement qui lui sera conseillé. 11 est prudent, en effet, de no pas le laisser dans l'ignorance absolue de l'affection dojjL il souffre* Sans doute, il faut le rassurer, chercher h taire naître en lui l'espoir d'une guérison prochaine et lui citer des exemples

(le malades guéris. Mais, préciséraent pour atteindre ce but, il faut se garder de lui déclarer qu'il n'est point nullement malade. Il vaut beaucoup mieux lui avouer qii^ son état est très digne d'attention et de sollicitude, et fju\m traitement sérieux, peut-être un peu long, sera nécessaire pour obtenir le rétablissement de sa santé. Et Ton doit conclure en ajoutant que fort heureusement il n'existe pas de lésion organique véritable et que par conséquent la maladie est curable et nullement au-dessus des ressources de Tart.

Ce sont là des indications très générales. La conduite à tenir en face d*un neurasthénique et de son entourage varie naturellement suivant beaucoup de circonstances particulières; une grande part d'initiative est donc laissée à la prudence et au tact du médecin. On ne saurait croire c nubien les neurasthéniques apprécient cette attitude du in':ïtîcien à leur égard, surtout lorsque jusque-là ils n'ont jaiïjais rencontré, ce qui n'est pas très rare, que le scepticisme, l'indifférence ou la raillerie.

Il y a cependant un écueil à éviter. Cette attitude du médecin ne doit pas être faite seulement de sympathie et commisération. Il y faut aussi une certaine fermeté. Beaucoup de neurasthéniques déprimés ont besoin de trouver diiDs les conseils de leur médecin une direction morale dont il se sentent eux-mêmes incapables. Ce que Legrand t\u SauUe * a si bien dit du traitement moral de la folie du doute, est applicable au traitement d'un certain nombre ri 'états neurasthéniques, (c Si le malade ne reçoit que des corii^alations banales, et s'il transige avec vous sur un ou

1 Logrand du SauUe, Iai Folie dn doute arec délire du toucher, TnviK 1875.

TUAITKMENT DE LA NEUHASrHKKiE 375

plusieurs points, il s'éloigne désappointé et ne reTient jamais. Ce qu'il a tenu essentiellement a rencontrer chez le médecin, c'est une autorité qui commande à sa volonté et la subjugue, et non pas une affabilité rai^onnaust.^ qui discute ou capitule ».

Suggestion hypnotique. — 11 est beaucoup question aujourd'hui de la suggestion hypnoLique appliquée au traitement des maladies nerveuses et particulièrement des névroses. Je n'ai pas une grande expérience do cette méthode thérapeutique. Je l'ai tentée, mais sans aucun succès, dans plusieurs cas d'hysthéro -neurasthénie traumatique.

M. Bernheim* a obtenu, par la suggestion, ramèlîoratiun et la disparition de symptômes neurastiiûiuques. Les ob servations XL, XLII, et XLIII de son ouvrage sont des exemples de neurasthénie, dans lesquels la suggestîou a exercé une influence favorable sur la dépreb^sLoii cérébrale, la céphalée, l'insomnie, les préoccupations hypocondriaques. M. Bernheim parle même de guérisoa complète. Assurément le résultat immédiat n'est pas contet^table ; c'est un fait bien observé et on doit l'accepter. Mais les observations de M. Bernheim ne nous renseignant pas sur le:* suites éloignées delà suggestion. Le si^ynitonje amélioré ou guéri n'a-t-il plus reparu? L'état neurastliénique lui -même a-t-ilété favorablement modifié? Quand an a suivi pendant longtemps un certain nombre de malades et constaté la ténacité habituelle de ce trouble intime du système nerveux dont procède la neurasthénie, il est difricile d'admettre qu'il suffise de quelques séances de suggestioii hypnotique pour obtenir une guérison complète et définitive,

i Bernheim, 2>f la suggestion et de ses appii<'af t'ont à la thi^rapeu' tique, Paris, 1888, 2^ édition, p. 448.

376 THAITEMENT DE LA NEUHASTIIEMIE

Ctîtte méthode thérapeutique paraît même peu accep lable dans le traitement de la neurasthénie. Certains troubles nen^eux, observés chez les sujets soumis aux praliqueN de 1 hypnotisme, semblent prouver que la suggestion hj|itiolit[ut* n'est pas un moyen propre à relever la volonté et réaergie morale du patient. Or, c'est là une des indicatÎQtiâ fondamentales du traitement. M. Ziemssen * a même fait une critique sévère de Thypnotisme thérapeutique. On nepeut obleiiir, dit-il, que l'amélioration momentanée de troubles fonctionnels légers, non une action réellement efficace snv la maladie nerveuse elle-même, et, dans beaucoup de cas, Thypnotisation est vraiment nuisible. Si queli^iies symptômes isolés peuvent être supprimés, ils le sont au prix du développement d'un état cérébiol pathologique, substitué à un autre état pathologique,carrhypnose ne peut être envisagée comme un état normal*

Une seule suggestion peut être vraiment utile dans le traiteioetit dt! la neurasthénie, et d ailleurs n'est pas une véritable suggestion ; c'est celle qu'un médecin persévérant pratique, sans hypnotisme, sur le patient à l'état de veille. Par ses paroles, ses actes et son attitude, il s'efforce de faire pénétrer peu a peu dans le cerveau de son malade, l'idée qu'il n'est point atteint d'un mal incurable, mais d'une affectioti purement fonctionnelle et sans aucune lésion organique du système nerveux. Cette sorte de suggestion, qui i/est jamais dangereuse, est profitable aux neurasthéuiques tourmentés par des préoccupations hypocondriaques ou par certains états d'anxiété. Nous avons vu que Perroud, bien avant qu'il fût question d'hypnotisme théra-

* ZîenisMifi), Munc/i mcd, \Vochi:ns.^ 18S9, n« 31.

TKAlTKMliNT DE LA NEL'liASTJIESJE 377

peutique, a traité avec succès lagorapliobie par cette simple suggeslion à Tétat de veîUa*

H. TRAITEMENT SYSTEMATIQUE DKM, WEIR MITCHKLL

Sans doute un traitement unique, systématique, ne saurait indifféremment convenir à toult^?^ les formes de la neu* raslhénie. Il y a lieu, au contraire, d'individualiser le traitement suivant les indications que comporte chaque cas particulier. C'est là un précepte que sont unanimes à reconnaître et à mettre en pratique tous les médecins qui ont observé et traité un certain nombre de neurayLhétaques.

Cependant il est un traitement léellemeut systématique et qui a donné déjà des preuves d'une très remarquable efficacité. Je veux parler du h'aitement proposé par M. Weir Mitchell dans certaines formes de l'hystérie et de la neurasthénie. Il me paraît indispensable de commencer par Texposé de cette méthode tiiéra peu lique. Elle a été lorigine des progrès accomplis dana le traitement de Tépuisement nerveux. Elle nous a fait mieux apprécier la supériorité des agents physiques sur les médicaments. Enfin elle s'adresse particulièrement aux formes graves et itivè-tèrées de la neurasthénie.

Je vais décrire aussi fidèlement que possible le traitement de M. Weir Mitchell. Ce traitement est le résultat d'une longue expérience. Aussi me parait-il bien préférable de l'appliquer intégralement, que de cherclier k y introduire des modifications, du moins quand il s*agit d'un cas réellement grave et invétéré. J'ai la conviction, fondée d'ailleurs sur une expérience personnelle, que c est lii le seul moyen de faire sortir certaines femmes tjeurastJiéniques

C/r 1 rCit li j^-ui^ iâ:>4 I-^T^rrl ell^e* TJTe:Lî ceç-ois des ':- ;i:^r. e: * ,.* l'ar^iai i-r La tl-era^^cu'^riie ies maladif^

CHt« rr.^::. .e pe--î paraître f«jrt êîrar^e aux médecins \ah'Xu:h'^ L { Iv^ harmâcle et cr^TaÎLCus que Fusage des no^ JicaiiieriU est la ba>e L»-Of-saire de toute thérapeutique. (!^feLtl2iUi. quicoLque r»-2ecàira sêrieu^eIIleDt aux ibdicaiï'jufi que coifr^jiie le traitemeiit de repoisement nerv«ix, surtout quaiid il s'agit d'une forme graTc et invétérée, n'€i'Uh3dm que la mêtL^yie de M. WeirMichdl remplit iti^ txeureuherneut toutes ces iodications. L'auteur amérieain a fiarticulièrement en Tue ces femmes neurasthéniques, nu** IfïorH souffrances prolongées et leur asthénie profonde cfifidamnent a une inactivité perpétuelle, au lit ou à la éhni^i* longue, dont les unes sont encore grasses, mais aiM''niJqu'*s, dont les autres sont tout à la fois anémiques et inaif^n''^. A celles-ci, il faut refaire du sang et de la graisse, il celloit«Iâ surtout de sang. Remplir cette première indication, c'est commencer à remplir cette autre indication qui n^msiste à restaurer d'une façon durable les forces défaillûîiles du système nerv^eux. Il faut aussi relever l'énergie morale des patientes, car la déchéance de la volonté, higuû commun de toutes les formes anciennes de la neurastlii'tiii^s «st un obstacle au succès de tous les moyens de traitf^nii'iit.

ExfHïflé de la méthode. — Les agents que met en œuvre M, Wm' Mitchell ne nont pas nouveaux; ce qui est tout h fait original, c'est la combinaison systématique de ces iigcMils thérapeutiques. Ce sont : l'isolement, le repos, le lïirtwan^^fS rélectricité, une certaine diététique aboutissant à la »urnlimentation«

'fUAITEMENT DE L\ KErRÂ.STIlëNlK 379

L'isolement est vraiment indispensable, et d'autant plus que la maladie est plus ancienne et plus grave, non pas risolement relatif, dans une chambre de Tapparterneat* mais risolement complet, durable, hors de la maisoD et de la famille. M. Weir Mitchell et AL Playiair ont parliculièrement insisté sur Tabsolue nt'cessité de Tii^olement complet. L'expérience m'a montré la parfaite exactitude de leurs assertions. Quand il s'agit d'une forme grave de la neurasthénie, on ne réussit jajnais en appliquant le Iraîtement de M. Weir Mitchell à domicile.

Voici, d'ailleurs, en quels termes saisissants l'auteur américain démontre tout a la foisTurgence et refficacitê de l'isolement* : « Séparez la malade de Tentoiirage moral et matériel qui est devenu partie intégrante de sa vie de valétudinaire, et vous aurez amené un changement, non seulement excellent par lui-même, mais encore extrêmement avantageux au point de vue du succès du traitement que vous vous proposez d'appliquer. Faut-il dire que ce premier pas n'est pas essentiel quand la malade, anémique^ affaiblie et amaigrie, est tombée dans cet état par des causes bien définies, telles qu'un surcroît de travail ou une dys* pepsie prolongée; j'ai surtout en vue ce groupe considérable et si difficile à manier de femmes émotives, à sang trop clair, pour lesquelles un mauvais état de santé est une habitude ancienne, on pourrait presque dire chérie, Pout ces dernières, il n'est souvent point de succès possible que l'on ait arrêté ce drame quotidien qui se joue dans la chambre de la valétudinaire, et qu'on en ait fini avec cet égoïsme et ce besoin impérieux de sympa lliie et de tolérance. In sis* tons donc sans hésitation pour obtenir ce changement, car

i Weir MitcheU, loc, oit,, [p. 39.

non seulement nous agissons dans le plus grand intérêt de la malade, mais encore dans l'intérêt de son entourage. Une jeune hystérique, comme le dit Wendell Holmes, dans son slyle si frappant, est un vampire qui suce le sang des personnes en bonne santé qui l'entourent. J'ajouterai que là où se trouve une jeune hystérique se trouveront probablement, tôt ou tard, deux femmes malades. »

Il faut donc soustraire la patiente au milieu dans lequel elle a longtemps vécu et souffert, la sortir de celte atmosphère de sympathie et de tendresse exagérée qui, loin d'y porter remède, entretient et aggrave tous les jours celle déchéance morale, si funeste au rétablissement des forces du système nerveux. Toutes relations seront interrompues avec la famille pendant un temps dont le médecin lui-même fixera la durée.

Dans une grande ville, on peut placer la malade dans un appartement spécialement disposé pour la recevoir et la traiter. Il est souvent préférable de la conduire dans un établissement, une maison de santé par exemple, où elle trouvera tout à la fois une direction mélicale compétente et des garde-malades suffisamment intelligentes et exercées pour appliquer les différents moyens dont se compose le traitement. En France, nous possédons peu d'établissements de ce genre, et c est là une réelle difficulté du traitement de la neurasthénie.

