‹ La Neurasthénie: épuisement nerveuxChapitre 46 sur 55 · IV. AGENTS PHARMACEUTIQUES · texte numérisé non relu

IV. AGENTS PHARMACEUTIQUES

Beard accorde une très grande valeur aux médicaments dans le traitement de la neurasthénie. Au chapitre du traitement de son importante monographie, il fait une revue de tous les médicaments qui passent pour agir sur le système nerveux, et à tous il reconnaît une réelle efficacité et certaines indications. 11 combine diversement ces agents pharmaceutiques, et, chez le même malade, emploie

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alternativement les sédatifs et les excitants. J'avoue que je ne partage pas la confiance qu'accorde B^ard k ct;tte polypharmacie, et je merange plutotà l'opiaion de M. Zieittssen, lequel recommande, au contraire, la plus grande réserve dans l'emploi des médicaraenls*

Beaucoup de neurasthéniques sont cependant de l'avis de l'auteur américain. Ils ont toujours un compte ouvert chez le pharmacien, et, étant sans cesse maladifs, il leur paraîtrait extraordinaire de vivre sans aucun médicament. D'autres, exposés à des malaises subits, h des accès de vertiges ou de palpitations, se croiraient perdus et même n'oseraient pas sortir, s'ils n'avaient dans leur pocJie un remède sur lequel ils puissent compter au Jiioment critique. Il va sans dire que ce remède agit sur Tétat mental, bien plus que sur le trouble fonctionnel lui-même. Pourtant le médecin ne doit pas brutalement faire ceî^ser ces lïabitudes ni surtout dissiper ces illusions, du moins s'il s'agit de médicaments qui ne sont pas dangereux* C'est peu à peu, progressivement, que le patient arrivera à une conception plus claire des moyens à mettre en usage et de la marche h suivre pour recouvrer l'équilibre de son système nerveux. On peut bien aussi lui laisser porter son viatique dans sa poche. C'est une solution de bromure, tle ]a teinture de A'alériane, de l'eau distillée de laurier- cerise, ou bien une petite provision de pilules inoffensives. An moment truii accès, le patient prend une ou deux pilules, quelques gouttes d'une solution antispasmodique, et il se croit grandement soulagé.

En tête des médicaments réellement ulilos dans le traitement de la neurasthénie, il faut placer les bromures alcalins et les médicaments hypnotiques.

On peut recourir à l'emploi des bromures alealins

BouvKRKT, La Neurasthénie. «p fg

dans les cas d'excitation cérébrale, d'irritation spinale, de douleurs névralgiques, de palpitations intenses, de phénomènes d'excitation des organes génitaux, dans les premières périodes de la neurasthénie génitale. Il convient alors d'administrer les sels de brome à doses assez fortes et pendant un temps assez long, mais avec des interruptions de quelques jours. On donne 4 à 6 grammes en vingtquatre heures d'un mélange à parties égales de bromures de sodium, d'ammonium et de potassium. J'ai vu l'usage des bromures, ainsi continué pendant plusieurs mois, avec des interruptions convenables, donner d'excellents résultats chez une jeune fille, qui présentait de nombreux symptômes neurasthéniques associés à l'hystérie convulsive. Beard préfère le bromure de sodium à tous les autres sels de brome. Il emploie de fortes doses, dissoutes dans une grande quantité de liquide, continuées jusqu'à production d'un effet sédatif, par exemple jusqu'à la disparition de l'insomnie. Il fait remarquer cependant que la susceptibilité des neurasthéniques est assez variable à l'égard des bromures ; quelques-uns ne peuvent en tolérer que de très faibles doses.

Il y a des cas d*t7isomnie très rebelle et qui font le désespoir du malade et de son médecin. J'ai indiqué déjà un certain nombre de moyens hygiéniques ou physiques, propres à combattre cette insommie: le changement de milieu, le séjour à la montagne ou au bord de la mer * la suppression du travail intellectuel dans la soirée, Téloignement de toute cause d'excitation, et, au moment ou un peu avant de se mettre au lit, la faradisation générale, Inapplication de courants électriques modérés sur la tête,

* Dûly, Med. Xfirs, avril 1890.

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la lotion fraîche très courte, lé bain frais et conrtj le hain tiède, le massage.