Une garde-malade est spécialement attachée au service de la patiente. Comme le fait judicieusement observer M. Playfair, toutes les femmes ne sont pas également pix)pres à remplir ces fonctions. Il serait absurde de donner pour compagne à peu près unique, pendant des semaines et même pendant des mois, à une femme souvent intelligente et bien élevée, une autre femme absolument illettrée et

fe

TRAITEMENT DE LA NKL'RASTUEME 3^^

grossière. Ln garde-malade doit être douée d'un bon caractère, assez aimable et bienveillante pour ne pas exciter l'aversion et la haine de la patiente, assei; ferme pour exercer sur elle un certain ascendant, asst^z intelligente pour l'aider k passer sans trop de peine, et même agréablement, les longues heures de sa caiitivitè. Elle doit être capable de faire convenablement la lecture et de causer avec quelque à- propos. Ce sont la de minimes? détails, asisuré^ ment; pourtant ils ne paraîtront ni fastidieux, ni superflus à ceux qui ont été aux prises avec les difficullè^s que présente à chaque instant le traitement de la neurasthénie féminine. La garde-malade peut (lie même pratiquer le massage, si elle possède une force musculaire suffisante, ou bien on a recours à la main plus vigoureuse et plus exer-^ cée d'une masseuse ou d'un masseur de profession. Quant à lelectrisation, une garde-malade bien choisie saura toujours l'appliquer très convenablcinefit, lorsque le médecin lui aura montré la façon de procéder*

Ainsi séparée du monde extérieur, la patiente rente en tête-à-tête avec sa garde, et ne reçoit pas d'autres visites que celles de son médecin. Ia' rôle de celui-ci consiste à diriger le traitement, à s'assurer que les prescriptions en sont exactement remplies, à faire naître la confiance dans l'esprit de la patiente, et à exercer par son attitude, par ses actes, par ses paroles, cette direction morale si nécessaire au relèvement de la volonté défaillante- Ce rôle est toujours délicat, quelquefois difficile; pour y réussir» trois qualités sont nécessaires, la fermeté, la patience et le tact.

Il s'en faut que l'isolement soit toujours bien toléré, du moins pendant les premiers jours» Plus d'une fois, Tiaolement est immédiatement suivi d une recrudescence de tous

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les malaises et de tous les symptômes neurasthéniques, et la patiente, se laissant aller à une violente agitation, réclame la fin de son supplice et demande à rentrer dans sa famille. M. Playfair raconte Thistoire d'une de ses malades, neurasthénique invétérée, traitée par la méthode de M. Weir Mitchell, et qui, pendant les premiers jours de son isolement, eut de tels accès d'excitation, qu'elle mit en émoi tous les malades de l'établissement, dont le directeur fut sur le point de réclamer son éloignement. Cette sorlp iio, révolte finit toujours par se calmer, et bientôt la patiente s'habitue à cette vie nouvelle, si profondément «Hfférente de celle qui lui était faite dans sa famille. Les divers Incidents du traitement, le massage, la faradisation, les repas, la lecture, la conversation, les visites du médecin, remplissent suffisamment les heures de la journée. C'est même une discipline très salutaire pour l'esprit, que de ré^der systématiquement l'emploi du temps, surtout lorsqull est enfin permis à la malade de se lever et de se livrer elle-même à quelques occupations. Il semble que la réclusion et le changement si radical de toutes les habitudes doivent aggraver la plupart des symptômes neurasthéniques, l'insomnie par exemple, si commune dans beaucoup <1h formes de l'épuisement nerveux. Or il n'en est rien, et Tun des plus salutaires effets de l'isolement est de ramener la régularité du sommeil.

La durée de l'isolement ne saurait être fixée a priori d'une façon absolue ; elle varie naturellement dans chaque cas parliculier. Le meilleur juge de cette question, c'est le médecin lui-même, qii a suivi d'un œil attentif les progrès de l'amélioration de l'état moral de la patiente. Le résultat qu'on demande à l'isolement, c'est de rompre définitivement avec les habitudes de tendresse et de sym-

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patliie exagérées, de restaurer la volr>Dté. <lo relever rénergie morale et de rendre la jîatienle capablo de supporter sans fléchir les difficultés tl les soucis de la vm commune. Lorsque ce résultat est obtenu, risuli^rneiiL peut être cessé, non seulement sans ineonvéïiients, ïmm avc?c de réels avantages. En général, la séquestration dun^ deux à trois mois. Dans un cas que j'ai récemment traité, l'isolement a été prolongé pendant cinq mois. Ce ii est que vers le quatrième mois, que parut une amélioration évidente des symptômes neurasthéniques, en j^artieulier de l'impotence motrice des membres inférieurs.

M. Weir Mitchell est d'avis qu1I vaut mieux pratiquer l'isolement pendant l'hiver que pendaiil Tété. En liiver, la réclusion est moins pénible qu'en été, et» dit-il, il est plus facile d'engraisser les maladc^s. Cependant, l'isolement est tolérable, même pendant Tété, surtout si la maison de santé se trouve à la camjiagne.

Le repos est le deuxième éléuieat du traitement de M. Weir Mitchell. Nous supposons toujours un cas de neurasthénie grave, invétérée, într^^essant également les centres cérébraux et les centres médullaires; hi patiente est tout à la fois cérébrasthénique et myéksthénique. Dans un cas de ce genre, le repos est encore indispensable, comme l'isolement. C'est d'un repos complet, absolu, qu'il s'agit, au moins pendant les premières semaines du traitement. La patiente est couchée, au lit, dans le décubitus horizontal, condamnée à l'inactivité totale, au calme et même à un silence relatif. C'est tout à la fois le repos du corps et de l'esprit. Dans les cas de neurastliénie intense, il n'est même pas permis h la malade de se servir de ses mains pour manger, ni de se lever pour satisfaire h ses besoins naturels. Sur ce point, rlle doit éln^ trait*!^

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comme un malade atteint d'une fièvre grave, adynamique. M. Weir Mitchell a remarqué que, du moins au début du traitement, les repas sont mieux tolérés et peuvent être plus copieux, lorsque les aliments sont donnés par la garde elle-même, lentement, morceau par morceau. J'avoue que je n'ai pas poussé jusque-là la prescription du repos. J'ai toujours permis à mes malades de manger seules et de se lever pour leurs besoins naturels, du moins quand elles étaient capables de le faire.

Comme l'isolement, cette immobilité est assez péniblement supportée pendant les premiers jours, puis la malade ne tarde pas à s y habituer et à en ressentir l'influence salutaire. Cette influence s'exerce tout à la fois sur le cerveau et sur la moelle épinière. La cessation aussi complète que possible de toute activité dans les centres intellectuels, sensitifs et moteurs, est évidemment une condition •favorable, et d'ailleurs nécessaire, a la nutrition et à la réparation des éléments nerveux, épuisés par la longue liabitude d'un fonctionnement déréglé. Ajoutons encore que cette restauration de la force nerveuse sera bientôt accélérée par un autre élément du traitement, une certaine diététique aboutissant promptement h une véritable suralimentation. De là le retour du sommeil, la diminution de l'excitabilité des sens, l'apaisement des sensations douloureuses et des états d'anxiété, la disparition des troubles si communs de la circulation, et le relèvement de la force motrice, lorsque plus tard viendra le moment de se lever et de marcher.

Tels sont les avantages du repos. Mais il a des inconvénients. 11 tend à diminuer l'appétit, à ralentir les fonctions de l'estomac déjà languissantes, à augmenter encore la constipation, et, en laissant les muscles inactifs, à en

THAITEMENT DE LA NEl HASTUÈNlJî 3ttÔ

troubler la nutrition et la circulation. C'est ici qu'interviennent les autres agents du traitement^ le roassagf^, la faradisation des masses musculaires et les mouvt^ments passifs, communiqués à toutes It^y articulations. L'ingénieuse combinaison du repos au lit et de ces agents physiques réalise précisément ce desideratum du traitement des formes graves de la neurasthénie: laisser les centres nerveux dans une inactivité complète, et eei>ondant ne pas interrompre le fonctionnement des organes ilo la vte de relation, muscles et articulations, en d'autres termes faire de Texercice musculaire et conserver rintluence favorable de cet exercice sur les fonctions dig^.^sstivea et sur la circulation, avec la moindre participatitiu possible des centres nerveux encéphaliques et médullaires. Fiwlh sont écartés les inconvénients du repos et de rimnmbilité; la circulation et les fonctions digestives, loin de subir une déchéance fâcheuse, peuvent, au contraire, reprendi'e une nouvelle activité.

Le repos est dosé suivant le^ indications propres h chaque cas particulier. Dans la forme grave et invétérée que nous avons supposée, Tim mobilité est complète et absolue pendant les premiers jouiï^. Après cette première période, il est permis à la malade de s'as^seoir sur son lit pendant une, deux ou trois heurtas chaqu** jour. Au ct)mmencement du deuxième mois, elle se lève et reste assise une ou deux heures, soit dans la matinée, soit dans l'après-midi, par exemple au moment des repas. Dans la seconde quinzaine de ce deuxième mois, la station verticale est tolérée pendant six, huit ou dix heures. C*c&t à ce moment que commencent les tentatives de marche, précédées de séances de mouvements communiqués ans grande.^ articulations, et réglées de façon à aiigmentvr progressi-

BouYERET, I^ Neurasthénie. 1^5

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vement la durée de l'exercice musculaire. Dans le cours du troisième mois, la convalescente reprend peu a peu, si le cas est favorable, toute ractivité d'une femme bien portante. Elle reste au lit huit heures environ, debout toute la journée, et peut être désormais rendue à la vie commune. Mais il n y a pas de règles absolues. J'ai cité tout à l'heure l'exemple d'une malade qui fut isolée pendant cinq mois et garda le repos pendant près de quatre mois. Il est même important de ne pas permettre à la malade, souvent trop impatiente, de se lever ni de marcher trop tôt, sous peine de voir reparaître Tasthénie et de provoquer wïiv véritable rechute.

Faire lever la malade, diriger ses premiers pas, la conduire peu à peu jusqu'à récupérer l'activité physique d'une f(*mme bien portante, c'est là vraiment le point délicat et déri^jf du traitement. C'est à ce moment là que le médecin a [nui k fait besoin de posséder l'entière confiance de la lualade et d'exercer sur elle une autorité morale depuis Iot*gtemps bien établie.

ÏA* massage est avant tout un moyen de parer aux iiU'OïtTÔnicnts du repos. Il imprime aux muscles une sorte de fuijctionnement passif, sans intervention du système nerveux, et qui prévient les fâcheux efl'ets de l'inactivité musculaire. Il agit également sur la peau dont il ranime la circulation et les sécrétions.

Dan8 les observations de M. Weir Mitchell, cette infliïencL^ favorable du massage sur le fonctionnement et la nutrition des muscles est démontrée par une légère élévation Je la température centrale, une accélération sensible dos battements du cœur et même un léger accroissement de r excrétion de l'urée, phénomènes plusieurs fois constatés à la suite d'une séance de massage.

TRAITEMENT DE LA NEURASTllÈXIK ^f

Il n'est pas toujours nécessaire d'avoir recours à une masseuse de profession ; avec quelque intelligence et une force physique suffisante, une garde -malade peut très convenablement pratiquer cette opération.

Le massage comprend divers temps : le pin cernent et la friction de la peau et du tissu cellulaire sous-cutane, la malaxation, puis la percussion des masî^es musculaires^ la mobilisation des articulations. — Pour pratiquer le pincement, on saisit la peau entre le pouce et les antres doigts de la main, et on la fait glisser sur le tissu cellulaire sou;^jacent. L'opération, facile dans les régions oii le tis.su cellulaire est lâche et la peau mobilet exige plus d'attention dans les points où le tégument est plus adhérent aux aponévroses. Le pincement est d abord modéré, de courte durée, puis, progressivement, on peut, sans causer de véritables douleurs, en augmenter k force et la durée. — Les frictions sont exercées avec le plat ou le bord cubitnl de la main, généralement de rextrémité vers la racine des membres, de façon à favoriser le cours du sang lîes capillaires vers les troncs veineux. — Pour malaxer les masses musculaires, il convient de les placer d'abord dans le plus grand état de relâchement possible; inns'i les mnsclos du mollet sont relâchés au maximum i>ar la flexion de la jambe sur la cuisse. L'opérateur saisit la niasse rau3culaire qu'il s'agit de malaxer alternativement avec Tune et l'autre main, en se servant plutôt du talon que du bout du pouce ; il serre, presse les différents points d'un même muscle à plusieurs reprises, procédant d'abord avec douceur puis avec une énergie croissante. — La percussion des muscles s'exerce avec le bord cubital de la nmn ; tKï frappe une sérivî de petits coups vils, brefs, sur le corp:* charnu des muscles, et il arrive assez souvent que cette

388 TRAITEMENT DE LA iNEUUASTHENIE

percussion, bien faite, provoque la contraction des fibres musculaires. — Les articulations, petites et grandes, sont mobilisées, en divers sens, en imprimant des mouvements variés et aussi étendus que possible aux différents segments des membres, des doigts et des orteils. Vers la fin du traitement, lorsque bientôt la malade devra se -lever et marcher, M. Weir Mitchell conseille d'imprimer de grands mouvements aux jointures des membres inférieurs, suivant la méthode suédoise, c'est-à-dire pendant que la malade elle-même s'efforce de résister à ces tentatives de mobilisations des articulations.

Ces diverses manœuvres sont exécutées successivement sur le pied, la jambe, la cuisse, la main, Tavant-bras, le bras, puis sur les régions du tronc ; il n'y a lieu de respet:ter que les muscles de la face et du cou. M. Weir Mitchell insiste particulièrement sur le massage des gouttières vertébrales et de l'abdomen. Le massage du dos est, en effet, plus difficile, en raison de la forme et de la situation des muscles. Quant au massage de l'abdomen, il ne doit pas être négligé, surtout dans les cas très communs DU l'atonie gastro-intestinale accompagne les autres sympluraes neurasthéniques. Ce massage abdominal intéresse, non seulement la paroi abdominale, mais aussi la mas.se intestinale elle-même. La paroi abdominale, le plus souvent très amaigrie, permet assez facilement d'atteindre les organes sous-jacents par le pincement et la malaxation. Il îmjiorte d'agir sur le gros intestin. Des pressions et des frictions, d'abord modérées, puis de plus en plus énergiques, sont exercées sur le trajet du caecum et du côlon, en procédant suivant la direction des mouvements péristaltîqiies ; c'est là un excellent moyen de combattre la constipïition, et de beaucoup préférable h l'emploi des purgatifs.

Pour faciliter ces diverses opérations du massage, îl est bon d'oindre la peau, soit avec de la vaseline, soit avec de l'huile d'amandes douces aromatisée avec quelques goutt^'s d'une essence. Chez l'homme il est souvent nécessaire de raser les poils. Chaque segment de membre qui vient d*être massé est enveloppé de flanelle, pendant que les diverses manœuvres sont continuées sur les régions voisines.

Il faut une heure au moins pour masser convenablement tous les groupes musculaires. Au début du traitement, les séances sont courtes; elles durent vingt à trente minutes, puis la durée en est progressivement augmentée. Pendant les premiers jours, toutes les manœuvres sont pratiquées avec une certaine douceur, puis peu à peu rénergie en est augmentée, si bien que, sans provoquer do la douleur, un masseur habile peut déployer une grande force musculaire.

Sous l'influence du massage, la peau rougit, la circulalion capillaire y devient plus active, et les troncs veineux sous-cutanés, auparavant afiaissés, se remplissent de sang et deviennent très appréciables sous la peau. Ce résultat est obtenu après quelques semaines de massage régulier et méthodique. Bien appliquées, toutes les opérations dont se compose une séance ne doivent produire ni douleur ni trace d'ecchymoses sous-cutanées. Au début, les malades supportent le massage avec quelque peine, parfois même l'excitation augmente après une séance un peu prolongée; mais bientôt l'accoutumance s'établit, et chaque séance est suivie d'une sensation de fatigue agréable, comparable à celle qu'éprouve un homme bien portant après une promenade de quelque durée. Beaucoup de femmes neurasthéniques ont des douleurs un peu partout, surtout dans l'abdomen; au début du traitement, elles redoutent

fort le massage de ces régions douloureuses. Or il est remarquable que, au boul de quelques jours, du moins si la masseuse procède avec un peu d'habileté, le massage est toléré, même dans ces régions où le simple attouchement provoquait de vives douleurs.

Le massage est pratiqué pendant six semaines au moins. Il est interrompu au moment des règles. Au début, on ne masse que pendant une demi-heure par jour ; un peu plus lard, la séance dure une heure, et généralement il n'y a pas lieu de la prolonger davantage. Vers la fin du traitement, on revient aux séances d'une demi- heure, et bientôt le massage n*a plus lieu que tous les deux jours. On le cesse entièrement lorsque la malade reste debout toute la journée et va bientôt reprendre la vie commune.

L'électricité remplit à peu près les mêmes indications que le massage. M. Weir Mitchell se sert de courants interrompus et recommande les intermittences lentes, lesquelles sont, en effet, mieux supportées que les intermittences rapides. Le courant est appliqué successivement sur toutes les masses musculaires, de façon à y provoquer des contractions répétées. A toutes les électrodes, M. Weir Mitchell préfère les éponges humides. Elles conduisent mieux le courant, et l'application en est moins douloureuse. Le courant peut être appliqué directement sur les muscles, mais il vaut mieux placer une électrode sur le corps charnu du muscle, et l'autre sur le point excitable du nerf qui s'y distribue. Chaque séance de faradisation dure une demi-heure à une heure, avec de nombreuses interruptions. La séance de massage ayant lieu dans la matinée, ceUe de faradisation est pratiquée dans l'aprèsmidi.

A cette faradisation du svslème musculaire, M. Weir

TKAITEMENT DE LA XKL'RASTÎlÊXlE ^91

Mitchell ajoute encore la faradisation géïiêrale, suivant la méthode de Beard et de Rockvell cfiie je décpirai plus loin.

Les effets des courants induits sont a pou près les mêmes que ceux du massage; ils sont généralement plus prononcés. Cependant M. Weir Mitchell préfère le massnge et, s'il doit renoncer à Tun de ces deux agents, il renonce l)lutôt à l'électricité. Les courants induits activent Ir nutrition des tissus qu'ils traversent. En provoquaiit la con- Iraction énergique de tous les muscles, ils favorisoixt la circulation, car chaque muscle, en se contractant^ chayye le sang qu'il contient vers les troncs veineux, h la maiiiére d'une sorte de cœur périphérique. Ccst la un résultat évidemment très favorable, dans une maladie ou h's stases veineuses se produisent si facilement aux extrémités de l'appareil circulatoire.

C'est assurément un difficile problème que celui de la suralimentation et même de ralimentatinn d'une femme nerveuse, épuisée par la longue durée de ses souffrances, et chez laquelle les symptômes neuraslhéuiiiues s*accompagnent fort souvent d'atonie gastro-intestiuale ancienne; Les difficultés augmentent encore si Ton condamne la malade au repos absolu, dans le décubitus horizontal, en lui interdissant tout mouvement actif des bras et Llisjamb^^s, M. Weir Mitchell a résolu le problème, précisément par la judicieuse combinaison des moyens qui composent son traitement. Le massage et la faradisation agissent indirectement sur les fonctions digestives qu'ils stimulent, comme le ferait l'exercice musculaire volontaire. En effets après quelques jours de massage et de faradtsatiou, Tétat des fonctions digestives s'améliore, les aliments sont mieux tolérés, et, dans beaucoup de cas, mais non dan.s tous

392 TRAITEMENT DE lA NEURASTHÉNIE

cependant, on peut en augmenter progressivement la quantité, au point d'arriver en huit, dix ou quinze jours, à une véritable suralimentation.

Cette question de diététique a une grande importance ; aussi je vais reproduire aussi fidèlement que possible les préceptes qu'a formulés M. Weir Mitchell. 11 est bon de débuter par le régime lacté, à peu près dans tous les cas, mêm'^ chez les neurasthéniques anémiques et maigres. Cependant le régime lacté exclusif, comme régime initial, est plus particulièrement indiqué chez les femmes douées d'embonpoint. Le plus souvent cette surchage graisseuse n'est pas de bonne nature, et ces femmes sont en même temps obèses et anémiques. D'après M. Weir Mitchell cet état est fort difficile à traiter, et le traitement donne des résultats moins rapides et moins sûrs que chez les neurasthéniques amaigries. La femme obèse et anémique prend chaque jour, en plusieurs fois, deux litres de lait écrémé. Elle est pesée tous les jours, et la dose quotienne de lait est progressivement restreinte, jusqu'à ce qu'on ait obtenu une perte sensible de poids. En procédant ainsi, M. Weir Mitchell parvint a obtenir une perte de 23 livres en trois semaines, chez une femme qui pesait 1G3 livres. C'est alors que le régime alimentaire fut modifié. La patiente reprit son poids initial, mais elle eut un embonpoint de bonne nature et refit en même temps de la graisse et du sang. Dans les cas où les symptômes dyspeptiques sont très prononcés, cette diète lactée aurait, en outre, l'avantage de les dissiper assez promptement, et de préparer ainsi l'estomac à recevoir et à digérer une nourriture plus copieuse et plus réparatrice. Je dois faire observer cependant qu'il n'est pas toujours aussi facile de triompher de l'atonie gastro-intestinale; plusieurs fois il m'a été impossible

TRAITEMENT DE LA NEURASTllÉMlii 393

d'arriver à la suralimentation, même en sutvaiU rigou* reusementles règles posées par M, Weir Mitcliell.

Après six à huit jours de diète lactée, la patieute fait un léger déjeuner. Deux jours plus tard, elle mange une côtelette à midi ; deux ou trois jours ensuite, on lui douiie deux ou trois fois par jour du pain <n du beurre. En augmentaiit ainsi progressivement la ration olimen taire, la patiente arrive, au bout de dix jours environ, à fairf trots repas complets par jour, et elle continue en outre à prendre un ou deux litres de lait, soit aux repos, soît dau.s V intervalle des repas. Aux aliments îiabituels il e&t bon de joindre, et de faire prendre aux repas, deux onces d'extrait de malt liquide. M. Mitchell recammamîe IVxtrait tb J. Hoff. On arriverait plus facilement k faire tidértT do grandes quantités d'aliments, en le^ faisant donner par la garde, qu'en permettant à la malade de se nourir elkmême. 11 est important que le beurre entre iiour une large part dans l'alimentation . M. Mitchell recommande encore une préparation culinaire qu'il nomme soupe de bceuT C'est une sorte d'infusion de viande de bœuf, préparée au bain- marie, à la température de 110" F. ei additionnée de quelques gouttes d'acide chlorhjdrique. L'infu^ton est filtrée, et c'est ce liquide filtré qm* la patiente boit en deux ou trois fois dans la journée. En hiver, M* Mitchell donne de l'huile de foie de morue, une ou deux onces après chaque repas. Si l'estomac tolère mal cette huile, on la fait prendre en lavement, associée à une infusion de pancréas préparée à une douce température. Ce lavement alimentaire irrite quelquefois l'intestin, mais souvent aussi il exerce une simple action laxative, très utile chez des malades habituellement très constipées. Les boissnns alcooliques ne sont pas proscrites ; il convient cependant

394 TKAlTKMENT DE I.A NET IIASTHENIE

d*en user avec modération. On donne une once de whiskv par jour ou deux ou trois verres de Champagne sec. L'usage modéré de l'alcool favoriserait l'engraissement.

Cette suralimentation expose bien à quelques inconvénients. 11 faut surveiller Turine. Il peut arriver qu elle dépose d'abondants sédiments d'urates. C'est un indice que la suralimentation a été poussée trop loin. Il convient alors de dixninuer la quantité des aliments azotés, jusqu'à ce que l'urine devienne de nouveau parfaitement claire. Les retours offensifs de la dyspepsie ne sont pas très rares. On y remédie en diminuant encore la quantité des ingesta, ou même en revenant pendant deux ou trois jours à la diète lactée.

Les médicaments tiennent peu de place dans cette méthode thérapeutique. Cependant M. Weir Mitchell ne les rejette pas absolument. Pour combattre la constipation, il a)nseille, dès le début du traitement, le café noir le matin à jeun, et, le soir, vers dix heures, une pilule de cinq à dix centigrammes d'extrait aqueux d'aloès, ou encore une pilule dans laquelle Taloès est associé au fiel de bœuf desséché. L'extrait liquide de malt est destiné à favoriser la digestion et à suppléer à l'insuffisance du suc gastrique. Pour combattre l'anémie, quand elle existe, M. Mitchell conseille le fer, et particulièrement le sous-carbonate de fer à doses assez élevées. L'usage du fer est commencé vers le milieu et continué plus ou moins longtemps après la fin du traitement. Enfin, au moment où la malade va marcher, on lui donne quelques petites doses de sulfate de strychnine.'

Beaucoup de femmes neurasthéniques ont contracté depuis longtemps, au moment où elles sont soumises au traitement, l'habitude funeste d'abuser du chloral, de la

TRAITEMENT DE LA NEritAMTlïEKlE 395

morphine, des bromures, de la cocaïne. Il va sain? dire qu'il faut arriver promptement à la suppression complète et définitive de tous ces médicaments. ,L'îsoIemeot et la diète lactée permettent d'arriver il ce résultat facilement et dès les premiers jours.

Indications. Résultats. AppréciatiOES — Telle e^^t la méthode thérapeutique de M. Weir Mittchi'U, Evidemment elle n'est pas applicable à (ous les cas d'épuisement nerveux, ou plutôt toutes les formes de la neurasthénif , même chez la femme, n'ont pas besoin d'être aus^i rigoureusement traitées. Cette méthode est indiquée dans les formes graves et invétérées, toutes les fois que la volonto et l'énergie morale ont subi une profond*} atteinte.

Avant de décider l'application <ie la métliode de M. AVeir Mitchell, il y a lieu de faire un examen complet, et cet examen doit porter particulièi-erneut sur l'utérus et les annexes. S'il n'y a aucune lésion utérine ou pêriuténne, on peut appliquer ce traitement s^ans hésitation et avec beaucoup de chances de succèî^. I/cxistence bien constatée d'une lésion de ce genre est- elle une contre-iadication? M. Playfair incline à se prononuer dans ce sens, 11 est vrai que, dans ces conditions, le siiccèi^ est moins sûr. Cependant je ne crois pas que la contre-indication soit absolue, surtout s'il s'agit d'une lésion qui depuis longtemps a dépassé la période d'acuité* Une de mes malades avait été, plusieurs années auparavant, opérée avec succès d'une fistule vésico-vaginale, mais l'utérus était entouré de brides cicatricielles qui le maiutenaieul dans une position vicieuse. Elle dut néanmoins au traitement de M. Weir Mitchell une guérison complète. Seules, les lésions aiguës ou subaiguës, utérines ou périut(Tin<-s, doivent être envisagées comme de réelles contre- in il îcalii JUS. Dan.s les autres

cas, on peut bien tenter l'épreuve du traitement systématique de M. Weir Mitchell, en faisant, il est vrai, les réserves nécessaires sur le résultat de ce traitement.