Assurément on réussit aussi, du moins momeutanêmênt^ aixecles médicamenls hypnotiques, tels que le chloral» la paraldéhyde, le sulfonal. Mais le sommeil obk^nu par ces agents pharmaceutiques ne vaut pas celui que procurent les agents physiques. Au réveil, il laisse du mal de tête, une sensation d'abattement, de lassitude, qui n& se dissipe qu'après plusieurs heures et souvent dure toute la journée. De plus, l'accoutumance s'établit bientôt, il faut élever les doses, le patient ne peut plus se passer de son médicament et il est exposé à l'intoxication chronique. Pour éviter ces inconvénients, il faut donner les hypnotiques h intervalles éloignés, deux fois chaque semaine par exemple, mais à doses assez fortes et capables de provoquer réellement le sommeil. On peut aussi employer alternativement les hypnotiques et les agents physiques que je viens d'ênumérer. — Beard n'est pas grand partisan du chloral. Il l'accuse de conduire à la neurasthénie, ou du moins de favoriser le développement des symptômes neurastliéniques. C'est un des médicaments dont les neurastliéniques sont fort disposés à abuser, comme de l'alcool, de la morphine et de l'éther. 11 paraît qu'en Amérique la cliloralomanie se répand à l'égal de la dipsomanîe et de la morphinomanie. Beard accuse encore le chloral de produire îi la longue une sorte d'asthénopie nerveuse. Aust^i recomrnande-t-il de le prescrire rarement et d'en surveiller l'usage.

Les préparations ferrugineuses sont applicables dans les cas, plus communs chez la femme que chez Thomme, où Tanémie et la chlorose accompagneiit les symptômes de l'épuisement nerveux. M. Hayem recommande les

^ protosels de fer, et particulièrement le protoxalate, dans le

traitement des anémies et de la chlorose. Je suis resté fidèle ou protoclilorure qui me paraît donner d'excellents résultats. Comme le conseille encore M. Hayem *, il est toujours préférable d'associer h l'usage du fer celui de la limonade chlorhjdrique. Je crois inutile de fatiguer l'estomac de ces neurasthéniques anémiques en leur faisant absorber tous les jours du vin de quinquina ou du vin d'Espagne.

Beard emploie beaucoup d'autres médicaments dans le

. ^ traitement de la neurasthénie : l'ergotine, l'arsenic, le

chanvre indien, la caféine, la coca, le zinc, la duboisinc,

la strychnine, l'opium, l'alcool, les acides minéraux,

l'huile de foie de morue, les phosphates, le koumis.

Vcrgoline provoque la cotitraclion des vaisseaux artériels h tunique musculaire. Elle pourrait donc ser\'ir au traitement des parésies vaso-motrices et des états congés- I ifs des centres nerveux. Beard conseille des doses assez tVtrtes. Quelques doses seulement suffiraient pour traiter la migraine et la céplialée neurasthénique. Il faudrait prolonger l'usage de l'ergotine dans les cas de neurasthénie ^<riitale avec spermatorrhée et irritabilité de la prostate. ^41.^,,^^, l \j arsenic devrait être administré pendant des semaines et des mois, et même jusqu'à l'apparition des effets physiologiques de ce médicament. Beard le considère comme \\\\ remède précieux dans les cas d'épuisement nerveux. Il (innne la liqueur de Fowler, celle de Valangin et aussi le cl iloro phosphate de la pharmacopée anglaise.

Le chanvre indien, que Beard voudrait tirer d'un oubli

I Hayem, Du sang et de ses altérations anaiomiqucs, Paris, ^S8^ TOI.

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immérité, serait d'une grande efficacité dans la plupart des états neurastiiéniques et conviendrait encore dans les cas de céphalée et de migraine.