Lorsque, dans une famille, on propose une pareille méthode thérapeutique, on est à peu près certain de rencontrer une très vive opposition, soit de la part de l'entourage, soit de la part de la malade elle-même. C'est surtout risolement qu'il est difficile de faire accepter. Cette séparation brutale choque nos mœurs actuelles; elle soulève les protestations très vives d'un mari, d'une sœur, d'une mère. Comment éloigner de sa famille cette pauvre femme, malade depuis si longtemps, et qui a tant besoin des soins assidus, de la sollicitude, de la tendresse de tous les siens? Le médecin ne doit pas désarmer aux premières objections qui lui sont faites, et il est fort rare que, du moins dans un milieu intelligent, il ne réussise pas à faire accepter la nécessité de l'isolement. Pour mon compte, j'ai réussi dans plus de la moitié des cas. Du reste, il en est de ces femmes neurasthéniques comme des jeunes filles hystériques pour lesquelles M. Charcot réclame, lui aussi, l'isolement ou plutôt l'éloignement de la famille. La séparation peut être déchirante, mais l'orage est vite calmé, et, au bout de quelques jours, la jeune femme neurasthénique, éloignée de tous les siens, s'habitue très bien à son milieu nouveau. Ce qu'il importe surtout d'obtenir, c'est le consentement entier, absolu, sans restriction, de la malade elle-même. 11 faut que celle-ci abdique tout ce qui lui reste de volonté entre les mains de son médecin, et qu'elle accepte tout à fait son autorité morale. J'ai toujours difiëré l'isolement jusqu'à ce que j'aie obtenu ce plein consentement de la malade, qui me paraît indispensable à la bonne direction et au succès du traitement.

TRAITEMENT DE LA NBrRASTtïKNIE 307

Dans le dernier chapitre de son ouvragei M- Weir Mitchell résume les résultats obtenus à Taide de son traitement systématique, et il cite un certain nombre d'observations. Assez souvent la malade reutre dans sa famille réellement transformée au physique et au moraL Elle a engraissé, elle a bonne mine et elle a définitivement rompu avec toutes les habitudes de sa vie de valétudinaire. C'est une femme bien portante. Un certain di^grè d'embonpoint est un signe favorable et TindiCfî d'une guèrison solide. Cependant un résultat satisfaisant peut être obtenu même sans engraissement. Quelques malades ont augmenté do poids, mais, chez elles, le trouble du sysLéme nerveux était si profond, qu'elles ont de:? rechutes a la moindre occasion. Les préoccupations hypocondriaques paraissent être une condition fâcheuse; elles peuvent compromettre le succès ou le rendre moin^ durable. Certaines malades sont guéries, mais n ont pas ejrgraiifsê, chez Lesquelles l'embonpoint a commence quelques semaines après la fin du traitement, alors qu'elles avaient repris la vie commune. Il y a aussi des exemples de sirajdes améliorations qui ne vont pas jusqu'il la guérison complète. Dans ces cas, un second traitement peut donner uu njeilleur résultat. Enfin, même après une gaêrison complète, la rechute est possible, surtout si Fétat neurastliênique était invétéré, et si, rentrée dans sa lamîlb^ la patientt; y retrouve cette même atmosphère moralt> fâcheuse qui n'avait pas peu contribué à entretenir et a aggraver l'épuisement de son système nerveux*

J'ai soumis cinq malades au traî [émeut systématique de M. Weir Mitchell. — Deux d^eidre eux n'ont pas été complètement isolés et n'ont oht^nu qu*une améliv^'atiau. Chez l'un cependant, jeune homme de trente ans, ncuras-

tliénique depuis Tadolescence, raraélioration a progressé sous Tinfluence du repos, de rhydrothérapie et d'un séjour à la montagne, si bien qu'il est aujourd'hui à peu près débarrassé des symptômes neurasthéniques qui troublaient son existence. — Deux autres malades, deux femmes, ont subi l'isolement complet, Tune pendant trois mois, l'autre pendant cinq mois entiers. La première obtint uneguérison presque complète et qui dura huit mois, après lesquels, probablement à la suite de fatigues physiques exagérées, survint une rechute qui dure encore. Chez la seconde malade, la guérison est complète et se maintient depuis plus d'un an; cette femme qui était atteinte d'impotence motrice très prononcée des membres inférieurs, peut aujourd'hui marcher, et elle a repris la direction active de sa maison. — Ma cinquième malade est encore en traitement; elle est séparée de sa famille depuis deux mois. Quand je fus appelé auprès d'elle, elle était au lit depuis un an, incapable de se lever et de marcher; on la portait de son lit dans un fauteuil. Elle était extrêmement amaigrie, bien qu'elle éprouvât à tout moment le besoin de manger. Elle consentit tout de suite à la séparation et fut isolée dès le lendemain. Aujourd'hui, elle a gagné trois kilogrammes, elle ne mange plus que trois fois par jour, elle se lève six heures, et, sans appui, elle fait une marche de cinquante mètres. 11 est probable que cette jeune femme obtiendra, sinon uneguérison complète, au moins une très réelle amélioration.

C'est surtout en Angleterre et en Allemagne que la méthode de M. Weir Mitchell a été appliquée au traitement de certaines maladies nerveuses chroniques; elle a été beaucoup moins expérimentée en France. Cependant il y a longtemps que, chez nous, M. Charcot enseigne que Tiso-

TRAITEMENT DE LA NEURA^mÈXHi 3B

leraent, la séparation de la famille, est un èlêintntt indispensable du traitement dans les formas juvéïiiles do riiystérie et particulièrement dans les cas d'aDore^tie hystérique.

En Angleterre, M. Playfair a bi^aucoiip cfjntribué à faire connaître et à répandre le traitement d« M. Weir Mitchell. lia réuni la plupart de st^s publications sur ce sujet dans un petit livre *, qui contient nue très bonne description delà méthode et plusieurs observations, dont quelques-unes sont des exemples de guèrlsouf^ très remarqua*blés, obtenues chez des femmes malados depuis A(^ longues années et traitées sans succès par un grand nombre de médecins. M. Playfair insiste beaucoup sur Ja n^.'CGSsilê de Fisolement. Il a suivi les indications de ^I. Weir MildielL 11 n'a soumis au traitement que ces f^^mmes nerveuses;, anémiques, condamnées à TinactivitA cuinplète, et dont l'auteur américain a fait une si saisissante peinture.

En Allemagne, beaucoup d'observateur?* ste sont occupés du traitement américain de laneurasthéuteetde rhystério, parmi lesquels MM. Binswanger, L*nden, Uurkart, Brosius, Ewald, Holst, Schreiber. Leuri^ cunchisiuJis sont généralement très favorables. Us ont cherdié surtout à établir les indications et les contre- indications de la méthode et à apprécier la valeur relative des différents éléments dont elle se compose. — D'a|o*és ^i. Sdireiber ^ la variabilité des résultats obtenus est due a la diversité des causes de la neurasthénie. L'isoleraeitt ne conviendrait pas à la neurasthénie provoquée par le:? passions dépressives et dans laquelle dominent l'anorexie et Tinsomnie. Cette

1 Vlixy (air, The s t/stc mat ic treatment of n^i^a j^rnMrûHi^n nnd htfittria, Loiidon, 188^3.

îf Schreiber, Bevlinei' klin. Wochcns.^ iHH.<, n'» 52 i-i :>3,

proposition me parait contestable, car une de mes malades, aujourd'hui gue^rie, présentait précisément cette forme de répuiseraent nerveux.

M. Burkart* a souvent appliqué la méthode de M. Weir Mitchell. Dans sa dernière publication, il donne les résultats obtenus chez vingt et un nouveaux malades, dont quatre hommes et dix-sept femmes. 11 y a eu douze succès, ce qui constitue déjà un résultat très favorable, d'autant plus qu'il s'agissait de cas invétérés et traites vainement par les médications les plus diverses. D'après M. Burkart, deux conditions sont nécessaires au succès ; le malade doit avoir encore un fond d'énergie morale et posséder une certaine intelligence du but poursuivi. La seconde condi tion peut être nécessaire, mais la première me parait l'être beaucoup moins. Il était difficile d'imaginer une femme plus dépourvue de toute énergie morale que celle chez laquelle j'ai obtenu la plus complète guérison. M. Burkart pense avec M. Leyden que la séparation, la séquestration hors de la famille, est difficile et fâcheuse pour beaucoup de femmes qui présentent des symptômes d'excitation. Il est vrai que cette excitation fait rarement défaut dans les premiers jours du traileraent ; mais, comme je l'ai vu moimême et comme le fait observer M. Playfair, elle finit toujours par se calmer. M. Burkart conclut que le traitement de M. Weir Mitchell ne convient pas aux cérébrasthéniques, aux malades dont le cerveau est excité, à ceux encore qui souffrent de névralgies viscérales et de douleurs névralgiques dans les membres. Dans quatre cas de neurasthénie génitale chez l'homme, les résultats n'ont pas été favorables. Au contraire, la méthode réussirait fort bien

* Burkart, ïierliner kliru VVochens.j 1889, n» IG.

TRAITEMENT DE LA NEURAiiTIlÊMK 401

dans les cas où un amaigrissement et une perte tic^i torceià très prononcés sont causés par la dyspt^psie Berreiise.

M. Burkart paraît avoir expérimenté le traitement de M. Weir Mitchell à peu près dans toutes les formes de la neurasthénie. En quelques années, il a traité de la sorte vingt et un malades, parmi lesquels il y a quatre hommes- Or, ce traitement complet, réellement systématique, n© convient guère qu'à certains cas de neurasthèni*^ féminine. Depuis plusieurs années, je vois beaucoup Je neurasthéniques ; je n'ai proposé ce traitement que dans sept cas, et je n'en ai guère rencontré qu'une seule fois T indication chez l'homme. 11 faut, je crois, s'en tenir aux indications posées par M. Weir Mitchell et M. Playfair, cesi-a-dîpo réserver le traitement complet et sy,stèma tique [i<Hir ce groupe de fen^mes nerveuses dont ils out l'un et TniUre si bien retracé la physionomie, qu'il est maintenant {èicile da les reconnaître dans la grande famille des nourastJiéniques.

m. DIVERS AGENTS THKB AFEUTlQÙES AGENTS PHYSIQUES

Ainsi, la méthode systématique de M. Weir Mitcliell doit être envisagée comme une méthode d'exception. Mais les différents éléments dont elle se compose peuvent intervenir, isolés ou diversement combinés, dans le traitement de beaucoup d'états neurasthéniques. L^isolenif^nt^ la .séparation de la famille, le séjour dans un élahlissement spécial, le repos, le massage, l'électricité, une certaine alimentation, sont des agents thérapeutiques de grande valeur et dont on rencontre souvent rindication dans les diverses formes de l'épuisement nerveux.

BoLTBRirr, La Neurasthénie. 41

Isolement. Séparation de la famille. Séjonr dans on établissement spécial. — Il est clair qu'il ne s'agit pas d'isoler le neurasthénique comme on isole un aliéné dangereux, mais bien de le séparer de sa famille, du milieu dans lequel il a vécu et longtemps souffert. En général, cette séparation n'a pas de grands inconvénients, même dans les cas où elle n'est pas rigoureusement indispensable. Mais il est certain qu'on éprouve souvent de grandes difficultés à la faire accepter. Jl convient donc de ne la proposer que lorsqu'elle paraît tout à fait nécessaire.

Il est toute une catégorie de neurasthéniques qu'on peut traiter, guérir ou améliorer, à domicile, en les laissant dans leur famille ; tels sont ceux qui sont tombés dans l'épuisement nerveux à la suite de travaux intellectuels exagérés, de vives préoccupations d'affaires, de fatigues physiques excessives et prolongées. Pour ceux-là un simple déplacement à la montagne ou à la campagne peut suffire, sans qu'il soit nécessaire d'interrompre toute relation avec la famille.

Les symptômes qui nécessitent l'isolement, ou tout au moins le séjour dans un établissement spécial, sont : la dépression morale profonde, la plupart des états anxieux, l'anxiété habituelle, les troubles digestifs graves, symptômes auxquels il convient encore d'ajouter la dipsomanie, la morphinomanie et toutes les intoxications chroniques de ce genre, auxquelles sont si fort exposés la plupart des neurasthéniques. Il est h remarquer que presque tous ces symptômes s'accompagnent, ou plutôt procèdent, à des degrés divers, de cet état de déchéance morale qui est la note la plus carastéristique de toutes les formes graves et invétérées de la neurasthénie. Or cet amoindrissement de la personnalité morale réclame impérieusement la séparation»

TRAITEMENT DE LA NEURASTHENIE 40£t

Voilà pourquoi Tisolement est un élément iudispensablti du traitement des formes sévères de la neurasthénie féminine. D'ailleurs le médecin doit étudier, en pareil cas, non seulement la malade elle-même, mais aussi son entourage, et prescrire la séparation loutes les fois qu'il constate, du côté de la malade une perversion marquée do la volonté et du caractère, du côté de l'entourage un courant constant de sympathie et de tendresse (exagérées.

D'autres conditions encore rendent désirabk la séparation. Ainsi, il ne faut pas laisser deux femmes neurasthéniques vivre ensemble, dans la même famille. Elles réa gissent Tune sur l'autre d'une façon fâcheuse. Il faut aussi prescrire l'éloignement, si le neurasj^thèîiique trouve sans cesse autour de lui des conditions propres à le maintenir dans un état constant de dépression ou d'excitation. Récemment, j'ai copseillé une séparation de plusieurs mois pour une neurasthénique, dont le mari, homme rustique et de peu de délicatesse de sentiments, traite tout haut de pures chimères les malaises et les souffrances de sa feniinef malade depuis plus de dix ans.

Je crois indiqué l'éloignement momentané dans quelques cas de la forme grave de l'atonie gastro-inte^itinale neurasthénique. Le séjour dans un établissement spécial est utile, soit parce que ces troubles digestifs s'accompagnent fort souvent de dépression cérébrale, stût parce qu'Us nécessitent un traitement particulier et méthodique dont la direction est plus facile hors de la maison.

En France, il y a malheureusement bien peu (rétablissements spécialement organisés pour le traitement des maladies nerveuses. Nous n'avons guère que des établissements d'hydrothérapie qui ne sont ouverts que pemlant une partie de l'année. C'est une lacune regrettable.

Repos et activité physiques. — Le repos ne convient pas et peut même devenir nuisible aux neurasthéniques qui souffrent seulement de symptômes cérébraux, qui sont atteints de cérébrasthénîe, non de myèlasthénie. Ici, l'épuisement porte sur les centres encéphaliques ; les centres médullaires sont indemnes et très capables d'activité. Il n'est donc pas nécessaire de condamner le patient à Timliiobiliiè absolue au lit pendant plusieurs semaines. 11 suffit de régler convenablement, de doser son activité. Je ferai cependant une exception pour un symptôme cérébral, le vertige* Lorsque le vertige neurasthénique est intense et frèqueiii. et surtout s'il s'accompagne d'état anxieux, il mi pn'fôrable de conseiller le repos à peu près complet. J'ai vu le vertige s'aggraver sous l'influence de l'activité, tliininuer au contraire sous l'influence du repos. 11 est moins nécessaire de limiter l'activité physique, si le vertige survient seulement dans certaines conditions très spéciales, par exemple à l'occasion d'un travail intellectuel un peu proloiJgép

Mp Weir Mitchell a établi de judicieuses distinctions parmi cos femmes plus ou moins neurasthéniques, qui ne marclipiif. pas sans éprouver une extrême fatigue et arrivent lot i>u tard à l'inactivité physique complète. Les unes sont de vraies myélasthéniques et ont besoin d'un repos ivrolorigé, les autres sont de pseudo -myélasthéniques et elles peuvent marcher sans inconvénients. Le critérium entre ces deux groupes de malades est assez simple et d'une facile ni>p]ication. Voici une de ces femmes que tout exercicet agréable ou désagréable, fatigue énormément ; elle éprouve autant de lassitude pour aller à ses plaisirs que pour accomplir ses devoirs de maîtresse de maison ; cette femme a très probablement besoin de repos et le repos lui

TRAITEMENT DE LA NEURASTHÉNIE ^g^

sera favorable. En voici une autre qui, liabituellement languissante, redevient acti^-e quand il s'agit de faire ce qui lui plaît ; celle-là n*a pas besoin de repos, et le médecin doit user de son autorité pour lui Imposer l'exercice physique.

L'anémie prononcée est une indication du repos, d'ailleurs non seulement chez les femmes nerveuses, mais aussi chez les vulgaires chlorotiques et dans tous les cas où l'appauvrissement du sang est intense, quelle que soit la cause de l'anémie. L'exercice phy^^ique dépense inutilement le peu de forces qui reste à ces malades. Il faut d abord, à l'aide du repos, d'un traitement et d'une alimentation convenables, améliorer l'anémie, et c'est seulement quand on aura obtenu ce premier résultat, qu'on pourra prescrire l'exercice physique avec avantage.

En règle générale, le repos est nécessaire dans toutes les formes de la myélasthénie. Il convient de le pn^scrire à tous ces neurasthéniques qui souffrent de rachialgie, de douleurs vives dans les membres inférieurs, de sensations d'anéantissement, de lassitude extrême, dès qu'ils ont fait quelques pas. — Je le crois utile également dans les formes graves de l'atonie gastro-intestinale. J'ai vu bon nombre de ces formes sévères de l'atonie gastro-intestinale neurasthénique, avec prostration des forces et amaigrissement prononcé, n'être améliorées qu'à la condition du repos au Ht, prolongé pendant deux, trois ou quatre heures après le principal repas. J'ai donné des soins à un homme de cinquante ans, atteint d'une forme très grave de Tatonie gastro-intestinale, avec amaigrissement extrême, et qui ne dut une très réelle amélioration de son état qu'au séjour au lit, prolongé pendant trois mois.

Du reste, le repos est dosé suivant les indications propres

à chaque cas en particulier. Si, dans la myélasthénie intense, Timmobilité absolue est de rigueur pendant plu sieurs semaines, comme dans le traitement systématique de M. Weir Mitchell, il est évidemment des cas de gravité beaucoup moindre, et dans lesquels il suffit de limiter l'activité physique. Ainsi on peut prescrire dix, douze, quatorze heures de séjour au lit, deux, trois ou quatre heures d'activité consacrée aux affaires, et le reste du temps est employé, soit aux repas, soit aux distractions. Il est souvient nécessaire que le médecin lui-même donne sur ce dernier point quelques indications précises, qu'il règle remploi (lu temps dérobé aux affaires et consacré à l'exercice physique. Suivant l'âge, le sexe et la situation du patient, il l*rescrira les promenades à pied, celles en voilure, TéquilaUon, les bains de rivière, la natation, l'escrime, la gymnastique, les excursions faciles dans la montagne, le vélocipède, etc. La prescription du repos et de l'activité liljysiques doit être très minutieuse, et il n'est pas inutile do. régler, jusque dans les moindres détails, le programme rie la journée.

Repos de Tesprit. Travail intellectuel. — Ce que je vit>iiyde dire de l'activité physique est applicable à Tac- Uvité cérébrale. Il y a des cas où tout travail intellectuel doit être interdit pendant un temps plus ou moins long, d'autres, au contraire, dans lesquels il suffit de lediminuer et de le régler convenablement. Le repos du cerveau est nécessaire dans les formes intenses de la cérébrasthénie. En dehors de ces cas, qui ne sont pas les plus communs, il est plutôt utile de permettre au malade une certaine activité de l'esprit, mais en prenant la précaution de diriger cette activité sur des objets nouveaux et variés, hors du cercle ordinaire des occupations professionnelles.

TRAITEMENT UK U\ NEURASTHENIE i07

C'est toujours une questîaii délicate que celle qui consiste à décider dans quelle mesure un neurasthénique peut continuer Texercice de sa profession. Il faut Lien connaître et la nature de cette pi-otession et Tétat menlal du malade. Le plus souveiit il s'agit de fatigue précoce, d'une moindre aptitude h Tactivité cérébrale, et il suffit de limiter convenablement la durée du travail quotidien. Il y a lieu déconseiller, au contraire, la cessation complète et plus ou moins durable des occupations prufessioiiu elles, si ces occupations mettent fortenient enjeu le sentiment de la responsabilité et si le patient présente une anxiété ha-bituelle et prononcée.

L'oisiveté complète est fàcheui>e, et partîculiêremetit aux cerveaux habitués au travail intellectuel, Beard a vu des hommes actifs, commerçants et industriels^ présenter quelques symptômes neurasthéniques, au moment ou ils quittent les affaires et passent brusquement d'une grarjde activité à une inertie cérébrale complète. On sait d'ailleurs que le travail est un élément important dans le traitement de certaines maladies nerveuses. De ce nombre est la neurasthénie. Seulement, la prescription du travail doit être minutieuse, détaillée, dictée avec une certaine autorité, et il n'est pas indiffèrent que le médecin désigne lui-même le genre de travail qui lui paraît convenable.

Ce choix exige la connaissance Je l'état actuel du patient, de son niveau intellectuel, de ses goûts, de ses aptitudes ^ même de sa situation de fortune. C'est ainsi qu'il devra s'occuper, pendant un temps déterminé chaque jour, d'une question de littérature, de pljilûsoplûe, d'art, d'histoire, de droit, de sciences naturelles, de botanique, étudier la peinture, la sculpture, une langue étrangère qu'il connaît déjà, ou bien, s'il est de moindre culture iatellectuelle, il

408 THAITEMENT DE LA NECRASTHÈNIE

deviendra dessinateur, photographe, fabricant de menus objets, tourneur, menuisier, serrurier, etc. Ce travail quotidien bien réglé, étranger à Texercice de la profession, occupe l'esprit sans le fatiguer, peut même devenir agréable, et fait une diversion salutaire aux idées sombres et tristes qui hantent si souvent le cerveau des neurasthéniques.

Massage. — Le massage est pratiqué suivant les règles précédemment exposées h propos du traitement systématique de M. Weir Mitchell. La seSince du massage a lieu à domicile, par exemple le matin, au réveil, ou bien le patient se rend lui-même chaque jour dans un établissement spécial. Le massage convient et donne de bons résultats dans la plupart des cas de myélasthénie, surtout che2 les neurasthéniques amaigris, anémiques, et chez ceux qui souffrent de la forme sévère de l'atonie gastro-intestinale. Cet exercice passif du système musculaire remplace utilement l'exercice actif que ne permet plus à un degré suffisant répuisement trop rapide de la force nerveuse. Si ces symptômes s'accompagnent aussi d'insomnie, on peut essayer de pratiquer le massage le soir, au lit; c'est quelquefois un bon moyen de ramener le sommeil.

Électricité. — L'électricité est incontestablement un des agents précieux du traitement des états neurasthéniques. Elle y a de nombreuses applications. J'ai déjà décrit deux lie ces applications : la faradisation générale du système musculaire, destinée à prévenir les inconvénients du repos prolongé dans le traitement systématique de M. Weir Mitchell, et, dans les cas do neurasthénie génitale, la galvanisation de la moelle lombaire et des organes génitaux, ainsi que la faradisation des muscles du périnée et de l'urètre.

TRAITEMENT DE LA NliUHASTHhrp^lK 4(}Q

Beard a beaucoup recommainîê la faradisaiion gméraie. Un des pôles, représenté p;ir uno largn plaque recouverte d'épongé ou de flanelle humide, est appliqué sous la plante des pieds et reste fixo, tandis que Vautre pôle, qui a la forme d'un petit rouleau laobile, est promené sur toute la surface de la peau. Il ne faut pas faire usage d'un courant trop fort, et je crois inutile, sinon nuisible, de provoquer, comme le conseillt^ Beartl, la contraction énergique des muscles superficiels. Il suffît de produire une excitation modérée des plexus sensitifs de la peau. Dans les cas d'hyperesthésie un peu vive de la peau ou d'excitabilité générale prononcée, il est préférable que l'opérateur, suivant le procédé de M, Zieiijsstn, î^e place lui-même dans le circuit, tienne d*uiie main 1 électrode mobile et promène l'autre main sur la peau du patient. Les courants forts ont de réels inconvênieiils. Non seulement ils sont péniblement supportés, mais ils aggravent encore les symptômes d'irritation cérébrale et spinale. Il faut d'ailleurs commencer par des séances courtes, de cinq à dix minutes, dont on peut ensuite augmenter la durée, suivant les effets obtenus et la tolArance du malade. — L'opérateur pose d'abord le pôle itiobile ou la main qui fait office d'électrode sur le front et sur les tempes, où il suffit de produire une sensation légère. C'est ensuite le tour du vertex et de la nuque, régions sur lesquelles on peut insister un peu plus. Puis le pôle mobile est promené de haut en bas, le long de la colonne vertébrale, et s arrête de préférence sur les points douloureux des vertèbres. Avec un courant plus faible, on pratique alors Texcitation modérée, dans la région cervicale, du sympathique, du pneumogastrique et du phrénique. Avec le même courant, on faradise la région précordiale, puis, avec uu courant

plus énergique, les parties latérales de la poitrine et tout l'abdomen, en insistant sur Tépigastre, les fosses iliaques et le trajet du gros intestin. On réveille ainsi la tonicité, souvent diminuée, des tupiques musculaires du tube digestif. La séance se terminé par la faradisation des quatre membres. — Les effets immédiats d'une séance de faradisation générale sont parfois très appréciables: les douleurs, les malaises et la sensation de fatigue diminuent, le pouls se régularise, et le patient éprouve même un réel bien-être. Pourtant, chez les neurasthéniques très excitables, on peut observer de l'agitation, du tremblement, des maux de tête, du vertige, de la tendance aux lipothymies, des douleurs dans les muscles, de Tinsoninie. Ces phénomènes fâcheux se produisent surtout dans les cas où Ton a prolongé la séance et fait usage de courants trop énergiques. — Beard et R.ockvell ont beaucoup vanté les effets consécutifs de la faradisation générale. Ils attribuent ces résultats favorables, soit à la stimulation du système nerveux central, soit aux fortes contractions }irûduites par le passage du courant dans les muscles. A'oici les phénomènes qu'ils ont constatés après plusieurs jours de traitement : l'apaisement des troubles circulatoires, la diminution de Témotivité et de la dépression cérébrale, Iti retour du sommeil, la disparition plus ou moins comj>lète des douleurs des membres et du tronc, l'augmentation (le Fappétit, l'amélioration des troubles digestifs après le repas et la régularisation des fonctions du gros intestin, lîn Allemagne, Erb, Mobius, Fisher ont obtenu des résultats analogues. J'ai employé la faradisation générale dans uu cas au moins avec persévérance; je n'ai pas constaté il ne modification aussi marquée des principaux symptômes ïieurasthéniques ; il est vrai qu'il s'agissait d'une neuras-

TRAITEMENT DE LA NEORAST^IENIE Ul

tliénie invétérée. — D'après Beard et Rockvell, Tliidication principale de cette application de l'électricité réside dans Taffaiblissement de la force nerveuse, riiisuffisance de la nutrition et le ralentissement des fonctions vitales. La faradisation générale convient donc au traitement d'un certain nombre d'états neurasthéniques, et particulièrement de ceux où dominent les symptômes de dépre^ssion.