La caféine est prescrite sous forme de citrate de caféine, JV

à la dose 18 à 30 centigrammes. Ce serait un boa remètle de la migraine, de la rachialgie et de la dépression générale des centres nerveux. Comme elle peut troubler le î^Oïïmieil, il faut la donner dans la matinée. Elle ne produirait pas les effets fâcheux qu'on lui a souvent reprochés. Beard a fait une enquête parmi les gens dont la profession est de déguster les thés et les cafés; or ces gens-là ne seraient pas plus exposés que les autres à présenter des phénomènes* d'intoxication. La vérité serait que certaines personnes ont une idiosyncrasie particulière à l'égard du thé et du café. Chez ces personnes, la caféine proluitle caféisme, dont les symptômes sont tout à fait comparables à ceux de la neurasthénie. On peut même dire qu'il s'agit d'un état neurasthénique provoqué par le thé ou le café.

La coca aurait les mêmes indications que la caféine. Elle relève les forces défaillantes du système nerveux ; elle diminue la sensation d'abattement après une nuit .sans sommeil.

Le zinc serait un sédatif très efficace. Beard en fait grand usage dans les cas où dominent les symptômes d'excitation. 11 emploie un mélange de bromure, de valérianale et d'oxyde de zinc.

La duboisine possède une action comparable, mais non tout à fait semblable, à celle de l'atropine. Elle serait Irès efficace contre les hypérid roses.

La sirjchnine devrait être employée avec circonspection. Beard ne la prescrit pas souvent. Nous avonw vu que, seule ou associée à la quinine, au fer ou à l'ergotine, 3a

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strychnine peut être utile dans le traitement des neurasthénies génitales.

L'opium donnerait de bons résultats chez les neurasthéniques qui ont une tendance marquée à l'hypocondrie et à la mélancolie. Mais il est fort dangereux, comme la morphine, et il faut grandement en surveiller Tusage. 11 est très imprudent de laisser entre les mains d'un neurasthénique une seringue de Pravaz et une solution de morphine. C'est parmi ces neurasthéniques auxquels le médecin a fait une fois une injection de morphine, que se recrute le plus grand nombre des morphinomanes.

Valcool stimule les forces du système nerreux. Dans quelques cas, où les médicaments du sommeil sont sans effets, il pourrait agir, d'après Beard, à la façon d*un véritable hypnotique. Absorbé dans la matinée, il dissipe parfois l'abattement causé par le chloral. )Iais Talcool est encore un médicament dangereux. La plupart des neurasthéniques sont exposés a la dipsomanie.

Beard n'a pas abandonné les acides minéraux des anciennes pharmacopées. L'acide chlorhydro-nitrique serait un bon remède de l'oxalurie.

V huile de foie de morue est moins un médicament qu'un aliment. Beard la considère comme l'aliment par excellence des nerfs et des centres nerveux. Il fait prendre à ses neurasthéniques de notables quantités d'huile de morue émulsionnée.

' *v Les phosphates paraissent indiqués a priori^ dans une

maladie nerveuse qui s'accompagne souvent de phosphaturie. Ils n'ont pas donné les résultats attendus, et la valeur en a été exagérée. Ils peuvent avoir une certaine action favorable, mais cette action n'a rien de spécifique.

Le kownis serait un excellent moyen de faire absorber

du lait et de Talcool aux neurasthéniques. Ce serait pour eux un aliment précieux, qui ne trouble pas la digestion et ne fatigue pas Testomac. 11 aurait encore la propriété de favoriser le sommeil.

Tels sont les divers agents que nous pouvons mettre en œuvre dans le traitement de la neurasthénie. On voit que les agents physiques remportent de beaucoup, parla valeur sinon par le nombre, sur les agents pharmacf^utiques. La combinaison de ces moyens thérapeutiques nous permet de remplir les indications auxquelles donnent naissance les associations des très nombreux symptômes neurasthê* ^ niques.

Cependant tous ces symptômes peuvent être rangés en deux catégories: les uns sont des phénomène^^ d'excitation, les autres des phénomènes de dépression. De la, deux indications fondamentales, en apparence contradictoires: calmer et stimuler le système nerveux. Or, parmi les agents que nous avons étudiés, les uns ont une action sédative, les autre une action stimulante.

Le mode d'application et de combinaison fie d*s moyciss de traitement, ainsi que les résultats qu'il asi possible den obtenir, dépendent évidemment, dans chaque cas parliculier, de Thabileté, du jugement et du tact du praticien. C'est bien de la neurasthénie qu'il est permis de dire; elle est améliorée ou guérie, bien plus par le médecin, que par la médecine elle-même.

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