Pour cette électrisation générale, on peut remplacer le courant faradique par le courant galvanique. Le polo négatif est appliqué aux pieds du malade «t re.ste fixe, tandis que le pôle positif est successivement promené sur toutes les régions du tégument. Il faut agir avec des courants très faibles sur la tête et sur le rachis. Quant aux muscles, il est plus difficile d'en obtenir la contraction . Aussi, pour l'électrisation générale, telle que je vieiiy de la décrire, on doit ordinairement préférer le courant faradique au courant galvanique.

Beard recommande encore la galvanisation des rentres nerveux. Le pôle négatif, représenté par une lar^^e plaque recouverte de peau ou d'épongé, est placé et reste fixe sur l'épigastre. Le pôle positif, qui est une électrode éponge de grande dimension, est appliqué pendant une a deux minutes sur le crâne et particulièrement le vertex, i>endnrit une à cinq minutes de haut en bas sur les parties latérales du cou, enfin pendant trois à six minutes le long de la colonne vertébrale, également de haut en bas, en insistant sur la région cervicale. Ainsi dirigé, le courant agit successivement sur le cerveau, sur le sympathique et le pneumogastrique, puis sur la moelle épinière. Cette galvanisation des centres nerveux conviendrait aux cns dans lesquels la nutrition et la force musculaire sont relativement indemnes, tandis que la faradisation générale serait

412 TUAITEMENT DE LA NEURASTHENIE

plutôt applicable aux neurasthéniques qui ont de l'asthénie motrice et des troubles de la nutrition.

En Allemagne, M. Erb* conseille les applications locales du courant électrique dans le traitement de la plupart des symptômes neurasthéniques.

La galvanisation de la tête serait applicable à ces sjmptômes cérébraux dont Tenserable constitue la cérébrasthénie : la céphalée, l'insomnie, l'inaptitude au travail intellectuel, la dépression cérébrale, l'anxiété, les palpi tations. 11 faut toujours débuter par des courants très faibles et par des applications très courtes. La séance dure d*une à cinq minutes; elle est répétée trois à six fois par semaine. Un traitement assez long est nécessaire pour obtenir une amélioration durable. Le courant traverse la tête longitudinalement, de l'occiput au front, ou transversalement, d'un pariétal à l'autre, ou bien encore suivant la direction d'un des diamètres obliques. Si ce sont les phénomènes congestifs qui dominent, le pôle positif est placé swT le front et le négatif en arrière. C'est le contraire dans les cas d'anémie cérébrale. Le plus souvent, il est (iiflicile d'apprécier exactement l'état de la circulation du cerveau, et l'on attache moins d'importance à la direction du courant. M. Erb emploie également la méthode unipolaire» L'un des pôles, positif ou négatif, est fixé aux pieds, et Tîiutre est appliqué sur la tête. — M. Erb pratique de la jneme façon la faradisation modérée du crâne, soit par la in(Hhode unipolaire, soit en dirigeant le courant interrompu du front à l'occiput. 11 se sert d'une grande électrode spéciale, ou plus simplement de la main faradique.

^ Krb, Traité dCelectrothérapiey traduction française de M. Rueff, Paria, l^ei, p. 289, 308, 347, 533.

TRAITEMENT DE LA N^EÎJRASTfiEME 4J3

C'est surtout dans le traitement de rinsomnie que cette électrisation de la tête don lierait de bons résultats. On avait d'ailleurs depuis longtemps remarqué que rapplicatton des courants sur les régions les plus diverses, et particulièrement sur la tête et sur le côu, provoque souvent des envies de dormir. Une des observations de M. Erb * est un exemple remarquable de cérebrasthênie avec insomnie, dans lequel rêlectrisation de? la tête a procure, en quinsîe jours, une amélioration notable de tous les symptômes et le retour du sommeil. — Dans les cas de cérébrasthênie, M. Erb adjoint souvent a rêlectrisation de la tête, celle du sympathique cervical et de la région cervicale de la moelle épinière. Il recommande la méthode de Mor Me ver pour agir sur le sympathique: un des pôles, ordinairement le négatif, est placé sous laïigle de la mâchoire d'un côté, et l'autre pôle, au niveau des apophyses épineuses des sixième et septième vertèbres cervicales» du côté opposé- Le courant est faible, stable ou la bile, avec ou sans renversements, et la séance dure une a trois minutes. Par cette méthode, le courant agit également sur la moelle cervicale.

Dans les cas de myélasUwtiic avec prédominance marquée des phénomènes d'excitation, tels que points douloureux des vertèbres, douleurs névralgiques des membres, exagération de rexcitabilitè vaso-motrice, il y a Heu de tenir compte de la direction du courant. On emploie le courant ascendant, le pôle négatif étant appliqué a la région lombaire et le pôle positif h la nuque. Si Ion électrise une moindre étendue de la moelle, il faut comprendre entre les deux pôles les points particulièreme;it douloureux ,

« Erb, loc, cit., p. 290.

Le conraul est faible el la séance courte, car le malade alleinl d'irritalion spinale est généralement très excitable. M. Erb conseille encore, dans les cas de ce genre, Tapplication d'un des pôles, le positif le plus souvent, sur les points vertébraux douloureux, la faradisation modérée de la colonne vertébrale, l'excitation de la peau du dos avec le pinceau faradique, la faradisation générale, ainsi que la galvanisation centrale, suivant la méthode de Beard. H est clair que tous ces procédés ne doivent être pratiqués qu'avec une grande modération. — Dans les formes communes de la myélasthénie, celles que caractérise surtout un grand affaiblissement de la force motrice, le courant descendant parait préférable. 11 doit être appliqué avec les mêmes précautions. On peut essayer aussi des mêmes procédés que dans les cas d'irritation spinale.

Quand il s'agit de neurasthénie cérèbro -spinale ^ on combine l'électrisalion du ceneau à celle de la moelle épinière, en appliquant les mêmes méthodes et en suivant les mêmes règles. Aux cas de ce genre convient particulièrement la galvanisation centrale de Beard.

Certains troubles fonctionnels neurasthéniques sont combattus à l'aide d'un traitement électrique spécial. Les troubles vaso-moteurs sont parfois très prononcés. Il faut distinguer le spasme du relâchement paralytique des vaisseaux périphériques. S'il s'agit d'un état spasmodique des vaisseaux du bras par exemple, on fait agir un courant ascendant continu, pendant deux à cinq minutes, sur le plexus brachial, le pôle positif étant placé sur le plexus et le négatif à la nuque. On utilise encore des courants continus plus énergiques, traversant les troncs nerveux, avec plusieurs renversements, puis la faradisation des nerfs et celle de la pc aju avec le pinceau faradique. S'il

TRAITEMENT DE LA NKUllASTïlÊXlE 4J5

s'agit, au contraire, de paralysie vaso-moirice, il finit choisir un courant descendant plus faible. On peut employer aussi la faradisation des nerf^ et de la peau, mais avec des courants bien moins énergiquei? que rians les ca» de spasmes vasculaires. — M, Ruinpf propose de traiter les troubles de la circulation çncêphalifiue par rexcitatioa électrique de la peau, lia vu qu une faradisation énergique et prolongée de l'un des cûLt^s du corps produis après une anémie préalable, une conge.stion de rhéraîsphère cérébral du côté opposé. Les résultats de ces expériences ne peuvent pas encore êlie appliqués avec certitude au traitement des troubles circulatoires du cerveau dans la neurasthénie, car le plus souvent il est difficile de savoir si nous avons affaire à de la congestion ou k de l'anémie cérébrale.

Contre les palpitations ner reuses, si coinuiunes chez les neurasthéniques, M. Erb conseille la galvanisation ou la faradisation allant de la nuque k Tépigastre et h la région précordiale, ainsi que la galvanisation du symi^a* thique et du pneumogastrique h la région cervicale. Il expose la méthode de Flies pour la galvanisation du pneumogastrique, laquelle a pour but d'augmenter l'action modératrice de ce nerf sur les battements du cœur. Un courant descendant d'intensité modérée est appliqué tou¥i les jours, pendant une ou deux minutes, sur chacun des. deux pneumogastriques. Flies aurait obtenu de bons résultats de cette méthode dans plusieurs cas de palpitations, et M. Erb a réussi dans un cas où rexcitabilité du cœur était probablement associée à une lésion organique.

Les douleurs névralgiques peuvent être calmées par la galvanisation. Le courant est descendant et stable. Le pôle positif est placé sur la partie centrale du tronc ner-

veux, même sur la colonne vertébrale s'il s'agit d'un nerf rachidien, et le pôle négatif sur les extrémités périphériques du nerf douloureux. Les points hypéresthésiques des vertèbres, communs dans les cas de névralgies neurasthéniques, sont traités avec succès par des applications locales du pôle positif avec des courants faibles ou de médiocre intensité. — Chez les malades très excitables, et précisément quant il s'agit de ces névralgies mobiles et fugaces de la neurasthénie, on réussirait mieux encore avec des applications prolongées de courants galvaniques très faibles.

M. Erb a décrit un traitement électrique spécial de la céphalée neurasthénique. Si la douleur est diffuse, il fait passer un courant continu faible à travers le crâne, d'avant en arrière ou réciproquement. Il pratique aussi la méthode unipolaire, place le pôle négatif sur le sternum et le pôle positif sur le front, toujours avec un courant modéré. Il a réussi également avec la faradisation faible du front à la nuque, en se servant de la main faradique comme électrode. Si la douleur de tête est plus localisée, il traite les points douloureux par des applications locales du pôle positif stable. Ce traitement électrique réussit souvent et très bien dans la vraie céphalée neurasthénique ; il échoue ordinairement quand il s'agit de la douleur céphalique de la migraine. Je donne actuellement des soins à un cérébrasthénique chez lequel quatre séances de galvanisation de la tête ont produit une diminution très notable d'une céphalée qui durait depuis plusieurs mois.

On trouvera plus loin l'exposé du traitement de l'atonie gastro-intestinale. J'y ai décrit les applications de l'électricité au traitement des troubles fonctionnels de l'estomac et de l'intestin.

M. Charcot * et ses élèves ont récemment remis en honneur Tapplication de V électricité statique au Iraiteraent de certaines maladies nerveuses, M Vigoureux ' a fait connaître les bons effets qu'on en obtient dans l'hystérie. La plupart des procédés de Télectrisation statique, applicables à cette névrose, le sont aussi k la neurasthénie.

Le procédé ordinaire est le bain électrique, que M. Charcot nomme plus explicitement bain éleclro-slatique. Le patient est placé smr un tabouret isolant, lequel est mis en communication avec l'un d«s pôles de la machine. Les machines de Holtz, de Carré et de Wimslmrst* sont les plus usitées. L'électricité qui se rêpaïid sur le corps du patient n y est pas à l'état stable ; elle s'en échappe incessamment par les parties sarllantes, Miiis elle est renouvelée incessamment aussi par celle qui provient de la machine. La séance est de durée variable, suivant les sensations et la tolérance du malade; elle v<irie en général de cinq à vingt minutes. — D'après los observateurs de la Salpêtrière, le bain électro -statique régularise le fonctionnement du sj'stème nerveux, calme les syjuptomes d'excitation, augmente l'appétit, active la digestion, favorise les fonctions de la peau, améliore la iiiitrition générale. On voit par là que ce procédé d'êltctrisalion est fort efficace et convient à la plupart des états neurasthéniques. Il peut servir à remplir les principale.^ indications que comporte le traitement de Tépuisemont nerveux. Il agit sans doute à la façon de la faradisation générale de

* Charcot^ Progrès mldical^ lS3i ; œuvres compléles, 1890, t. tV^ |u489i

* Vigouroux, Archiva de neurologie^ 1881. — Vciytri". uu!*si ; ^tèiii^ Die allgemeine Eîectrisation des Menschen Kûrpe^^ tkr AVtc*Aschicàche, NcrvDsitàt und yeurasthvnie-^ Halle, 18:^.

BouTBRET, La Neurasthèivie. fj

Beard et Rockwell, mais très probablement avec une plus grande efficacité.

Placé sur le tabouret isolant, le corps du patient subit par toutes ses parties saillantes une perte incessante de l'électricité dont il est chargé. A Taide d'excitateurs non isolés, on peut augmenter brusquement cette déperdition et provoquer ainsi les différents phénomènes connus sous les noms d'étincelle, aigrette et souffle électriques. Si l'excitateur est terminé par une extrémité sphérique, et qu'on approche cette extrémité à une distance convenable du patient, on obtient l'étincelle. Avec un excitateur en pointe, approché jusqu'à 6 ou 7 centimètres, on fait apparaître l'aigrette. Ce même excitateur étant placé à une plus grande distance, h 18 centimètres par exemple, le patient éprouve dans la partie du corps voisine de l'excitateur, une sensation comparable à celle que donne uii léger courant d'air. C'est ce qu'on nomme le souffle électrique. — Ces trois procédés sont appliqués au traitement de certains symptômes de l'hystérie, tels que les paralysies et les anesthésies. Ils sont applicables aussi au traitement de quelques symptômes de la neurasthénie. Ainsi Tétincelle, qui produit facilement la contraction des muscles, peut servir à combattre l'asthénie neuro-musculaire. Le souffle électrique, appliqué sur la tête, ferait disparaître la céphalée et l'insomnie neurasthéniques. Beaucoup d'autres symptômes locaux pourraient être traités d'une feçon analogue.

Je n'ai pas encore une expérience suffisante de l'électrisation statique. Elle nécessite une installation spéciale et coûteuse. Les applications à la thérapeutique en étant plus restreintes que celles de la faradisation et de la galvanisation, elle trouve plus difficilement place dans le cabinet

TRAITEMENT DE LA NEURA&TIIKNIE ^10

du praticien. C'est un des inconvéni*'[its de la ïiiéthorle* Sans doute les résultats favorables obtenus dans le traitement de Thystérie, permettent d'espérer que Ti^lficf incité statique peut également réussir dans celui de Tépuisement nerveux. Il faut cependant se garde]- d'en exagérer k valeur et ne pas la considérer comme le spécifique de la neurasthénie.

Quels que soient le symptôme à traiter et le procédé d'électrisation mis en usage, il faut agir avec prudetice et modération, surtout lorsque Télectricité est portée directement sur les centres nerveux. On ne doit pas oublier que la plupart des neurasthéniques ont un système ïiorveux très impressionable. Quelques-uns ne supportent que des courants très faibles. Les premières tentatives de galvanisation, de faradisation et d'électrisation étatique seront donc très modérées et de durée très cmirte. Il est nécessaire, avant d'aller plus loin, d'explorer la sensibilité du patient à Télectricité. — Les résultats obtenus sont assers variables et le plus souvent ne peuvent pas être prévus. Us sont quelquefois très remarquables dans les formes acquises et légères delà neurasthénie. Ils sont {.généralement beaucoup moins brillants, et même tonl a fait nuls, quand il s'agit d'une forme grave, invétérée, et dont la ténacité est due à une prédisposition névropatliique héréditaire.

Il est probable que l'électricité exerc^^ une action directe et favorable sur ce trouble intime de la nutrition dont procède la neurasthénie. Suivant les applications qiron en fait, elle peut être envisagée comme un tonique et un sédatif du système nerveux. Par là elle permet de remplir les deux indications fondamentales du traitement de la neurasthénie. Mie contribue aussi à relever k tonicité affaiblie des vaisseaux périphériques, résultat très favora-

ble dans une maladie nerveuse qui trouble si constamment l'innervation vaso-motrice. Enfin les courants électriques constituent un traitement efficace d'un certain nombre des symptômes les plus pénibles, tels que l'insomnie, la céphalée, les troubles génitaux, symptômes contre lesquels échouent la plupart des médicaments.

Alimentation. — Il n'est ici question que de l'alimentation et du régime des neurasthéniques qui n'ont pas de troubles digestifs véritables, qui ne présentent pas les symptômes de l'atonie gastro-intestinale. L'alimentation doit être réglée en vue de prévenir le développement de ces troubles digestifs et aussi de fournir des matériaux de réparation suffisants aux forces du système nerveux.

Il faut conseiller trois repas, dont le principal au milieu de la journée. En règle générale, tous ces neurasthéniques qui se lèvent abattus, sans forces et sans courage, sont, après un premier déjeuner, remontés pour quelques heures. Ils attendent sans trop de malaises le repas de midi. — La ration alimentaire doit être suffisante. Si quelques nerveux mangent trop, la plupart tombent facilement dans l'excès contraire. Il y a lieu de les interroger avec attention sur ce point. Tous les médecins ont vu de ces femmes nerveuses qui, avec un estomac encore très capable de digérer, ne vivent plus que de quelques potages et d'un peu de lait. Beard raconte le cas d'un jeune homme neurasthénique, qui était en train de mourir d'inanition. Il est clair qu'un pareil régime n'est pas fait pour aider à la restauration de la force nerveuse. 11 aggrave évidemment tous les symptômes neurasthéniques. Cependant il est souvent préférable de ménager les transitions et d'augmenter, non pas brusquement, mais lentement et progressivement, la quantité quotidienne des aliments ingérés.

Le régime doit être mixte, condition nécessaire d'une bonne nutrition. Beaucoup de gens nerveux font un véritable abus de viandes saignantes, souvent sur les conseils de leurs médecins. La règle est de choisir des aliments de digestion facile, qui, sous le moindre volume, donnent la plus grande quantité de substances nutritives. Les aliments I qui conviennent aux neurasthéniques sont : les viandes de bœuf et de mouton, dépouillées des parties fibreuses et I de la graisse, modérément cuites ; les volailles très cuites; les poissons maigres de mer ou de rivière ; les œufs frais peu cuits ; le lait en quantité modérée, spécialement réservé I pour le repas du matin ; les légumes frais, pauvres en 1 cellulose et en fibres végétales, toujours extrêmement cuits et préparés très simplement, tels que les asperges, les épi- /}/. nards jeunes, les petits pois, les haricots verts, les arti- / chauts cuits ; quelques féculents, parmi lesquels le riz, le / sagou, les lentilles et même la pomme de terre. L'usage du pain sera modéré, et ce pain sera rassis et très cuit. Seuls les fruits à amandes doivent être proscrits. Les autres i peuvent être permis, quand ils sont très murs. Il esE cependant préférable de manger les pommes et les poiros en marmelades très cuites. On peut encore autoriser un usage modéré des condiments les plus usuels, le poivre, la moutarde et le sel, celui-ci d'ailleurs nécessaire à Talimentation. Ces mets sont assez nombreux pour permettre de varier fréquemment le menu des repas. On évite ainsi le dégoût et Tanorexie que provoquent les régimes exclusifs, résultat favorable chez des malades dont l'appétit laisse souvent à désirer.

Les auteurs américains, et particulièrement Beard cd M. Weir Mitchell, recommandent beaucoup aux neurasthéniques l'usage des substances grasses, du beurre, des

poissons gras, de la crème et même de l'huile de foie de morue. Les corps gras aideraient à la réparation de la force nerveuse. Assurément, la graisse est un aliment nécessaire. Malheureusement les neurasthéniques ne paraissent pas la tolérer très bien. J'ai toujours éprouvé de grandes difficultés à la faire prendre en notable quantité aux femmes neurasthériques, pâles et amaigries, soumises au traitement systématique de M. Weir Mitchell. J'ai remarqué que la graisse de la viande de bœuf et de mouton est mieux tolérée que le beurre, le porc et les poissons gras.

UXoA \ Beaucoup de neurasthéniques boivent trop à chaque repas, et boivent même dans Tintervalle des repas. Boire modérément est, en règle générale, une condition favorable à la régularité de la digestion. Une grande quantité de liquide dilue le suc gastrique, et, dans la neurasthénie, les sécrétions de Testomac pèchent plutôt par défaut que par excès. La meilleure boisson est Teau ordinaire additionnée d'une petite quantité de vin rouge. On accuse les vins blancs de produire une excitation fâcheuse chez les gens nerveux. Il faut proscrire les eaux minérales riches en bicarbonate de soude, et ne permettre que les eaux indifférentes ou très faiblement minéralisées.

Il y a des neurasthéniques qui ont une sorte de besoin instinctif d'un stimulant de leur système nerveux. Depuis longtemps, ils font grand usage de thé, de café, de liqueurs, de tabac. L'usage très modéré de ces stimulants peut être toléré, à la condition que le patient ait encore assez d'énergie morale pour ne pas dépasser la mesure permise. 11 convient cependant d'interdire le café noir le matin à jeun. Il vaut^mjeux le prendre après le repas de midi seulement, et s'en abstenir toujours au repas du soir. Fumer mode-

TRAITEMENT DE LA NKLEASTEIEMë:

renient dans Taprès-midi n'est pas un cas grave, et il y aurait des inconvénients à priver le patient de tout ce qui lui est agréable. — Mais il faut être beaucaiip plus sévère et \ proscrire entièrement le café, le thé elle tabac, s'il existe des symptômes prononcés d'excitatiou du cœur et du cerveau. Les neurasthéniques qui ont des palpitations et des trouble^ vaso-moteurs doivent tout à fait renoncer à Tusage de ces stimulants.

Hydrothérapie. — Tous les procédés de rhydrothérapie ne conviennent pas indifféremment au traitement de répiiisement nerveux. En général les procédés les plus doux sont préférables. Les neurasthénique- lii supportent irtal les excitations violentes et les soustractions prouoncées de calorique.

L'enveloppement dans le drap mouillé est beaucoup recommandé par M. Ziemssen. Précisétoent parce qu*il est le plus doux des procédés hydrothérapiques, il peut être sans danger appliqué à toutes les formes de la neurasthénie. Le patient, dépouillé de tous ses vêtements, est debout au pied de son lit. On lui jette sur les épaules un drap trempé dans de l'eau à 28** ou 30*", avec lequel on enveloppe tout le corps, sauf la tête. Puis ou frictionne vivement avec la main, appliquée sur le drap mouillé, toute la surface du tégument, pendant une ou deux mi ou tes- Le drap étant enlevé, le patient est rapidement essuyé avec un autre drap sec et légèrement chauffé. Il s'habille ensuite et marche de façon à favoriser la réaction, ou bien, s'il est très faible, il se remet au lit pendant une demi-heure ou une heure. Les jours suivants, on abaisse progressivement la température deTeau, jusqu'à plonger le drap dans de l'eau à 20° et même 15^; mais il est mutile de dépasser cette limite. Sans doute le drap mouillé est un

des procédés les plus atténués de l'hydrothérapie; il est cependant réellement efficace, et je l'ai souvent mis en usage avec de bons résultats. Il possède une action tout à la fois sédative et tonique, peu prononcée il est vrai, mais qui cependant est très appropriée k beaucoup d'états neurasthéniques, dans lesquels il convient de tonifier le système nen^eux central, en évitant les excitations tiolentes des nerfs périphériques.

Le bain frais à SO"", de courte durée, est quelquefois utile dans les cas de prostration prononcée ; on peut y ajouter une affusion sur la tête avec de l'eau plus froide que celle du bain.

Le bain tiède à 33"* ou 34®, prolongé pendant une demiheure et même au delà, exerce assez souvent une action favorable, bien que seulement passagère, sur les symptômes d'excitation. 11 faut éviter cependant de trop prolonger le bain tiède et de le répéter trop souvent. Des bains de plusieurs heures finissent par déprimer le patient et ne contribuent pas à l'amélioration des troubles digestifs. Les douches générales, en pluie et en jet brisé modéré, sont très applicables au traitement de la neurasthénie, et c'est par ces douches qu'il convient ordinairement de commencer l'hydrothérapie. Au début, il est toujours prudent d'employer de l'eau à 24** ou 22"*. Ce n'est que progvt^ssivement, et si les malades peuvent les supporter, qu'on arrive aux douches véritablement froides, à 15** ou 16®. Je n'ai jamais conseillé des douches au-dessous de 16**. La durée est d'abord de dix à vingt secondes seulement, puis elle peut être graduellement augmentée, suivant les résultats obtenus. La pluie peut être dirigée de préférence sur le dos ou sur l'abdomen. Il faut toujours éviter la percussion de l'eau sur la tête et sur la nuque.

On fait encore usage, et particulièrement dans les cas d'atonie gastro-intestinale, de la douche alternativement chaude et froide, en pluie ou en jet très modènî. Cette douche dure deux minutes environ et se compose : du jet ou de la pluie à 33** ou 35° pendant vingt a trente secondes, du jet ou de la pluie à 12** ou 15** pendant quinze à vingt secondes.

La douche en jet plein ou brisé et modérée est réservée au traitement des affections locales. Ainsi la douche ea jet dirigée sur le périnée est applicable au traitement de Fimpuissance et de la spermatorrhée. Nous verrons eiicnre que les douches générales, aidées de la douche locale sur Tabdomen, constituent un traitement réellement efficace de l'atonie gastro-intestinale.

On ne doit pas oublier qu'il convient d'appliquer T hydrothérapie avec modération dans les cas d'épuisement nerveux. J'ai vu des malades retirer de bons effets du simple enveloppement dans le drap mouillé ou de h douche en pluie modérée, chez lesquels des procédés plus énergi* ques, tels que la douche en jet avec de l'eau très froide, avaient plutôt aggravé les symptômes neurasthéniques.

SnspenBion. — La suspension a été expérimentée, non seulement dans l'ataxie, mais aussi dans beaucoup d'autres maladies nerveuses. Cependant les observations de neurasthénie traitée par ce procédé sont encore très rares, M. Charcot * cite deux cas d'impuissance liée à la neurasthénie et dans lesquels les résultats ont été favorables. Peut-être d'autres symptômes neurasthéniques pourraientils être également améliorés par la suspension.

Voyages. — Beaucoup de médecins conseillent les

* Charcot, Leçons du mardi, 1888-89, p. SH-

voyages aux gens nerveux d'une façon un peu banale et sans en mesurer ni les indications ni les contre-indications. Beard plaisante agréablement ses confrères d'Amérique qui, à tous leurs compatriotes neurasthéniques, prescrivent invariablement un voyage en Europe. M. Gharcot et M. Ziemssen nous apprennent qu'ils reçoivent de temps en temps la visite de ces neurasthéniques voyageurs. Le plus souvent, ils ne sont guère améliorés, et ils rentrent en Amérique tels qu'ils en étaient partis.

Il en est des voyages comme des autres moyens employés dans le traitement de la neurasthénie. Ils peuvent être utiles ou sans effet, et même nuisibles, suivant qu'ils sont conseillés à propos ou hors de propos. C'est encore pour le praticien une question de tact et de jugement. J'ai vu iHî voyage fatigant devenir le point de départ d'une rechute sérieuse chez une jeune femme neurasthénique qui avait été à peu près complètement guérie parle traitement systématique de M. Weir Mitchell.

Le voyage doit être prescrit avec mesure et la prescription en être accompagnée de quelques indications à l'adresse du malade lui-même et de son entourage. S'embarquer pour un pays lointain, courir de ville en ville, de plage en plage, passer des journées entières à visiter des musées r{ des galeries de tableaux, changer sans cesse de logement, d'alimentation, de genre de vie, ce n'est certes pas un bon moyen de reposer un système nerveux épuisé par le surmenage du corps et de l'esprit. Sans doute quelques cérébrasthéniques ont encore toute leur force musculaire; ils peuvent marcher, faire des promenades, des excursions plus ou moins longues, et la multiplicité des images qui passent ainsi devant leurs yeux, en faisant naître des sensations nouvelles et agréables, peut bien modifier heureuse-

ment le fonctionnement de leur cerveau malade, Mnis, en règle générale, il faut éviter la fatigue physique, Tennui et les préoccupations, qui ne manquent guère de reparaître, lorsque c'est un commerçant, un industriel* qui abandonne sa maison et ses affaires pour un voyage lointain et de longue durée.

Beard recommande plutôt les voyages courts, dans un site bien choisi, à la campagne ou à k montagne, non loin de la maison. Je trouve ce conseU excellent et je Tai souvent suivi, A tous ces cérébrasthéniques dont le cerveau souffre d'un travail intensif et de rives préoccupations d'affaires, je prescris d'aller passer quelques jours ou quelques semaines dans les montagnes de la Suisse ou du Dauphiné pendant l'été, au bord de la Méditerranée peudant l'hiver. Ils n'abandonnent pas complètement leurs affaires ; ils les quittent volontiers pour quelques jours. Ils vont se reposer sans emporter avec eux le i^ouci de • sentir leurs entreprises péricliter pemiant uue longue absence. Arrivés au but du voyage, ils y passent quelques jours, dans le calme et le repos du corps et de Tesprit. Je leur interdis les déplacements fréquents et les courses fatigantes. Un voyage de ce genre peut être répété plusieurs fois pendant l'hiver ou pendant letè, sans grand dommage pour les occupations professionnelles, La plupart des malades y prennent goût et attendent le moment du départ, comme les collégiens celui des vacances.

Les voyages conviennent beaucoup moins aux myélasthéniques, c'est-à-dire à ces neurasthèïnques qui n'ont plus de force musculaire, que la marche fatigue toujours, et qui souffrent le plus souvent de la furme sévère de l'atonie gastro-intestinale. Ceux-là doivent plutôt rester chez eux. Ils ont besoin de l'installation confortable de la

maison et d'un repos prolongé. Le voyage les fatigue souvent et sans profit. S'ils vont à la montagne ou au bord de la mer, ils doivent éviter les déplacements et résister à la tentation des excursions, cause de fatigue musculaire qu'ils ne supporteraient pas sans inconvénients.

Climats. Bords de la mer. Montagne. — Ce sont les climats tempérés qui conviennent le mieux aux neurasthéniques. Les grandes chaleurs et les grands froids leur sont également défavorables. J'ai remarqué que les améliorations sont plus faciles à obtenir pendant les saisons intermédiaires, le printemps et l'automne, tandis que la plupart des symptômes s'aggravent, au contraire, pendant l'hiver et l'été.

La question des bains de mer est controversée. A coup sûr ils ne conviennent pas à tous les neurasthéniques. Çeaucoup de malades se dirigent spontanément vers les stations maritimes, et leurs médecins doivent tenir compte de l'expérience personnelle qu'ils ont acquise. En général IVau de la mer et l'air marin n'agissent pas favorablement dans les cas où dominent les symptômes d'excitation ; ils aggravent plutôt ces symptômes ; c'est du moins ce que j'.Ti constaté chez plusieurs femmes neurasthéniques. Au contraire, le séjour au bord de la mer, sur une plage tranquille, donne souvent de bons résultats chez les hommes frappés d'épuisement nerveux à la suite de travail iiitellectuel exagéré ou de fatigues physiques excessives.

Le séjour à la montagne commence à jouir d'une vogue méritée dans le traitement des états neurasthéniques. Cette cure climatérique est assurément bien préférable à la cure thermale. Combien de neurasthéniques promènent d'année en année leurs souffrances à travers nos stations d'eaux minérales, sans obtenir aucun résultat durable!

TRAÎTKMENT'DE LA NEURASTHENIE ^VJ

Une altitude moyenne de 1000 mètres est genémlement suffisante. Les grandes altitudes qui atteignent et ^lêpassent 2000 mètres sont moins favorables, parfois même ne sont pas tolérées, du moins dans nos climats. Tous les neurasthéniques sont très sensibles au froid.

Outre l'altitude convenable, une véritable station de montagne réunit encore d'autres conditions. Lf! site eu est pittoresque, assez découvert pour que Tœil y embraj^s*^ de grands horizons et jouisse de belles vues sur les montagnes et les vallées environnantes. Une hautt' vallée très encaissée et difficilement accessible ne constUuo pas un séjour agréable. Il faut que, sans fatigue, le ra:*laiîe puisse trouver dans les environs des excursions faciks. Lin-slallation matérielle doit être confortable, la table bien servie, et il n'est pas indifférent que le neurasthénique déprimé y rencontre quelques gais convives.

Nous avons en France, et particulièremeni dans les Alpes du Dauphiné et de la Savoie, beaucoup de liantes vallées admirablement situées et très propres au traitement de l'épuisement nerveux. Malheureusement l'installation y laisse encore grandement à désirer. Aussi la plupart de nos malades se dirigent- ils vers la Suisse.

La cure a lieu pendant Tété. C'est en juillet et eu août que le climat d'altitude est particulièrement recherché. Le séjour doit être suffisamment prolongé, de six semaines à deux mois suivant les cas. Dans les formes irnétértVs de la neurasthénie, M. Ziemssen conseille deux séjours par an à la montagne, le premier vers le milieu du printemps, à une altitude moindre, pour reposer le patient des fatigues de l'hiver qui vient de s'écouler, l'autre vens la fin de l'été, à une altitude plus élevée, pour le préparer à supporter les fatigues du prochain hiver.

430 TSUilJWMkSn 1-% LA SECKJLSÏÏBU3SE

Iyjr*qae toat£s les cr>Ld:û>-5 requises sottt rnukie», îe climat de moula^ne exerce sur le sTstème Derrevx d'un cerVilu Lombre de Deora^tbêckiiies ose actk» âÛACBt- Di^mt farorable, tout â !a fob sédatlTe et tonique. Un des premiers effeU, et des pla< remarqnaUes, est le retour dm sornineiL Tel oearastbéDÎqae, qui depuis des mois entiers ne donnait pas chez lai, retronve le sommeil des les premières nuits qa'il passe à la montagne. Dans les formes légères de l'atooie gastro-intestinale, qndqnrfois màne dans les formes plus sévères, on voit bientôt raf^>étit reparaître, les malaises diminuer, puis ces:>er après le repas, et souvent au.ssi diminuer la constipation. Puis les forces augmentent ; de jour en jour le patient supporte mieux Texercice physique et prend goût aux excursions dans la montagne. Il importe seulement de régler, de doser Tactivilé physique. Le meilleur critérium réside dans les sensations qu'éprouve le patient après une promenade. La sensation de fatigue doit être agréable, nullement douloureuse ni même pénible. Aussi toutes les courses à pied doivent- elles être, du moins au début, entrecoupées de nombreux temps de repos.

Dans son traité de climatothérapie, M. Hermann Weber* résume ainsi les effets physiologiques du climat de montagne : — augmentation de Tactivité des fonctions et de la nutrition de la peau ; — accroissement de l'énergie du cœur et des fibres contractiles du système vasculaire; les battements du cœur, après une période d'accélération, reviennent à la fréquence normale, mais conservent plus d'é nergie; en somme, plus grande activité de tout l'appareil

t Weber, Climatothérapie, Iraduclion française de MM. Doyon el Spilltnannn, Paris, 1880, p. 183.

circulatoire; — respiration accélérée au début; après un séjour prolongé, respiration de fréquence uormalti, tnais plus profonde; les muscles qui concourent k la rf^^piration et les éléments élastiques et contractiles des petites bronches acquièrent une plus grande énergie ; — élimination d'une plus grande quantité de vapeur d'eau par les poumons, exhalation de l'acide carbonique plus ûicile et plus abondante ; — augmentation passagère ou durable de l'appétit et par conséquent ingestion d'une plus grande quantité d'aliments ; — amélioration de rhèmatupoièse et de la nutrition des organes; — énergie plus grande de l'activité nerveuse et musculaire; sommeil geiiéraleiaeiit meilleur; — augmentation probable des échanges initrilifs.

Ces données physiologiques nous permettent d'établir les indications du climat de montagne dans le ti-airemejit de la neurasthénie. Ce climat exerce une action tonique et stimulante sur les grandes fonctions, la circulation, la respiration, la digestion, l'innervation. Aussi convient- il au traitement de la plupart des états neurasthéniques que caractérise le ralentissement de toutes ces fouctions* Le séjour à la montagne est utile aux cérébra-^thèniquei^ à tendance dépressive, épuisés par le travail intellectuel, les émotions, le chagrin prolongé. Chez ces cérébrasihéniques, outre les effets physiologiques de l'altitude, on peut compter aussi sur l'influence des sensations nouvelles qu'apporte le changement de milieu. La beauté du paysage, le j^^and silence des hautes vallées, la pureté du ciel, voilà des conditions qui exercent aussi une action salutaire sur la plupart des symptômes de la cérébrasthénie, tels que k dépression cérébrale, la céphalée, l'émotivîté, Texcitabilité des sens. Beaucoup de neurasthéniques ^ont pâles,

amaigris, ont une nutrition languissante et souffrent d'atonie gastro-intestinale. A ceux-là la montagne est encore très profitable. Ils pourront y retrouver un appétit meilleur, des digestions plus faciles, une nutrition générale plus active.

Il y a cependant quelques neurasthéniques pour lesquels le climat d'altitude est défavorable et doit être interdit ou différé; tels sont ceux qui présentent un très grand affaiblissement des forces, ceux qui ont des symptômes d'excitation cérébrale prononcés, ceux encore chez lesquels les troubles cardiaques ont acquis une grande intensité. Les malades très affaiblis supportent mal le froid, les orages, le vent violent et les brusques variations de la température ; ils se trouvent beaucoup mieux au bord de la mer et dans un climat chaud. L'altitude augmente l'excitation cérébrale. Elle peut aggraver aussi les palpitations et la tachycardie neurasthénique, du moins quand elle est déjà très prononcée. Cependant Taccélération modérée des battements du cœur, que présentent beaucoup de neurasthéniques, ne devrait pas être envisagée comme une véritable contre -indication.

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